Quand les enfants souffrent de leur arbre généalogique

 

PARIS, 3 sept 2012 (AFP) – Ils ont entre 6 et 11 ans, on pourrait les croire insouciants comme tous les enfants de leur âge. Mais ils souffrent des « péchés graves » de leurs aïeux et il leur faut purifier leur arbre généalogique. D’où l’idée née dans l’esprit du père bénédictin Joseph-Michel Lemaire, issu de la communauté des Béatitudes, de créer en 2003 la « Maison d’Abba », où, lors de retraites, les enfants prient pour la « délivrance » de ces maux héréditaires et de leurs influences maléfiques.Dans son « Livre Noir », le Collectif CCMM des victimes et familles de victimes du psycho-spirituel reproduit le questionnaire « confidentiel » adressé aux parents souhaitant inscrire leur progéniture à une retraite à la Maison d’Abba.

Où il est demandé notamment : « Y-a-t-il chez vos ascendants suicides, magie, sorcellerie, alcoolisme, appartenance à la franc-maçonnerie, esprit de violence, athéisme, spiritisme, magnétisme, voyance ?

La conception a-t-elle été précédée d’une fausse couche ou d’un avortement ? La vie intra-utérine (grossesse) a-t-elle été paisible ? Difficile ? Sujette à des tensions conjugales ? Assombrie par une catastrophe naturelle (incendie, inondations, tempête …)

L’enfant est-il né le cordon autour du cou, par césarienne, accouché au forceps, placé en couveuse ? Le père était-il absent à la naissance ?

S’ensuit une longue demande de renseignements sur les difficultés relationnelles de l’enfant, son tempérament – « anxieux, jaloux, colérique, désobéissant, désinvolte (m’en foutisme) » -, ses problèmes : énurésie, phobies…

On en vient, comme toujours au chapitre des « guérisons intérieures », aux « blessures de la sexualité ». L’enfant a-t-il été confronté à la pornographie ?

Autres éléments d’importance pour la « Maison d’Abba » : a-t-il joué aux Pokémons, à des jeux de stratégie, est-il passionné par Harry Potter ?

Autant de questions, autant de réponses « déterminantes » quant aux « blessures ».

Dans un document confidentiel réservé aux évêques, il y a 18 mois, le psychiatre Bertrand Guiouillier s’érigeait contre la recherche abusive du traumatisme dans les pratiques de « guérison intérieure ».

« L’émotion transmise in utero est surestimée et figée, ne laissant pas place à une évolution adaptative, vivante. La distinction entre l’enfant imaginé, fantasmé par la mère, et l’enfant réel n’existe pas ».

En outre, écrivait-il, « on n’échappe pas à sa destinée. Il n’y a place ni pour des phénomènes de résilience, ni pour des évolutions positives de sorties de crises humaines (…) Il est fait appel à un dieu magique qui viendrait gommer les imperfections humaines ».

Dans une vidéo, Alain, un ancien membre de la communauté charismatique des Béatitudes, ayant lui-même participé à ces séances de guérison sur les enfants, lance un cri d’alarme aux parents : « Je vous en prie, n’entrez pas dans ces trucs-là. Surtout n’y conduisez pas vos enfants. C’est une vraie arnaque ! ».source : 03/09/2012 07:38:16 GMT+02:00 #717369 DVBP 373 OET02 (4) AFP (489)