Sectes : dans le piège de l’endoctrinement sur Internet

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Société – Haute-Garonne

Sur internet, le prosélytisme commun à tous les mouvements sectaires devient plus performant./Photo DDM, Thierry Bordas
Sur internet, le prosélytisme commun à tous les mouvements sectaires devient plus performant./Photo DDM, Thierry Bordas

Gérard Fodor,président de l’association de défense des familles et des individus (ADFI) Midi-Pyrénées met en garde sur les nouvelles méthodes sectaires. Interview.

Quelle est la réalité de l’emprise sectaire en Haute-Garonne ?

La Haute-Garonne est marquée par le phénomène sectaire comme tous les autres départements français, avec la particularité de disposer à proximité d’espaces propices à agrémenter les discours enchanteurs. Toulouse a ainsi connu à deux reprises des rassemblements concernant le Nouvel Âge, alimentés par des conférenciers étrangers et organisés à partir de l’Ariège. À la suite de ces rassemblements de 2000 personnes environ sur Toulouse, des ateliers se sont dispersés dans les départements limitrophes, tout ceci contre argent sonnant et trébuchant. On compterait aujourd’hui, en plus d’une multitude de mouvements Nouvel Âge, souvent des petites structures, parfois éphémères, environ une dizaine d’organisations bien structurées de niveau national, voire international.

Y a-t-il une population particulièrement touchée ou vulnérable ?

Oui et non ! Personne n’est vraiment à l’abri d’une dérive sectaire car nous connaissons tous des moments de faiblesse et peut-être de recherche. Cependant les populations fragiles sont évidemment plus exposées à ce genre de peste. La loi protège depuis longtemps les populations exposées : les mineurs, les handicapés… Depuis 2001, cette protection a été étendue aux personnes adultes, même consentantes, ayant subi des préjudices attribuables à des manipulations sectaires. On constate qu’une jurisprudence se met en place autour de cette loi et certains procès récents en témoignent.

Comment se manifeste l’endoctrinement ?

Par une approche amicale, parfois même amoureuse, toujours agréable ; c’est le «love bombing». Puis, sur la confiance ainsi construite avec le recruteur, le futur adepte avance, pas à pas, parfois à son insu, dans le labyrinthe des croyances propres au mouvement sectaire. Ceci entraîne d’une façon identique à tous les mouvements sectaires une coupure radicale avec son environnement familial, professionnel… L’adepte devient un être antisocial.

Qu’est-ce qu’a changé internet ?

La communication. La virtualisation des relations qui précède ou accompagne la phase du «love bombing». Certaines sectes du type Nouvel Âge se construisent autour du Net pour se matérialiser plus tard par des rencontres physiques. Le prosélytisme, commun aussi à tous les mouvements sectaires, devient ainsi plus performant.

Comment expliquer, notamment à Toulouse, la fascination des ados pour le jihad ?

Pas plus à Toulouse qu’ailleurs, en Europe ! Toulouse y est peut-être plus sensible suite à l’affaire Mérah. C’est un phénomène, qui frappe en grande majorité les jeunes adultes, les plus âgés se contentant sans doute de jouer aux recruteurs. Il touche, selon notre expérience locale, des jeunes désœuvrés ou pas, mal dans leur peau et sans doute à la recherche d’idéaux que la société actuelle ne leur propose pas. L’approche, le recrutement, la manipulation sont strictement conformes aux schémas sectaires que nous connaissons depuis nos 40 ans d’existence.

Que faire pour éviter les pièges des réseaux sociaux ?

Bonne question ! Il n’existe pas, à ma connaissance de réponses miracles. Chaque situation peut présenter des approches adaptées ; cependant il existe un dénominateur commun : conserver son sens critique, rester ouvert aux discussions, discerner les situations contradictoires. Le mieux est de consulter, à temps, les associations rompues à ce genre d’exercice et apte à apporter les conseils qu’il convient.


Conférence-débat cet après-midi

Une Rencontre-débat est organisée, aujourd’hui par le Point Info Famille dans le cadre des jeudis de l’union départementale des associations familiales (UDAF), sur le thème : «Les sectes à l’heure d’Internet : comment se protéger ?» Rendez-vous cet après-midi, jeudi 4 novembre de 14 heures à 16 heures. La rencontre sera animée par Pierre Rivano, vice-président de l’ADFI Midi-Pyrénées dans la salle de réunion de l’UDAF 31 — 22 rue Guillemin Tarayre à Toulouse Renseignements et inscriptions au 05 61 13 13 82 ou à pif@udaf31.fr