Reclus de Monflanquin : «Pas une secte, pas un gourou, mais des escrocs»

Le château des nobles de Monflanquin victimes du gourou présumé. Photo DDM ()

Le château des nobles de Monflanquin victimes du gourou présumé. Photo DDM

Les membres de la famille De Védrines sont sortis épuisés hier de la salle d’audience où, pendant deux semaines, les dix années les plus traumatisantes de leur vie sous la coupe de Thierry Tilly ont été passées au révélateur de la justice. Epuisés, mais en grande partie rétablis dans leur dignité, à l’image de Charles-Henry. «La résilience ne sera complète que lorsque mes enfants seront sortis d’affaire, notamment sur le plan psychologique, et que nous aurons retrouvé ce que nous avons perdu».

Pour le procureur Pierre Bellet, la cause est entendue. «Je vois en Tilly la méthode du serpent : la méthode tillyenne est une méthode reptilienne», a-t-il résumé d’une formule, reprenant à son compte les analyses des experts. Pour lui, Tilly est un «mythomane stratégique» dont «tous les mensonges sont réfléchis et parfaitement calculés». Coupable des faits «d’abus de faiblesse par sujétion psychologique ayant entraîné des actes gravement préjudiciables», il l’est aussi de ceux de séquestration accompagnée de violences volontaires avec préméditation sur la personne de Christine de Védrines. Jacques Gonzalez «apparaît comme le faire-valoir de Tilly». Mais «ce n’est pas le procès d’une secte ou d’un gourou : ce sont des escrocs au sens général du terme. C’est en revanche un procès exceptionnel par la rareté d’une telle entreprise de vampirisation».

«Menteur»

Pour l’Agenais Me Martial, avocat des Marchand-De Védrines, Tilly est un «menteur, mystificateur, mythomane, un parasite atteint d’une gloutonnerie inassouvie pour l’argent, un personnage pervers qui se promène entre les membres de la famille». Il lui lance un «Adieu l’artiste, que le rideau tombe !».

Il revient à Me Alexandre Novion de prendre sa défense. Il demande au tribunal de «faire preuve d’audace pour ne pas laisser la psychologie dominer la justice», autrement dit de ne pas trop utiliser les rapports accablants des experts. Puis il présente une autre lecture du dossier et de son client. «Thierry Tilly a d’abord été un enfant avalé par la lecture des romans historiques, de chevalerie, un monde fait d’étendards, de templiers et de quête du Graal. Quand il est devant les De Védrines, il va magnifier cette famille noble et s’adresser à eux comme Stéphane Bern à la reine d’Angleterre. Pour comprendre Tilly, il faut descendre à 20 000 lieues sous les mers du rationnel», tente-t-il de convaincre le tribunal. Me Novion ne bataillera même pas sur les faits, mais déploiera l’essentiel de ses efforts à tenter de minimiser les 10 ans d’emprisonnement réclamés par le procureur Bellet.

Pierre Sauvey