Attention aux dérives du tourisme « initiatique »

mercredi 21 novembre 2012
  • Un chaman bolivien fait une offrande au soleil, le 21 juin 2010.

    Un chaman bolivien fait une offrande au soleil, le 21 juin 2010.

    Photo : Reuters

Août 2012, un touriste américain décède en Amérique du Sud à la suite d’une absorption d’ayahuasca, une plante hallucinogène. En 2011, même sort pour une touriste française au Pérou, toujours dans le cadre d’expériences chamaniques.

Pour la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), le constat est sévère. Dès 2010, dans son apport annuel, la mission interministérielle alertait « On constate un développement accéléré en Occident de propositions s’inspirant de traditions chamaniques… Des expériences parfois dévastatrices pour des gens fragiles et non préparés, même s’ils sont en bonne santé. »

Sans remettre en cause cette culture millénaire, pratiquée de la Sibérie à l’Amazonie en passant par l’Afrique, l’institution pointait surtout du doigt « les néochamans ». La prolifération de pseudo-guérisseurs qui, pour une poignée de dollars, promettent le monde des esprits à des voyageurs en quête de sensations fortes.

Jean-Marc Rozé, secrétaire général du Syndicat national des agences de voyages, le répète : « Le voyageur doit s’assurer que la structure qui lui propose ce genre d’expérience est légale. »

Le nombre de « chamans » explose

Éric Grange, fondateur de l’agence Oasis, leader français du voyage initiatique et spirituel, assure que « l’expérience chamanique, ce ne sont pas que les plantes hallucinogènes. Mais on n’empêchera jamais les charlatans de faire croire qu’une plume dans les oreilles, un soir de pleine lune avec une consommation de psychotropes, à 100 € la séance, fera l’affaire ! »

Mieux vaut être tenté par les bains de vapeur, les méditations devant un crâne de cristal et les « hauts lieux vibratoires » pour adhérer au voyage que l’agence propose en février au Mexique. Mais le voyagiste ne promet pas explicitement d’expérience de transe.

Pour Olivier Chambon, psychiatre et défenseur du chamanisme, « celui qui connaît la culture des chamans sait bien que le chamanisme n’est pas plus dangereux que d’autres formes d’expériences modifiées de la conscience, comme l’hypnose ».

Sauf que certains touristes voudraient instantanément accéder à ces expériences, et se laissent appâter sans recul. Corine Sombrun, baignée depuis dix ans dans la culture chamanique mongole, insiste :« Comprendre le chamanisme prend du temps. Ça ne se saisit pas en un voyage et pas avec n’importe qui. En Mongolie, en quelques années, de trente chamans on est passé à plus de trois cents ! Certains ont compris le filon. »

Valérie PARLAN.
Source : http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Attention-aux-derives-du-tourisme-initiatique-_3639-2135399_actu.Htm

La sénatrice Catherine Deroche en guerre contre les « charlatans de la santé »

Politique vendredi 16 novembre 2012
« L’influence des mouvements à caractère sectaire dans notre société est très préoccupante », affirme Catherine Deroche, sénatrice de Maine-et-Loire et membre de la Commission d’enquête qui vient d’être créée.

 

« Le développement de pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique sans fondement scientifique pose aujourd’hui une réelle question de santé publique. 4 000 « psychothérapeutes » autoproclamés n’ont suivi aucune formation et ne sont inscrits sur aucun registre. C’est un véritable endoctrinement qui conduit le patient à rompre petit à petit avec la médecine (pouvant conduire à l’arrêt des traitements conventionnels), puis avec sa famille. «

 

Et la parlementaire d’ajouter : » Ce phénomène est alarmant par le nombre de victimes, la plupart du temps en situation de grande vulnérabilité. Régulièrement, les tribunaux correctionnels condamnent des « charlatans de la santé » pour homicide involontaire, non-assistance à personne en danger, exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie… »

Source : http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-La-senatrice-Catherine-Deroche-en-guerre-contre-les-charlatans-de-la-sante-_40771-2133962-pere-pdl_filDMA.Htm

Il faut prendre au sérieux l’infiltration des mouvements sectaires dans la santé

Créé le 30-10-2012 à 15h50 – Mis à jour à 16h10

PARIS (Sipa) — Il faut que tous les acteurs de la santé, des médecins au ministère, puissent « prendre au sérieux » et « de manière urgente » l’infiltration de mouvements sectaires dans ce secteur, a expliqué mardi à Sipa Georges Fenech, l’ex-président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), avant son audition mardi par une commission d’enquête sénatoriale sur le sujet.

La situation n’est « pas marginale, pas folklorique ». Il est « presque déjà trop tard » tant tous les domaines de la santé sont infiltrés, a-t-il ajouté.

Le spécialiste déplore la « perte de confiance » dans le système de santé avec les affaires du sang contaminé, de l’hormone de croissance, du Mediator et des prothèses mammaires PIP, avec pour conséquence le fait que de plus en plus de patients se tournent vers des « charlatans ».

La semaine dernière lors de son audition par la commission d’enquête sénatoriale, l’actuel président de la Miviludes, Serge Blisko, a fourni un inventaire à la Prévert de quelques-unes des 400 pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique qui peuvent exister: méthodes de faux souvenirs, reiki (technique d’apposition des mains d’origine japonaise, NDLR), massages Tui Na, kinésiologie, respiranisme, instinctothérapie, tourisme néo-chamanique…

L’absence d’un cadre légal clair favorise cette prolifération qui peut s’accompagner dans certains cas de la vente d’appareils et de produits divers censés apporter bien-être et/ou guérison, a-t-il commenté.

Selon le président de la Miviludes, on dénombre aussi 1.800 structures d’enseignement ou de formation « à risques » dans le domaine de la santé.

Quant à l’infiltration du système de santé par les mouvements sectaires, elle peut s’exercer de plusieurs manières: par le biais de médecins déviants (environ 3.000 aux côtés de plusieurs dizaines de milliers de pseudo-thérapeutes autoproclamés), par l’introduction de méthodes à risque au sein de l’hôpital, par le biais de la formation des personnels paramédicaux et par des actions de lobbying ou de prosélytisme, a-t-il rapporté.

Parmi les préconisations qu’il a faites devant les sénateurs de la commission d’enquête, le président de la Miviludes a demandé le renforcement des moyens d’action du Groupe d’appui technique (GAT) sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutiques, placé auprès de la direction générale de la santé (DGS).

En trois ans, ce groupe a évalué moins d’une dizaine de pratiques sur les 400 existantes. A la demande de la Miviludes, le GAT va bientôt publier un avis présentant les dangers de la méthode de Biologie totale des êtres vivants (BTEV) mise au point par un médecin dont le nom n’est pas cité, mais qui est l’un des adeptes de la Nouvelle médecine germanique du Dr Ryke Geerd Hamer. La BTEV préconise de « reprogrammer le patient » pour le traitement des pathologies lourdes et la Nouvelle médecine germanique affirme par exemple que la culpabilité des fumeurs plus que l’ingestion de tabac est cause de cancer.

La commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé a été constituée à la demande du Rassemblement démocratique et social européen (RDSE). Elle doit rendre un rapport dans six mois, soit en avril. Elle est présidée par le sénateur UMP du Vaucluse Alain Milon et son rapporteur est Jacques Mézard, sénateur RDSE du Cantal.

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20121030.FAP2617/il-faut-prendre-au-serieux-l-infiltration-des-mouvements-sectaires-dans-la-sante.html

Sectes : le nouveau visage des gourous

Escroquerie. Thérapeutes, universités, écoles… Les nouveaux gourous s’attaquent à la santé et à l’éducation, profitant très lucrativement de certains vides juridiques.

Photo Pierre-Franck Colombier / AFP

Photo Pierre-Franck Colombier / AFP
Il s’agirait d’un marché de plusieurs dizaines de millions d’euros : les nouvelles thérapies et l’univers du bien-être aiguisent les appétits de nombreux charlatans, au mieux, de nouveaux gourous, au pire. Imaginez, un appareil pour se « remagnétiser » peut se chiffrer à plus de 20 000 €. Très vite lucratif. Et sans facture…

« Emprise psychologique »

Selon la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), organisme chargé d’observer et d’alerter les pouvoirs publics sur les dérives sectaires, la multiplication des « pseudo-thérapeutes », des centres de soin et de bien-être et des centres de formation devient inquiétante. « Nous ne sommes pas contre les nouvelles médecines, mais quand la vie des gens est en danger, quand l’emprise psychologique sur certains patients est avérée, quand l’exploitation financière du créneau est patente… nous devons tirer la sonnette d’alarme », a souligné hier, au Sénat, Serge Blisko, président de la Miviludes.

Vers un renforcement juridique de la lutte contre les sectes

La mission a été auditionnée par la toute nouvelle commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractères sectaires, créée au début du mois d’octobre. Les parlementaires ont écouté ses préconisations dans le domaine de la santé.

Un renforcement juridique a été demandé. La Miviludes souhaite obtenir la possibilité d’interdire tout simplement la pratique de certains thérapeutes aux dérives sectaires après l’avis du groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelles. Elle demande également un contrôle plus important des centres de bien-être, porte d’entrée à la prolifération de méthode charlatanesque. Une extension des pouvoirs des agences régionales de santé pourrait également permettre un contrôle de tous ces « thérapeutes », qui aujourd’hui évoluent librement au motif d’un vide juridique aberrant.

Protéger le mot « université » pour éviter les abus

« Il faudrait également lutter contre tous ces centres de formation qui recrutent notamment des personnes voulant changer de vie grâce à une reconversion professionnelle. Par exemple, le renforcement de la protection du titre d’université éviterait son utilisation par ces fausses écoles », a souligné Serge Blisko. Avec le même objectif, un contrôle du rectorat permettrait d’avoir un œil sur les enseignements prodigués dans ces instituts. Enfin, un agrément préalable auprès des Agences régionales de la santé finirait, peut-être, de dissuader ces nouveaux centres de formation.

Enfin, la Miviludes a également encouragé les services fiscaux à se pencher sur toutes ces activités dont les transactions se réalisent le plus souvent en « liquide ».

Patrice Barrère

Source : http://www.leprogres.fr/france-monde/2012/10/25/sectes-le-nouveau-visage-des-gourous