Sortie de l’emprise d’un gourou, une Périgourdine témoigne : « Il était dans ma tête »

Quelques mois après la mise en examen du dirigeant du château de Pauly, en Ribéracois, pour viols et abus de faiblesse sur des personnes en état de sujétion psychologique, une des victimes raconte son embrigadement

Sortie de l'emprise d'un gourou, une Périgourdine témoigne : "Il était dans ma tête"
Un témoignage qui montre le chemin de l’embrigadement.© PHOTO

D’ILLUSTRATION, ARCHIVES GUILLAUME BONNAUD
En mars 2014, le dirigeant du château de Pauly, à Chassaignes (24), étaitmis en examen pour viols, agressions sexuelles et abus de faiblesse sur des personnes en état de sujétion psychologique, c’est-à-dire d’emprise mentale sur fond de dérive sectaire. Huit mois plus tard, une des victimes, à l’origine de cette action en justice, a accepté de témoigner, anonymement. Pour que « mon histoire puisse aider des victimes et leurs proches à prendre conscience de l’emprise d’un éventuel manipulateur et les soutenir dans leur quête de reconstruction. »

C’était une nouvelle vie pour cette femme et sa famille. Du Nord-Ouest de la France, ils venaient s’installer en Dordogne. Sans emploi ni attaches ici, cette quinquagénaire s’était inscrite à un cours de qi gong, une gymnastique méditative chinoise quelle avait déjà pratiquée.

 

« C’est allé jusqu’au viol. Aujourd’hui, j’éprouve de la douleur, de la colère, de la honte et du dégoût »

 

Pendant un an, il ne s’y est rien passé de particulier. Mais quand ces cours se sont déroulés au château de Pauly, près de Ribérac, « cela a commencé à prendre une tournure différente. On nous parlait de mysticisme, on nous proposait des séminaires ou des massages, mais cela ne m’intéressait pas ».  En difficulté dans sa vie professionnelle, une de ses professeurs de qi gong l’invite à se confier. « Elle m’a expliqué que je ne savais pas me positionner par rapport aux autres. Si j’avais des problèmes, c’est parce que je ne savais pas me gérer moi-même. »

 

On lui propose alors de participer à des séances de thérapie individuelles avec le patron des lieux qu’elle n’avait jamais rencontré. Un second palier est franchi.« Il était habillé en blouse et pantalon blanc, un peu comme un médecin. Il y avait toute une mise en scène. Il m’a posé des questions sur mon parcours, m’expliquant que j’avais de la chance d’accéder à lui. » Dès cette première séance, il la déstabilise : « Il m’a dit que je me mentais, mais que lui savait la vérité. C’était affirmé avec un tel aplomb qu’il m’a fait douter. Depuis plusieurs semaines, on m’avait vanté ses pouvoirs. J’étais déjà conditionnée. »

Pour le massage, il lui demande de s’allonger nue : « Il posait ses mains sur moi comme s’il menait une enquête. À un moment, il m’a parlé d’un fait intime que je n’avais révélé à personne. D’où tenait-il cela ? Avait-il vraiment des pouvoirs ? » Cette séance terminée, le pseudo-thérapeute accède à sa demande : « Je n’accepte pas tout le monde mais, après ce premier contact, je veux bien vous prendre en thérapie. »

  • Le pouvoir d’un homme

« C’était la doctrine du qi gong de l’amour inconditionnel. Il portait sur moi un regard d’une extrême bienveillance, comme un père et une mère réunis. Il lui suffisait de changer de regard, de paraître déçu, pour que j’accepte d’en faire plus. Il utilisait le ressort de la culpabilité en permanence. »

Elle se retrouve alors sous la coupe totale de cet homme. « C’est allé jusqu’au viol. Aujourd’hui, j’éprouve de la douleur, de la colère, de la honte et du dégoût. J’ai été atteinte dans mon intégrité physique et dans mon esprit. »

Elle se coupe de tous ceux qui ne sont pas dans son état d’esprit : « J’avais rejeté mes enfants, mon conjoint, mon travail. J’étais incapable de lire, écouter la radio, regarder la télé. Aucune ouverture sur l’extérieur n’était possible : je n’en avais plus aucune envie. »(…)

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