« Les gourous sont des caméléons »

Catherine Picard, présidente de l’Unadfi, qui lutte contre les sectes

L.C. | 18 Déc. 2014, 07h00 | MAJ : 18 Déc. 2014, 05h03

Ancienne députée, Catherine Picard est rapporteur de la loi About-Picard, votée en 2001, qui a créé un nouveau délit pénal, l’abus de faiblesse sur des personnes en « état de sujétion psychologique ». Elle préside l’Union nationale des associations des familles et de l’individu victimes de sectes.

Quel est l’apport de la loi de 2001 ?

CATHERINE PICARD. Avant, on pouvait poursuivre des faits d’escroquerie, de viol ou d’actes de torture ou de barbarie exercés par un gourou. Ce qui a changé, c’est que le Code pénal reconnaît désormais la spécificité de l’emprise mentale. D’une part, cela facilite les poursuites. De l’autre, c’est primordial dans le processus de reconstruction des victimes qui se heurtent souvent à l’incompréhension des autres. Avant, l’abus de faiblesse, c’était schématiquement vendre une batterie de casseroles à une grand-mère qui n’a plus toute sa tête. Avec « l’état de sujétion psychologique », on admet qu’une personne comme vous et moi peut avoir un moment de faiblesse à un moment de sa vie.

Quelle a été l’évolution depuis ?
Sa première application, dans une affaire de provocation au suicide, dite Néo-Phare, jugée à Nantes (Loire- Atlantique) en 2004, a été un succès. La loi a été employée dans quelque 300 procédures depuis 2001. La France a été pionnière. La Belgique et le Luxembourg nous ont imités, l’Italie y réfléchit. Les élèves magistrats ont désormais une formation spécifique, les avocats aussi. Et la jurisprudence apportée dans l’affaire des Védrines, qui permet une application au civil, est très intéressante. Mais il reste encore très délicat de monter des dossiers car il faut apporter la preuve : dans l’affaire Néo-Phare, il y avait des textes écrits prouvant l’incitation au suicide. Mais c’est loin d’être toujours le cas. Les dossiers sont souvent fragiles, les instructions longues, avec beaucoup de non-lieu au final. Plein d’affaires sont également prescrites, le délai étant de trois ans.

Que dire de l’état des mouvements sectaires en France aujourd’hui ?
On peut dire que le temps des gros mouvements, type Ordre du temple solaire, est passé, mais il faut envisager sérieusement qu’ils puissent revenir, une fois qu’ils auront trouvé de nouveaux vecteurs, plus modernes. C’est du marketing. Les gourous sont des caméléons qui endossent le costume qui fera basculer leurs proies. Depuis environ cinq ans, on note l’apparition importante de microgroupes, dont le chef exploite le filon de la santé, du bien-être, de l’ésotérisme… Tous ces mouvements sont encore en phase d’incubation, mais on pourrait avoir d’ici quelques années une vraie catastrophe.

Source : le parisien