Monflanquin. 2001, l’odyssée du silence

Christine et Charles-Henry de Védrines./Photo St.B.

Christine et Charles-Henry de Védrines./Photo St.B.

Christine et Charles-Henry de Védrines, deux des «reclus de Monflanquin», ont témoigné samedi à Agen pour les adhérents des ADFI (1) de la région. Qui ne comprennent pas les lenteurs de la justice.

Le 8 janvier 2002, la présidente de l’ADFI 47 signale par écrit aux services du procureur de la République. Cette responsable bénévole a recueilli des témoignages qui relatent l’enfermement d’une famille, les De Vedrines, àMonflanquin depuis une petite année, selon les informations qu’elle a en sa possession. La procédure est normale, la mission de l’ADFI est de signaler les témoignages et les faits pouvant intéresser la justice et, plus loin à Paris, la Mivilude (2). En 2001, cette même ADFI avait déjà obtenu un rendez-vous avec le magistrat référent sur les mouvements sectaires au sein de la cour d’appel d’Agen.

Procédure classique d’alerte mais la suite l’est beaucoup moins. Comme le rappelait samedi la présidente de l’ADFI en poste au début des années 2000, «j’ai attendu. Trois mois après, les services du procureur m’ont certifié que ce n’était pas une secte, mais une escroquerie financière». Il s’est ensuite passé six ans avant qu’au profit d’un dépaysement du dossier à Bordeaux, l’enquête s’accélère alors que le pôle financier du SRPJ de Toulouse avait, déjà, fourni des éléments à la justice. Sept, huit ans de réclusion, c’est la condamnation infligée aux reclus de Monflanquin», onze personnes d’une même famille enfermées dans deux maisons successives avant qu’ils ne s’extraient ou soient libérés de leur prison mentale à Oxford. Dans le groupe, une jeune fille dont la seule présence aurait pu déclencher une autre procédure dans le cadre de la loi sur la protection des mineurs.

Des élus contactés…

«Clairement, on nous a demandé de tirer le frein à main…», explique un gendarme en poste à l’époque. Même sous anonymat, cet officier refuse de mettre un nom sur le ou les auteurs des consignes verbales qui ont été données. «Je sais toutefois que les De Vedrines en veulent beaucoup à des élus en poste à l’époque, qu’ils ont contacté et qui n’ont pas fait suivre, ou très peu, ou pas assez…». Les De Védrines sont enracinés dans l’histoire des familles nobles de la région, protestants de confession, dont la fortune familiale ne pouvait qu’intéresser un Thierry Tilly, ou un autre. «Nous n’étions pas une famille avec une grande confiance entre nous», raconte Christine de Védrines (lire par ailleurs). Le pied est dans la porte. Dès 1997, le dénommé Thierry Tilly entre dans la maison.

«Je vous parie qu’il va recommencer»

En septembre 2001, Jean Marchand, mari de Ghislaine de Védrines, recluse avec les autres, se fait expulser de Monflanquin comme il l’a raconté à maintes reprises. L’auteur à l’époque présumé de cette manipulation mentale familiale Thierry Tilly est interpellé en octobre 2009 en Suisse. Huit ans après. Il dort en prison depuis avril 2013, condamné à dix ans de prison. «Une fois dehors, je vous parie qu’il va recommencer». Foi d’ancien gendarme.

(1) Association de défense des familles et de l’individu victimes de sectes. (2) Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.


«J’ai perdu toute notion du temps» 2 livres sur l’affaire(…)

Suite de l’article