Le délicat retour à la vie des sortants de sectes

Créé le 23/04/2013 à 15h13 — Mis à jour le 24/04/2013 à 07h18

  • Magalie Breux

SOCIETE – Les associations prennent en charge, chaque année, près de 300 individus qui quittent des mouvements sectaires…

Cela faisait dix ans que Paul n’avait plus de contact avec sa femme et ses deux filles. Et puis, fin janvier, il a reçu un courrier. «Trois lignes et demie, décrit-il. Elles m’annonçaient avoir quitté la secte et demandaient mon pardon. Depuis, on réapprend à se connaître.» Et cela peut prendre du temps. «Plus l’embrigadement a duré, plus la sortie peut s’avérer difficile», lâche Catherine Picard, présidente del’Union des associations de défense des victimes de sectes (UNADFI). Soutien psychologique, social, aide au logement: chaque année, sa structure vient en aide à 300 personnes qui sortent de sectes.

La Vierge apparaît à 0h06 tous les 15 du mois

Paul a bénéficié de ses conseils. Depuis 2003, son épouse était «l’esclave domestique» de la gourou d’Amour et Miséricorde. Installée dans la banlieue dijonnaise, cette «voyante» prétend bénéficier de l’apparition de la Vierge, le 15 de chaque mois, à 0h06 précisément. «Aujourd’hui, ma femme a peur de voir du monde, peur du jugement», lâche Paul. Après avoir servi l’unique cause de la secte, sa première décision a été de mettre sa foi au service des autres. «Nous sommes partis à Lourdes aider les malades, poursuit Paul. Mes deux filles ont plus de mal à reprendre pied.»

Le syndrome de Stockholm

Magali Breux en sait quelque chose. Fille de la gourou d’Amour et Miséricorde, elle a fui sa mère il y a six ans. «La première année n’a été qu’une longue dépression, confie-t-elle. Dans ces cas-là, il ne faut pas poser de questions.» Et laisser le temps faire son effet. «Mais quand on a passé dix ans à lire des mantras, c’est dur d’apprendre à s’installer devant la télé», enchaîne Catherine Picard. D’autant que certains sortants de sectes sont parfois atteints du syndrome de Stockholm. «Mon épouse se demande encore si elle a pris la bonne décision, lâche Paul. Il faut sans cesse la rassurer.» Dans quelques jours, il pourra le faire quotidiennement. Sa femme vient d’accepter de revenir vivre avec lui.

Source : http://www.20minutes.fr/societe/1143411-20130423-delicat-retour-a-vie-sortants-sectes