Comment est né le “Buzzgarach“

Comment est né le “Buzzgarach“

Le 18 décembre à 09h18 par Estelle Devic | Mis à jour le 18 décembre

Dans les alentours, la gendarmerie veille déjà.
Dans les alentours, la gendarmerie veille déjà. PHOTO/CHRISTOPHE BARREAU

Censé être épargné par la fin du monde prévue par le calendrier maya (la 183e annoncée tout de même) ce 21 décembre 2012, Bugarach, charmant village audois de quelque 200 âmes, est au cœur de toutes les interrogations. Qui viendra ce fameux soir ? Personne ne peut vraiment répondre. Et surtout pas les autorités qui emploient les grands moyens. Au cas où.

Un large dispositif de sécurité a été mis en place. De toute évidence, avec de telles mesures, la préfecture de l’Aude compte décourager les curieux. Car à en croire les courriers que reçoit le maire depuis des mois, on peut craindre le pire. Une lettre, parmi tant d’autres, faisait état de rituels et d’un sacrifice humain prévus pour la fameuse nuit du 21 au 22 décembre. Cependant, il se pourrait bien que la presse soit la plus nombreuse autour du village ce soir-là. Une quarantaine de médias, soit quelque 130 journalistes dont certains venus du Japon ou d’Ukraine par exemple, sont annoncés.

Bugarach s’est involontairement créé une réputation mondiale au fil des mois grâce à (ou “à cause”, diront certains) internet alors que le lieu fascine depuis les années 60 en France. La légende de la “montagne sacrée” censée abriter des extraterrestres, puis le tombeau du Christ ou encore celui de Marie-Madeleine à moins qu’il ne s’agisse du trésor des Cathares s’est tissée au fil des ans en France sous la plume de quelques passionnés d’ésotérisme comme Jean d’Argoun dans les années 60 ou encore Jean De Rignies, spécialiste d’’ufologie, qui dans les années 80, évoquait un garage à ovnis lors d’émissions télévisées et gagnait ainsi en audience.

Depuis Bugarach attire comme un aimant tous les adeptes de phénomènes surnaturels. Ils sont d’autant plus à la fête qu’à quelques kilomètres du mont, se trouve Rennes-le-Château qui doit sa réputation à la légende de l’abbé Saunière, créée dans les années 50 par un restaurateur prêt à tout pour attirer des clients.

Vivement le 23 !

Forts de ce passé et avec la nouvelle rumeur de la fin du monde, les journalistes du monde entier ont débarqué à Bugarach, toujours à la recherche de l’information insolite et de l’emblématique maire, Jean-Pierre Delord qui s’amusait encore du phénomène il y a quelques jours. Jusqu’à ces dernières semaines où des menaces plus inquiétantes sont arrivées en mairie.

Début décembre, l’élu lançait un appel : « Ne venez pas car vous pourriez mettre en danger la vie de vos proches ». Les habitants, eux, ne s’amusent plus depuis longtemps. Ils craignent de voir affluer une foule incontrôlable à l’approche de la fameuse date. S’ils étaient habitués à vivre, depuis des années en présence de quelques gentils illuminés, ils ont, aujourd’hui, plutôt tendance à fuir micro et caméras venus troubler le charme bucolique des lieux. Et attendent avec impatience le 23 décembre.
Non pas pour être rassurés quant à une éventuelle fin du monde qui n’aurait pas eu lieu. Mais plutôt pour la fin du monde (comprenez de la foule) à Bugarach…

Source : http://www.lindependant.fr/2012/12/18/comment-est-ne-le-buzzgarach,1711996.php

Dans les boyaux de la fin du monde avec les gendarmes spéléos

Le 20 décembre à 19h18 par Jean-Luc Bobin | Mis à jour le 20 décembre

Les gendarmes ont placé les grottes à proximité de Bugarach souys haute surveillance
Les gendarmes ont placé les grottes à proximité de Bugarach souys haute surveillance PHOTO/JEAN-LUC BOBIN

Sécurité maximum aux abord et dans la zone de Bugarach ! Afin de prévenir tout risque d’accident lié à l’imprudence de quelques illuminés tentés de pénétrer dans le réseau des grottes et boyaux qui abondent aux alentours du pic mythique, les gendarmes quadrillent depuis maintenant 48 heures le secteur.

Une trentaine de sites potentiellement accessibles à d’éventuels adeptes d’ufologie, jugeant ces cavités « sacrées » susceptibles d’abriter des soucoupes volantes en vue de la fin du monde, est désormais placée sous haute surveillance.

Afin de satisfaire aux – nombreuses – sollicitations des 240 journalistes présents sur zone et qui n’ont – pour l’heure – pas grand chose à se mettre sous la dent, les services de l’Etat multiplient les opérations de communication.

Visite guidé d’une de ces grottes à la recherche… du néant. Ambiance d’un non événement, à prendre – évidemment – avec tout le recul nécessaire qu’il se doit en pareille circonstance.

[brightcove vid=2048085906001&exp3=1272681530001&surl=http://c.brightcove.com/services&pubid=1265527944001&pk=AQ~~,AAABJqdX80E~,mDE8qo0guFF8q3vRM6a0XgJxYCDNYLMG&w=516&h=322]

Source : http://www.lindependant.fr/2012/12/20/dans-les-boyaux-de-la-fin-du-monde-avec-les-gendarmes-speleos,1712589.php

La fin du monde fait les bonnes affaires de Bugarach

Par Angélique NégroniMis à jour le 21/12/2012 à 14:23 | publié le 21/12/2012 à 14:17 
Des personnes profitent de la présence de la presse à Bugarach pour faire de la publicité.
Des personnes profitent de la présence de la presse à Bugarach pour faire de la publicité. Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/JC MARMARA/LE FIGARO

Cette minuscule commune rurale de l’Aude, rendue exceptionnelle par la fin du monde annoncée pour le solstice d’hiver 2012, est surtout devenue une vaste foire où survivalistes et journalistes se sont données rendez-vous.

Envoyée spécial à Bugarach

La prédiction aura été vraie pour moitié, Bugarach est toujours bien là. Pour le reste, la prophétie de fin du monde a encore échoué pour la 184e fois. Ce petit village de l’Aude qui, soi disant aurait dû être le seul lieu épargné par l’Apocalypse annoncée, s’est réveillé, ce 21 décembre, avec des rues un peu plus encombrées. Date-clé oblige, les badauds sont un peu plus nombreux.

Surtout, cette minuscule commune rurale, unique et censée donc être exceptionnelle, a vite été rattrapée par notre civilisation de communication et de business. Bugarach est devenue une vaste foire, chacun saisissant l’aubaine de voir tant de médias et un peu plus de visiteurs dans les rues.

Ainsi, les uns proposent des produits locaux, des tee-shirt et du vin spécial «fin du monde». D’autres se sont improvisés vendeurs de viennoiseries. D’autres encore font la promotion de leur société. Ainsi, sur une grande affiche placardée à l’entrée de la commune , l’un d’eux fait part d’un site de rencontre extra-conjugales pour femmes. Une autre, en vison et sac Vuitton à la main, au milieu des gros pulls et des bottes en plastique, vient aussi parler de sa «boite en événementiel» installée en Suisse et de ses certificats en série limitée intitulés pour l’occasion «je suis une légende». Coût du document: 215 euros pièce. «Je voulais faire venir des clients en jet privé à Bugarach, mais le préfet ne m’a jamais répondu», dit-elle.

À côté, il y a aussi les paysans qui viennent faire part de leurs soucis . «Le vrai problème, c’est surtout la disparition de notre monde. Nos fermes disparaissent une à une, et notre l’agriculture se meurt», indique l’un d’eux. Même le collectif Notre-Dame-des-Landes opposé au projet d’aéroport sur Nantes est là, brandissant panneaux et slogans.

Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/12/21/01016-20121221ARTFIG00421-la-fin-du-monde-fait-les-bonnes-affaires-de-bugarach.php

Bugarach: Deux personnes interpellées avec des machettes et des masques à gaz

 

Créé le 21/12/2012 à 14h21 — Mis à jour le 21/12/2012 à 15h01
  • Deux hommes déguisés en "martiens" dans les rues de Bugarach, le 21 décembre 2012

FIN DU MONDE – Un important dispositif de sécurité est déployé…

Deux personnes ont été interpellées vendredi avec des machettes et des masques à gaz dans leur voiture alors qu’elles tentaient de passer les barrages filtrants mis en place autour du village de Bugarach, considéré par certains comme un refuge contre la fin du monde, a indiqué le préfet.

Le préfet Eric Freysselinard s’est employé à minimiser les interpellations en émettant l’hypothèse devant quelques journalistes sur place que les deux personnes aient voulu tester le dispositif de sécurité et en parlant d’incident «tout à fait isolé» et «tout à fait marginal».

Ces deux personnes, sur lesquelles le préfet n’a pas fourni plus de détails, étaient entendues par les gendarmes pour savoir quelles étaient leurs intentions.

150 gendarmes mobilisés

«On pense que ce sont des gens qui ont voulu un peu tester le dispositif et jouer avec les forces de l’ordre», a dit le préfet. Depuis jeudi, les gendarmes ont en outre interpellé un homme avec une arme à impulsion électrique (un «taser») qu’il disait avoir pris pour sa protection personnelle, et un autre en possession d’une batte de base-ball. Ils ont également interpellé quelqu’un qui avait un peu de cannabis sur lui, a dit le préfet.

Mais il a relativisé ces interpellations en les rapportant à l’importance du dispositif en place. 150 gendarmes et pompiers ont été mobilisés pour parer un éventuel afflux d’illuminés et de curieux, ou les débordements que pourrait inspirer la prétendue fin du monde.

 © 2012 AFP
Source : http://www.20minutes.fr/article/1068647/ynews1068647?xtor=RSS-176

En France, la fin du monde n’est pas pour le 21 décembre mais pour le 22. Voici pourquoi.

C’EST À QUELLE HEURE, LA FIN DU MONDE?

Par  | publié le 11/12/2012 à 16h00, mis à jour le 11/12/2012 à 16h05
Stowa Antea Wristshot / GuySie via Flickr CC License by

Que faire le jour de la fin du monde? S’abriter dans un tipi en bois(comme dans le film Melancholia), monter à bord d’une arche de Noé ouse calfeutrer dans un abri antiatomique, tout un panel d’options s’offre à nous. Mais comment s’organiser un minimum si on ne connaît pas l’heure exacte de l’apocalypse?

En ce qui concerne la date, tout le monde semble s’accorder sur le vendredi 21 décembre 2012. Le site de la Nasa précise que cette date correspond à la fin d’un cycle du calendrier maya qui doit avoir lieu le jour du solstice d’hiver, c’est-à-dire le jour le plus court de l’année dans l’hémisphère nord:

«L’histoire commence avec la conviction que Nibiru, une planète (qui n’existe pas) découverte par les Sumériens, va foncer s’écraser sur la Terre. Cette catastrophe a d’abord été prédite pour mai 2003, mais comme il ne s’est rien passé, la date fatidique a été changée à décembre 2012 et assimilée à la fin de l’un des cycles de l’ancien calendrier maya fixée au solstice d’hiver de 2012, d’où la date du 21 décembre 2012.»

Réinterprétations des prédictions maya

Pour l’historien français Luc Mary, auteur du livre Le Mythe de la fin du monde (Editions Trajectoire, 2009), l’heure supposée de la fin du monde se fonde non pas sur le phénomène astronomique –qui se produira précisément à 11h12 en temps universel (12h12 heure française) le 21 décembre– mais sur les réinterprétations des «prédictions» maya:

«D’après les réinterprétations récentes du Popol Vuh [un texte mythologique maya fondamental, NDLR], la fin du monde correspondrait au moment où le soleil se couche à la hauteur du Mexique ou des pays alentours. Soit environ à 00h32 heure française.»

00h32? La fin du monde aurait donc lieu le 22 décembre en France? Vérifions ce chiffre.

La civilisation maya s’étendait à l’époque précolombienne sur les territoires actuels des Etats mexicains du Chiapas et du Yucatán et sur ceux du Belize, du Guatemala et du Honduras.

Toutes ces régions sont soumises au même fuseau horaire. En revanche, le soleil ne se couche pas à la même heure sur les sites mayas de Palenque et Tulum (Mexique) ou de Copán (Honduras).

Carte des principaux sites mayas (cliquez ici pour l’ouvrir en grand)

Dans un article sur le calendrier maya, nous vous expliquions récemment que la mention de la date du 21 décembre avait été retrouvée sur deux sites par des archéologues:

«La découverte en 1980 d’un glyphe sur le site de Tortuguero, au Mexique, fut […] déterminante pour éclairer le « long compte » maya. La date de fin de cycle y est découverte pour la première fois. Il s’agit de l’achèvement de 13 baktuns depuis le point zéro (13 x 400 ans de 360 jours, soit 5.126 de nos années) correspondant donc au 21 décembre 2012. C’était la seule référence –d’ailleurs très énigmatique– dont disposaient les experts jusqu’à très récemment. Mais en mai dernier, une autre mention de cette date est découverte sur le site de La Corona, au Guatemala.»

Fin du monde entre 17h30 et 17h41 au Mexique et au Guatemala

Quelle heure sera-t-il quand le soleil se couchera sur ces sites archéologiques de Tortuguero et de La Corona?

Le site de Tortuguero se trouve dans l’Etat mexicain de Tabasco, à 56 km de Palenque. La ville la plus proche est Macuspana, et le site Sunrise and Sunset nous dit que, le 21 décembre, le soleil s’y couchera à 17h41.

La Corona est situé dans le Parc national de Laguna del Tigre, dans lePetén au Guatemala. La ville la plus proche est Dolores et Sunrise and Sunset nous dit que le 21 décembre, le soleil s’y couchera à 17h30.

Conclusion: on peut effectivement dire que la fin du monde arrivera probablement entre 17h30 et 17h41 dans cette portion du monde, soit en France entre 0h30 et 0h41 heure locale le 22 décembre (d’après la carte des fuseaux horaires, le Guatemala et la partie du Mexique concernée sont à moins 7 heures de la France à l’heure d’hiver).

Si vous ne vivez pas en France, vous pouvez quand même faire partie des petits chanceux qui mourront le 22 décembre si vous vivez plus à l’est, par exemple à Saint-Pétersbourg (2h30), New Delhi ou Bombay (5h), Tokyo (8h30) ou Sydney (10h30).

France Ortelli

Source : http://www.slate.fr/life/65953/fin-monde-heure-france-22-decembre

Le petit entrepreneur de la fin du monde

Le Monde.fr | 21.12.2012 à 09h53 • Mis à jour le 21.12.2012 à 11h10

Enzo Petrone, vendeur d'abris anti-atomiques à Menton (Alpes-maritimes).

 

Disons-le d’emblée : Enzo Petrone ne croit pas au « 21-Décembre« . Le calendrier maya, la fin du monde à date fixe, il n’en parle pas avec ses clients : « Ça ne fait pas sérieux », dit-il. Or, Enzo Petrone est un entrepreneur sérieux. Il vend des abris anti-atomiques. Il est dans le métier depuis 1995, en Suisse, son pays natal, et a monté sa propre affaire en France au mois de mars, à Menton (Alpes-maritimes).

On vous voit ricaner : la guerre froide est finie, les Mayas ne font pas recette en France, pourquoi Petrone spécule-t-il sur le désastre au bord de la Méditerranée ? Enzo Petrone, 41 ans, n’en a cure : il est blindé au bon sens. En Suisse, la loi garantit à chaque citoyen, depuis les années 1960, une place dans un abri anti-atomique en cas de guerre ou de catastrophe. Entre la construction et l’entretien, il vit depuis dix-sept ans sur ce fond de commerce, travaillant dans une société qui emploie une trentaine de personnes à plein temps, et dont il est associé.

Mais l’équipement est aujourd’hui jugé suffisant (360 000 abris, 8,6 millions de places pour 8 millions d’habitants). La loi sur l’obligation de construction a étéassouplie en 2012, les perspectives se rétrécissent. Petrone a donc cherché de nouveaux débouchés en France, « pays du nucléaire civil ». Il a refusé l’appui financier de ses partenaires : c’était l’occasion de se lancer tout seul.

NEUF ABRIS EN FRANCE

Il a vendu jusqu’ici neuf abris en France, du modèle de base à celui de grand luxe. La base, c’est 45 000 euros sans compter le terrassement, pour dix mètres carrés dont deux dans la pièce d’entrée, six lits sur trois étages et le matériel de base : filtres à air, nourriture, cage de Faraday… Le luxe, c’était pour un Anglais, à Cagnes-sur-Mer, « un chef d’œuvre », dit Petrone, à 470 000 euros.

L’Anglais avait trouvé un terrain sur Internet à proximité de l’aéroport de Nice. Il voulait l’abri pour le 21 décembre, Petrone n’a pas posé de questions. L’abri, comme toutes ses constructions, respecte les normes suisses, bien rodées, et intègre quelques idées importées d’Amérique. « Il y a toujours des innovations », dit-il, venues d’Israël, récemment d’Egypte. Pourquoi l’Egypte ? Mystère.

 

  •  Construire un abri anti-atomique n'est pas donné. Pour ce huit mètres carrés qui peut accueillir jusqu'à six personnes, il vous coûtera 45 000 euros.

Image précédenteImage suivante

1 sur 6

D’un abri basique de huit mètres carrés…

Construire un abri anti-atomique n’est pas donné. Ce dix mètres carrés peut accueillir jusqu’à six personnes et coûte 45 000 euros.

Crédits : Amesis constructions

 

Les clients ? Ce ne sont « pas des Américains », entendez des excités de la fin du monde, des originaux. Ils sont pères de famille, pensent à Fukushima, aux 58 réacteurs nucléaires répartis sur le sol français, au changement climatique, aux guerres… Ils partagent une angoisse diffuse et y répondent de façon pragmatique : par un abri. Et bien entendu, ils préfèrent rester discrets.

C’est là une part essentielle du commerce de Petrone, qui garantit une confidentialité totale, excepté vis-à-vis des autorités. Tous les échanges se font par la Poste et par téléphone, jugés plus sûrs que les e-mails. Sur les chantiers, Petrone dresse des palissades et se promène en fourgon anonyme, loué sur place. « Vous ne voulez pas dire que vous avez construit un abri. Quand vous avez la mort en face, vous ne voulez pas que tout le village vienne chez vous. Là il n’y a plus d’amis, ils sont tous capables de vous tuer », dit Petrone, tout simplement.

Un seul client a accepté de témoigner pour Le Monde.fr. Il dit avoir voulu finir un abri commencé par son grand-père dans les années 1960, dans l’Essonne. « Par fidélité » à sa mémoire. Il précise que ça ne peut pas nuire, un abri. Petrone est entièrement d’accord, il a sa place réservée dans l’abri de ses parents, restaurateurs à la retraite à Locarno, en Suisse italienne.

UN JOUR, OUI, « ÇA VA PÉTER »

Jusqu’où Petrone est-il sérieux ? Il affirme en être persuadé : un jour, sous peu, oui, « ça va péter ». Il ne lit pas les journaux, regarde la télévision quand ses affaires lui en laissent le temps et cite pêle-mêle les cyclones, les tornades, les glaciers qui fondent, l’affaiblissement à venir du Gulf Stream, la crise économique et le précédent de 1928, Areva qui ne s’occupe « que de faire du fric » et pas de sécurité, le chikungunya. L’argumentaire est assez vague, et Petrone, au fond, se moque de convaincre. « Moi, je ne fais pas confiance », dit-il simplement. Politiquement, il vote écolo (en Suisse), aime les actions coup-de-poing de Greenpeace (« Ça rend les choses concrètes », dit-il) et trouve que les campeurs de Notre-Dame-des-Landes « ont raison » et « du courage ».

On finit par croire ce petit homme à tête d’oiseau, à fines lèvres, qui s’exprime avec un accent italien et montagnard, lorsqu’il sort une petite boîte de plastique vert de sa poche : des pastilles d’iode. Les mêmes que les autorités japonaises ont distribué après l’explosion de Fukushima, qui saturent la thyroïde et y limitent la fixation de l’iode radioactif en cas d’accident nucléaire. Il ne s’en sépare jamais. L’usure de la boîte le prouve.

Ce qui étonne Petrone, c’est que les Français semblent ne pas vouloir se rendrecompte des dangers qui les guettent. « Ça n’est pas dans les mœurs », dit-il. Sa femme elle-même, française, n’est pas sensibilisée. Et neuf abris vendus en dix mois, c’est peu. Il en faudrait trois ou quatre par mois pour faire tournercorrectement l’entreprise de Petrone. En attendant, il fait du BTP classique, répond aux appels d’offre de la mairie de Menton et ailleurs dans la région. Il se donne encore deux ans et fait preuve d’esprit d’entreprise.

Bientôt, il compte ouvrir une boutique en ligne : de la vente au détail. Le catalogue est une petite merveille, qui vaut recension exhaustive : Petrone vend du mobilier pour petits espaces, à cheviller au sol, des lanternes et phares portables, des « gégènes » à pédale, de la nourriture lyophilisée (conservation vingt-cinq ans, menus poulet, rosbif, petit déjeuner), des toilettes sèches, des groupes de ventilation à filtre, des filtres, des sas et des douches de décontamination, tous produits de nettoyage pour le corps et l’intérieur, des combinaisons, des masques, des détecteurs de radiations, du matériel d’analyse de la qualité de l’air, des détecteurs d’intrusion mécanique (« A Fukushima, les pillards sont vite arrivés dans les maisons vides », dit-il), des radios AM.

Son grand projet, celui auquel il rêve entre deux commandes, c’est une « arche », àconstruire, pourquoi pas, dans les Alpes. Un abri gigantesque, sur le modèle de « l’arche verte » inaugurée en 2008 dans le Spitzberg norvégien, qui doit abriter une banque mondiale des semences de la planète, à fins de conservation. Petrone, lui, imagine une véritable ville, avec des entreprises technologiques, des commerces de proximité, une communauté de scientifiques. Il ne s’est pas encore lancé dans la levée de fonds, mais il a déjà mis le projet en ligne, à tout hasard.

Source : http://www.lemonde.fr/vous/article/2012/12/21/le-petit-entrepreneur-de-la-fin-du-monde_1809250_3238.html#xtor=AL-32280515

Le curé de Bugarach veut vite tourner la page

Par Angélique NégroniMis à jour le 21/12/2012 à 10:12 | publié le 21/12/2012 à 09:59

INTERVIEW – L’abbé Delpech, qui dirige la paroisse dont dépend Bugarach, assure qu’il a «autre chose à dire que d’évoquer toutes ces bêtises».

L’abbé Delpech qui dirige une paroisse rassemblant 75 communes, dontBugarach, célèbre la messe à Quillan, la ville principale du coin, tous les samedis à 18 h. Plus d’une fois, auprès de ses paroissiens, il a évoqué ces prophéties de fin du monde. Samedi, prochain, il y fera juste allusion car, dit-il, «les gens d’ici en ont assez de toutes ces prédictions.»

LE FIGARO. – Concernant Bugarach, le village qui soi disant sera épargné par la fin du monde, avez-vous eu une attention particulière?

Abbé DELPECH. – Il y a an et demi, quand on a commencé à parler de toutes ces prophéties, j’ai décidé d’écrire un texte que j’ai affiché au fond de la petite église de Bugarach. J’y évoquais l’Évangile selon Matthieu, chapitre 24, et ses serments 35 et 36. À propos de l’Apocalypse, il y est dit: quant à ce jour et quant à cette heure, nul ne les connaît, pas même les anges des Cieux, pas même le Fils, mais seul le Père. Alors, comment des gens pourraient-ils connaître ce que le Christ ne connaît pas lui-même?

Avez-vous déjà parlé de ces croyances qui circulent sur le Web à Quillan où vous célébrez la messe?

Je l’ai évoqué. On est dans l’année de la foi décrétée par Benoît XVI. Quand on parle de la foi, il y a l’idée de confiance en Dieu et c’est bien entendu très loin de toutes ces idées apocalyptiques.

Samedi, au lendemain de cette date présentée comme la fin du monde, allez-vous revenir sur ces prédictions lors de votre sermon?

J’y ferai juste allusion.. Les gens d’ici qui ont les pieds sur terre en ont assez de toutes ces histoires. Les chrétiens ne sont pas touchés par tout ce qui s’est dit. Je vais surtout indiquer qu’il convient de continuer à vivre en aimant Dieu et son prochain. Il est temps de tourner la page. Bientôt c’est Noël, et j’ai autre chose à dire que d’évoquer toutes ces bêtises.

Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/12/21/01016-20121221ARTFIG00316-le-curee-de-bugarach-veut-vite-tourner-la-page.php

Pékin réprime la secte apocalyptique de l' »Eglise du Dieu tout-puissant »

Le Monde.fr | 20.12.2012 à 17h09 • Mis à jour le 20.12.2012 à 17h15Par Brice Pedroletti – Pékin (correspondant)

Les prophéties de fin du monde ont bonne presse en Chine : le quotidien Global Times a dédié toute une section sur son site aux « arches de Noé » construites par de géniaux et inquiets inventeurs chinois et aux vagues d’achats compulsifs – de provisions, de bougies – répertoriées à travers le pays. Mais le ton a changé vendredi 14 décembre, quand un homme de 36 ans, souffrant d’épilepsie, a blessé au couteau 23 enfants d’une école élémentaire du Henan. Il avait été influencé par les histoires d’apocalypse colportées par une voisine, qui s’est volatilisée mais a laissé derrière elle 70 tracts annonçant que la terre exploserait le 21 décembre.

 

Image de la télévision chinoise montrant une adepte de la secte interrogée par un policier

 

Mardi, les autorités chinoises ont lancé une vague d’arrestations contre les sectes et autres adeptes du calendrier maya. L’une d’elles est plus particulièrement en ligne de mire : l' »Eglise du Dieu tout-puissant » (« Quanneng Shen », en chinois). Près de mille membres auraient été arrêtés dans huit provinces. D’autres adeptes ont été interpellés alors qu’ils tentaient de persuader des personnes âgées de Mongolie-intérieure de rejoindre une région montagneuse.

PROSÉLYTISME BRUTAL

Quanneng Shen a défrayé la chronique il y a quelques années par un prosélytisme brutal : plusieurs membres d’une secte concurrente auraient été kidnappés et brutalisés afin d’être « convertis ». Sur ses quatre sites en chinois ou en anglais – bloqués en Chine et hébergés à l’étranger – et dans les ouvrages disponibles à la vente, l’Eglise du Dieu tout-puissant annonce qu’une femme nommée « Zheng l’éclair », née dans la province du Henan, est le deuxième Christ. Son fondateur,Zhao Weishan, est exilé aux Etats-Unis depuis 2001.

Le quotidien Les Nouvelles de Pékin a décrit la gestation du groupe : M. Zhao fut d’abord recruté en Chine par une secte sino-américaine, The Shouters, bannie par Pékin à partir de 1983, puis a créé en 1989 avec d’autres adeptes, son propre groupe, l’Eglise de la source éternelle, qui fut interdite en 1991. Zhao Weishan a d’abord imaginé sept incarnations de Dieu, dont lui-même et six femmes, et enfin, désigné l’une d’entre elles comme « Dieu tout-puissant ».

Le site de la secte décrit la Chine comme « une forteresse de démons et une prison impénétrable et étanche contrôlée par le diable », où « les gardes du grand dragon rouge ont installé à tous les niveaux et dans tous les foyers des systèmes de défense« .

Dans un éditorial daté du 20 décembre, le Global Times fustige les Occidentaux qui croient déceler une « peur de la religion » dans les réactions du gouvernement chinois face aux sectes. Celles-ci poursuit-il, « n’ont aucun avenir politique en Chine » et, d’ailleurs, « le gouvernement chinois s’est occupé avec douceur » de « la plus grande d’entre elles », le Falun Gong, lors « d’une campagne qui n’a provoqué aucune controverse politique ». La répression anti-Falun Gong fut en réalité l’une des plus brutales des quinze dernières années

Brice Pedroletti – Pékin (correspondant)

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/12/20/la-chine-reprime-la-secte-de-l-eglise-du-dieu-tout-puissant_1809116_3224.html#xtor=AL-32280515

Recherches: autour du 21 décembre 2012 – regards sur la «fin du monde» dans les sociétés contemporaines


Géraldine Casutt
18 Dec 2012

La médiatisation des théories autour d’événements apocalyptiques ou transformateurs en décembre 2012 donne lieu à de nombreuses spéculations ou inquiétudes. De jeunes chercheurs s’intéressent à différentes facettes de ce phénomène: Géraldine Casutt est allée les écouter et résume leurs observations.

© Neosiam | Dreamstime.com

À l’initiative de trois doctorants du GSRL (Groupe Sociétés, Religions, Laïcités), Mathieu Gervais, Ludovic Bertina et Morvarid Ayaz, s’est déroulée le 10 décembre à Paris une journée d’étude sur la fin du monde, présidée par Jean-Paul Willaime et Sébastien Fath. Cette journée a donné la parole à de jeunes chercheurs pour présenter leurs enquêtes. Quelques interventions étaient directement reliées au 21 décembre ou apportaient un éclairage sur ce thème: ce sont celles que nous retiendrons dans ce compte rendu.

Remarquons au passage comment le 21 décembre 2012 est devenu un prétexte pour parler de thématiques pour parler de thématiques variées, ainsi que nous le montrent les nombreux articles ou émissions des médias à ce sujet. Car l’essence du phénomène 2012 est bel et bien un prétexte, fondé sur la fin d’un calendrier maya où l’on a cru voir la fin du monde. La mobilisation d’agents mythiques aussi efficaces que les Mayas pour proposer un terme au monde tel qu’on le connaît a été le point de départ d’autres spéculations, intégrant le 21 décembre dans des discours préexistants. Ainsi, les milieux de la religiosité parallèle voient volontiers le 21 décembre comme une étape sur le chemin de la régénération déjà entamée, en faisant poindre à l’horizon un Nouvel ge, dont l’avènement sera d’une grande force spirituelle, mais jalonnée éventuellement de catastrophes. Les conspirationnistes trouvent également dans l’annonce d’événements en décembre de nouvelles impulsions pour une théorie du complot, dans un registre notamment scientifique. Avant tout, peut-être, ce phénomène exprime le besoin de réenchantement d’un monde qui ne répond pas toujours aux espérances.

Le 21 décembre dans une ville mexicaine

Travaillant sur une thèse en anthropologie, Mélissa Elbez (EHESS-IRIS) s’interroge sur l’influence de l’histoire personnelle des habitants de Tulum sur leur conception de l’Histoire. Dans son intervention – L’attente du 21 décembre 2012 comme révélatrice de tensions et de convergences globales: Exemple de Tulum (site archéologique maya) au Mexique – Elbez précise tout d’abord les particularités de Tulum, une ville sur la côte caraïbe mexicaine, connue pour ses belles plages, mais également son offre écotouristique (voire écoagressive si l’on en croit Elbez).

La communauté locale de Tulum est plutôt hétérogène, se composant de Mexicains comme d’étrangers, et elle connaît également une grande variété religieuse, des Témoins de Jéhovah aux adventistes du septième jour en passant par des spiritualités parallèles inspirées du New Age; les horizons socio-économiques sont tout aussi variés. Le «penser global» est ainsi constitutif de la réalité de Tulum.

D’après Elbez, cette variété s’exemplifie également dans la façon d’appréhender la fin du fameux calendrier maya, allant même jusqu’à supposer une «guerre des calendriers». Car le 21 décembre a une date rivale: le 12 décembre 2012! Cette date a une importance considérable pour les habitants de Tulum, tandis que le 21 – selon Miguel, un de ses informateurs sur le terrain – serait plutôt médiatique. Le 12 décembre est en effet une date de pèlerinage importante pour les courantsmexicanistes, qui prônent la supériorité raciale des Aztèques sur les Mayas, les Aztèques ayant alors le pouvoir de libérer l’énergie cosmique universelle: d’après Miguel, fervent mexicaniste, le calendrier aztèque continuerait lorsque celui des Mayas cesserait – un argument de plus pour prouver ainsi leur supériorité.

Mais le 21 décembre est également invoqué, dans une perspective «progressiste», pour signifier la sortie du capitalisme – ce qui n’est pas sans rappeler la volonté bolivienne d’en finir avec le Coca-Cola à cette date-là – dans la lignée de ce que prônait José Argüelles (1939-2011), selon Elbez. Cet historien de l’art et figure du New Age, qui a joué un rôle majeur au départ de la diffusion du thème de 2012, était en effet persuadé que notre calendrier de douze mois n’était pas en harmonie avec le cosmos: il a alors initié le mouvement des treize lunes. Pour ses adeptes, célébrer la date du 21 décembre serait respecter le cosmos et ouvrir la voie à une nouvelle fréquence vibratoire.

Pour d’autres informateurs d’Elbez, le 21 décembre ne serait rien d’autre que le solstice d’hiver: préférant se rapporter au calendrier des Mayas du Guatémala (les théories d’Argüelles se fondant elles sur celui des Mayas du Yucatan), Augustin considère que le savoir maya guatémaltèque aurait été mieux préservé car il aurait été moins contaminé par le colonialisme. Il considère lui-même le 12 décembre comme le nouvel an maya. Dans ces perspectives, l’influence des Occidentaux sur le calendrier serait responsable des interprétations erronées de cette date du 21 décembre. Mais qui détient le vrai savoir sur les Mayas?

Les habitants de Tulum s’accordent à reconnaître le rôle déterminant d’un certain ancêtre, mais n’arrivent pas à se mettre d’accord sur lequel. On trouve alors une opposition fréquente entre «mexicaniste» et «maya galactique», ce dernier terme se référant au vocabulaire d’Argüelles qui voyait les Mayas comme étant des extraterrestres venus des Pléiades avec une connaissance supérieure à prodiguer aux êtres humains. D’après Elbez, cette conception d’une évolution inversée avec la notion du «Maya galactique» postule ainsi une certaine supériorité du passé, provoquant ainsi un désir de retour – opéré par télépathie, par certains rituels, etc. – vers ce passé porteur d’un message universel pour l’humanité.

Mais le calendrier maya est aussi un outil de luttes sociales et politiques, sujet à de nombreuses interprétations. Pour Sofia, une autre interlocutrice d’Elbez, une catastrophe naturelle qui provoquerait une perte de vies humaines pourrait faire changer le monde, qui aurait ainsi subi une punition: la décadence serait suivie par une régénération. On trouve également une notion d’élection par rapport à la fin du calendrier maya: les «Mayas galactiques» pourraient revenir le 21 décembre chercher des humains dont l’évolution spirituelle serait importante.

Elbez a même découvert une version locale évangélique de ce ravissement, certains de ses interlocuteurs pensant que le retour du Christ est prévu pour le 21 décembre. Mais d’autres espèrent la fin du capitalisme et la chute des États-Unis à cette date-là, ce qui pourrait servir à exprimer des rivalités sociales. Les Mayas auraient en effet mentionné plusieurs signes annonciateurs d’un déclin: parmi ces prédictions, la phrase sybilline «la ville n’aura plus d’eau» s’est trouvée appliquée à Mexico, qui doit acheter son eau hors de ses murs; les Mayas auraient aussi prédit la mort du Pape en 2005, le fait que les États-Unis connaissent une crise, mais aussi que «la monnaie disparaîtrait»… c’est-à-dire la fin du capitalisme!

La temporalité linéaire des Occidentaux est fortement remise en question, dans des relents anticolonialistes: en mettant en avant la supériorité d’un temps cyclique, les habitants de Tulum proposent in fine un retour à une sagesse primitive dans un passé qui s’oppose à la modernité incarnée par des puissances occidentales.

Willaime souligne que cette critique de la modernité représente la nécessité ressentie d’un changement radical. Il relève également l’importance de ces querelles de légitimité autour de la date de la fin du monde, mais aussi comment ce thème peut être repris dans différents courants religieux et spirituels en servant différentes causes, allant du retour du Christ à la chute du capitalisme.

Le 21 décembre du côté de Bugarach

De Tulum, rendons-nous maintenant dans le désormais célèbre village de Bugarach. C’est Clotilde de Ravignan (EHESS-LIST-UTM)qui s’intéresse aux discours tenus sur Bugarach dans son exposé, Du Bugarach on en parle, mais qui en dit quoi et comment?: elle se propose surtout d’étudier ce que les gens du lieu disent, et moins ce qui est dit de Bugarach à l’extérieur.

La région de Bugarach a un habitus de l’inexplicable, avec la proximité de Rennes-le-Château: entre les trésors cachés, l’abbé Saunières et sa fortune colossale (mais qui serait pourtant mort misérablement), sa couleur ésotérique si fréquente dans l’Aude avec un arrière-fond cathare, et les OVNIS qui auraient fait leur apparition sur ce lieu après la guerre, la région attire les chercheurs de trésors en tout genre. Situé entre Carcassonne, Narbonne et Toulouse, le Pech de Bugarach devrait également sa renommée à une particularité géologique qui contribuerait à l’inexplicable: toutes les couches inférieures se seraient retrouvées au sommet du Bugarach, faisant ainsi du Pech une «montagne renversée» d’après Ravignan.

Bugarach est une zone très pauvre du sud des Corbières, mais, dès les années 1960-70, elle connaît un afflux touristique important inspiré notamment par la représentation de la terre cathare en tant que lieu de résistance, mais aussi d’amour et de la conscience d’être «dans le vrai». Les ingrédients semblent donc être réunis pour attirer du monde… Dans les années 1980, le mythe du trésor se déplace de Rennes-le-Château vers Bugarach: on cherche alors le trésor en soi, et plus à l’extérieur, quand bien même la région regorgerait de trésors incroyables cachés – notamment celui des Atlantes, des esséniens, mais aussi le tombeau du Christ. À Bugarach, on retrouve d’après Ravignan ce dont parlait Hervieu-Léger: l’importance du besoin pour l’individu d’expérimenter les choses pour les connaître, la connaissance étant ainsi fondée sur l’expérience. C’est ainsi que certaines personnes cherchent à déceler une sagesse cachée dans les formes anthropomorphiques des rochers du Pech, à l’aide des nombreux stages proposés.

Clotilde de Ravignan a conduit 10 entretiens à Bugarach et alentours, tout en s’appuyant sur de nombreux ouvrages de référence, dont le travail de Thomas Gottin sur Bugarach (Le Phénomène Bugarach: un mythe émergent, 2011), un livre de Jean d’Argoun (qui dit transmettre «Le message d’Issâha»), qui a joué un rôle important dans la genèse de spéculations sur Bugarach, mais aussi le récit de Genny Rivière, qui s’est sentie appelée par cet endroit particulier. Rivière, lassée par le phénomène Bugarach, n’a pas souhaité répondre aux questions de la chercheuse: elle a ouvert un centre de médecine chinoise et propose de nombreux stages à la découverte du Bugarach, répondant ainsi au besoin d’expérimentation de «quelque chose», devenu caractéristique d’une démarche spirituelle parallèle qui s’épanouit à Bugarach.

Bugarach est une bourgade d’environ 200 âmes. Les autochtones, souvent des personnes âgées, sont en minorité par rapport à la population néo-rurale qui s’est intégrée au lieu. Les autochtones ont apparemment un a priori bienveillant par rapport à la recherche spirituelle que suscite leur région: ils relient l’intérêt pour le 21 décembre à des aspirations hippies et New Age, voyant ainsi Bugarach comme «un petit théâtre» animé par ces venues un peu déroutantes, mais qui promettent aussi des retombées économiques puisqu’«on parle de nous».

Cependant, Ravignan observe un certain mécontentement de la part de ces autochtones, notamment en raison de conséquences pratiques de cet événement telles que le blocage de l’accès au site et la surveillance élevée dont il fait l’objet, mais aussi l’afflux d’autocars. Ils restent pourtant stoïques face à cet événement, si l’on en croit un jardinier interrogé par des journalistes: à la question de savoir s’il attendait la fin du monde, il répond qu’il ne sèmerait pas ses graines s’il y croyait…

Le maire, quant à lui, n’a pas d’intérêt particulier pour la spiritualité. Il relève qu’il a reçu toutes les télévisions du monde à Bugarach, sauf celles d’Afrique et d’Inde. S’il compte 20.000 visiteurs en 2010 (un chiffre en constante augmentation à l’approche du 21 décembre 2012), le maire parle à Ravignan du ménage à faire sur le Pech, où l’on trouve des vierges noires, des drapeaux de prières, mais aussi des graffitis sur les pierres – des objets qui pourraient, d’après lui, avoir leur place dans un musée spécial…

Si l’on pense à la fin d’un monde à Bugarach, c’est surtout une fin qui doit passer par une régénération individuelle à travers un important travail sur soi, réalisé dans le cadre de thérapies dites «parallèles», permettant par exemple de renouer avec ses vies antérieures, mais aussi de rituels catholiques – quand bien même le prêtre local prendrait ses distances…

Willaime relève cette culture fascinante de l’inexplicable, et s’étonne aussi d’une certaine inversion des représentations classiques, les autochtones de Bugarach semblant être plus rationnels que les personnes «raisonnables» et éclairées de la ville, qui passent pour des êtres plus «facilement» impressionnables et capables de tout croire…

La société face aux apocalypses

La deuxième session du jour – Eschatologie, investissement et retrait du monde – a prêté attention aux conséquences des représentations de la fin du monde, pouvant entraîner des réactions allant d’un retrait du monde à un grand activisme. Mais «demain n’apparaîtra peut-être jamais», ce qui donne l’occasion à Willaime de s’interroger sur la représentation de la fin du monde: est-elle brusque et soudaine, ou projetée à l’horizon afin de préparer l’avènement? Plusieurs postures peuvent être observées: une approche catastrophiste/déclinologue, une attitude plutôt piétiste revendiquant une démarche intérieure, ou encore une posture activiste.

La troisième session évoquait Les enjeux politiques de la fin du monde. Avec son intervention sur les chrétiens sionistes, Katia Lucas (Bordeaux 3-Climas) ne pouvait évidemment traiter de 2012, qui n’a pas de signification pour ces croyants, si ce n’est qu’elle leur rappelle que la fin du monde présent est proche.

Dans une France prompte à s’inquiéter des «dérives sectaires», la communication de Carlotta Gracci (EPHE-GSRL, LabTop) touchait en revanche aussi à la question du 21 décembre telle que l’envisagent les pouvoirs publics de ce pays.

Gracci s’est intéressée à l’approche «répressive», à travers les figures du psychiatreet criminologue Jean-Marie Abgrall et et du magistrat et homme politique Georges Fenech (ancien président de la MIVILUDES, Mission de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires): cette posture consiste avant tout à décrédibiliser les mouvements apocalyptiques. Gracci expose les stratégies suivantes:

1) Décrire le gourou sous une ou plusieurs figures, telles que le raté, le fou, l’escroc et le dictateur.
2) Présenter toute secte comme étant le fruit d’un délire: en insistant par exemple sur le fait que 2012 n’est finalement que la 183e fin du monde annoncée.
3) Utiliser l’exemple de l’Ordre du Temple Solaire comme paradigme de la secte apocalyptique, comme le fait par exemple le maire de Bugarach (à noter que dans une interview donnée à M6 pour Enquête exclusive en décembre 2011, le maire parle plutôt du Temple du Soleil, cher à Tintin).
4) Parler des projets sectaires et apocalyptiques comme des prétextes à l’escroquerie pécuniaire, en présentant par exemple le coût d’une séance de méditation.
5) Souligner les conflits internes, les schismes, les crises à l’intérieur de la secte.
6) Réinjecter du ridicule au quotidien vécu dans les sectes, en prenant l’exemple de films hollywoodiens qui ont été choisis comme support d’étude par certains groupes.
7) Se référer à la rationalité des sciences en citant par exemple la NASA, mais également des chercheurs en sciences sociales.

Le 21 décembre et les théories du complot

La quatrième, session, portant sur le discours eschatologique et les théories de la conspiration, s’ouvrait par une contribution de David Bisson (Rennes 1 – IDPSP):Les théories du complot: une conception sécularisée de la fin du monde. Quelques observations générales sur ces théories sont nécessaires pour examiner leur rôle dans le contexte des attentes autour du 21 décembre.

Selon l’analyse de Pierre-André Taguieff, dans la vision complotiste, tous les processus dépendent d’une cause cachée, qui serait la clé universelle de l’Histoire; il vise moins le pouvoir que le dévoilement de la réalité. Et l’apocalypse n’est-elle pas une révélation? La théorie du complot est une apocalypse profane d’après Bisson: elle propose une lecture sécularisée de la providence. Son ressort principal, c’est le sentiment de l’individu de la perte d’un monde, qui se cristallise dans une réaction de colère contre ce monde, et qui va déterminer l’ampleur apocalyptique. La théorie du complot se nourrit de la modernité, notamment de la sécularisation: elle profite de la perte d’influence religieuse pour nourrir les croyances, en instrumentalisant le sacré pour produire une religion laïque. La théorie du complot est dans un recommencement perpétuel de la fin du monde, parce qu’elle a «le pire des mondes» comme réalité. Elle s’emploie à trouver un ennemi à la hauteur de son désarroi.

Bisson distingue trois éléments structurants d’une religiosité apocalyptique:

1) La partition du monde en bien et mal / pur et impur: elle est immanentisée et sécularisée dans le cas de la théorie du complot, ce n’est pas une réalité métaphysique. Cette partition est entretenue par la logique du soupçon envers les sociétés secrètes (qui sont le modèle de la contre-église) qui viseraient à la domination du monde.

2) Aller à la racine du mal, lequel doit faire l’objet d’une lutte incessante: la motivation est alors politique. Le périmètre n’est pas délimité précisément et la liste est modulable, allant des francs-maçons aux juifs. Ce mal fait souvent l’objet d’une iconographie suggestive, d’une démonologie contemporaine souvent illustrée avec des images animales (p.ex. «la pieuvre du grand capital»), et il est généralement représenté comme étant «dans l’ombre» ou encore dans des lieux souterrains (des grottes, des caves, etc.).

3) Un certain répertoire d’action qui se divise entre les fidèles et les hérétiques, une minorité connaissante contre la masse inculte. Cette minorité fera l’objet de persécutions, mais elle devra témoigner sans relâche et continuer à mener une guerre occulte. Le complotiste vit déjà dans la fin du monde dont il est le témoin privilégié…

Pour le conspirationniste, l’Histoire est transparente, mais en même temps opaque. Il a une lecture négative de l’Histoire où il rejette les versions historiques officielles: dans le fond, les vainqueurs écrivent toujours l’Histoire… et le 11 septembre, n’était-ce pas un attentat trop parfait pour avoir été commis par des «seuls» islamistes?

S’il y a une vraie fascination rationnelle pour la fin du monde, on peut observer que dans le phénomène 2012, les théories du complot semblent laisser de côté les juifs et les francs-maçons au profit des experts scientifiques. Payés par l’État pour nous mentir, ces derniers cacheraient la vérité au sujet de la fin du monde le 21 décembre que certains amateurs aux prétentions scientifiques – tels que Patrick Geryl – se proposent de déjouer en révélant ce qui va vraiment se passer, à l’image du personnage de Charly dans le film 2012 de Roland Emmerich.

Continuant dans la perspective complotiste, Cecilia Calheiros (EHESS – CEIFR) se penche sur le logiciel Web Bot: L’eschatologie au service de la contre-culture politique: prédictions apocalyptiques et logiciel d’anticipation, le cas du projet Web Bot.

Le projet Web Bot a pour ambition de prévoir le futur. Il a été initialement créé pour prévoir les cours de la bourse, mais il aurait également prévu en 2003 la fin du monde pour 2012. Après 2001 déjà, on dit que le logiciel a prédit les attentats – post eventum: de «prévisionnel», WebBot devient «prédictif». Ce logiciel fonctionne d’après un système de statistique textuelle à partir des données sur le Net: son but est de trouver une conscience collective «en résonance» sur la Toile; puisque les individus y sont interconnectés, leur langage devient une conscience globale. La foule est donc porteuse de vérité et le message doit être décrypté: c’est la mission du Web Bot – créé par Clif High et Georg Ure. La perte d’influence des instances de savoir «légitimes» contribue à son succès.

Web-communauté, le Web Bot confirmerait les signes annonciateurs de la fin des temps, notamment avec les messages laissés sur les forums tels que «il y a trop de prophéties différentes pour qu’il ne se passe rien», mais aussi l’argument scientifique que l’on prête au Web Bot qui est mis en avant: «la science valide l’existence de l’inconscient collectif». La prédiction de 2003 du Web Bot pour 2012 était: «alignement des planètes» et «énergie inconnue». Ces théories convergeant vers les autres – comme les Mayas – cela confère un certain caractère scientifisant aux théories du Web Bot. Ce logiciel est également très familier avec les théories du complot: des reptiliens au Illuminati, il y a des instances qui empêchent l’éveil des humains et qui confirment l’idée que rien n’arrive par accident, et que rien n’est tel qu’il paraît être…

Le retour de la fin du monde

Sébastien Fath relève combien il est intéressant de voir comment la culture de la marge peut remettre en cause la dominante, ainsi que nous l’observons dans le phénomène 2012. Dans ses conclusions de la journée, Fath a rappelé deux clichés courants sur la fin du monde:

1) La fin du monde comme une apocalypse, c’est-à-dire le lien entre fin du monde et rhétorique chrétienne. Dans les théories qui circulent autour du 21 décembre, on constate que la fin du monde se déchristianise et se démonothéise. On observe un double mouvement: la sécularisation de la thématique, mais aussi un mouvement de pluralisation, illustré dans la popularité protéiforme de la prédiction maya.

2) La fin du monde en tant que spirale dépressive, en référence à une mauvaise nouvelle qui s’illustre dans une sorte de paralysie sociale, à l’image du prophète dans l’Etoile mystérieuse des aventures de Tintin. Mais les sciences sociales décapent les représentations spontanées! Pour 2012, il n’y a pas de logique d’attente passive, mais une vraie logique d’intensité. Fath relève les effets communautaires de ces prévisions, et comment les tensions dialectiques sont utilisées pour mieux mobiliser, notamment dans le fait d’avoir la conviction de jouer un rôle privilégié dans des temps cruciaux.

Sommes-nous en fait surpris de cette remobilisation communautaire qu’on n’attendait plus? On assiste dans ce phénomène à une volonté bricolée en différents réseaux , qui cherche à donner du sens à une réalité décevante, traduisant surtout une volonté de réinitialisation.

Nous pouvons ainsi conclure en disant que, dans une réécriture sécularisante, le 21 décembre 2012 propose une fin du monde à l’image du 21e siècle, alliant un besoin de rupture avec celui du réenchantement.

Géraldine Casutt

Géraldine Casutt est assistante diplômée à l’Université de Fribourg (Suisse). Intéressée par les milieux ésotériques, elle a écrit sa thèse de Master en été 2012 : «Du Facteur Maya au prétexte maya: quand la fin d’un monde est annoncée pour le 21 décembre 2012».

Source : http://religion.info/french/articles/article_591.shtml#.UNLYrm-qnCc

La fin du monde à un prix défiant toute concurrence

Apocalypse 2012

Agence Science-Presse, le 19 décembre 2012, 0h16

(Agence Science-Presse) La fin du monde des Mayas aura été l’occasion de faire de bonnes affaires. S’il était possible de tout additionner, le total atteindrait plusieurs milliards de dollars. Survol d’un «produit culturel» tout à fait de notre époque.

Un bunker de luxe. 35 000$ pour votre chambre, accès au gymnase, séjour d'une durée indéterminée (TerraVivos).

Cliquer sur la photo pour agrandir

A lire, tant qu’il vous reste du temps:

– Mémoire de maîtrise (2007): Sacha Defesche,The 2012 Phenomenon.

– Écoutez aussi l’épisode de cette semaine deJe vote pour la science, grâce auquel cette recherche a été faite.

– Notre dossier du mois: La science et la fin du monde.

– Vidéo: visitez un bunker de luxe (TerraVivos).

  • Ça a commencé avec le film 2012, de Roland Emmerich qui, il y a trois ans de cela, a rapporté la coquette somme de 770 millions de dollars. Certains y voient l’acte de naissance de cette peur d’une «apocalypse des Mayas» mais en réalité, les «croyants» avaient l’oeil sur le 21 décembre 2012 depuis les années 1990.
  • Selon une compilation faite il y a déjà plus d’un an, 300 livres avaient été publiés à propos de cette apocalypse. Plusieurs furent des bestsellers.
  • La chaîne de télé National Geographic a produit un documentaire, Compte à rebours avant la fin du monde. On y démolit les croyances, mais ce n’est pas l’impression que donne la publicité. Et ça fait partie de ses meilleures ventes en DVD.
  • Cette chaîne de télé a flairé la bonne affaire: elle a lancé cet automne une série de 12 documentaires d’une heure sur les gens qui se préparent à la fin du monde, notamment en construisant des abris anti-atomiques.
  • La chaîne de télé Discovery, qui n’a parfois de «scientifique» que le nom, a diffusé dès 2009 une série, qui se vend également très bien en DVD, sur les risques de méga-tempêtes solaires, d’inversion des pôles magnétiques, de super-volcans et autres événements qui, à ce qu’on disait, pourraient se produire en 2012.
  • Même le History Channel a sauté sur l’occasion avec des titres comme 2012, la fin des tempsLes derniers jours sur TerreLes Sept signes de l’Apocalypse et Nostradamus 2012. Les historiens doivent s’en arracher les cheveux.
  • Un endroit qui aura fait de bonnes affaires grâce aux Mayas, c’est la région de Bugarach, en France. Il s’y trouve une montagne qui serait le lieu du sauvetage de certains «élus». Une trentaine d’habitants, sur les 200 du village, ont mis leur maison en vente au prix fort, des chambres de la région ont été louées jusqu’à 2000$, et des pierres de la montagneseraient en vente à 200 dollars… le gramme.
  • De l’autre côté de l’Atlantique, le ministère mexicain du Tourisme ne s’en cache même pas: cette année, les Mayas sont bons pour les affaires. La pyramide de Teotihuacan, qui n’a pourtant rien à voir avec les Mayas, tout comme le site archéologique de Chicken-Itza, font partie des lieux de rendez-vous pour le 21 décembre. Des cérémonies rituelles —ou de proches imitations au seul bénéfice des touristes— sont organisées en plusieurs endroits, y compris dans l’État voisin du Guatemala, où nul autre que le président du pays se déplacera pour une telle cérémonie, télédiffusée en direct depuis la cité maya de Tikal.
  • C’est aussi une bonne année pour l’industrie des bunkers. Les plus luxueux sont offerts par la firme américaine TerraVivos, qui en aurait construit une vingtaine capables d’abriter entre 200 et 1000 personnes. Coût d’une place: de 35 à 50 000$.
  • Pour ceux qui n’ont pas les moyens de se construire un bunker, quantité de sites vendent des kits de survie à l’apocalypse. Lampes de poche sans piles, allumettes imperméables, couteaux, antibiotiques, réchauds au gaz… et des livres pour savoir comment survivre à l’effondrement de la civilisation.
  • Si vous avez du mal avec l’anglais, une compagnie suisse vend un tel kit, incluant de la nourriture lyophilisée… garantie pour 20 ans!
  • Le vrai kit de luxe: vendu par une firme américaine appelée Zombie (!) pour 24 000$. À ce prix-là, vous avez droit à des jumelles à infrarouge, des masques à gaz et, bien sûr, des armes à feu.

Source : http://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2012/12/19/fin-monde-prix-defiant-toute-concurrence