Procès des reclus de Monflanquin : « Je protège la famille de la reine d’Angleterre ! »

Le procès en appel a débuté lundi à Bordeaux. Thierry Tilly, le « gourou » présumé, seul prévenu à la barre, s’engage dans une défense de rupture

Thierry Tilly lors de l’ouverture du procès, le 27 septembre dernier à Bordeaux.

Thierry Tilly lors de l’ouverture du procès, le 27 septembre dernier à Bordeaux. (Archives Fabien Cottereau)

Je suis agent de la DGSE. Je peux le prouver. J’ai été pilote de chasse. J’ai dissous le 1er RPIMA. Je suis double champion olympique. J’ai aussi été footballeur professionnel. Le juge d’instruction a usurpé mon identité pour jouer au foot à Sochaux. Je suis prince d’Iran. Prince de Jersey. J’ai fait l’ENA. J’ai vu mourir de Gaulle. J’ai fait l’école nationale de la magistrature. Je suis docteur en droit, agrégé de lettres. Je suis préfet indisponible. Je suis le père du président du PSG. Dans un train, j’ai fait match nul avec Kasparov aux échecs. Je suis l’homme le plus riche de France. Liliane Bettencourt est ma grand-tante. J’ai été commissaire de police. François Mitterrand est un ami personnel. Je ne suis pas un plaisantin, Monsieur le président. C’est une question d’éducation. Je suis de la famille des Windsor.

Dans le jargon judiciaire, on appelle ça « colorer un dossier ». Un art dans lequel Thierry Tilly, qui comparait depuis hier devant la cour d’appel de Bordeaux pour avoir maintenu sous son emprise et dépouillé de ses biens la famille de Védrine, de riches aristocrates Lot-et-Garonnais, excelle. Quitte à épuiser l’auditoire, ce qui est sans doute son but. À chaque question qui fâche, laissant penser qu’il pourrait être le bâtisseur machiavélique d’une prison de verre au sein de laquelle 11 membres de l’aristocratie protestante ont vécu reclus pendant plus de dix ans, Thierry Tilly se bunkerise, un sourire aux lèvres, derrière un CV et un arbre généalogique que n’auraient pas renié les adeptes de Dada.

Dans le box des prévenus, Thierry Tilly évite ainsi d’entrer dans un dossier qu’il connaît sur le bout des doigts. Et tandis que président Michel Barailla détaille l’arrivée de Thierry Tilly dans une famille qui va peu à peu se déposséder à son profit d’une partie de sa fortune, vivant soudainement dans une peur panique des francs-maçons, le prévenu ne tarde pas à dévoiler les axes de sa défense. Une défense que l’on pourrait résumer ainsi : faire la fête des Védrine ! « Ces gens-là passaient leur temps à se battre entre eux. Je n’étais qu’un conseiller, ce n’est pas moi qui prenais les décisions. C’est eux qui ont instauré ce climat de psychose entre eux ».

Mention spéciale pour Jean Marchand, l’époux de Ghislaine de Védrine et qui avait le premier dénoncé l’emprise du soi-disant agent secret sur la famille. « Il a menacé de mettre en branle ses réseaux. Il leur a fait du chantage. C’est lui qui a installé cette paranoïa. » Selon l’instruction, en retour, Thierry Tilly aurait prodigué ses conseils avertis pour exclure le récalcitrant du clan. Un clan pour lequel il ne semble manifester aucune compassion et dont il se réclame pourtant… de la même famille. « C’est la branche difficile de ma famille », assure-t-il martelant que depuis l’affaire « je ne peux plus entrer à Buckingham ».

« Avec une telle lignée, depuis trois ans, vous n’avez pourtant reçu aucune visite », remarque Me Picotin pour la partie civile. « Je protège ma famille », répond du tac au tac le prévenu. « Mais quelle famille ? », rebondi Me Martial toujours pour la partie civile. Lui: « Allons, vous l’avez très bien compris : la famille royale d’Angleterre! »

Hormis s’offrir un baroud d’honneur, Thierry Tilly cache-t-il une stratégie plus subtile à travers cette attitude de rupture exacerbée ? Me Martial le croit: « Ne voudriez-vous pas nous amener à l’idée que vous êtes tellement menteur, tellement mythomane que si on décide de vous suivre, c’est qu’on le veut bien ? »

Source : http://www.sudouest.fr/2013/04/23/je-protege-la-famille-de-la-reine-d-angleterre-1033069-3609.php#xtor=EPR-260