Lev Tahor: la DPJ craignait un suicide collectif

Marie-Claude Malboeuf
MARIE-CLAUDE MALBOEUF
La Presse
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Convaincue que les juifs ultra-orthodoxes du groupe Lev Tahor s’apprêtaient à commettre un suicide collectif pour lui échapper, la DPJ a voulu garder secrets quatre témoignages explosifs livrés en Cour du Québec le 27 novembre dernier. Ce sont ces récits qui ont persuadé le tribunal d’ordonner sur-le-champ le placement de 14 enfants en famille d’accueil.

L’interdit de publication vient d’être levé en appel. Voici donc les révélations du premier témoin, qui a renié la secte de Sainte-Agathe-des-Monts après y avoir vécu deux ans, et celles de trois travailleuses sociales, qui s’y sont rendues plusieurs fois par semaine au cours des trois derniers mois. Les familles accusent les témoins de mentir ou d’exagérer, mais ont omis plusieurs fois de se présenter au tribunal.

Suicide collectif

La Sûreté du Québec a craint que les gens de Lev Tahor se sentent traqués au point de suivre les traces de l’Ordre du temple solaire. Selon une travailleuse sociale, un ancien membre de la secte aurait confié à la police qu’il avait déjà été question de suicide collectif si la communauté éclatait, puisque cela s’était déjà produit dans l’histoire du peuple juif.

Selon Joseph, un ancien membre dont l’identité est frappée par un interdit de non publication, le rabbin Schlomo Helbrans leur faisait peur en clamant que Barack Obama et Stephen Harper viendraient braquer un arsenal d’armes extraordinaires sur les flancs de la montagne de Sainte-Agathe pour raser leur synagogue. « Il disait que tout le monde s’assoirait ensemble et se tiendrait la main en méditant selon les instructions et les pensées consignées dans un document qu’il était sur le point de finaliser », dit-il.

Fuite chaotique

La fuite des 200 membres de Lev Tahor vers Chatham-Kent aurait été terrorisante pour les enfants. D’après une travailleuse sociale, un voisin les a entendu hurler et pleurer, en plus de voir une voiture reculer dans le fossé. Malgré le froid, certains enfants ne portaient pas de manteau, ajoute-t-elle. Avant de grimper avec eux à bord de trois autobus, leurs parents auraient jeté des vêtements et des casseroles pêle-mêle, dans des sacs de poubelles.

Les chauffeurs scandalisés ont envoyé un courriel à la DPJ. L’une raconte qu’un homme lui a ordonné : « Personne ne sort plus de cet autobus; fermez la porte. » À bord, la panique des petits aurait rapidement fait place à un « silence impossible », 14 heures durant. Les chauffeurs pensent que les enfants ont été médicamentés. La DPJ croit pour sa part qu’ils ont pu être bourrés de mélatonine, une substance naturelle qui favorise le sommeil, mais que des enfants de Lev Tahor ont dit prendre comme calmant, en plein jour.

« Pendant le trajet, les enfants urinaient dans des sacs Ziploc. Il n’y a eu aucun changement de couche et les femmes et les enfants n’ont rien mangé d’autre que des croutes de pain », a rapporté une intervenante.

Une chauffeuse est certaine que des bébés ont été cachés sous les longues robes noires des mères, puisque, plus le voyage avançait, plus ils étaient nombreux.

Agressions sexuelles

Vers la fin de son témoignage, Joseph a admis avoir épousé une adolescente de 15 ans alors qu’il en avait 25. Il dit avoir assisté à 7 autres mariages impliquant des jeunes de 13 ou 14 ans.  Une adolescente a ainsi accouché pour la première fois à l’aube de ses 15 ans. Selon la DPJ, une fille de 14 ans a même épousé un homme de 20 ans son aîné – bien que cela soit un crime au Canada, où cela constitue une forme d’agression sexuelle.(…)

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