Saint-Pé-de-Bigorre. Dérives sectaires ou épanouissement personnel ?

Publié Le 24/04/2013 à 07:43

tribunal

Un procès pas comme les autres ? Sans doute. D’entrée de jeu, l’avocat de l’un des prévenus, un ténor du barreau de Paris, a tenté de faire capoter la procédure, au motif que «l’enquête préliminaire a duré plus de 5 ans, ce qui n’est pas de nature à garantir un procès équitable». C’est que l’affaire est un peu particulière, puisque Michel M. et Marie H, qui gèrent, non loin de Saint-Pé, un centre où se tiennent «des stages d’épanouissement personnel», sont accusés, disons-le, de dérive sectaire et d’incitation à la consommation de stupéfiants, en l’espèce l’ayahuasca. Les mêmes faits, peu ou prou, leur avaient été reprochés en 2005, ils avaient alors bénéficié d’un non-lieu.

Tous les deux s’en défendent. Non, ils n’ont pas poussé leurs stagiaires à se rendre au Pérou, fréquenter un centre appelé Takiwasi, animé par un médecin à la sulfureuse réputation… S’ils y ont été, c’est de leur plein gré. En revanche, Michel s’y est rendu, il l’avoue tout naturellement, et oui, il a écrit un livre sur l’ayahuasca. «Mais j’étais alors mandaté par l’hôpital de Pau, dont j’étais le responsable du service psychiatrie. J’ai expérimenté l’ayahuasca, qui permet des «visualisations mentales» parce qu’il a été étudié en tant que médicament. À l’époque, il n’était pas classé comme stupéfiant. Après tout, on parle bien de la morphine…»

Certes, mais à l’époque, il ouvre un site internet où l’ayahuasca est présenté, site fermé depuis… «La frontière entre incitation et information est tenue», fait-il remarquer.

N’empêche, pour Mme le procureur, les liens existent bien entre le centre d’épanouissement bigourdan et le centre péruvien. «Plusieurs personnes sont en lien et font la promotion de ces «cures» à l’ayahuasca.» Mais sans en apporter réellement la preuve… Aussi, une simple amende de 5.000€, dont 2.500 avec sursis, a été requise pour chacun des deux prévenus.

Du caviar pour la défense, qui a plaidé, sans hésitation, la relaxe. «Le parquet a été instrumentalisé par un homme, dont la fille avait été suivie en psychiatrie par ma cliente, qui leur a littéralement pourri la vie, les a accusés d’être des gourous, des chamans», a vociféré l’avocat parisien, «ce dossier est vide, c’est de la calomnie pure et simple, d’ailleurs nous allons contre-attaquer et demander des indemnités». Même discours chez Me Sagardoytho : «On dirait le continuum d’un premier procès perdu, nous sommes dans un conflit de personnes, et rien d’autre. On accuse mon client d’avoir fait l’apologie de l’ayahuasca, mais dans la moindre librairie, on trouve dix livres qui y sont consacrés !» Et de les produire à la barre, avant de les proposer au tribunal… «Nous allons également attaquer ce monsieur en calomnie.»

Le tribunal a tranché et a prononcé la relaxe pure et simple pour les deux prévenus. Mais rien ne dit que l’affaire soit définitivement close…

Christian Vignes