La voyante asservissait ses clients

Une quinquagénaire a été mise en examen à Paris pour avoir mentalement manipulé hommes et femmes qu’elle exploitait.

Devant les policiers qui l’ont entendue, Gsouria M., 57 ans, établie depuis 1995 comme voyante à Paris, a soutenu, bec et ongles, avoir toujours apporté « un soutien moral » à ses clients. Sept d’entre eux ont pourtant estimé le contraire en portant plainte pour « escroquerie, abus de confiance et abus de faiblesse ».

Cette quinquagénaire, dont le cabinet était situé dans le VIIIe arrondissement mais qui recevait également à son domicile, dans le XIXe arrondissement, a été interpellée le 8 mars par les enquêteurs de l’office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP).

Mise en examen pour « abus de confiance », Gsouria, qui exerçait sous le pseudonyme d’Angelina, a été placée sous contrôle judiciaire. « Cette femme avait déjà fait l’objet d’une première enquête démarrée au printemps 2007 après le dépôt de plaintes d’anciens clients, précise une source proche de l’affaire. Des témoignages faisant état de l’emprise psychologique exercée par cette dernière avaient été recueillis. Elle avait été placée une première fois en garde à vue au mois de décembre 2008. Une estimation du préjudice de ses clients avait également été établie. » Le recours à ses services pouvait être facturé jusqu’à 100 € la consultation.

Au cours de leurs investigations, les policiers de la cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires de l’OCRVP ont découvert que Gsouria prétendait avoir acquis des dons de voyance après son divorce. Elle expliquait, en des termes ésotériques, qu’elle pouvait apporter une protection spirituelle. Elle est ainsi parvenue à convaincre plusieurs de ses clients, âgés de 35 ans à 50 ans, de travailler pour elle sans être déclarés, de vivre à ses côtés et même de partager son lit… Les enquêteurs ont également appris qu’Angelina avait réussi à induire de faux souvenirs d’incestes et d’agressions pédophiles dans l’esprit de ses victimes. Plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs déposé plainte contre des parents ou des proches pour des faits qui n’ont jamais existé.

Décrite comme « particulièrement manipulatrice », Gsouria est surtout soupçonnée d’avoir profité de l’état de faiblesse psychologique d’une de ses clientes pour la contraindre à abandonner ses études et à se mettre entièrement à son service.

« Cette jeune femme s’est retrouvée totalement sous sa coupe, indique un proche de l’affaire. Elle était parvenue à l’isoler totalement de sa famille en induisant des faux souvenirs avant de la réduire à l’état d’esclave pendant près de cinq ans, allant même jusqu’à la brutaliser. Elle contrôlait le moindre de ses faits et gestes. Cette victime devait tenir un journal intime et devait lui rendre compte tous les soirs de ses activités. » En perquisition, les policiers ont notamment retrouvé plusieurs documents attestant de l’état de soumission de cette femme, aujourd’hui âgée de 38 ans.

LE PARISIEN –  Stéphane Sellami | 17.03.2011