Spiritualité post-moderne : pour le meilleur et pour les dérives

Publié le 26 mars 2013

Les nouvelles formes de spiritualité rencontrent un important succès. Crédit photo : S.H.

La spiritualité est une notion qui est loin d’être étrangère aux jeunes d’aujourd’hui. S’ils ne sont pas forcément pratiquants, bon nombre d’entre eux sont croyants. Et ce n’est plus seulement vers les trois grandes religions monothéistes qu’ils se tournent.

Aujourd’hui, le décor a changé. Une multitude d’« églises » plus modernes font concurrence aux trois grandes religions classiques. Problème : des mouvements sectaires imitent les codes de ces nouvelles églises, et endoctrinent adolescents ou jeunes adultes.

En France, 800 mouvements sectaires ont été recensés par la MIVILUDES1. Portées par des motivations diverses et variées, elles semblent capables de se renouveler indéfiniment. Pour Mathieu Cossu, responsable du site prevensectes.com, le protocole est toujours le même : « Séduire, détruire, reconstruire. »

L’endoctrinement est d’autant plus facile à l’adolescence, un âge où on se cherche. Pour Pascale Peyrieux, psychologue niçoise spécialisée dans l’accompagnement des adolescents, « il est aisé de leurrer les jeunes par des promesses d’idéaux de vie à une période où l’individu est en quête du bien-être. » Et la MIVILUDES renchérit : « L’adolescent va se retrouver happé par des pratiques qui vont l’éloigner peu à peu de sa famille, le mener à l’échec scolaire, le désocialiser voire le conduire à commettre des actes de violence. »

C’est le piège dans lequel est tombé Yann Nsaku, un jeune Cannois de 19 ans qui était promis à une belle carrière footballistique à Portsmouth (Sud de l’Angleterre). Blessé et perdu pour le football, il retourne vivre chez ses parents, avenue des Anglais. Ruminant son échec, il se convertit à l’islam. Rapidement, il fréquente un groupe radical rencontré à la mosquée El-Médina2, se désocialise et devient un jihadiste prêt à tout. Soupçonné d’avoir participé à l’attaque d’une supérette casher de Sarcelles3, il a été interpellé en octobre dernier puis placé en détention préventive.

L’endoctrinement des jeunes peut passer par des entités beaucoup plus restreintes. Actuellement, ce qui inquiète le plus la MIVILUDES, ce sont des petits groupes très en vogue aux rituels macabres et sanglants : les satanistes. « Ils peuvent aller jusqu’aux actes criminels (messes noires, viols, tortures, et sacrifices d’animaux, voire d’humains). » Très présents sur le web, ils approchent les jeunes via des forums et des tchats, ou en infiltrant certains webzines d’information jeunesse. Un procédé de recrutement très classique mis en œuvre par la plupart des sectes.

La première étape consiste à attirer un potentiel futur adepte. Les sectes revêtent de nombreux apparats qui deviennent sources de motivations : argent, amour, santé, réussite scolaire ou professionnelle, accomplissement de soi…

La tactique employée par l’Église de Scientologie est de donner l’impression aux jeunes qu’ils ont le pouvoir. Rapidement responsabilisés, ils peuvent être d’excellents ambassadeurs dans le recrutement de nouveaux adeptes. Ces mouvements sectaires donnent également l’opportunité aux jeunes de laisser s’exprimer leur talent artistique (théâtre, musique, etc). A Nice-Nord, dans une rue exiguë4, l’antenne locale de la secte Sûkyô Mahikari5 propose même des stages d’initiation de plusieurs jours, au sein d’un immeuble d’aspect vétuste.

Mais une fois le recrutement effectué, c’est la phase de destruction. Tout ce que l’individu croyait auparavant savoir est dénigré. Arrive alors la dernière étape : la phase de reconstruction. La secte peut façonner à son image le membre, à présent déconnecté du monde moderne. Par exemple, un manuel d’éducation de l’enfant est mis à la disposition des témoins de Jéhovah. Celui-ci regorge de témoignages d’adeptes, comme par exemple « les films romantiques encouragent l’amour facile. »

Selon un sondage IPSOS, un quart des français aurait été personnellement approché par une secte. Si nous constituons tous une cible potentielle, le manque d’expérience et la naïveté de certains jeunes en font des cibles faciles.

A vos claviers.

Simon HUE

Vincent JEZIORO

Jérôme MORIN

1 Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

2 Avenue du Petit Juas.

3 Le 19 septembre 2012, deux individus jettent une grenade dans la supérette. Une personne est légèrement blessée.

4 38 rue Michel-Ange.

5 Une organisation d’origine japonaise qui vise à aider les êtres humains à purifier leur corps et leur âme.

Source : http://societheoucafe.wordpress.com/2013/03/26/spiritualite-post-moderne-pour-le-meilleur-et-pour-les-derives/#more-453