Il faut prendre au sérieux l’infiltration des mouvements sectaires dans la santé

Créé le 30-10-2012 à 15h50 – Mis à jour à 16h10

PARIS (Sipa) — Il faut que tous les acteurs de la santé, des médecins au ministère, puissent « prendre au sérieux » et « de manière urgente » l’infiltration de mouvements sectaires dans ce secteur, a expliqué mardi à Sipa Georges Fenech, l’ex-président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), avant son audition mardi par une commission d’enquête sénatoriale sur le sujet.

La situation n’est « pas marginale, pas folklorique ». Il est « presque déjà trop tard » tant tous les domaines de la santé sont infiltrés, a-t-il ajouté.

Le spécialiste déplore la « perte de confiance » dans le système de santé avec les affaires du sang contaminé, de l’hormone de croissance, du Mediator et des prothèses mammaires PIP, avec pour conséquence le fait que de plus en plus de patients se tournent vers des « charlatans ».

La semaine dernière lors de son audition par la commission d’enquête sénatoriale, l’actuel président de la Miviludes, Serge Blisko, a fourni un inventaire à la Prévert de quelques-unes des 400 pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique qui peuvent exister: méthodes de faux souvenirs, reiki (technique d’apposition des mains d’origine japonaise, NDLR), massages Tui Na, kinésiologie, respiranisme, instinctothérapie, tourisme néo-chamanique…

L’absence d’un cadre légal clair favorise cette prolifération qui peut s’accompagner dans certains cas de la vente d’appareils et de produits divers censés apporter bien-être et/ou guérison, a-t-il commenté.

Selon le président de la Miviludes, on dénombre aussi 1.800 structures d’enseignement ou de formation « à risques » dans le domaine de la santé.

Quant à l’infiltration du système de santé par les mouvements sectaires, elle peut s’exercer de plusieurs manières: par le biais de médecins déviants (environ 3.000 aux côtés de plusieurs dizaines de milliers de pseudo-thérapeutes autoproclamés), par l’introduction de méthodes à risque au sein de l’hôpital, par le biais de la formation des personnels paramédicaux et par des actions de lobbying ou de prosélytisme, a-t-il rapporté.

Parmi les préconisations qu’il a faites devant les sénateurs de la commission d’enquête, le président de la Miviludes a demandé le renforcement des moyens d’action du Groupe d’appui technique (GAT) sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutiques, placé auprès de la direction générale de la santé (DGS).

En trois ans, ce groupe a évalué moins d’une dizaine de pratiques sur les 400 existantes. A la demande de la Miviludes, le GAT va bientôt publier un avis présentant les dangers de la méthode de Biologie totale des êtres vivants (BTEV) mise au point par un médecin dont le nom n’est pas cité, mais qui est l’un des adeptes de la Nouvelle médecine germanique du Dr Ryke Geerd Hamer. La BTEV préconise de « reprogrammer le patient » pour le traitement des pathologies lourdes et la Nouvelle médecine germanique affirme par exemple que la culpabilité des fumeurs plus que l’ingestion de tabac est cause de cancer.

La commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé a été constituée à la demande du Rassemblement démocratique et social européen (RDSE). Elle doit rendre un rapport dans six mois, soit en avril. Elle est présidée par le sénateur UMP du Vaucluse Alain Milon et son rapporteur est Jacques Mézard, sénateur RDSE du Cantal.

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20121030.FAP2617/il-faut-prendre-au-serieux-l-infiltration-des-mouvements-sectaires-dans-la-sante.html