« Reclus de Monflanquin » : le procureur demande le maximum

Dix ans de prison ont été requis hier jeudi contre Thierry Tilly, poursuivi pour abus de faiblesse sur dix des membres de la famille Védrines

Thierry Tilly est poursuivi pour abus de faiblesse.

Thierry Tilly est poursuivi pour abus de faiblesse. (photo Fabien Cottereau)

Se taisant quasiment pendant toute la durée du procès, le procureur Pierre Bellet est sorti jeudi de son silence. Au détriment des deux prévenus, Thierry Tilly et Jacques Gonzalez. À l’encontre du premier, décrit comme le responsable de la manipulation mentale, le magistrat a réclamé dix ans de prison. Soit le maximum encouru pour les faits d’abus de faiblesse, de séquestration et de violences volontaires sur la personne de Christine de Védrines qui lui sont reprochés.

« Enfermement psychique »

Pour Jacques Gonzalez, dispensé d’audience compte tenu de sa santé dégradée, le curseur a été ramené à cinq ans de détention, dont un avec sursis. Ce retraité, aujourd’hui amputé des deux jambes, a mené grand train pendant des années en s’appropriant le 1,5 million d’euros issu de la vente du patrimoine de cette famille d’aristocrates. Mais, selon le procureur, même si Thierry Tilly le présentait comme son « patron », il ne peut en aucun cas être considéré comme l’instigateur de cet « enfermement psychique ».

Dans son box, Thierry Tilly accueille sans broncher les réquisitions. Elles surviennent au terme d’une rude journée où il a passé l’essentiel de son temps à fixer ses chaussures et le tableau monumental représentant un Christ en croix accroché au-dessus des juges. Pendant près de sept heures, les cinq avocats des dix membres de la famille Védrines, qui siègent sur les bancs des parties civiles, et le procureur l’ont dépeint sous les traits les plus noirs.

Implacable, l’Agenais Me Édouard Martial assortit chaque volet de sa démonstration d’un qualificatif sonore : « Menteur, mythomane, pervers… » Abondance de preuves ne nuit pas forcément. Mais, s’il fallait en retenir une, l’avocat choisirait sans doute l’épilogue de ce huis clos de dix ans.

En 2009, après l’arrestation de Thierry Tilly en Suisse, certains des plaignants continuent à rester obstinément cloîtrés à Oxford, en Angleterre. Avec la peur pour seule compagne.

C’est son confrère, le Girondin Me Daniel Picotin, escorté par deux psys, qui les libèrent au terme d’une singulière opération commando lancée avec l’aval du bâtonnier du barreau de Bordeaux.

Président d’Infosectes Aquitaine, l’homme de robe force parfois un peu la note. « Thierry Tilly est à la manipulation mentale ce que Léonard de Vinci est à la peinture. » Mais il plaide le dossier de sa carrière, celui, espère-t-il, qui permettra bientôt aux parlementaires de faire entrer l’emprise mentale dans le Code pénal.

« Tortionnaire »

Pour l’heure, la loi de 2001 reconnaît que l’abus de faiblesse peut survenir lorsqu’une personne se trouve en état de sujétion psychologique résultant de l’exercice de pressions graves ou de techniques propres à altérer son jugement. « Thierry Tilly a touché l’inconscient et l’affectif, insiste Me Picotin. Avec le jeune Amaury, il a été très loin, l’amenant même aux portes de la folie » (retrouvez son témoignage ici).

Dans la salle, le jeune homme a bien du mal à retenir ses larmes quand d’autres rappellent son calvaire. Neuf mois, claquemuré dans un bureau londonien désert qu’il devait protéger contre une prétendue agression extérieure.

Le supplice de Christine de Védrines a aussi marqué les esprits. Des jours et des jours à rester assise sur un tabouret face à un mur et dos à son mari, son beau-frère et sa belle-sœur la suppliant de révéler l’endroit où était dissimulé le trésor de la fratrie. Il s’agissait peut-être de convaincre les Védrines de vendre leur dernier bijou de famille, le château de Martel, à Monflanquin, en Lot-et-Garonne. « Ce sont des méthodes de tortionnaire qui rappellent une autre époque », tonne Me Benoît Ducos-Ader.

Le procureur Pierre Bellet n’accorde pas à Thierry Tilly l’once d’une circonstance atténuante. « Il s’est introduit dans le clan, a appris à connaître chaque membre de la famille et il a fait naître la terreur. » Les couples divorcent, la fille dépose plainte contre sa mère pour agression sexuelle… « C’est un serpent qui se love dans le cerveau », conclut le procureur. Une comparaison que Me Alexandre Novion, l’avocat du gourou présumé, ne pourra difficilement évacuer aujourd’hui au moment où il s’efforcera de remonter une pente bien abrupte.

Source : http://www.sudouest.fr/2012/10/05/le-procureur-demande-le-maximum-840502-7.php