L’Eglise de Scientologie : MJC ou « SECTE-SHOP » ?

 En 1948, la « République des Jeunes », un mouvement issu de la résistance, créait les premières MJC (Maisons des Jeunes et de la Culture). Ces structures associatives devaient permettre le renforcement du lien social entre les jeunes par l’entremise d’activités culturelles. Un rôle que s’attribue désormais l’Eglise de Scientologie, qui, fort de son statut d’Association Spirituelle,  propose aux jeunes un encadrement socio-culturel et spirituel. Derrière la bannière humaniste se cache cependant une stratégie marketing bien rodée à l’égard des jeunes, cible privilégiée de l’Eglise.

Scène ouverte dans le Théâtre de l’Eglise de Scientologie

« J’ai tout juste le bac et déjà on me fait confiance »

 Julie a 19 ans. Elle travaille comme bénévole au « Celebrity Centre » de la rue Legendre, dans l’Eglise de Scientologie de Paris. Derrière la grande vitrine où sont exposés les ouvrages du fondateur de l’Eglise, elle est en charge de l’accueil des visiteurs et des adhérents mais aussi du standard téléphonique. Un poste à responsabilité qui lui permet de se sentir utile : « Je viens le plus souvent possible, en général six jours sur sept, pour aider. C’est un peu une deuxième famille pour moi ; ma mère est d’ailleurs elle-même scientologue. » La jeune femme, visiblement épanouie, explique qu’elle a trouvé dans l’Eglise son « école » : « J’ai tout juste le bac et déjà on me fait confiance, on me donne ma chance ; j’ai appris à croire en moi, à acquérir des connaissances par moi-même. Grâce à la Scientologie, je m’améliore. »

« S’améliorer ».

Le terme revient en boucle dans le discours des scientologues pour démontrer l’efficacité d’une « religion » qui a pour credo : « Une chose n’est vraie que si elle est vraie pour soi ». Les scientologues n’ont donc de cesse de démontrer que « ça marche », sur un mode souvent publicitaire. Une stratégie à laquelle sont sensibles de nombreux jeunes, à l’image de Gary, scientologue depuis deux ans : « Je connais un jeune qui ne parlait pas à grand monde, un peu retiré vis à vis des autres. Puis au fur et à mesure qu’il fait quelques cours de Scientologie, je vois un vrai changement : il est devenu beaucoup plus extraverti. » En effet, l’Eglise édite des « cahiers d’exercice » pour résoudre ses problèmes de couple, ou encore vaincre sa timidité : c’est ce qu’on appelle l’entrainement. S’ajoute à cela l’audition, version scientologique de la psychanalyse.

 A 21 ans, il est responsable du Théâtre du Celebrity Centre. 

Par ailleurs, elle donne aux jeunes la possibilité de laisser s’exprimer leur talent artistique, comme l’affirme le jeune homme: « En arrivant rue Legendre j’ai découvert exactement l’inverse de ce qu’on pouvait entendre au sujet de la Scientologie dans les médias. J’y ai rencontré des gens super sympas avec qui on peut discuter des choses de la vie quotidienne. Très surpris aussi par la présence d’un Théâtre dans une Eglise… En tant qu’artiste cela m’a vraiment plu. J’y ai fait des scènes ouvertes les mardis soirs pour partager mon talent avec d’autres. C’était vraiment sympa et super convivial ! » Des scènes ouvertes, appelées « Open Mic » dans lesquelles des artistes en herbe peuvent se produire gratuitement, après une simple inscription. Pour Gary, cette opportunité a été décisive puisqu’il est, à tout juste 21 ans, responsable du Théâtre du Celebrity Center.

« Donner l’impression aux jeunes qu’ils ont du pouvoir : une stratégie de l’Eglise. »

Accueil du Celebrity Centre

D’après l’ex-scientologue Roger Gonnet, qui fut cadre de l’Eglise pendant huit ans,  responsabiliser les jeunes est une stratégie classique de la Scientologie : « Les jeunes ont ainsi l’impression qu’ils ont du pouvoir, et comme ils ont généralement du temps ils peuvent s’engager pleinement (et gratuitement) pour l’Eglise. Plus tôt le jeune est « fidélisé » à la secte, plus il aura du mal à sortir de la structure, d’autant qu’il n’a généralement pas de diplôme du supérieur ni de formation professionnelle. De plus, il est indéniable que les jeunes constituent d’excellents ambassadeurs pour le recrutement de nouveaux adeptes. » Dans les DVD que l’Eglise fait visionner aux « visiteurs » les jeunes sont en effet « surreprésentés », témoignant notamment d’une amélioration de leurs résultats scolaires grâce aux connaissances fournies par l’Eglise ; il sont également au cœur de la campagne « anti-drogue » menée par la secte depuis quelques années, en plus d’être très présents au sein de son personnel « visible ».

« Le jeune est habitué aujourd’hui au dressage commercial : (…) Un environnement propice pour les sectes. »

Une vitrine « publicitaire » qui est conçue pour séduire les moins de 30 ans si l’on en croit l’analyse du sociologue et politologue Paul Ariès: « le jeune est habitué aujourd’hui au dressage commercial. Ses grands-parents portaient des signes religieux, ses parents des signes politiques, lui porte des marques. Ce sont aujourd’hui le marketing et la pub qui font rêver le jeune (…) Tout cela crée un environnement propice pour les sectes. »  De fait, parce que s’ajoute à la précarité, au chômage et à la perte de sens une perte de repères culturels, les jeunes seraient désormais particulièrement faciles à instrumentaliser. Une idée que confirme Roger Gonnet, pour qui la Scientologie pourrait se lire comme « le meilleur recueil de mensonges grossiers créé par le meilleur publiciste qui n’ait jamais existé. On promet aux jeunes de développer leurs aptitudes, d’avoir une mémoire exceptionnelle et un Q.I plus élevé, grâce à une méthode pseudo-scientifique, la Dianétique. Du marketing pur et dur. »

Le signe d’une régression culturelle ?

Ainsi, que l’on considère la Scientologie comme une secte ou une religion, que l’on adhère ou non aux théories de la Dianétique, la « régression culturelle » que dénonce Paul Ariès traduit surtout les carences du système éducatif français, peu enclin à former la jeunesse à l’esprit critique : « Beaucoup d’étudiants attendent par exemple des solutions toutes faites pour réussir. »  La Scientologie, en tant que religion qui propose des recettes « prêtes à l’emploi » répond donc logiquement aux errements d’une école qui peine à être refondée.

Source : http://liliahassaine.blog.lemonde.fr/2013/03/17/leglise-de-scientologie-mjc-ou-secte-shop/