Les créationnistes ont leur musée… Suivez le guide

  • LePoint.fr – il y a 42 minutes

Adam, Eve, Caïn, le serpent, un mammouth, des vélociraptors, des hamburgers… On trouve de tout au musée des créationnistes, dans le Kentucky, en plein coeur des Etats-Unis. L’Express a visité cette arche des croisés anti-Darwin. Voyage au bout de l’enfer.

Il y a des pingouins dans le jardin d’Eden. Et plein de gentils dinosaures. Deux manchots empereurs, figés dans la fausse jungle tropicale à côté d’un gorille, d’un impala et d’un couple de lamas, écoutent sagement Adam nommer les animaux de la création. Plus loin, sur le parcours fléché de la Genèse, Eve, vêtue de sa seule chevelure, des nénuphars jusqu’au ventre devant une cascade, grattouille le torse musclé de l’homme originel sous le regard du serpent et de deux vélociraptors tout droit sortis de Jurassic Park.

Dans l’allée, le public n’en perd pas une miette. Les familles nombreuses à casquettes, les groupes paroissiaux en tee-shirts ornés de psaumes, les pieuses dames mennonites coiffées de bonnets de dentelle comme les centaines de touristes délestés de 29 dollars à l’entrée s’attardent devant ce Koh Lanta antédiluvien. « Pensez ce que vous voulez, mais cela me fait du bien de voir ça, rétorque Kristen Carter, standardiste dans une administration publique locale. C’est le seul lieu où l’on réponde si bien à nos questionnements de chrétiens. »

Le musée revendique son « ras des pâquerettes » théologique

Soit. Answers in Genesis (Réponses dans la Genèse), une association religieuse créée par l’agitateur fondamentaliste Ken Ham, n’a pas investi, en 2007, plus de 27 millions de dollars, le fruit de milliers de donations, dans cette imposante bâtisse pour seulement la truffer de saynètes bibliques. La pédagogie militante reste la première mission du seul Creation Museum des Etats-Unis, stratégiquement construit à Petersburg (Kentucky), au bord de l’autoroute la plus passante du Midwest.

Sept ans de polémiques et 2 millions de visiteurs plus tard, ce bastion du créationnisme, fort d’un budget annuel de 30 millions de dollars, entend toujours prouver par A plus B, avec ses 7000 mètres carrés de dioramas, de shows audiovisuels et d’expositions de fossiles, la véracité « scientifique » de l’Ancien Testament, démontrer aux ouailles trop longtemps abusées par des écoles laïques et des médias démoniaques acquis aux théories darwiniennes, que le monde a bien été créé, dinosaures compris, en six jours de labeur divin, il y a six mille ans et non quatre milliards d’années.

Le temple de la contre-culture revendique fièrement le « ras des pâquerettes » théologique, autant qu’un statut d’égal avec les « musées de l’évolution ». Mais il impose dès l’entrée son idéologie. Descartes et Galilée sont présentés comme des rebelles de la raison humaine contre l’omniscience divine. Le musée invite, sans complexe, à « suivre le Chemin de l’Histoire ». L’histoire vraie. Mais, si tout allait pour le mieux dans la salle de la Création, tout se gâte très vite dans la galerie de la « Corruption ». Pour avoir écouté le serpent, Eve, condamnée à enfanter dans la douleur, traîne sa déprime et un gros ventre en regardant Adam biner des carottes.

A la triste conscience de leur mortalité s’ajoutent d’autres tracas : les mauvaises herbes. « Inexistantes avant le péché originel, précise une plaque du musée, elles apparaissent pour nourrir une faune en incessante reproduction. » La ature, jusqu’alors accueillante, foisonne soudain de dangers. Les insectes se mettent à piquer, les plantes secrètent des poisons, les serpents et les tarentules, du venin; « en grande partie à cause de leur nouveau régime alimentaire », précise un commentaire.

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