Scientologie. Comment elle prospère

19 janvier 2014

Fondée en 1954 par l’Américain Ron Hubbard, l’Eglise de scientologie revendique aujourd’hui huit millions d’adeptes et affirme être présente dans 165 pays. Comment expliquer un tel succès ? Plongée dans les arcanes d’une institution où argent et spiritualité font bon ménage.

« 5, 4, 3, 2, 1. Effacez. Vous pouvez ouvrir les yeux. » De sa voix grave, Kerry annonce que la séance est finie. Pour la première fois en trois heures, la lumière jaune du plafonnier en plastique remplace la pénombre des paupières. Pendant plus de trois heures, il a écouté la même histoire. Inlassablement, il a répété : « A ce moment-là, qu’avez-vous ressenti ? Vous souvenez-vous d’une odeur, d’une image ? » Kerry est scientologue. Pas besoin d’un badge : costume noir, chemise blanche et cravate crème suffisent. Il porte cet uniforme tous les jours depuis 35 ans. Il fait partie de la Sea Organization, l’élite de la scientologie. « Vous souvenez-vous de tout ce qui vient de se passer ? », demande-t-il. « C’est une sorte d’hypnose, parfois, les gens oublient. » L’analyse s’arrête là. Suivant les principes de la scientologie, Kerry ne tente pas d’interpréter ce qu’il vient d’entendre. Il se lève et ouvre la porte sur un long couloir.

Un « goulag » pour les mauvais éléments

Dehors, la peinture bleue, qui vaut au bâtiment son surnom de « Big Blue », luit sous le soleil californien. Aucune trace de l’agitation de Sunset Boulevard, où le siège mondial de l’Église s’est implanté.Difficile de croire qu’à seulement quelques mètres, des hommes et des femmes sont consignés dans leur chambre, surveillés 24 heures sur 24. « J’étais enfermé dans une pièce avec un autre homme, qui avait la clé de la porte. Je ne pouvais pas sortir. » Chuck Beatty est un revenant. Ce sexagénaire, qui vit à Pittsburg, a passé 27 années au service de la scientologie. « On se levait à 6 h 10 du matin, on prenait le petit-déjeuner, puis on faisait de la pseudo confession-thérapie », se souvient-il. 150 à 200 personnes grouillent dans les parties inférieures du bâtiment bleu. C’est le RPF, le Rehabilitation Project Force. Les anciens de la scientologie y décrivent un « goulag » réservé aux mauvais éléments, hors de la vue des curieux. Pas de téléphone, pas de radio. Aucun contact avec l’extérieur. « Parfois des personnes veulent partir. Elles sont arrêtées physiquement ou quelqu’un est chargé de les suivre dans Los Angeles, et de les ramener. » À l’accueil du siège, Heather offre son plus beau sourire. Elle ne doit pas avoir plus de 25 ans. « Alors, comment c’était ? Pas trop dur ? » Le claquement de ses hauts talons résonne dans le hall ultramoderne. C’est ici que les nouveaux venus sont accueillis. Tiré sur papier glacé, le portrait de Ron Hubbard, père fondateur du culte décédé en 1986, semble veiller sur sa progéniture. « Si vous sentez que vous avez besoin d’aller mieux, la première étape c’est le cours de communication. » C’est donc cela, l’hameçon. La promesse de surmonter des souvenirs douloureux pour atteindre l’épanouissement personnel et professionnel. « Ils sont entraînés à recevoir les nouvelles recrues », affirme Chuck Beatty, qui sait de quoi il parle : il a lui-même créé les modes d’emploi utilisés pour recruter.

De l’art de convaincre les réfractaires(…)

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