Sectes : une «autorisation tacite» des administrations

Au Sénat, une commission d’enquête sonde les dérives sectaires dans le domaine de la santé. Administrations et établissements sont appelés à renforcer leur vigilance.

Guérir le cancer au jus de citron, combattre le diabète par apposition des mains, se délivrer des maladies en se «nourrissant» d’air… Près de 400 pratiques «non conventionnelles à visée thérapeutique» sont proposées en France, selon la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Si elles ne s’accompagnent pas toutes de manipulations, ces pratiques sont «une véritable porte d’entrée pour les mouvements sectaires», estime le sénateur (RDSE) Jacques Mézard. La commission d’enquête dont il est rapporteur, depuis le 10 octobre 2012, en mesure le danger – et découvre une certaine apathie des administrations sur le sujet…

Atomisation
Actuellement, les dérives sectaires dans le domaine de la santé représentent un quart des signalements faits à la Miviludes. Trois mille médecins seraient en lien avec la mouvance sectaire, estime-t-elle dans un guide publié en avril 2012… Son nouveau président Serge Blisko, premier auditionné par la commission, rapporte en outre une «atomisation du phénomène sectaire», particulièrement «dans le domaine de la santé» : les manipulations s’exercent, de plus en plus, au sein de petites structures.

Les personnels soignants eux-mêmes sont exposés à ces dérives. Georges Fenech, ancien président de la Miviludes, évoque ainsi la «pénétration du milieu hospitalier par certaines organisations». Des «comités de liaison hospitaliers», par exemple, viennent y faire respecter le refus de la transfusion sanguine par les adeptes des Témoins de Jéhovah… Pour sa part, Serge Blisko appelle les dirigeants des structures sanitaires et sociales à être «extrêmement attentifs» au contenu des formations proposées à leurs personnels, notamment en matière de gestion du stress.

ARS
Plusieurs administrations de la santé sont également invitées à redoubler de vigilance. Depuis le début de l’année, la Miviludes a ainsi signalé 42 pratiques suspectes aux agences régionales de santé (ARS). Mais «certaines ont, plus que d’autres, une sensibilité sur cette question», avance Serge Blisko.

Une circulaire du 23 juillet 2010 demande à chaque directeur général d’ARS de désigner un agent référent, en matière de lutte contre les dérives sectaires dans les établissements et services médico-sociaux. Le président de la Miviludes a plusieurs fois réclamé, au ministère de la Santé, la liste nominative de ces référents ; en vain. «Je crains qu’elle ne soit très courte», déplore Serge Blisko… Or cette inertie administrative est «perçue par les charlatans de la santé comme une sorte d’autorisation tacite» à manipuler.

Le ministère de la Santé est également mis en cause. Un arrêté du 3 février 2009 a en effet créé un «groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique», auprès du directeur général de la santé (DGS). Ce comité est notamment chargé de distinguer les techniques dangereuses des méthodes prometteuses. «Le rythme de travail doit s'(y) accélérer», réclame Serge Blisko. Georges Fenech évoque même des «blocages» dans cette instance.

«Les premières fiches sur des pratiques non conventionnelles à visée dite thérapeutique devraient être mises prochainement» sur le site internet du ministère de la Santé, répond aujourd’hui la DGS. Elle souligne que les évaluations des différentes pratiques «nécessitent un travail important, qui est donc long». Un délai malheureusement profitable aux gourous charlatans…

 

Olivier Bonnin

Source : http://www.gazette-sante-social.fr/actualite/a-la-une-sectes-une-autorisation-tacite-des-administrations-35839.html