Quand les faux voyants sont de vrais voyous…

Un jeu de tarot divinatoire.
Un jeu de tarot divinatoire. – KROD/WPA/SIPA
* Audrey Chauvet

«Une industrie de la détresse humaine»: voilà comment sont qualifiés les escrocs de la voyance par l’Institut national des arts divinatoires (Inad). Car dans le monde de la voyance, il y a les voyants qui ont pignon sur rue, dont les tarifs sont affichés et les prestations clairement définies, et les autres: plateformes internet ou numéros de téléphone en 08, nombre d’arnaques exploitent le filon de la divination. A l’occasion du salon Parapsy, qui débute ce mercredi à l’espace Champerret (Paris XVIIe), 20 Minutes a tenté d’y voir clair dans les comptes des voyantes.

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«Vous êtes cocu, tout le monde est au courant!»

«La voyance a pris un tel essor que n’importe qui peut s’intituler médium, déplore Youcef Sissaoui, président de l’Inad. Nous constatons des escroqueries par milliers tous les mois.» Sur le site de l’Inad, les témoignages sont nombreux: «La consultation aurait duré plus de 30 minutes et s’élevait à 109,50 euros», «Elle m’assène le coup de grâce: « Vous êtes cocu, tout le monde est au courant! »» ou encore «J’ai à nouveau consulté Emeraude qui m’a raccroché le téléphone au nez, me disant que j’étais un « cas lourd »». Pour Youcef Sissaoui, il faudrait réglementer l’exercice de la profession de voyante pour éviter les arnaques financières et les dommages psychologiques: «Certaines plateformes font appel à des mentalistes, des manipulateurs professionnels qui aggravent le problème des gens désespérés et les rendent accros à la voyance.»

L’addiction est un problème de plus en plus fréquent, témoigne Gina, cartomancienne. Mais elle assure qu’elle «ne la pratique pas»: «J’ai déjà dit à des clients de ne pas revenir avant un certain temps.» Gina reconnaît être «entourée de beaucoup de charlatans»: «Les travaux occultes, comme le désenvoûtement, sont de grosses arnaques, mais des gens désespérés sont prêts à payer très cher pour ça.»

La bonne voyante est-elle celle qui ne voit pas?

«Certains se sont lancés dans la voyance pour devenir riches», renchérit Soraya, voyante médium. C’est le cas de Rose-Anne Vicari, ancienne voyante, qui reconnaît s’être lancée dans l’activité pour sortir de la précarité. «On peut très bien gagner sa vie en exerçant la voyance, affirme-t-elle. Il y a des gens à qui on extorque des centaines de milliers d’euros.» Dans son livre Confessions d’une voyante, cette repentie raconte comment elle a gagné jusqu’à 2.000 euros par mois, «plus ou moins déclarés», en «répétant des automatismes»: «J’ai mis environ un an à m’apercevoir que je n’avais pas de don mais simplement de l’empathie qui me permettait de cerner les gens», confie-t-elle. Dès lors, elle estime que toute voyance devrait être interdite et relève de l’arnaque: «Les voyantes peuvent être nocives par l’influence qu’elles ont sur les consultants.»

A l’Inad, on refuse l’amalgame entre les «voyances gratuites» et les cabinets «sérieux»: «Une consultation doit varier autour de 1 heure en cabinet et coûter environ 80 euros», précise Youcef Sissaoui, qui propose aux voyants de signer une charte de déontologie. Parmi ses clauses, on y trouve l’interdiction de «faire état de certitudes, de garantir la réalisation certaine d’événements ou la justesse des prédictions». Une voyante honnête serait-elle une voyante qui ne voit pas? «La crédibilité s’acquiert en disant « Je ne sais pas », estime Gina, dont les tirages coûtent 60 euros mais qui propose aussi la formule une question à 15 euros.  On ne gagne pas bien sa vie en étant voyant, car nous sommes très nombreux.»

«J’ai déjà dit à des clients d’arrêter de consulter car ils ne pourraient plus payer leur loyer», confie Soraya, qui facture 70 euros l’heure de consultation. «Ce prix est justifié par le temps passé avec la personne». Comme Claude Alexis, qui a lancé la webtélé RTV-voyance.com, elle ne fait pas faire payer les gens en grande difficulté. Mais se faire connaître via un site internet ou une émission de télé est crucial pour trouver de nouveaux clients. «Mieux vaut se fier au bouche-à-oreille plutôt qu’aux publicités racoleuses, conseille Soraya. Une voyante ne pose pas de questions et sait mettre les formes pour annoncer ce qu’elle voit.» Un talent psychologique qui a un prix.

Source : 20mn