Dérives sectaires au restaurant l’Eau Vive de Toulon?

Publié le  – 7

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Vanté par les guides touristiques, le restaurant l’Eau Vive à Toulon est aujourd’hui accusé de « dérives sectaires »doc Valérie Le Parc

Le réseau de restaurants est accusé de « dérives sectaires » dans un rapport. D’ex-travailleuses missionnaires assurent avoir été « exploitées »

Drapée de couleurs kitch, l’atmosphère du lieu saisit sitôt la porte franchie. Une ambiance feutrée, de recueillement, à peine troublée par une timide musique de fond. Presqu’un silence d’église. Dans un coin, une statue de la Vierge Marie bénit un globe chatoyant. Le portrait du pape et un crucifix trônent au-dessus des couverts, religieusement dressés.

Au restaurant l’Eau Vive de Toulon, le paisible ballet se répète chaque jour depuis 25 ans : originaires d’Asie, d’Océanie ou d’Afrique, les « travailleuses missionnaires de l’Immaculée » (TM) accueillent et servent les clients dans leurs habits traditionnels. Le sourire inlassablement accroché aux lèvres de ces laïques consacrées.

Depuis son installation à deux pas du port, la table est devenue une référence : on y vient autant pour le dépaysement de sa décoration pieuse que pour l’indéniable qualité de ses plats exotiques. Ou ses petits prix. Comme d’autres « Eau Vive » implantés à Menton, Lisieux ou Lourdes, l’établissement fait partie de la famille Donum Dei, un mouvement catholique international en marge des diocèses. Mais pas des guides touristiques qui en font une publicité flatteuse.

Derrière ce service irréprochable et les visages rieurs des travailleuses missionnaires se cacherait pourtant une réalité bien sombre.

« Esclavagisme moderne »

C’est ce qui ressort d’un rapport*publié par l’Association d’aide aux victimes des dérives dans les mouvements religieux en Europe et en France. « Au regard des déclarations que nous avons recueillies d’anciennes travailleuses, nous pouvons aujourd’hui parler de pratiques sectaires et d’esclavagisme moderne », dénonce Aymeri Suarez-Pazos, président de l’Avref. Les mots sont forts. Les témoignages de celles qui sont «parvenues à s’enfuir » aussi.

Recrutées très jeunes dans des pays pauvres, séduites par le caractère internationaliste de la mission religieuse, certaines travailleuses vivaient et vivraient encore une situation loin d’être paradisiaque au gré des destinations imposées dans le réseau « Eau Vive ».

Le droit du travail aurait été bafoué. Garcia, une travailleuse citée par le rapport de l’Avref, dévoile ainsi qu’en 1994, « à l’Eau Vive de Toulon, il y avait un mot de passe. Quand on entendait  »banane flambée », il fallait qu’on se cache.Ça signifiait que l’inspecteur du travail arrivait.»

Le réquisitoire est éloquent : « Travail harassant », « absence de sécurité sociale », «harcèlement moral » et même « séquestration » sont autant d’accusations au menu des différentes antennes de l’enseigne ; Toulon ne faisant pas exception.

Contactée, la direction du restaurant l’Eau Vive de la capitale varoise s’est pourtant contenté de balayer en bloc ces accusations : « Tout est faux ! Mais nous préférons nous taire en attendant que nos responsables à Rome choisissent de répondre. » Et, peut-être, de briser cet assourdissant silence.

Source : var matin

Serge Blisko : « nous allons alerter les universités et les hôpitaux des risques d’infiltration »

Créé le 26-10-2012 à 14h47 – Mis à jour à 16h32
Olivier Hertel
Par 
Sciences et Avenir
L’enquête de Sciences et Avenir révèle les dérives sectaires et thérapeutiques dans les hôpitaux et universités en France. La réaction de Serge Blisko, président de la Miviludes.
Serge Blisko, président de la Miviludes. Yves Malenfer/ Matignon
Serge Blisko, président de la Miviludes. Yves Malenfer/ Matignon

SERGE BLISKO est président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Dans sa réaction aux révélations de l’enquête de Sciences et Avenir, il évoque notamment sa volonté d’alerter les présidents des universités et s’inquiète en particulier de la situation de l’université d’Angers.

Auditionné au Sénat le 24 octobre par la commission d’enquête sur les risques de dérives sectaires dans le domaine de la santé, Serge Blisko a réaffirmé sa volonté d’être ferme sur ces sujets en proposant quelques pistes de réflexion pour améliorer la réglementation (voir encadré).

Sciences et Avenir: Êtes-vous inquiets de l’infiltration de mouvements pseudo-thérapeutiques au sein des hôpitaux et des universités déjà dénoncés par la Miviludes ?

Serge Blisko: Oui, car ce que nous découvrons avec votre enquête, ce sont leurs méthodes d’entrisme. Par exemple, je regrette la
facilité avec laquelle des diplômes, reconnus au niveau européen, sont délivrés dans des universités privées à l’étranger, dont on ne sait pas grand-chose. Mais se pose aussi la question des diplômes universitaires (DU)* qu’on a vu fleurir un peu partout en France, sans vraiment de contrôle. Le problème, c’est que ces DU représentent une source de revenu importante pour les universités.

SeA: Allez-vous intervenir ?

SB: Nous allons alerter les présidents d’universités, mais aussi la conférence des doyens des facultés de médecine, pour qu’ils prennent conscience que certains DU sont la porte ouverte à toutes les dérives. Quant à Angers, nous devrons en discuter avec le nouveau cabinet du ministre de la Santé, car il y a là un vrai problème. Mais il reste que les universités disposent d’une grande autonomie. Enfin, pour ce qui est de l’infiltration des hôpitaux, nous alerterons la Fédération hospitalière de France et les organisations patronales des établissements de santé.

SeA: Ces mouvements noyautent des colloques comme Ecomédecine, placé sous le haut patronage de la ministre de la Santé, Marisol Touraine. N’est-ce pas un étrange mélange des genres ?

SB: Effectivement, car les mouvements dont vous parlez recherchent auprès de partenaires prestigieux un gage de respectabilité. Ce système de haut patronage en particulier devrait sûrement être revu, car il ne veut rien dire et peut être détourné. Or, il n’est pas toujours facile de vérifier le contenu de ces manifestations auxquelles un ministre accorde sa confiance.

Propos recueillis par Olivier Hertel

 

Les pistes évoquées par Serge Blisko :

Lors de son audition au Sénat, Serge Blisko a proposé quelques pistes de réflexion pour améliorer la lutte contre les dérives sectaires dans le domaine de la santé et dans les universités. Voici les plus importantes :

1/ Solliciter une enquête du ministère de l’enseignement supérieur sur le contenu des diplômes universitaires d’enseignement à des pratiques non conventionnelles

2/ Interdire des pratiques qui auront été jugées dangereuses par le groupe d’appui technique GAT de la direction générale de la santé et dont le rôle est d’évaluer les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutiques.

3/ Lancer une campagne nationale de sensibilisation aux pratiques sectaires dans le domaine de la santé

4/ Renforcer le contrôle des rectorats sur les formations faussement diplômantes ou l’usage illicite du titre d’université ou de master

5/ Interdire toute certification de modules de formation à des pratiques thérapeutiques non validées

6/ Soumettre à l’avis du GAT l’introduction de pratiques non conventionnelles à l’hôpital, selon une procédure d’urgence

Source:  http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/decryptage/20121026.OBS7211/serge-blisko-nous-allons-alerter-les-universites-et-les-hopitaux-des-risques-d-infiltration.html