Scientologie : Le livre de révélations de Lawrence Wright qui fait le buzz aux Etats-Unis

Lawrence Wright tente d’expliquer dans son nouveau livre pourquoi tant de personnes, et de célébrités – de Tom Cruise à John Travolta –, ne quittent pas cette Église que beaucoup considèrent comme une secte.

Révélations

Publié le 19 janvier 2013 
 Crédit Reuters

L’Église de scientologie, considérée comme une secte par certains, comme une religion par d’autres, ne cesse de fasciner et d’attirer toujours plus de monde. Livres, films, reportages s’accumulent pour essayer d’en percer les secrets. Lawrence Wright, le journaliste lauréat du Prix Pulitzer en 2007 pour son livre sur Al Qaïda, soulève dans son dernier livre « Going clear : Scientology, Hollywood & the prison of belief » l’une des questions que beaucoup se posent : « Comment des personnes rationnelles adhèrent à des croyances que les autres trouvent incompréhensibles ? Qu’est-ce que ses membres en retirent ?« . Et son livre d’agiter les critiques qui ne cessent de vanter ses qualités.

Le si bon accueil du livre, qui fait pourtant suite à d’autres ouvrages très sérieux consacrés à l’Église de scientologie, s’explique notamment par le ton mesuré de l’auteur qui soutient par exemple que les méthodes employées par la scientologie pour s’assurer des disciples ne sont ni meilleures ni pires que celles des autres religions, mais également par les nombreux secrets révélés sur les personnes qui composent l’Église de scientologie, de Tom Cruise à John Travolta en passant par les personnes moins connues mais dont l’histoire n’en est pas moins intéressante.

Lawrence Wright revient ainsi sur la naissance et la vie de son fondateur, Ron Hubbard, sur son successeur, l’autoritaire David Miscavige. Le journaliste américain révèle même que David Miscavige frappe régulièrement et sans raison ses collègues au visage ou dans d’autres parties du corps.

Parmi les nombreux méfaits « secrets » commis par la secte, Lawrence Wright rappelle notamment que des enfants travaillent pour l’Église de scientologie à plein temps, que d’autres sont enfermés dans une espèce de cave appelée « Le Trou » (« The Hole »), ou encore qu’un cadre de l’Église a été forcé par ses supérieurs de nettoyer une salle de bain avec… sa langue. Le journaliste s’attarde également plus longuement sur l’histoire de Spanky Taylor, meilleure amie de l’acteur John Travolta au sein de l’Église. Cette femme, qui critiqua assez rapidement la secte, s’est vue envoyée dans le programme de réhabilitation de l’Eglise  » The Rehabilitation Project Force  » similaire à une prison pendant que sa fille âgée de dix mois était enlevée. Le bébé a alors été enfermé avec 30 autres enfants dans la « crèche » de l’organisation, « sombre et humide tandis que les enfants ne pouvaient jamais sortir dehors » raconte Lawrence Wright. Plus tard, Spanky Taylor a pu apercevoir sa fille. « Ses yeux étaient fermés par du mucus et sa couche était trempée […]. Elle était couverte de moucherons« .

Entre maltraitances d’hommes et de femmes, trafic de personnes, et chantages, Lawrence Wright n’épargne personne dans son livre. Si ce n’est peut-être les personnes qui rejoignent l’Eglise, en subissent les conséquences.

En effet, pour pouvoir dénicher tous ces secrets, l’Américain a rencontré des dizaines d’anciens membres qui lui ont raconté tour à tour tout ce qu’on leur avait infligé. Le livre est d’ailleurs parti d’un long portrait publié il y a quelques années dans le New Yorker du scénariste et réalisateur oscarisé Paul Haggis, ancien membre de l’Église de scientologie, qui a décidé de la quitter après avoir passé 34 ans en son sein. Le scénariste du film Million Dollar Baby n’en pouvait plus de voir que la secte parlait d’homosexuels comme d’êtres qu’il fallait soigner quand lui-même était le père de deux lesbiennes.

Lawrence Wright jette ainsi un regard sympathique sur les personnes qui ont adhéré à la secte en relatant notamment « les maux infligés à ces personnes qui sont attirer malhonnêtement dans de tels groupe, pas parce qu’ils sont faibles mais parce qu’ils désirent faire le bien et vivre des vies qui ont un sens« , ce qu’on leur promet.

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Le journaliste reste donc mesuré pour mieux convaincre en dénonçant les horreurs de l’Église. Ainsi, s’il reconnaît que les membres d’une religion peuvent « croire ce qu’ils veulent« , Lawrence Wright ajoute que « c’est en revanche différent de falsifier l’Histoire, de propager des faux et de cacher des violations de droits d’hommes et femmes« . Suivant la même idée, il rejette les arguments des anti-Eglise de scientologie qui qualifie Ron Hubbard de « plus grand arnaqueur au monde ». Selon lui, « le qualifier de pure arnaque revient à oublier les caractéristiques complexes, charismatiques, délirantes, et visionnaires de l’homme qui en font pourtant tout l’attrait » pour ceux qui décident de le rejoindre.

Mais qu’est-ce qui fait alors rester tous ces gens, de Tom Cruise à John Travolta ? Si une histoire de chantage sur des preuves liées à l’homosexualité supposée de l’acteur de Pulp Fiction a été évoquée, Lawrence Wright  insiste également sur le fait que l’importance de règles rigides donne à l’Église de scientologie son attrait, qu’un attachement de longue date à la secte rend difficile un retour à la vie normale, et que les sommes énormes engendrées par le culte ne laissent pas beaucoup de place à la défiance. Et de formuler ce que beaucoup pensent de Ron Hubbard et de son énorme pouvoir comme figure théologique : « Il osait. Il était fantasque. Il pouvait facilement inventer un univers plausible et élaboré. Mais c’est une chose de rendre cet univers plausible, et une autre de le croire. C’est la différence entre l’art et la religion« .
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