Le prosélytisme religieux banni des rues genevoises

par Jérôme Faas – La Ville a décidé de refuser tous les stands faisant la promotion d’une spiritualité, quelle qu’elle soit. La justice a été saisie par des chrétiens.

storybildLe 30 mai, Ansar Al-Charia avait tenu un stand au Molard. (photo: lecteur)

Les évangéliques faisaient partie du paysage. Ils distribuaient de longue date des bibles sur la voie publique. C’est fini. En novembre, la Ville de Genève n’a pas autorisé leurs stands au Molard et à Cornavin. La ligne de la commune a changé depuis le 1er septembre. Elle ne cède plus, depuis, ses pavés aux entités, «quelles qu’elles soient, faisant la promotion d’activités de type religieux ou spirituel.»

L’interdiction genevoise de la propagande religieuse est un cas unique en Suisse. Bâle, combattant la scientologie en 1999, avait voté une loi autorisant la diffusion des croyances si les méthodes n’étaient ni trompeuses, ni déloyales. Le Tribunal fédéral avait acquiescé, jugeant le prosélytisme acceptable tant que le passant n’exprimait pas de refus. En outre, la Convention européenne des droits de l’homme consacre la liberté de manifester sa religion en public. Infobox«Cette nouvelle pratique n’a rien à voir avec l’affaire du stand tenu par des islamistes. La décision a été communiquée bien avant à plusieurs de nos partenaires», Antonio Pizzoferrato, chef du service de la sécurité et de l’espace publics. (photo: M.Perret-LM) Les protestants fondamentalistes sont choqués. «Avez-vous oublié, vous qui détenez l’autorité, que nous sommes dans un pays, un canton d’influence judéo-chrétienne?», s’émeut une lectrice dans la «Tribune de Genève». Michael Mutzner, numéro deux du Réseau évangélique suisse associe la nouvelle donne au stand occupé ce printemps, à l’insu de la Ville, par des islamistes. «Ça a été un tournant. Sur le fond, l’interdiction contredit le principe de laïcité ouverte et attente à la liberté religieuse.» Privée de stands, l’Association Evangélique a saisi le Tribunal administratif.

En six mois, 134 requêtes

«La Ville offre une grande visibilité. Les demandes s’y concentrent, leur nombre explose, explique Antonio Pizzoferrato, chef du service de l’espace public. Il fallait faire des choix, sinon, nous aurions un stand chaque deux mètres.» Exit, donc, le spirituel: durant la première moitié de 2014, 18 entités religieuses avaient formulé 134 requêtes. La mesure a cependant été adoucie: les demandes en lien avec le calendrier liturgique restent autorisées. Et les «exposants» habituels ont été prévenus huit mois à l’avance.

Source : 20mn