Pas de quartier entre les héritiers de Moon

 

Les déchirements de la famille du révérend, enterré ce samedi, menacent l’avenir de la secte.

La limousine n’ira pas plus loin. Sur la route de Gapyeong, dans les montagnes proches de Séoul, Moon Hyun-Jin avec sa suite de 400 personnes a été refoulé par deux fois cette semaine, alors qu’il tentait de se recueillir devant la dépouille du « Messie », son père. Le fils aîné du révérend Moon, décédé le 3 septembre, a dû se contenter d’un hommage en catimini dans sa chambre d’hôtel à Séoul face au veto infligé par ses cadets. Ambiance.

« Mon frère est un démon », jure Guk-Jin, qui gère le bras financier de la secte aux trois millions de fidèles. Cet industriel qui a fait fortune dans l’armement aux États-Unis a été désigné héritier de la gestion de l’affaire familiale en compagnie du jeune trentenaire Hyung-Jin, au visage d’ange, chargé, lui, de redonner un souffle spirituel à une secte en déclin. « On se croirait dans un soap opera ! Le plus ironique est que la famille se déchire pour garder le contrôle sur un mouvement dont le message clé est l’unité et la réconciliation », juge Mike Breen, auteur d’une biographie du révérend Moon, et ancien adepte du mouvement.

Un gigantesque patrimoine financier

Bien avant les funérailles grandioses qui ont rassemblé ce samedi des milliers de fidèles du monde entier dans le sanctuaire de Gapyeong, la guerre a commencé entre les 14 enfants du prolifique révérend. Le troisième du nom a traîné en justice sa propre mère Han Hak-Ja, en l’accusant de subtiliser l’héritage évalué à deux milliards de dollars. Le fils de 43 ans a fondé sa propre branche séparatiste et n’accepte pas d’avoir été écarté de la course à la succession par son père.

· L’enjeu est de taille puisque la secte est à la tête d’un empire spirituel estimé à 3 millions d’adeptes à travers le monde qui s’adosse à un gigantesque patrimoine financier évalué à deux milliards de dollars, incluant des parcs d’attractions, un hôtel à New York, un quotidien américain, le Washington Times, des stations de ski ou encore une usine d’armement.

Samedi, ces luttes intestines seront habilement évacuées du devant de la scène pour offrir un spectacle haut en couleur et en émotions diffusé en direct sur les télévisions du monde entier. Outre les fidèles coréens, 15.000 « moonies » viendront de 85 pays célébrer « l’ascension » du « messie » qui fonda le mouvement en 1954, après avoir eu une vision de Jésus-Christ, lui demandant de « finir le travail ».

L’Église de l’unification est passée maître dans l’art d’orchestrer des cérémonies grandioses, à l’image des mariages collectifs qui ont fait sa légende, ­rassemblant parfois jusqu’à 80.000 per­sonnes dans des stades gigantesques. La liste des VIP illustre l’influence politique tous azimuts d’un mouvement qui tenta même de réconcilier les deux Corées. On y trouve un sénateur américain, un ancien président albanais, ou un ministre népalais sans oublier quelques mili­taires. L’un des héritiers s’est même rendu cette semaine à Pyongyang pour recevoir les condoléances de la Corée du Nord, où des membres de la secte pilotent une usine automobile. En dépit des larmes des fidèles qui vouaient au révérend un culte de la personnalité sans faille, les déchirements de la famille Moon menacent l’avenir d’un mouvement qui a connu son heure de gloire lors de la vague « peace and love » des années 1960-1970, et connaît depuis un lent déclin. « Une majorité des membres estiment que le comportement éthique de la famille n’est pas à la hauteur de l’idéal affiché », explique Breen.

Un premier scandale avait éclaté en 1998, lorsque la femme du premier fils des Moon, mariée par le révérend à l’âge de 15 ans, avait révélé les frasques de son mari, drogué, violent, dans un livre au vitriol, Dans l’ombre des Moon. La disparition du patriarche laisse les héritiers en première ligne. « L’Unificationisme pourrait se maintenir comme une “petite” religion ; mais c’est peut-être aussi le début de la fin », juge Breen.

source : Le Figaro

le 15/09/2012

Par Sébastien Falletti

http://www.lefigaro.fr/international/2012/09/14/01003-20120914ARTFIG00816-pas-de-quartier-entre-les-heritiers-de-moon.php