« L’épouse de Dieu » devant le tribunal des hommes

Jugée depuis lundi, une professeur d’anglais était devenue le gourou d’une vingtaine de personnes. Ses victimes témoignent.

À Lisieux, la maison qui accueillait la petite secte Le parc d'accueil.À Lisieux, la maison qui accueillait la petite secte Le parc d’accueil. © Ouest France/Maxppp
Dr Jekyll and Mr Hyde. Ainsi pourrait-on présenter Françoise D., 58 ans, dont le procès s’est ouvert lundi à huis clos devant le tribunal correctionnel de Lisieux dans le Calvados. Cette ancienne professeur d’anglais dans un lycée de la Fondation des orphelins d’Auteuil de Lisieux (1), unanimement appréciée, mère de trois enfants, est aussi le gourou présumé de la secte du Parc d’accueil installée dans une grande maison aux volets bleus du centre-ville de Lisieux. À l’intérieur, pas moins de dix chambres : le nombre nécessaire pour héberger les membres de la communauté.
Comment finit-on derrière les murs de cette maison ? « Lorsque je rencontre Françoise, témoigne dans Ouest France Lydie (prénom d’emprunt), c’est comme une révélation. La fin 2001 est difficile : stress au travail, soucis familiaux, solitude. Une amie me met en contact avec Françoise, professeur, mariée et mère de trois enfants. Elle n’a pas son pareil pour détecter les failles : je suis vulnérable. Pendant quatre week-ends de suite, je me rends à Lisieux : elle parle six, sept, huit heures tout en me laissant aussi beaucoup la parole. Je suis aussi en recherche dans le domaine religieux : un sujet qu’on évoque beaucoup. Je suis séduite, captivée. Hypnotisée. »

Quelques semaines plus tard, Lydie quitte son emploi, puis trois mois plus tard s’installe à Lisieux. « Au sein du cercle de ses relations qui s’élargit jusqu’à une vingtaine, elle s’impose peu à peu comme leader. Elle me permet aussi d’approfondir ma relation avec Dieu. Une grande sensation de satisfaction. Mais elle écarte très vite les gens qui lui résistent un tant soit peu. »

« J’étais mort. Vous avez ouvert mon tombeau. »

En 2003 s’amorce un changement progressif : il faut verser un peu d’argent, puis de plus en plus. « À la fin, c’est 90 % du salaire que je percevais. Au sein du groupe, on est toujours réconfortés, voire encensés. À ces aspects positifs, Françoise ajoute peu à peu des éléments négatifs : nous avons besoin de discipline. Menant une double vie, elle met en avant sa propre réussite. En revanche, nous-mêmes sommes remplis de démons qu’il faut extirper. C’est complètement fou : nous sommes prêts à entendre n’importe quoi. »

Courant 2003 commencent des séances d’humiliation, parfois violentes, suivies d’ébats sexuels. « Les démons étant cachés dans nos parties intimes, elle nous impose des relations sexuelles avec différents partenaires pour chasser ces démons. » Des séances qualifiées de mêlées célestes, rendues nécessaires à grands coups de citations prétendument puisées dans les Évangiles par celle qui se présente comme « l’épouse de Dieu ». En novembre 2005, nouvelle étape : le petit groupe s’installe dans la grande maison acquise avec les deniers des membres. Selon l’enquête, les disciples auraient versé près de 400 000 euros.

Mais, en 2004, une adepte a porté plainte, suivie d’une seconde en 2006. Le SRPJ de Normandie est saisi : en juin 2007, tous les membres du groupe sont interpellés. « Un choc très violent. Une deuxième révélation, mais à l’envers. En début de garde à vue, je protège Françoise : je suis perdue pour l’éternité si je la renie. Puis une digue se brise. Je lâche. » Grâce à une aide psychologique et à un soutien familial, Lydie s’est progressivement reconstruite : « Je retravaille. Mais je reste la victime d’une femme qui a forcé mon âme. » Un autre ex-disciple a déclaré aux enquêteurs : « J’étais mort. Vous avez ouvert mon tombeau. » Une dizaine de victimes sont parties civiles au procès pour abus de dépendance psychologique et extorsion de fonds.

(1) La fondation a été mise hors de cause durant l’enquête.

Source : http://www.lepoint.fr/societe/l-epouse-de-dieu-devant-le-tribunal-des-hommes-27-11-2012-1534135_23.php