BUGARACH, TERMINUS DE LA FOLIE MÉDIATIQUE

Des oracles de l’apocalypse qui n’existent pas, des journalistes qui se filment entre eux. Toute l’absurdité du cirque médiatique résumée à Bugarach, le village qui doit résister à la fin du monde.

Par  | publié le 18/12/2012 à 5h33, mis à jour le 18/12/2012 à 5h34

Le pech de Bugarach. REUTERS/Jean-Philippe Arles
Pendant une crise à l’UMP, facile de trouver une place pour l’envoyé spécial de BFM TV: ce sera en plein froid devant le QG de l’UMP. Mais pour une fin du monde?

Où est-ce que la fin du monde, l’événement médiatique de cette fin d’année, événement singulier en ce qu’il n’aura pas lieu, se déroulera avec le plus d’intensité? La fin du monde, quelle adresse?

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En l’absence de QG de la fin du monde, les médias lui ont trouvé une capitale, Bugarach, petit village de 200 habitants dans l’Aude. 250 journalistes venus de plus de 50 pays sont accrédités auprès de la préfecture pour le 21 décembre 2012. Pour suivre une fin du monde (qui n’aura pas lieu) dans le seul endroit où elle n’aura pas lieu. C’est logique.

Garage à ovnis et suicides collectifs

Le pic de Bugarach est «connu» pour être le seul lieu sur Terre qui résisterait à l’apocalypse. Il y a plusieurs explications. Celle qui revient le plus souvent est que la montagne cache un garage à ovnis, qui pourrait permettre aux extraterrestres en stationnement de sauver les humains sur place.

D’où vient cette incroyable rumeur? Qui sont ces oracles de la fin des temps qui désignent Bugarach? Comment ce village est devenu l’objet de toutes les inquiétudes pour les autorités, la Miviludes, la mission ministérielle anti-secte y craignant des suicides collectifs [voir PDF]?

Dans tous les articles (et il y en a eu des centaines et des centaines dans la presse mondiale), la même réponse: des «sites Internet», des «prédictions sur le Net». Sans jamais un seul nom de site, ni aucune citation. Les reportages sur place n’arrivent pas plus à accoucher d’une seule citation d’un illuminé leur assurant que Bugarach sera le refuge de la fin du monde. Tout s’explique très simplement: cette rumeur n’a jamais existé. Sinon dans les médias.

«Faire boucler le village par l’armée»

Tout part en fait d’une interview du maire de Bugarach publiée le 30 novembre 2010 dans le quotidien local L’Indépendant. Jean-Pierre Delord s’inquiète après que le sujet a été abordé dans son conseil municipal, et envisage carrément de «faire boucler le village par l’armée»:

«De nombreuses personnes, en France et à l’étranger, ont loué des maisons dans le village en prévision de la fin du monde prévue en 2012. Il paraîtrait même que des Américains (combien? Je ne sais pas) auraient réservé leurs billets pour venir ici…»

A l’époque, d’ailleurs, la fin du monde de Bugarach est encore programmée le 12 décembre et non le 21. D’où lui vient cette information fantaisiste qui ne se vérifie pas dans le village? La question demeure sans réponse. A chaque fois qu’on lui pose la question, le maire cite d’hypothétiques sites Internet. Après avoir fouillé Google avec un filtre n’affichant que les résultats antérieurs à novembre 2010, une conclusion s’impose: le phénomène Bugarach n’existait pas avant que les médias en parlent!

Volume de recherches «Bugarach fin du monde» sur Google depuis 2008. La courbe décolle avec l’article de L’Indépendant.

L’article de L’Indépendant intéresse le New York Times qui publie un reportage sur place en janvier 2011. Le petit village audois devient la capitale mondiale de l’apocalypse. En février, Le Figaro chiffre à plusieurs dizaines de milliers de personnes le nombre de gens qui croient au refuge de Bugarach. Le raisonnement qui justifie le reportage est rétrospectivement très drôle:

«Pour des dizaines de milliers de personnes, le pech de Bugarach est devenu le seul espoir. Persuadés que le cataclysme qui doit détruire notre planète, prévu par le calendrier maya le 21 décembre 2012, l’épargnera, ils ont déclenché une avalanche de rumeurs, relayée jusqu’à l’écœurement sur la toile. Rien que sur Google, le mot “Bugarach” fait défiler près de 200.000 références.»

200.000 références sur Google? Il suffit de taper «Bugarach» pour voir qu’il n’y a que des articles de presse, et des blogs et des forums… qui copie-collent ces mêmes articles de presse. Au contraire, les sites ésotériques qui reprennent cette histoire auraient plutôt tendance à la démentir:

«Le Bugarach est effectivement un lieu très particulier; c’est un lieu où se trouve une immense base intemporelle, c’est-à-dire une base qui fonctionne aussi bien en troisième dimension que dans les dimensions supérieures […] Quant à dire que ce lieu sera un des lieux les plus protégés au monde s’il y a de grands évènements ou, comme vous le dites (et cela nous amuse grandement) s’il y a la « fin du monde », c’est vraiment une pure illusion!»

Les oracles de l’apocalypse de Bugarach n’existent pas, ou alors ils ont une carte de presse. La fin du monde est le paroxysme d’un genre journalistique bien particulier, l’info insolite, qui fonctionne sur le mode du bouche-à-oreille et où la notion de vérité importe peu. Si l’info est drôle et reprise par tout le monde, elle est forcément vraie.

«Bugarach assaillie par les fous de l’Apocalypse»

Normalement, en matière d’info insolite, personne ne va jamais vérifier à la source. Le schéma classique: un média local sort une histoire incroyable, et les médias du monde entier la reprennent chacun à leur tour, dans une version altérée par les reprises. Dans le cas de Bugarach, des journalistes de dizaines de pays se sont pourtant rendus sur place mais beaucoup rapportent la même information, fausse: «Bugarach assaillie par les fous de l’Apocalypse», comme titre Le Figaro.

Bugarach est, il est vrai, un lieu connu des adeptes du new age et de quelques ufologues, car le village est proche de Rennes-le-Château, capitale de l’ésotérisme, et est surplombée par une «montagne inversée», un phénomène géologique assez classique mais qui alimente le fantasme. Des chasseurs d’ovnis et des post-hippies y traînent parfois. Mais aucun rapport avec la fin du monde.

Personne n’y croit? Pas grave, il y a Internet

Bugarach paye le prix d’un problème structurel du journalisme: l’obligation d’avoir un «angle» et donc une vision partiale de la réalité avant même de l’avoir éprouvée. Difficile de revenir de Bugarach en écrivant l’inverse de ce qu’on avait promis à son réd’ chef: en fait, il ne s’y passe absolument rien, personne ne croit à cette histoire de fin du monde. Pas grave, les journalistes s’en remettent à des «rumeurs sur Internet». Ça valait le coup d’aller sur place.

Rémi Lainé, auteur d’un documentaire sur la folie médiatique de Bugarach qui sera diffusé sur Arte le 21 décembre, a eu le mérite d’avoir fait un long travail sur place:

«Qu’avons-nous vu à Bugarach entre juin 2011 et novembre 2012? Peu d’illuminés. Quelques touristes. Et beaucoup de journalistes. […] Sur place, personne, même chez les plus allumés, ne croit en cette fin du monde du 21 décembre.»

Le préfet obligé de prévoir le pire

Quelles sont les conséquences de cette bouffonnerie médiatique? Le préfet de l’Aude, Eric Freysselinard, est bien embêté. Malgré l’absence d’éléments tangibles (pas de hausse notable des fréquentations dans les trains ou les avions dans la région), il doit prévoir le scénario catastrophe qu’il lit dans les journaux. C’est ce qu’il explique au Figaro:

«Nous sommes face à une situation inédite. Quand nous devons encadrer un apéro géant, il y a derrière des organisateurs et on peut prévoir le dispositif à mettre place. Ici, rien de tel.»

L’accès au pic de Bugarach sera interdit d’accès entre le 19 et le 23 décembre. Bugarach et 3 villages alentours seront sous haute protection, avec des barrages routiers et des laissez-passer pour les habitants… et pour les journalistes. Le spectacle de la non-fin du monde risque bien de se dérouler derrière des barricades.

Vincent Glad

Source : http://www.slate.fr/france/66239/fin-monde-bugarach-terminus-folie-media

La fin du monde, un commerce que les autorités veulent ruiner

AFPPar Emmy VARLEY | AFP – jeu. 29 nov. 2012

Les autorités indignées ont prévenu jeudi qu'elles feraient tout ce qu'elles pourront pour combattre l'exploitation commerciale de la fin du monde et la floraison des locations à prix d'or au pied du pic de Bugarach (Aude), prétendu refuge contre l'apocalypse annoncée pour le 21 décembre

Les autorités indignées ont prévenu jeudi qu’elles feraient tout ce qu’elles pourront pour combattre l’exploitation commerciale de la fin du monde et la floraison des locations à prix d’or au pied du pic de Bugarach (Aude), prétendu refuge contre l’apocalypse annoncée pour le 21 décembre
Bugarach et son pic, point culminant du massif des Corbières, sont l’un des endroits du globe où il faut être si l’on ne veut pas disparaître avec le reste de l’humanité le 21 décembre
Les autorités indignées ont prévenu jeudi qu'elles feraient tout ce qu'elles pourront pour combattre l'exploitation commerciale de la fin du monde et la floraison des locations à prix d'or au pied du pic de Bugarach (Aude), prétendu refuge contre l'apocalypse annoncée pour le 21 décembre
Afficher la photoLes autorités indignées ont prévenu jeudi qu’elles feraient tout ce qu’elles pourront pour combattre l’exploitation commerciale de la fin du monde et la floraison des locations à prix d’or au pied du pic de Bugarach (Aude), prétendu refuge contre l’apocalypse annoncée pour le 21 décembre

Les autorités indignées ont prévenu jeudi qu’elles feraient tout ce qu’elles pourront pour combattre l’exploitation commerciale de la fin du monde et la floraison des locations à prix d’or au pied du pic de Bugarach (Aude), prétendu refuge contre l’apocalypse annoncée pour le 21 décembre.

« A titre personnel, je trouve vraiment indigne d’abuser de la naïveté des gens et de se précipiter dans des commerces qui défient le sens commun », a déclaré jeudi à l’AFP le préfet de l’Aude, Eric Freysselinard, qui a saisi la justice pour examiner la qualification pénale de ces infractions éventuelles.

« Je trouve inadmissible et révoltant de jouer avec la candeur de certaines personnes en les touchant en plus au portefeuille », a-t-il ajouté.

En début de semaine, le quotidien La Dépêche du Midi citait un particulier se vantant d’avoir trouvé preneur pour quatre chambres à Bugarach au prix de 1.500 euros par jour, grâce à une annonce publiée sur un site populaire de vente entre particuliers.

L’annonce a disparu depuis, mais d’autres proposent toujours des terrains où planter sa tente à 450 euros par jour, ou une maison « fin du monde » entre 1.500 et 2.000 euros la semaine, des tarifs dont la région était peu coutumière jusqu’à sa récente notoriété internationale.

Bugarach et son pic, point culminant du massif des Corbières, sont l’un des endroits du globe où il faut être si l’on ne veut pas disparaître avec le reste de l’humanité le 21 décembre. C’est en tout cas ce que prophétisent les tenants du cataclysme, dont les théories, inspirées du calendrier maya ou par l’hypothèse d’une inversion des pôles, abondent sur internet.

Il y a quelques mois déjà, Jean-Pierre Delord, le maire du petit village de 200 âmes niché au pied du pic, avait déposé plainte lorsque des « pierres de Bugarach » avaient été mises en vente sur la toile.

Cette plainte fait l’objet d’une enquête préliminaire des gendarmes sous l’autorité du parquet de Narbonne, d’après une source judiciaire.

Un porte-bonheur

Mais des annonces similaires, émanant semble-t-il d’autres régions de France, sont apparues depuis. L’une vante les mérites d’une « pyramide naturelle de Bugarach » car « tout commence le 3 décembre 2012 », une autre propose pour 170 euros un « exemplaire unique » de porte-bonheur.

On trouve aussi des annonces d’apparence plus potache, comme celle pour une « bouteille d’eau de source provenant du mont Bugarach » à 15 euros. Cette eau traiterait « grippe, hémorroïdes ou retour de l’être aimé »…

Impossible de dire si les Français se laissent prendre comme aux Etats-Unis, où s’est développée une industrie de l’apocalypse en direction des « preppers » (ceux qui se préparent) friands de bunkers et de kits de survie, disent les autorités.

Pour les gendarmes de l’Aude, qui « suivent les choses de près et vérifient toutes les informations », la « situation est calme ». Il n’y a en tout cas « pas d’épidémie de locations à des prix exorbitants », a indiqué un officier.

Cela n’empêche pas le téléphone de sonner sans discontinuer à la mairie de Bugarach, où certains habitants tentent de profiter de l’affluence prévisible pour monnayer chambres ou services.

Jean-Pierre Delord est un peu las des questions de la presse internationale, mais il compte bien que son village bénéficiera des retombées touristiques de sa nouvelle célébrité au-delà du 21 décembre.

Il ne regrette toujours pas d’avoir tiré la sonnette d’alarme. Grâce à cela, « le préfet a pris les choses en main », a-t-il souligné.

En effet, les accès au pic et à ses galeries souterraines seront interdits entre le 19 et le 23 décembre, de même que le survol de la montagne. Les routes menant au village seront filtrées et, en cas de fort afflux, elles seront totalement bloquées.

Une centaine de gendarmes et de pompiers seront mobilisés, et des renforts pourront être réquisitionnés au besoin.

Pour l’instant, les autorités n’ont pas d’indication particulière que les illuminés, ou même les curieux, vont affluer. Ce sont plutôt les journalistes qui se manifestent en nombre pour cette fin du monde, la 183e annoncée depuis la chute de l’Empire romain il y a quelque 1.600 ans.

Source AFP

FIN DU MONDE – Le pic de Bugarach, refuge présumé de l’apocalypse, sera interdit d’accès

Le pic de Bugarach, surplombant le petit village audois du même nom, et qui, selon certaines prédictions, serait le seul endroit de la planète épargné par une prétendue fin du monde annoncée pour le mois prochain, sera interdit d’accès du 19 au 23 décembre, a annoncé vendredi 16 novembre le préfet de l’Aude, Eric Freysselinard, à Carcassonne. Les théories, fondées sur une interprétation du calendrier maya, font en effet du pic de Bugarach un des endroits sur le globe où se réfugier pour échapper à la fin du monde le 21 décembre.

>> Lire : « A moins de 50 jours de la fin du monde, le maire de Bugarach tire la sonnette d’alarme »

La Croix rappelle que le phénomène a commencé en novembre 2010. « Le maire de la commune est alerté par un ami de voyages organisés par des agences américaines pour se rendre à Bugarach le 21 décembre 2012, et en informe le conseil municipal. Un journaliste du quotidien local, L’Indépendant, fait une pleine page le lendemain sur le sujet. »

Le pic, avec ses 1 231 mètres et son impressionnant profil évoquant une piste de lancement ou d’atterrissage, se prête à de telles théories, dans des Pyrénées cathares qui fourmillent elles-mêmes de légendes sur les Wisigoths, les Templiers ou les trésors cachés. Le pic, ou pech, de Bugarach serait pour certains un garage abritant le vaisseau qui emmènerait les privilégiés préservés de la fin du monde. Bugarach a rapidement été mis sous surveillance par la Miviludes, l’organisme chargé d’observer et d’analyser le phénomène des mouvements à caractère sectaire.

L’éventualité d’une affluence de mystiques, mais aussi de curieux, a ainsi poussé les autorités, non seulement à interdire les accès au mont lui-même, mais à boucler préventivement tout le secteur autour du 21 décembre. Une centaine de policiers et de pompiers contrôleront les accès au village de 200 âmes niché au pied de la montagne, dont la tranquillité a été passablement perturbée par sa récente notoriété. Il s’agira d’un « dispositif de liberté encadrée », précise le préfet. Si les visiteurs se pressaient trop nombreux, l’accès au village ne serait plus filtré mais bloqué lui aussi.

Par ailleurs, des spéléologues assureront la surveillance, en liaison avec la gendarmerie, des cavités autour du pic. Un poste de commandement opérationnel pour « la coordination de l’ensemble des moyens » mobilisés sera déployé sur le site du 19 au 23 décembre. Rave-parties et apéros géants seront prohibés. Une interdiction de survol du pic est également à l’étude.

>> Lire : « Dans les Corbières, le pech de Bugarach, sommet de l’étrange »

Le préfet envisage surtout la possibilité d’un afflux important de journalistes en quête d’insolite : « Nous attendons quelques illuminés, quelques personnes qui croient à cette fin du monde, mais en nombre extrêmement limité. Nous attendons plutôt des curieux dans des quantités impossibles à déterminer et surtout beaucoup de journalistes. »

Ainsi, c’est plus pour assurer la sécurité des personnes sur un terrain escarpé que pour prévenir le mouvement d’une foule inspirée qu’un dispositif de sécurité est mis en place. Les autorités surveillent quand même Internet. Cette surveillance n’a révélé jusqu’alors aucun risque d’afflux, aucune manipulation par une secte quelconque ni aucun appel au suicide collectif.

Source : http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/11/16/fin-du-monde-le-pic-de-bugarach-refuge-presume-de-lapocalypse-sera-interdit-dacces/

Aude Fin du monde : « péquins » ou pèlerins, combien seront-ils à Bugarach ?

 

GÉRARD CATHALA
23/10/2012, 10 h 11 | Mis à jour le 23/10/2012, 12 h 59
Aucune mesure prise à deux mois de la fin du monde annoncée...
Aucune mesure prise à deux mois de la fin du monde annoncée… (D.R)

La seule chose qui est sûre, c’est que le préfet de l’Aude ne veut « pas rajouter de la rumeur à la rumeur ». Il faut dire que le calendrier maya annonce l’apocalypse le 21 décembre prochain. Seul Bugarach serait épargné de la fin du monde.

Les journaux nationaux en ont fait les gros titres. Les hebdomadaires. Les chaînes de télévision du monde entier itou. Ce qui inquiète davantage le préfet de l’Aude que les articles de la presse quotidienne régionale.

Dispositif de sécurité ?

Éric Freysselinard était justement invité par les rédacteurs locaux à dévoiler quelques informations sur le dispositif de sécurité qu’il compte mettre en place. Nous n’en saurons rien (vous non plus, ndlr), de la part du représentant de l’État. Pas plus que de celle de son directeur de cabinet, Nicolas Martrenchard, ancien gendarme lui-même.

Si, on a appris qu’il y aurait « un dispositif adapté ». Ouah ! « Nous sommes dans l’analyse de la situation. Nous n’avons absolument aucune information qui nous permette de prédire le nombre de personnes qui seront présentes à Bugarach ? 150 “péquins”, 3 000, des dizaines, voire des centaines de milliers de “pèlerins” ? »

À demi-mot, il reconnaît pourtant qu’une étude est actuellement en cours, menée par les gendarmes, puisqu’il en attend les résultats, de son aveu même…

Et les mesures alors ?

« Je ne vous dis pas qu’on va fermer les routes. Mais je ne vous dis pas que je ne vais pas les fermer. Je n’en sais rien, à l’heure actuelle. L’accès au pic lui-même sera sans doute interdit. Je ne vous dis pas qu’on n’interdira pas l’accès aux cavités souterraines. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne va pas en obstruer les entrées à coup de toupies de béton hélitreuillées, comme j’ai pu le lire… »

Que le préfet le veuille ou non, un certain nombre d’orientations ont été données aux gendarmes. Les réservistes sont mobilisés pour la fin de l’année…

Source : http://www.midilibre.fr/2012/10/23/combien-a-bugarach-150-pequins-ou-des-centaines-de-milliers-de-pelerins,582539.php

Début de fin du monde à Bugarach : vont-ils obstruer les grottes ?

Les autorités cherchent à se prémunir d’un déferlement d’hurluberlus apocalyptiques à Bugarach, lieu épargné de la fin du monde qui, selon le calendrier maya, est censé sceller notre sort le 21 décembre 2012. Parmi les scénarios envisagés, l’obstruction des cavités courant sous le pic. En attendant, gendarmes actifs et réservistes sont mobilisés.

Dans soixante-trois jours et pas un de plus aura lieu l’apocalypse. Enfin, selon une prédiction maya. Enfin, selon une prédiction basée sur le calendrier maya démenti depuis car en raison d’une erreur d’interprétation dudit calendrier la fin du monde serait reportée à une date ultérieure, d’ici environ deux mille ans. Enfin bon, en dépit de ce contretemps, selon un certain nombre de fin-du-mondistes et autres apocalyptiques, Bugarach serait épargnée de l’anéantissement ultime. Relayé par les tentacules d’internet, le message risque fort d’aimanter une flopée d’allumés dont quelques spécimens ont déjà été repérés dans les environs. À la vérité, quiconque se rend dans ce bled de 200 habitants pourra constater par lui-même qu’on est encore très loin de l’envahissement redouté des autorités.

Une toupie de béton héliportée !

N’empêche, au nom d’un sacro-saint principe de précaution désormais érigé en catéchisme, les services de l’État élaborent un dispositif susceptible de canaliser les foules prophétisées. Officiellement, nous a fait savoir le préfet de l’Aude, Éric Freysselinard, « il est trop tôt pour évoquer ce dispositif ». Mais quelques informations font figure de signes avant-coureurs. Ainsi, cet arrêté municipal d’interdiction d’accès au pic pendant tout le mois de décembre.

Ainsi aussi, les services de gendarmerie nous ont-ils confirmé une « hypothèse de travail » qui consisterait à obstruer l’entrée des nombreuses grottes parsemant les abords du pech. De quoi décourager ceux qui voudraient se planquer en attendant le lendemain de la fin du monde. Reste à affiner les modalités d’une telle mesure, qui a le don d’exaspérer le président du Spéléo club de l’Aude : « Il est question d’une toupie de béton acheminée par hélicoptère pour condamner les cavités. Cela mettrait par terre 12 ans de travail pour des causes bidons alors qu’il suffirait de mettre trois tracteurs en travers », s’insurge Henri Guillem. Pour lui, les autorités nagent en plein délire car il n’y a pas – et il n’y aura pas – d’afflux d’hurluberlus sur le site : « Ils sont en train de mettre en place un dispositif totalement disproportionné. A croire que nous vivons aujourd’hui dans un état semi-policier basé sur le contrôle des gens ! » De fait, les gendarmes (lire ci contre) se préparent à une drôle de fin d’année, à défaut de fin du monde.


Sous le pic, la rumeur

Le territoire de la commune de Bugarach compte une trentaine de grottes. Un véritable gruyère qui alimente les rumeurs de base extraterrestre située sous le pic aussi appelée « la montagne inversée ». Un nom qui répond à une caractéristique géologique datant de sa naissance : sous la poussée de la plaque ibérique, les couches inférieures se sont retrouvées au-dessus.


Les gendarmes sur le pont

Chez les gendarmes, tous les actifs seront réquisitionnés, et les réservistes sont invités à reporter leurs vacances. Des crédits spéciaux ont même été affectés, comme en atteste le courrier qu’ont reçu les ESR (Engagement à servir dans les réserves) de leur hiérarchie : « En raison d’un surcroît d’emploi durant la période novembre/décembre et plus précisément du 20/11 au 21/12 (Bugarach)

[il vous est demandé] de communiquer dans les meilleurs délais le nombre de jours et les périodes durant lesquels vous pourriez être employable. Il vous est demandé de faire un effort particulier afin de vous rendre disponibles et de faire ainsi face aux charges de fin d’année et de consommer le budget spécifique qui a été octroyé au groupement ». Outre l’interdiction d’accès au pic, les routes menant à Bugarach pourraient également être fermées aux allochtones.


Le chiffre : 5,5 km > de réseau principal. Le « buffo fret », nom du réseau de cavités souterraines principal situé sous le pic, court sur 5,5 km à ce jour explorés. Les spéléologues audois savent également qu’une rivière souterraine de 200 m de long y coule des jours paisibles, et qu’un lac s’y prélasse, lorsqu’il n’est pas à sec comme en ce moment.

source :http://www.ladepeche.fr/article/2012/10/18/1468079-debut-de-fin-du-monde-a-bugarach-vont-ils-obstruer-les-grottes.html

Source : LA DEPECHE 18/10/2012 08:15