Philippe Parquet : « Les sectes forment des petits groupes moins détectables »

PUBLIÉ LE 04/02/2014

Par PATRICK SEGHI – PHOTO PATRICK JAMES

Philippe Parquet, consultant et référent ministériel, travaille depuis longtemps sur les questions de dérives sectaires. Il a mis au point une grille permettant d’évaluer leur dangerosité… Entretien.

Philippe Parquet a mis au point une grille qui fait référence.

Quelle est l’évolution des mouvements sectaires aujourd’hui ?

« On connaît depuis longtemps les grandes organisations à caractère sectaire comme la Scientologie et la secte Moon. Certaines persistent et prospèrent, d’autres déclinent. Actuellement, s’adaptant à l’évolution des besoins et attentes de nos contemporains, elles se transforment et présentent des visages différents. Elles utilisent des processus, appelés quelquefois manipulations mentales, qui induisent un état psychologique original, l’emprise mentale. Cet état psychologique conduit les personnes qui en sont victimes à une dépendance sans faille à la personne ou à l’organisation qui en sont à l’origine. S’adaptant aux besoins et attentes de nos contemporains, ces organisations proposent des théories et des méthodes ayant trait à la santé et au développement personnel, au bien-être, à l’écologie et moins à des thèmes pseudo-religieux et ésotériques. Depuis plusieurs années, des personnes utilisent à titre personnel les mêmes méthodes pour induire l’emprise mentale à des fins qui leur sont propres auprès d’une ou plusieurs personnes et forment des petits groupes placés sous leur autorité. Ce changement d’échelle est très perceptible. Ceci rend moins détectable ces structures, mais en augmente le caractère nocif. Ces groupuscules asservissent les personnes, induisent des dommages et coupent les victimes de leur famille, de leurs activités professionnelles et de la société. Cela conduit même celles-ci à commettre des actes dommageables voire répréhensibles qu’elles n’auraient pas commis antérieurement. »

Comment reconnaître une emprise sectaire ?

« Pour pouvoir reconnaître une emprise sectaire, il convient de la caractériser afin de l’identifier avec rigueur et de ne pas imputer à tort un changement d’attitude et de comportement, qui pourrait avoir d’autres origines comme une pathologie mentale, un trouble de la personnalité ou la réaction à une perturbation survenue dans la vie d’une personne. C’est pourquoi il faut retrouver au moins cinq des neuf critères pour pouvoir affirmer qu’il existe une emprise mentale. Ces critères sont de deux ordres : les uns concernent l’état psychologique, les autres concernent les processus et les méthodes utilisées. »

Vous avez mis en place une grille très précise.

« L’emprise mentale est habituellement caractérisée par neuf critères, dont cinq doivent être retrouvés pour porter le diagnostic. Ils sont :

1 Rupture imposée avec les modalités antérieures des comportements, des conduites, des jugements, des valeurs, des sociabilités individuelles, familiales et collectives ;

2. Occultation des repères antérieurs et rupture dans la cohérence avec la vie antérieure et acceptation par une personne que sa personnalité, sa vie affective, cognitive, relationnelle, morale et sociale soient modelées par les suggestions, les injonctions, les ordres, les idées, les concepts, les valeurs, les doctrines imposées par un tiers ou une institution, ceci conduisant à une délégation générale et permanente à un modèle imposé ;

3. Adhésion et allégeance inconditionnelle, affective, comportementale, intellectuelle, morale et sociale à une personne ou à un groupe ou à une institution : ceci conduisant à une loyauté exigeante et complète, une obéissance absolue, une crainte et une acceptation des sanctions, une impossibilité de croire possible, de revenir à un mode de vie antérieur ou de choisir des alternatives étant donné la certitude imposée que le nouveau mode de vie est le seul légitime ;

4. Mise à disposition complète, progressive et extensive de sa vie à une personne ou à une institution ;

5. Sensibilité accrue dans le temps aux idées, aux concepts, aux prescriptions, aux injonctions et ordres à un « corpus doctrinal » avec éventuellement mise au service de ceux-ci dans une démarche prosélyte ;

6. Dépossession des compétences d’une personne avec anesthésie affective, altération du jugement, perte des repères, des valeurs et du sens critique ;

7. Altération de la liberté de choix ;

8. Imperméabilité aux avis, attitudes, valeurs de l’environnement avec impossibilité de se remettre en cause et de promouvoir un changement ;

9. Induction et réalisation d’actes gravement préjudiciables à la personne, actes qui antérieurement ne faisaient pas partie de la vie du sujet. Ces actes ne sont plus perçus comme dommageables ou contraires aux valeurs et au mode de vie habituellement admis dans notre société. »

Comment assurer la prévention ?(…)

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