La fin du monde fait le bonheur des secte

Georges Fenech, ici au bord du Rhône, dans son fief de Givors, livre dans son dernier ouvrage le fruit d’une immense enquête internationale consacrée au phénomène sectaire. Le DL/Jean-François SOUCHET

Georges Fenech, ici au bord du Rhône, dans son fief de Givors, livre dans son dernier ouvrage le fruit d’une immense enquête internationale consacrée au phénomène sectaire. Le DL/Jean-François SOUCHET

Les prédicateurs en herbe annoncent la fin du monde pour le 21 décembre 2012. Surfant sur un phénomène à l’ampleur planétaire, les sectes font volontiers commerce d’une croyance toujours propice à faire grimper le nombre de leurs adeptes. C’est ce que dénonce dans son dernier ouvrage l’un des piliers de la lutte anti-secte, le député UMP du Rhône et ancien magistrat Georges Fenech.

D’où vient cette peur d’une fin du monde imminente ?

– Cette croyance, qui dépasse le simple phénomène sectaire, s’est répandue partout dans le monde. Elle repose sur le sentiment que le monde va changer et que cela s’accompagnera de grandes souffrances. Il est inscrit dans l’inconscient collectif qu’il peut y avoir un bouleversement, le tout alimenté par des critères réels, comme la crise ou le réchauffement climatiques, à partir desquels on extrapole.

L’apocalypse du 21 décembre ne serait donc qu’un mythe ?

– Chacun se fera sa propre religion sur l’évolution de notre monde : il y a bien eu par le passé des passages cataclysmiques. Mais si je crois au 21 décembre 2012 ? Non, évidemment. L’expérience a montré que depuis la chute de l’empire romain, on totalisait 183 annonces de la fin du monde.

Pourquoi s’inquiéter, dès lors ?

– Ce qui est nouveau, par rapport aux précédents épisodes de craintes collectives, est de voir le phénomène sectaire s’y greffer en masse, en proposant des échappatoires à un monde extérieur condamné, véhiculés par de grands mouvements sectaires mais aussi par un nombre infini de petits gourous.

Votre ouvrage, qui résume vos années d’enquêtes et de lutte, est donc une mise en garde ?

– En tant que président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, NDLR), j’ai voulu alerter les pouvoirs publics sur cette croyance d’une fin du monde imminente. Car on a une expérience : celle de l’Ordre du Temple Solaire, qui s’est soldée par seize morts dans le Vercors, des gens qui ont préféré se sacrifier en pensant sauver l’humanité. On ne peut rester inactif et attendre que d’autres drames se produisent.

Vos détracteurs vous reprochent pourtant de voir des sectes partout…

– Je ne suis pas dans la paranoïa. Mais j’ai fait le constat durant ces années à la Miviludes que les sectes ont envahi tous les niveaux de la vie publique. C’est pourquoi nos actions se font en lien avec de nombreux ministères, ceux de l’Intérieur, de la Justice, de l’Éducation nationale, de la Santé… Les gourous thérapeutiques, par exemple, sont de plus en plus nombreux.

Selon vous, les lieux de pouvoir seraient aussi infiltrés ?

– Aucun domaine n’y échappe et les lieux de pouvoir aiguisent forcément l’appétit des sectes, dont le but ultime est d’imposer leur modèle de société et leur vision du monde. Or, pour cela, il faut du pouvoir et des moyens. Le tissu économique est ainsi infiltré de manière masquée, via certains instituts de formation professionnelle, et les milieux politiques sont aussi sujets à risques.

Vous en auriez d’ailleurs vous-même fait les frais, lorsque votre élection fut invalidée en 2008 ?

– Je ne dis pas que les sectes m’ont destitué, mais j’ai fait le constat d’un conflit d’intérêt lorsque mon dossier électoral est arrivé devant le conseil constitutionnel. Son rapporteur n’est autre que le conjoint de l’avocat des Scientologues et des Témoins de Jéhovah en France (Michel de Guillenchmidt, NDLR). Qui est aussi l’auteur de la préface du livre que sort tout juste Éric Roux, le responsable français de la Scientologie, sur l’inquisition en France ! (“France 2012, Inquisition en bande organisée”, NDLR)

Si cela s’avérait exact, ne serait-ce pas très cher payé ?

– La lutte contre les dérives sectaires, en effet, est loin d’être un long fleuve tranquille : j’ai fait l’objet d’une trentaine de procès et tous mes prédécesseurs ont aussi fait l’objet d’attaques, qu’ils soient de gauche ou de droite.

Peut-on savoir où vous serez le 21 décembre prochain ?

– Certainement pas dans un bunker ! Je pense que je serais dans ma circonscription, avec mes amis, pour fêter le présent et l’avenir, et voir que la planète tourne toujours autour du soleil. Car le ciel ne va pas nous tomber sur la tête sous prétexte que certains gourous fixent des dates…

Source : http://www.ledauphine.com/isere-nord/2012/10/17/cette-fin-du-monde-qui-fait-fantasmer-les-sectes