Sectes : le nouveau visage des gourous

Escroquerie. Thérapeutes, universités, écoles… Les nouveaux gourous s’attaquent à la santé et à l’éducation, profitant très lucrativement de certains vides juridiques.

Photo Pierre-Franck Colombier / AFP

Photo Pierre-Franck Colombier / AFP
Il s’agirait d’un marché de plusieurs dizaines de millions d’euros : les nouvelles thérapies et l’univers du bien-être aiguisent les appétits de nombreux charlatans, au mieux, de nouveaux gourous, au pire. Imaginez, un appareil pour se « remagnétiser » peut se chiffrer à plus de 20 000 €. Très vite lucratif. Et sans facture…

« Emprise psychologique »

Selon la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), organisme chargé d’observer et d’alerter les pouvoirs publics sur les dérives sectaires, la multiplication des « pseudo-thérapeutes », des centres de soin et de bien-être et des centres de formation devient inquiétante. « Nous ne sommes pas contre les nouvelles médecines, mais quand la vie des gens est en danger, quand l’emprise psychologique sur certains patients est avérée, quand l’exploitation financière du créneau est patente… nous devons tirer la sonnette d’alarme », a souligné hier, au Sénat, Serge Blisko, président de la Miviludes.

Vers un renforcement juridique de la lutte contre les sectes

La mission a été auditionnée par la toute nouvelle commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractères sectaires, créée au début du mois d’octobre. Les parlementaires ont écouté ses préconisations dans le domaine de la santé.

Un renforcement juridique a été demandé. La Miviludes souhaite obtenir la possibilité d’interdire tout simplement la pratique de certains thérapeutes aux dérives sectaires après l’avis du groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelles. Elle demande également un contrôle plus important des centres de bien-être, porte d’entrée à la prolifération de méthode charlatanesque. Une extension des pouvoirs des agences régionales de santé pourrait également permettre un contrôle de tous ces « thérapeutes », qui aujourd’hui évoluent librement au motif d’un vide juridique aberrant.

Protéger le mot « université » pour éviter les abus

« Il faudrait également lutter contre tous ces centres de formation qui recrutent notamment des personnes voulant changer de vie grâce à une reconversion professionnelle. Par exemple, le renforcement de la protection du titre d’université éviterait son utilisation par ces fausses écoles », a souligné Serge Blisko. Avec le même objectif, un contrôle du rectorat permettrait d’avoir un œil sur les enseignements prodigués dans ces instituts. Enfin, un agrément préalable auprès des Agences régionales de la santé finirait, peut-être, de dissuader ces nouveaux centres de formation.

Enfin, la Miviludes a également encouragé les services fiscaux à se pencher sur toutes ces activités dont les transactions se réalisent le plus souvent en « liquide ».

Patrice Barrère

Source : http://www.leprogres.fr/france-monde/2012/10/25/sectes-le-nouveau-visage-des-gourous