Pour les soigner, le thérapeute poussait ses «patientes» au sadomasochisme

Ce matin s’ouvre devant les assises de la Haute-Garonne le procès de Francis Becquet, pseudo-thérapeute et vrai partisan du « sexe libre » et des pratiques sado-maso. Deux « patientes » ont déposé plainte contre lui. Un procès sulfureux à huis clos.

Huit ans de procédure, un homme accusé de « viols » et d’acte de torture et barbarie qui a passé seulement sept mois en détention, un accusé paraplégique absent pour « raisons médicales », deux autres accusés, des femmes dont l’une aurait pu aussi se trouver sur les bancs des parties civiles… Le dossier qui va s’ouvrir ce matin pour viols et actes de torture et de barbarie devant la cour d’assises de la Haute-Garonne sort de l’ordinaire. Et pas seulement pour les orgies sexuelles qui vont être exposées et détaillées aux jurés.

L’affaire éclate en 2004 quand les gendarmes de la brigade des recherches de la compagnie Saint-Michel poussent les portes d’un « donjon », au cœur de Toulouse pas très loin du palais de justice. En sous-sol, la salle est entièrement équipée pour les pratiques sadomasochistes : croix de saint André, chaînes, menottes, fouets… Les enquêteurs soupçonnent un psychiatre pratiquant le bouddhisme, Francis Becquet aujourd’hui âgé de 61 ans. Une de ses patientes a dénoncé ses pratiques « particulières ». Sans même caricaturer, ses thérapies réunissaient des séances de parole et des séances beaucoup plus pratiques, très sexuelles, où l’humiliation du corps permet de le libérer… « Incroyable foutaise ! », s’agace un avocat.

Comment comprendre que des femmes intelligentes, certaines universitaires, se soient laissées entraîner pendant des mois à des séances où elles étaient insultées, fouettées, humiliées, contraintes à pratiquer des fellations, à subir différentes pénétrations par des godemichés ou à satisfaire les besoins sexuels de différents partenaires ? « Francis Becquet assurait une réelle domination sur ces femmes », estime Me Laurent De Caunes qui défend une des victimes partie civiles, la deuxième étant soutenue par Me Jean-Luc Forget. La justice parle même de domination à caractère sectaire.

La notion enrage Me Simon Cohen qui défend le principal accusé. « Déjà, soit nous sommes en présence d’une secte, d’un gourou, soit elle n’existe pas. Ensuite jamais je n’ai vu un gourou pratiquer dans un night-club, ou tantôt chez lui, ou tantôt chez un autre ! Où est la communauté de vie, où est la contrainte ? La justice parle de secte mais en réalité, ce qui est reproché dans ce dossier tient de l’ordre moral. Il s’agit de réprobation morale. »

Où s’arrête le consentement, où commencent les contraintes, les viols ? Me Cohen affirme que d’autres « patientes » de Francis Becquet témoignent avoir trouvé leur équilibre, un mieux-être, via ces séances sexuelles où la contrainte du « maître » s’est exercée avec la même force que vis-à-vis des deux parties civiles. Les victimes constituées sont des femmes qui traversaient des périodes très difficiles de leur vie. Les experts psychiatres qui les ont examinées parlent « de détresse psychologique ». Deux accusées, défendues par Mes Reynaud-Emard et Boguet jouaient dans ce contexte si particulier parfois les maîtresses dominatrices, parfois les victimes. Francis Becquet a-t-il profité de tout ça ? La justice le soupçonne, lui qui n’a jamais effectué la moindre étude de médecine ou de psychologie. Psychiatre d’opérette, il aurait en revanche prospéré avec ses « thérapies » et se serait constitué un patrimoine important.

Sous la présidence de Michel Huyette, les jurés ont sept jours pour se forger une intime conviction. L’avocat général Pierre Bernard prendra les réquisitions. Verdict attendu vendredi prochain. Les avocats des parties civiles vont demander le huis clos.


Handicapé, un accusé jugé à part

Paraplégique mais sexuellement très actif, Alain Monte, 51 ans, ne peut pas supporter de longues journées d’audience. Son cas a donc été disjoint et il ne sera pas jugé avec les trois autres accusés. « Cela porte atteinte au droit à un procès équitable » selon Me Simon Cohen. Ce matin, l’avocat va donc réclamer un renvoi du procès pour « que tous les accusés soient placés sur le même plan d’égalité. Tous doivent être traités de la même manière », argumente le défenseur. Un argument de droit qui ne cache pas un intérêt de fond : comment un homme paralysé peut-il exercer des contraintes ?

source : la dépêche par .fr vendredi 22 mars 2013 par Jean Cohadon

Relayé par le C.C.M.M.