Le conflit s’éternise à l’abbaye de Bonnecombe

 Depuis qu’ils ont quitté les Béatitudes après avoir dénoncé des actes pédophiles, Murielle, Alain, Gisèle et le père Jean-Baptiste se sont mis l’évêché à dos. Leur présence à l’abbaye de Bonnecombe est au cœur d’un conflit depuis 2008.

Ils sont quatre. Murielle, Gisèle, Alain et le père Jean-Baptiste. Quatre membres de l’association Notre-Dame de Bonnecombe, à vivre avec 1 500 € par mois et à entretenir comme ils le peuvent le domaine de l’abbaye de Bonnecombe à Comps La Grand Ville. Un lieu de vie qui leur est contesté depuis 2008.

Soufflant le froid et le chaud, l’évêché de Rodez et l’archevêché de Toulouse multiplient les courriels (les derniers sont datés de janvier) informant tour à tour qu’il faut rechercher « une solution ensemble » mais qu’ils ne voient pas « comment aboutir à une solution viable et durable » et que « la communauté ne peut pas continuer, qu’il faut que chacun trouve une solution personnelle ».

«Le problème ce n’est pas le lieu»
L’abbaye reviendrait trop chère à l’évêché de Rodez qui en est propriétaire. Chiffres à l’appui. « Oui, mais avec ou sans nous ! », rétorque Murielle. Pour montrer leur bonne volonté, les habitants de Bonnecombe ont d’ailleurs proposé de créer des chambres d’hôtes pour les pèlerins, sollicitant le maire de Comps, Stéphane Cambon. Sans succès.

Partir ailleurs ? Le groupe est d’accord mais a condition de pouvoir y travailler ensemble. Il a ainsi refusé la seule proposition de l’évêché : l’ancien presbytère de Saint-Geniès-des-Ers. Le lieu non habitable demandait de lourdes réparations et ne se situe pas sur le tracé officiel du chemin de Compostelle. Aucun pèlerin n’y vient. Impossible d’y faire prospérer une hôtellerie.

C’est l’impasse. Et elle s’éternise depuis que ces catholiques ont quitté la communauté des Béatitudes après avoir dénoncé les actes de pédophilie d’un des membres. Pour les habitants de Bonnecombe c’est le cœur du conflit. Ils dénoncent de fortes pressions psychologiques. « Le problème ce n’est pas le lieu, c’est notre groupe. Nous sommes la mémoire d’actes criminels ».

Le groupe affronte une situation précaire depuis 2008. Il occupe l’abbaye sans bail et se retrouve avec peu de ressources puisque les Béatitudes n’ont pas cotisé pour leur retraite. Pour monter un dossier d’aides sociales, ils se sont rendus à l’evêché vendredi afin d’obtenir une attestation prouvant leur domicile. Elle leur a été refusée malgré onze heures de « siège ». En représailles, l’abbaye sera fermée au public : « Nous n’existons pas socialement, nous n’avons pas à jouer les gardiens. »

Saisi du dossier, le Collectif contre les manipulations mentales a dénoncé cette «situation pourrissante» dans un communiqué hier.

L’évêché de Rodez et le maire de Comps n’ont pas souhaité s’exprimer. L’évêché de Toulouse et les Béatitudes n’ont pas pu être joints.

LA DEPECHE –  02/02/2011 | Julie Polizzi