L’existence d’une secte dépravée et violente dévoilée à Jérusalem

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Le tortionnaire polygame, de dos, coiffé du bonnet traditionnel des Bratslav

L’existence d’une secte dépravée et violente dévoilée à Jérusalem

Par Sandra Ores © Metula News Agency

Mardi dernier, un homme de 58 ans, que l’on appellera D à cause de l’interdiction proclamée par la justice de dévoiler son identité, résident de Jérusalem, gourou de sa propre secte, a été reconnu coupable d’avoir abusé physiquement, mentalement et sexuellement de ses six femmes et de dix-sept enfants.

C’est dans une maison isolée de la capitale d’Israël que l’homme, appartenant au mouvement hassidique de Bratslav, était parvenu à convaincre femmes et enfants – dont treize biologiques – qu’il était détenteur de pouvoirs spirituels particuliers.

La « hassidoute » de Bratslav1 est une branche du judaïsme hassidique, fondée par le rabbin Nachman de Breslov au XVIIIème siècle ; Nachman était le petit fils du Baal Shem Tov (le maître du bon nom), le fondateur du courant hassidique. L’homme inculpé mardi se targue d’en être l’héritier spirituel.

Mais le tribunal de Jérusalem a établi qu’il s’agissait d’un sadique qui contraignait sa « famille » à se confesser de multiples péchés et à se voir infliger des punitions brutales et cruelles, comme le viol, des électrochocs, des coups de fouet, l’enfermement nu dans des débarras, ou encore, des privations de nourriture.

Depuis 2000, l’homme était parvenu à susciter de profonds sentiments de culpabilité chez « ses femmes », et à les convaincre de la nécessité d’expier leurs fautes. Selon le verdict des juges, « les femmes, qui croyaient dans une foi parfaite que l’accusé visait à les aider et à « racheter la nation d’Israël », cherchaient désespérément à le satisfaire et s’adonnaient totalement à ses caprices ; elles acceptaient, et même parfois réclamaient, leurs punitions ».

Leur bourreau avait fait en sorte de couper ses femmes et les enfants de leurs familles, et les envoyait mendier dans les rues afin d’entretenir sa tribu.

Le tribunal a conclu que « les victimes acceptaient de subir n’importe quelle punition et ne formulaient pas systématiquement d’objections, à cause de la peur qu’il leur inspirait et de la menace d’infliction de punitions additionnelles ; et également à cause de leur adoration et de leur foi à son égard ». L’inculpé les contrôlait ainsi parfaitement, ayant annihilé leur personnalité et déformé leur esprit.

L’homme, dont l’identité n’a pas été dévoilée publiquement, a été arrêté en août 2011. Un autre homme, son assistant, a également été inculpé pour avoir pris part aux violences et aux exactions sexuelles sous les ordres du chef autoproclamé. Les deux années précédant leur arrestation, les punitions étaient montées en fréquence et en sévérité.

Après un an et demi sous influence, la septième femme du dirigeant de la secte s’est tournée vers les services sociaux, rapportant les abus ayant cours dans son « foyer ». La police, après une enquête réalisée sous couvert, a découvert au domicile des instruments de torture ainsi que des documents médicaux attestant des blessures des enfants. Des journaux intimes des femmes ont permis de constituer un dossier contre le gourou.

D, se prévalant du hassidisme, utilisait la religion comme arme de manipulation. Il professait, du crépuscule jusqu’à l’aube, sa doctrine religieuse.

Cet épisode fait écho à un autre scandale rendu public en janvier 2010. Un autre personnage, Goël (sauveur) Ratzon, âgé aujourd’hui de 62 ans, lui aussi polygame et dirigeant de secte, vivait avec vingt et une femmes et trente-huit enfants, qu’il avait réduits à l’esclavage dans sa propriété du sud de Tel-Aviv. Aux arrêts, toujours en instance de jugement, il est inculpé, entre autres chefs d’accusation, de polygamie, de viol, d’inceste, d’esclavagisme et de diverses formes d’abus sexuels.

Selon des témoignages de voisins, Ratzon utilisait des techniques d’hypnose, qu’il avait apprises en Inde, pour soumettre ses femmes. Il leur interdisait de communiquer avec d’autres hommes, y compris leurs frères, et exigeait d’elles une obéissance totale.

Ses femmes et enfants ne sortaient que le corps entièrement couvert de la tête aux pieds. Le soir venu, il choisissait celle avec qui il allait passer la nuit, les autres femmes, qui le vénéraient, se montraient désemparées.

Les voisins avaient rapporté que le gourou choisissait comme proies des jeunes femmes vulnérables et angoissées, issues de milieux instables. L’un des adhérents de la secte avait confié aux media que Ratzon était « le messie dont chacun a entendu parler, ajoutant que, lorsque les gens le découvriront, le pays entier tremblera ».

Dans le cas relaté dans les media cette semaine, les femmes étaient pour la plupart divorcées avec enfants, là aussi des victimes affaiblies plus enclines à se laisser manipuler. Au point qu’elles ont défendu leur tortionnaire et celui de leurs enfants ; après le jugement, certaines d’entre elles ont prétendu qu’il ne s’agissait pas d’abus, mais d’amour. On a ainsi pu entendre à propos de leur tortionnaire : « Il est extraordinaire, juste et vrai. Les gens ne comprennent pas que l’on choisisse de vivre avec lui par amour, et c’est pourquoi il s’agit d’une accusation infondée ».

D’après un rapport établi par le ministère des Services Sociaux et du Bien-être, établi en 2011, il y aurait approximativement quatre-vingt à cent groupes en Israël qui pourraient clairement être identifiés comme des sectes. Il s’agit de milliers de gens qui ont choisi de vivre selon les principes d’un chef unique.

A titre de comparaison, en France, une liste des sectes avait été établie, il y a une vingtaine d’année, par une commission parlementaire. Elle comptait quelques 170 mouvements, soit, proportionnellement, près de quatre fois moins qu’en Israël. La liste a toutefois été abandonnée depuis, faute de mises à jour. Mais la loi About-Picard, votée en 2001, a renforcé la législation sur la notion d’abus de faiblesse et a déterminé les cas où une organisation convaincue de dérives sectaires pouvait être dissoute. La France est considérée comme l’un des pays les plus engagés dans la lutte antisecte en Europe.

En Israël, comme dans les autres pays d’Europe ou aux Etats-Unis, les sectes ne sont pas illégales, pour la raison qu’elles ne possèdent pas de définition légale. Il n’existe donc aucune loi permettant d’arrêter ou de poursuivre leurs dirigeants. C’est uniquement sur la base de crimes qu’ils commettent, à l’instar d’exactions sexuelles, ou de violences abusives sur enfants, que ces gourous peuvent être mis hors d’état de nuire. La manipulation psychologique d’êtres faibles n’est donc pas considérée comme une faute en Israël.

Depuis 2010, le Ministère des Services Sociaux et du Bien-être, d’entente avec la député Tsipi Hotovely, à l’époque secrétaire du Comité de la Knesset sur le Statut des Femmes, demandent au gouvernement de légiférer afin d’interdire les associations à caractère sectaire.

Mais « le plus grand problème dans la lutte contre les sectes reste leur identification, à cause de l’opacité et du secret prévalant autour de leurs activités », avait soulevé le procureur de l’Etat lors d’un débat devant le Comité en 2012.

D’autre part, les législateurs se heurtent à la liberté de culte, chère aux démocraties, et à la liberté de chacun de suivre ses propres croyances. L’un des parlementaires avait conclu que la liberté religieuse devait rester protégée jusqu’au point où elle devenait criminelle.

Aucune loi n’a été votée à ce jour, mais cette affaire récente à Jérusalem remettra peut-être ce sujet épineux sur le devant la scène parlementaire. L’importance du facteur religieux en Terre Sainte voudrait que les législateurs redoublent d’attention au regard des dérives religieuses sectaires, les gourous se trouvant à même de recruter des adeptes plus facilement que dans des pays où le poids de la religion et de la mystique est moins lourd.

Concernant la polygamie, elle est interdite en Israël. Ces gourous étaient donc mariés de manière non officielle. Certaines voix issues de milieux religieux se sont toutefois élevées ces dernières années pour appeler à remettre cette pratique en vigueur. Une coutume non proscrite par la Torah, mais qui avait été officiellement abolie vers l’an mille par un rabbin connu sous le nom de Gershom ben Yehuda. Ce talmudiste allemand est considéré comme le père du judaïsme ashkénaze. La polygamie était toutefois déjà peu pratiquée à cette époque reculée dans les communautés juives.

L’appel à lever cette interdiction avait été produit en novembre 2011 par le groupe Habait Hayehudi Hashalem (le foyer juif accompli), dans le fascicule Shabbat Beshabato (un Shabbat après l’autre), distribué dans les synagogues du pays. Il y était écrit que « ceux qui sont intéressés à épouser une femme supplémentaire (avec le consentement de la première) pouvaient contacter un rabbin dénommé Yekhezkel Sofer », avec fax et numéro de téléphone à l’appui.(…)

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