Le Mandarom attend l’argent de l’Etat, sous la menace des défenseurs du Verdon

Liens évoqués avec le Temple solaire Interrogé par le quotidien La Provence en avril 2013, M. Ferrato a émis des hypothèses sur la provenance des fonds dont disposeraient les derniers défenseurs du Mandarom.

Les sites des gorges du Verdon et du lac de Castillon, autour du bourg de Castellane, sont pris d’assaut par les touristes venus faire provision de beauté et de fraîcheur dans ces périodes caniculaires. Ils ne manquent pas de remarquer sur les collines d’immenses statues kitsch très colorées qui se détachent sur la verdure environnante. Et peuvent même être tentés d’aller découvrir le site dit du Mandarom, plus exactement le monastère du Mandarom Shambhasalem, où sont organisées en principe deux visites de 45 minutes chaque après-midi pour la somme de 5 euros. Le site avait été créé dans cet endroit retiré des Alpes-de-Haute-Provence en 1969 par Gilbert Bourdin, rebaptisé Seigneur Hamsah Manarah de l’Ordre des Chavaliers du Vajra triomphant et de l’Aumisme.

Cette religion et son monastère ont failli ne pas survivre à la mort de son fondateur en 1998, mais surtout aux coups portés par l’administration fiscale française qui ne voyait pas pourquoi les activités commerciales menées par les adeptes devaient échapper au régime de taxation habituel.

Dans l’attente du Hiérokarantine

La France ne sait pas trop s’il faut qualifier de secte le Mandarom et ses différents avatars : cette religion a adopté successivement plusieurs dénominations et organisations, et n’a pas été mise en cause dans des affaires pénales depuis la disparition de son fondateur.

Depuis 15 ans, l’aumisme attend son nouveau Hiérokarantine dans la lignée initiatique des Incarnations divines. Mais les accès au site et à sa boutique n’ont plus le même caractère vital depuis le début de l’année 2013, puisque la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France à rembourser plus de 3,5 millions d’euros d’imposition qu’elle a jugés indûment prélevé sur une activité qu’elle n’a pas jugé commerciale, mais bien religieuse. La liberté de religion semblait en danger aux yeux de la juridiction européenne. L’Etat français devra en outre payer les intérêts et les frais de justice (pour un montant approchant 50 000 euros).

L’événement est passé relativement inaperçu : la France n’a pas fait appel de ce jugement, alors qu’elle disposait d’un délai jusqu’à la fin du mois d’avril pour le faire.

Protéger le Verdon

En revanche, les adversaires les plus redoutables du Mandarom n’ont pas baissé les bras. Il s’agit de Robert Ferrato et de l’Association pour la protection des sites du Verdon, dont il est le président. Ce rassemblement écologiste a mené, souvent avec succès, des combats médiatisés pour ne pas laisser faire n’importe quoi dans un environnement d’une exceptionnelle qualité. L’installation d’un camping municipal sur les berges du Verdon fait l’objet d’une procédure qui dure depuis 25 ans. Orange a jeté l’éponge au terme d’une longue bataille judiciaire et devra déplacer un pylône de téléphonie mobile haut de 38 mètres dans un endroit moins gênant pour les voisins, et on en passe…

Le combat le plus spectaculaire de Robert Ferrato a connu un épisode fracassant le 24 septembre 2008 : la destruction de la principale statue du Mandarom, celle de son fondateur, haute de 33 mètres. Il était déjà parvenu à bloquer le projet de construction d’un « temple pyramide » étendu sur près d’un hectare et haut de 33 mètres, qui avait déjà provoqué d’importants travaux de terrassement, ainsi que la construction d’une route, dans des conditions de légalité très suspectes.

Au terme d’une longue série de recours, le Mandarom a été condamné à remettre les lieux dans leur état initial, mais l’association qui pilotait les travaux au début n’existe plus !

Avec ténacité, le complexe montage juridique des sociétés du Mandarom a été examiné et il conduit finalement à une fondation domiciliée à Vaduz, capitale du Liechtenstein, et gérée par un avocat. Robert Ferrato et ses amis veulent obtenir la mise en cause de cette fondation et la contraindre à payer des indemnisations.

Liens évoqués avec le Temple solaire

Interrogé par le quotidien La Provence en avril 2013, M. Ferrato a émis des hypothèses sur la provenance des fonds dont disposeraient les derniers défenseurs du Mandarom. Il ne croit pas que les 8 millions d’euros dont aurait disposé Gilbert Bourdin provenaient du fruit des collectes auprès des adeptes. Il fait état de rumeurs selon lesquelles Luc Jouret, gourou de la secte du Temple solaire, était en relation avec le Mandarom et lui aurait fourni ces fonds. On se souvient que cette secte a disparu à l’issue d’une série de mystérieux suicides collectifs, ou de massacres selon d’autres interprétations, qui ont fait 74 victimes de 1994 à 1997.

Lors d’une autre interview accordée il y a plusieurs années à L’Humanité, M. Ferrato avait regretté que la justice se soit cantonnée à enquêter sur les aspects immobiliers de l’action du Mandarom, estimant que de nombreux indices conduisaient à soupçonner des opérations financières illicites, et de puissants appuis politiques occultes.

Le secret qui entoure les personnes incriminées dans ce genre d’affaires favorise en effet les soupçons et les craintes. Ce qui rappelle certains épisodes juridiques étranges qui sont survenus dans les actions intentées contre l’Eglise de Scientologie, ou les Témoins deJéhovah.

Dans l’affaire du Mandarom, l’Etat semble devoir se résoudre à rembourser près de 4 millions d’euros aux différents avatars de ce culte curieux, mais il est possible que l’argent lui revienne finalement par d’autres biais juridiques.

Source : faitreligieux.com