Serge Blisko : « nous allons alerter les universités et les hôpitaux des risques d’infiltration »

Créé le 26-10-2012 à 14h47 – Mis à jour à 16h32
Olivier Hertel
Par 
Sciences et Avenir
L’enquête de Sciences et Avenir révèle les dérives sectaires et thérapeutiques dans les hôpitaux et universités en France. La réaction de Serge Blisko, président de la Miviludes.
Serge Blisko, président de la Miviludes. Yves Malenfer/ Matignon
Serge Blisko, président de la Miviludes. Yves Malenfer/ Matignon

SERGE BLISKO est président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Dans sa réaction aux révélations de l’enquête de Sciences et Avenir, il évoque notamment sa volonté d’alerter les présidents des universités et s’inquiète en particulier de la situation de l’université d’Angers.

Auditionné au Sénat le 24 octobre par la commission d’enquête sur les risques de dérives sectaires dans le domaine de la santé, Serge Blisko a réaffirmé sa volonté d’être ferme sur ces sujets en proposant quelques pistes de réflexion pour améliorer la réglementation (voir encadré).

Sciences et Avenir: Êtes-vous inquiets de l’infiltration de mouvements pseudo-thérapeutiques au sein des hôpitaux et des universités déjà dénoncés par la Miviludes ?

Serge Blisko: Oui, car ce que nous découvrons avec votre enquête, ce sont leurs méthodes d’entrisme. Par exemple, je regrette la
facilité avec laquelle des diplômes, reconnus au niveau européen, sont délivrés dans des universités privées à l’étranger, dont on ne sait pas grand-chose. Mais se pose aussi la question des diplômes universitaires (DU)* qu’on a vu fleurir un peu partout en France, sans vraiment de contrôle. Le problème, c’est que ces DU représentent une source de revenu importante pour les universités.

SeA: Allez-vous intervenir ?

SB: Nous allons alerter les présidents d’universités, mais aussi la conférence des doyens des facultés de médecine, pour qu’ils prennent conscience que certains DU sont la porte ouverte à toutes les dérives. Quant à Angers, nous devrons en discuter avec le nouveau cabinet du ministre de la Santé, car il y a là un vrai problème. Mais il reste que les universités disposent d’une grande autonomie. Enfin, pour ce qui est de l’infiltration des hôpitaux, nous alerterons la Fédération hospitalière de France et les organisations patronales des établissements de santé.

SeA: Ces mouvements noyautent des colloques comme Ecomédecine, placé sous le haut patronage de la ministre de la Santé, Marisol Touraine. N’est-ce pas un étrange mélange des genres ?

SB: Effectivement, car les mouvements dont vous parlez recherchent auprès de partenaires prestigieux un gage de respectabilité. Ce système de haut patronage en particulier devrait sûrement être revu, car il ne veut rien dire et peut être détourné. Or, il n’est pas toujours facile de vérifier le contenu de ces manifestations auxquelles un ministre accorde sa confiance.

Propos recueillis par Olivier Hertel

 

Les pistes évoquées par Serge Blisko :

Lors de son audition au Sénat, Serge Blisko a proposé quelques pistes de réflexion pour améliorer la lutte contre les dérives sectaires dans le domaine de la santé et dans les universités. Voici les plus importantes :

1/ Solliciter une enquête du ministère de l’enseignement supérieur sur le contenu des diplômes universitaires d’enseignement à des pratiques non conventionnelles

2/ Interdire des pratiques qui auront été jugées dangereuses par le groupe d’appui technique GAT de la direction générale de la santé et dont le rôle est d’évaluer les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutiques.

3/ Lancer une campagne nationale de sensibilisation aux pratiques sectaires dans le domaine de la santé

4/ Renforcer le contrôle des rectorats sur les formations faussement diplômantes ou l’usage illicite du titre d’université ou de master

5/ Interdire toute certification de modules de formation à des pratiques thérapeutiques non validées

6/ Soumettre à l’avis du GAT l’introduction de pratiques non conventionnelles à l’hôpital, selon une procédure d’urgence

Source:  http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/decryptage/20121026.OBS7211/serge-blisko-nous-allons-alerter-les-universites-et-les-hopitaux-des-risques-d-infiltration.html

Sectes : le danger des nouveaux gourous de la santé

De plus en plus de structures à caractère sectaire en France proposent des remèdes miracles à des patients désemparés et profitent d’un vide juridique.

Propos recueillis par Alexandra Gonzalez
Le 27/10/2012 à 13:00
Certains gourous affirment pouvoir guérir des maladies lourdes à l'aide de simples plantes. (Taz-Voll -- CC -- Flickr)

Certains gourous affirment pouvoir guérir des maladies lourdes à l’aide de simples plantes. (Taz-Voll — CC — Flickr)

 

Les médecines naturelles sont de plus en plus polluées par des gourous qui s’improvisent thérapeutes et provoquent des dégâts irrémédiables sur la santé de patients en détresse. Un phénomène qui a poussé à la création d’une commission sénatoriale sur l’influence de ces mouvements sectaires. Celle-ci devrait rendre ses conclusions au mois de janvier. Auditionné il y a quelques jours par les sénateurs, Serge Blisko, le président de la Miviludes, organisme chargé d’observer et d’alerter les pouvoirs publics sur les dérives sectaires, nous livre sa vision de ce nouveau marché très lucratif et dangereux.

Vous dites assister à l’apparition de multiples petites structures à caractère sectaire. Est-ce la fin des grandes sectes mondiales ?

Oui, le paysage sectaire s’est transformé, on voit de moins en moins de mouvements de propagande dans la rue, comme Hare Krishna fût un temps. Et quand le leader de la secte Moon est mort, on a appris que le nombre d’adeptes était en chute libre. Aujourd’hui, les gens vont moins vers le religieux, ils se tournent vers le bien-être et la santé.

Qui sont ces « nouveaux gourous » de la santé ?

Je les appelle des « dérapeutes ». Ils se font passer pour des thérapeutes pour soutirer de l’argent à des gens malades. Ils surfent sur la vague de la médecine naturelle et proposent des méthodes parfois désastreuses. Ils se donnent le nom de spécialistes en médecine quantique, de biomagnétiseurs, d’énergéticien, etc. Et pour justifier l’inefficacité de leurs traitements, ils culpabilisent le patient en lui disant que c’est de sa faute car il émet de mauvaises ondes, car ses proches sont sceptiques… C’est inadmissible.

Comment tracer une frontière entre médecine naturelle et charlatanisme ?

Il y a des choses très prometteuses dans certaines médecines naturelles, mais des indices permettent d’identifier les dérapages. Il va s’agir par exemple d’une méthode permettant de soigner aussi bien un cancer qu’un cor des pieds, ou d’une médecine qui affirme avoir un taux de guérison proche de 100%, ou encore d’honoraires exorbitants. La médecine conventionnelle peut parfois être déshumanisée, très technique, et les charlatans glissent dans cette faille avec leurs méthodes doucereuses.

« N’arrêtez jamais un traitement prescrit par un médecin »

Pourquoi cet engouement des Français pour ces remèdes miracles ?

Dans nos sociétés, la maladie est de moins en moins acceptée. On souhaite que le problème de santé arrive le plus tard possible, on devient très exigeants vis-à-vis de la médecine, on se résigne beaucoup moins qu’avant face à la maladie. Du coup, on se tourne de plus en plus vers ceux qui s’empressent de nous proposer des solutions miracles.

Beaucoup de gens opèrent une reconversion professionnelle à mi-carrière pour travailler dans le bien-être. Qu’en pensez-vous ?

Il est difficile aujourd’hui de travailler dans le milieu de la santé sans diplôme reconnu. Le Conseil de l’Ordre veille à cela. Du coup, les gens se tournent vers le bien-être, domaine plus accessible. « Venez dans ma maison à la campagne, il y aura de l’odeur de santal, de la musique relaxante, ma femme vous fera un massage, et ce week-end de remise en forme vous coûtera 400 euros ». Je caricature, mais on voit beaucoup de choses comme ça. Les centres de bien-être ne sont ni des hôtels, ni des centres de cure thermale, ils échappent à tout contrôle. Et beaucoup de ceux qui veulent se reconvertir dans ce domaine se font avoir par des formations « bidons ».

Quels conseils donneriez-vous pour éviter ces structures ?

N’arrêtez jamais un traitement prescrit par un médecin classique. Si vous souhaitez une cure plus naturelle pour alléger les effets secondaires et vous porter mieux, parlez-en à votre médecin traitant et convainquez le de votre besoin, pour qu’il vous conseille autrement que par un simple ricanement. Et aux médecins, je recommanderai la plus grande vigilance. Ce n’est pas un phénomène à prendre à la légère.

Source : http://www.bfmtv.com/societe/sectes-danger-nouveaux-gourous-sante-368618.html