Lucien Zécler, président de l’ADFI-Martinique. Sectes : « Les gens ne dénoncent pas… par peur »

Propos recueillis par Christian TinaugusMardi 17 juin 2014
Partie faire des études en dehors de la Martinique, la fille de Lucien Zécler n’est jamais revenue auprès des siens. Pour combattre les phénomènes sectaires, il a créé en 1984 l’ADFI-Martinique (Association pour la défense de la famille et de l’individu). A l’occasion de la visite de la présidente nationale, il fait le tour du sujet.
« Les hommes se sentent plus préoccupés maintenant des problèmes existentiels. De la métaphysique, on est passé à l’existentialisme, au vécu actuel quotidien et à la santé » .
L’association que vous présidez a mené de gros combats contre les phénomènes sectaires. Pouvez-vous la présenter ?
L’ADFI a vu le jour en 1994 pour lutter contre les phénomènes sectaires. Au moment de l’histoire de l’Ordre du temple solaire, il fallait créer un organisme pour pouvoir informer les parents contre le danger de ces phénomènes. Des compatriotes essayaient alors de partir pour le Canada. Une Martiniquaise et sa fille comptaient d’ailleurs parmi les victimes lors du suicide collectif en Suisse. De sorte qu’il a fallu créer une association suffisamment solide pour réunir les parents martiniquais. Les gens n’ont pas eu le courage ou la témérité de créer une association. Je me suis dévoué et avec ma famille nous avons décidé de fonder l’ADFI-Martinique. Elle a vite gonflé, car je n’étais pas le seul à avoir des démêlées avec les groupes sectaires.
Vous êtes un observateur avisé des phénomènes sectaires. Comment les choses ont-elles évolué ?
Quand on a créé l’ADFI, la tendance était fortement orientée vers les problèmes métaphysiques, c’est-à-dire à se poser des questions : D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Et surtout avec la poussée des idéologies religieuses, les hommes jusqu’à il y a une vingtaine d’années étaient préoccupés de savoir ce qu’il pourrait leur advenir après la mort. Les seules réponses, c’était les religions qui les donnaient. Les hommes s’engouffraient dans ce créneau spirituel pour avoir une réponse à leurs interrogations. Et puis la science évoluant à vitesse V avec tout ce qu’on sait comme explorations interplanétaires, avancées scientifiques, procréation assistée, avec démonstrations des origines possibles de la vie, les choses ont changé. Les hommes se sentent plus préoccupés maintenant des problèmes existentiels. De la métaphysique, on est passé à l’existentialisme, au vécu actuel quotidien et à la santé.
Ce qui occupe les hommes, ce n’est donc plus ce qu’il adviendra après la mort ?
Non, mais de savoir comment nous vivons notre vie maintenant et comment nous allons faire en sorte de la prolonger le plus possible. Il y a un déplacement d’intérêt et c’est la science qui répond maintenant à ces interrogations et non plus les religions. La science, c’est-à-dire les médecins, médecines douces, thérapies, tout ce qui peut intervenir pour le mental ou le physique. Et c’est maintenant pourquoi il y a une floraison de thérapeutes, de guérisseurs, médecines parallèles ou médecines alternatives. Et même les médecins traditionnels maintenant composent avec les médecines dites alternatives. Parce qu’on découvre que les peuples dits primitifs qui sont en Amérique du Sud, en Australie, en Chine, au Vietnam, ont recours à des techniques de soins qui ne sont pas basées sur la chimie forcément. Ce sont des techniques basées sur l’utilisation des plantes, des arbres et des pratiques ancestrales. Ici aussi, nous avons les Caraïbes et dans nos régions, et on retourne de plus en plus vers ces médecines à partir de feuilles et plantes, parfois pas forcément inefficace. Quand la médecine traditionnelle a échoué, cette médecine-là prend le relais.
Peut-on parler là de groupes sectaires ?
Les groupes qui proposent la santé, la guérison, ne sont pas des groupes sectaires, mais qui peuvent à n’importe quel moment fonctionner comme un groupe sectaire. On peut donc parler de groupe déviant.
La présidente de l’UNADFI, Catherine Picard, vient vous rendre visite. Vous allez évoquer les similitudes entre l’Hexagone et la Martinique…(…)