Première apparition publique du présumé « gourou »

LIBOURNE (Gironde), 10 mai 2011 (AFP) – Pour sa première apparition publique, Thierry Tilly, le présumé « gourou » des reclus de Monflanquin, une famille d’aristocrates séquestrés pendant des années, a été condamné mardi par le tribunal de Libourne à 6 mois de prison ferme pour outrages à magistrat.Le tribunal, en le condamnant à huit mois de prison, dont deux assortis d’un sursis et mise à l’épreuve de deux ans et d’une interdiction d’entrer en contact avec la victime, est allé au-delà des réquisitions du procureur Jean-Pierre Buffoni qui avait dénoncé des « faits particulièrement graves » et réclamé huit mois, dont quatre avec sursis assortis des mêmes modalités.

Le condamné, qui comparaissait détenu et assurait seul sa défense, devra aussi payer un euro de dommages et intérêts.

Silhouette étriquée et voix fluette, cheveux châtains et raie sur le côté, pull marron et pantalon beige, M. Tilly, 47 ans, a fait son entrée vers 15H45 dans la salle correctionnelle. C’était la première fois depuis son arrestation en octobre 2009 qu’il apparaissait en public.

Le temps d’une audience d’une demi-heure, il a donné un aperçu de sa personnalité, entre suffisance, agressivité et phrases méprisantes décochées d’un ton dédaigneux. A peine arrivé à la barre, il déclare ne pas souhaiter s’exprimer — »cela vous évitera de perdre du temps. Etant en mauvaise compagnie… »— et retourne s’asseoir.

Colère du président Gérard Denard : « Revenez à la barre ! Vous êtes à la disposition du tribunal ! ». « On peut dire ça… », glisse le prévenu, en s’exécutant. Il a encore décoché quelques remarques acerbes à l’encontre du tribunal et de la justice, qualifiant l’audience de « mascarade ».

Il comparaissait pour avoir adressé, du 1er avril au 30 juin 2010, une vingtaine de courriers à l’un des deux juges d’instruction en charge du dossier des reclus de Monflanquin, Stéphane Lorentz, représenté à Libourne par son avocate, Me Marjorie Rodriguez.

M. Tilly, qui nie les faits, est mis en examen dans ce dossier pour escroquerie, abus de faiblesse, extorsion de fonds, séquestration avec actes de torture et de barbarie.

Dans ces missives, dont des extraits ont été lus à l’audience par M. Denard, le présumé « gourou » traite notamment le juge de « belle m… » et de « petit télégraphiste » doté d’un « appétit d’autorité sans limite ».

Selon lui, le magistrat, qui n’instruit plus le dossier mais qui continue selon Me Rodriguez à recevoir des lettres du prévenu, souffrirait encore d’un « profil retors et égocentrique » et d’un « état psychiatrique défaillant ». Le présumé « gourou » le menace également de « sanctions » et d’une « arrestation prochaine ». « Vous prenez des extraits, vous décadrez, c’est de la malhonnêteté », proteste M. Tilly.

A l’énoncé du jugement, il lance au président : « Je vous remercie pour cette condamnation. Cela nous donnera l’occasion de nous retrouver devant la Cour européenne des droits de l’homme », accusant le tribunal d’être « juge et partie ».

Par ailleurs, dans le dossier proprement dit des reclus de Monflanquin, la cour d’appel de Bordeaux a confirmé mardi la détention de M. Tilly.

A l’automne 2001, onze membres d’une famille aristocratique du Lot-et-garonne, les Védrines, alors âgés de 16 à 86 ans, se sont coupés du monde pour vivre reclus dans leur propriété de Monflanquin (Lot-et-Garonne) où ils resteront jusqu’en 2008, date à laquelle certains rejoindront à Oxford (Grande-Bretagne) Thierry Tilly.

Ce dernier est soupçonné de les avoir manipulés et séquestrés.

En huit ans, les Védrines ont été dépouillé de leurs biens. Le préjudice, dont M. Tilly pourrait avoir bénéficié, est estimé à environ 4 millions d’euros. Trois personnes sont mises en examen dans ce dossier. source : Damien STROKA AFP