Secte : Des enfants isolés de la société

«Dans à peu près tous les groupes sectaires, peu importe la croyance, il y a un dénominateur commun : les enfants sont isolés du monde», indique la chercheuse Lorraine Derocher.
«Dans à peu près tous les groupes sectaires, peu importe la croyance, il y a un dénominateur commun : les enfants sont isolés du monde», indique la chercheuse Lorraine Derocher.
Photo : Michel Caron

25 juin 2014

Sarah Saïdi

Il a 32 ans et vient de sortir d’une secte où il a passé toute sa vie. Habile de ses mains, il se trouve facilement un emploi dans la construction. Tous les jours pendant un mois, il traverse la ville de Montréal à pied pour aller travailler… parce qu’il ne comprend rien au système de transport en commun et n’ose pas demander de l’aide.

À 13 ans, elle a commencé à se prostituer pour recruter de nouveaux membres. Lorsqu’elle sort de la secte à l’âge adulte, elle continue de vendre son corps. Cette fois, c’est pour gagner de l’argent. Elle ne connaît rien d’autre… mais n’a jamais pensé qu’il s’agissait d’une pratique illégale.

Ces exemples frappants illustrent les conséquences de l’isolement social imposé aux enfants des sectes. «Dans à peu près tous les groupes sectaires, peu importe la croyance, il y a un dénominateur commun : les enfants sont isolés du monde.» Cette trouvaille est au cœur de la thèse de Lorraine Derocher, docteure en études du religieux contemporain et chargée de cours à la Faculté de théologie et d’études religieuses. Sa recherche lui a d’ailleurs valu le Prix de la meilleure thèse de doctorat de l’Université de Sherbrooke dans le secteur des Lettres et sciences humaines et sociales.

L’isolement social, lorsqu’il est subi de manière grave et continue, pourrait être considéré par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) comme un motif de compromission du développement de l’enfant, puisqu’il peut alors constituer une forme de mauvais traitements psychologiques. Une secte fermée peut devenir un environnement favorable à l’isolement des enfants et, moyennant un signalement, la DPJ pourrait intervenir pour ce motif. Les recherches de Lorraine Derocher ont dénombré plus de 1000 enfants ayant grandi au sein de groupes sectaires qui ont fait l’objet d’interventions depuis les 50 dernières années.

Pour guider les travailleurs sociaux, Lorraine Derocher a déterminé trois indicateurs d’isolement social. L’enfant va-t-il à l’école à l’extérieur? A-t-il le droit de voir ses grands-parents, sa famille ou ses voisins à l’extérieur? Est-ce qu’on lui permet des visites chez le médecin? «Le niveau d’isolement peut indiquer le niveau sectaire. Plus un groupe est fermé à la société, plus son niveau de dangerosité risque d’être grand», explique-t-elle.

Les enfants des sectes ne sont pas toujours des victimes, mais lorsqu’ils le sont, les abus s’accumulent. Privés d’école, de nourriture ou d’hygiène, ils peuvent travailler comme des adultes, être violentés ou subir des sévices sexuels. «On se retrouve avec des cas de maltraitance généralisée, parfois justifiée par le discours religieux», a découvert la chercheuse. L’enfant peut ainsi penser que ces comportements proviennent de la volonté divine.

«Quand on me demande si tel groupe est une secte, je réponds toujours que ça dépend du moment où l’on pose la question et du moment où l’on prend la « photo ». Une secte est un groupe en rupture contestataire envers les valeurs dominantes de la société. À un moment donné, ses membres peuvent déraper. Certains peuvent aller jusqu’à complètement délégitimer le droit, le gouvernement.»

– Lorraine Derocher

Favoriser l’approche douce(…)

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