Soupçon d’ésotérisme à la fac d’Angers. Une inspection pour lever les doutes

Éducationvendredi 26 octobre 2012
  • « L’utilisation de ce support, rédigé par le Collège national des enseignants de sciences humaines en médecine, comme manuel d’enseignement est tout à fait légitime », précise Jean-Paul Saint-André, président de l’Université d’Angers.

    « L’utilisation de ce support, rédigé par le Collège national des enseignants de sciences humaines en médecine, comme manuel d’enseignement est tout à fait légitime », précise Jean-Paul Saint-André, président de l’Université d’Angers.

    Ouest-France

La faculté de médecine est-elle gangrenée par l’ésotérisme ? C’est l’accusation portée par le magazine Sciences et avenir. L’Université d’Angers dément et sollicite une inspection des deux ministères (Santé et Education) pour « lever les doutes ».

Le taux des Sciences humaines en cause

« Ce qui est gênant, c’est le coefficient considérable accordé aux sciences humaines : 200 points sur 500 » indique Olivier Hertel dans cette enquête de Sciences et avenir. L’Université publique d’Angers réplique : « L’enseignement des sciences humaines dispensé par la Faculté de médecine d’Angers ne représente en réalité que 20 % des enseignements obligatoires en première année (à savoir 200 points sur 1000). Ce taux est tout à fait conforme aux recommandations de la Commission pédagogique nationale des études de santé qui sont suivies par l’ensemble des facultés de médecine françaises. » L’Université d’Angers assure qu’elle n’est en rien« un cas unique en France ».

Chamanisme : une infime part de l’enseignement

L’université ajoute : « Il est regrettable que la nécessité d’un enseignement en sciences humaines soit remise en cause dans la mesure où celui-ci aborde des thèmes aussi importants que le droit médical, l’histoire des sciences, l’histoire de la médecine, la sociologie, la relation avec le malade ou bien l’éthique. L’évocation du chamanisme, cité dans l’article, s’inscrit dans une approche épistémologique et ne représente qu’une part infime de cet enseignement. Sa place dans ce cadre est totalement légitime et il ne représente que quelques pages sur les 700 que compte l’ouvrage « Médecine, santé et sciences humaines », mis en cause par l’enquête de « Sciences et avenir ».

Un manuel « tout à fait légitime »

« L’utilisation de ce support, rédigé par le Collège national des enseignants de sciences humaines en médecine, comme manuel d’enseignement est tout à fait légitime », précise pour sa part Jean-Paul Saint-André, président de l’Université d’Angers.

Face à ces accusations « infondées d’ésotérisme », Jean-Paul Saint-André, président de l’Université d’Angers, Isabelle Richard, doyen de la Faculté de médecine, et l’ensemble de la communauté universitaire, apportent leur soutien le plus complet à Jean-Marc Mouillie. « Maître de conférences en philosophie et président du Collège national des enseignants de sciences humaines des facultés de médecine, Jean-Marc Mouillie est nationalement reconnu par ses pairs. Il dirige notamment la collection « Médecine et sciences humaines » des éditions « Les Belles Lettres ».

Une inspection ?

Afin de lever tout doute sur l’organisation et les contenus de l’enseignement dispensé au sein de la Faculté de médecine, le président de l’Université d’Angers a adressé ce jeudi 25 octobre 2012 un courrier à la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et à la ministre des Affaires sociales et de la santé, dans lequel il sollicite une inspection des deux ministères à ce sujet.

Source : http://www.ouest-france.fr/region/bretagne_detail_-esoterisme.-Une-inspection-pour-lever-les-doutes-a-la-fac-d-Angers_39382-2126576_actu.Htm

L’université d’Angers répond aux accusations

Capture Angers 7

En réponse à l’article « La faculté de médecine gangrenée par l’ésotérisme » paru dans l’édition du jeudi 25 octobre 2012 du journal Ouest France, l’Université d’Angers souhaite apporter un droit de réponse.

« Ce qui est gênant, c’est le coefficient considérable accordé aux sciences humaines : 200 points sur 500 » indique Olivier Hertel dans l’interview qui lui est accordée. L’enseignement des sciences humaines dispensé par la Faculté de médecine d’Angers ne représente en réalité que 20% des enseignements obligatoires en première année (à savoir 200 points sur 1000). Ce taux est tout à fait conforme aux recommandations de la Commission pédagogique nationale des études de santé qui sont suivies par l’ensemble des facultés de médecine françaises. L’Université d’Angers s’inscrit donc dans une démarche nationale et n’est en rien « un cas unique en France ».

Il est regrettable que la nécessité d’un enseignement en sciences humaines soit remise en cause dans la mesure où celui-ci aborde des thèmes aussi importants que le droit médical, l’histoire des sciences, l’histoire de la médecine, la sociologie, la relation avec le malade ou bien l’éthique. L’évocation du chamanisme, cité dans l’article, s’inscrit dans une évocation épistémologique et ne représente qu’une part infime de cet enseignement. Sa place dans ce cadre est totalement légitime et il ne représente que quelques pages sur les 700 que compte l’ouvrage « Médecine, santé et sciences humaines », mis en cause par l’enquête de « Sciences et avenir ». « L’utilisation de ce support, rédigé par le Collège national des enseignants de sciences humaines en médecine, comme manuel d’enseignement est tout à fait légitime », précise Jean-Paul Saint-André, président de l’Université d’Angers.

Face à ces accusations infondées d’ésotérisme, Jean-Paul Saint-André, président de l’Université d’Angers, Isabelle Richard, doyen de la Faculté de médecine, et l’ensemble de la communauté universitaire, apportent leur soutien le plus complet à Jean-Marc Mouillie. Maître de conférences en philosophie et président du Collège national des enseignants de sciences humaines des facultés de médecine, Jean-Marc Mouillie est nationalement reconnu par ses pairs. Il dirige notamment la collection « Médecine et sciences humaines » des éditions « Les Belles Lettres ».

Afin de lever tout doute sur l’organisation et les contenus de l’enseignement dispensé au sein de la Faculté de médecine, le président de l’Université d’Angers a adressé ce jeudi 25 octobre 2012 un courrier à la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et à la ministre des Affaires sociales et de la santé, dans lequel il sollicite une inspection des deux ministères à ce sujet.

Source : http://www.my-angers.info/10/25/luniversite-dangers-repond-aux-accusations/18792

Angers. La fac de médecine est-elle gangrenée par l’ésotérisme ?

  • Ésotérisme à la fac de médecine d’Angers ? Des « accusations diffamatoires », estime le président de l’université, Jean-Paul Saint-André.

    Ésotérisme à la fac de médecine d’Angers ? Des « accusations diffamatoires », estime le président de l’université, Jean-Paul Saint-André.

    Ouest-France

Cette enquête, qui paraît ce jeudi dans le magazine Sciences et avenir, risque de faire du bruit. Elle accuse la faculté de médecine d’Angers de faire la part belle au chamanisme. Le président de l’Université dément et argumente.

Médecine chamanique

À la faculté de médecine d’Angers, un ouvrage obligatoire, destiné aux étudiants de première année, vanterait-il la médecine chamanique ? C’est ce qu’assure Olivier Hertel, auteur d’une enquête qui paraît ce jeudi dans le magazine Sciences et avenir. « Je traite de cette question pour montrer qu’il existe une médecine préscientifique », justifie le professeur Jean-Marc Mouillie. Ce philosophe, qui dispense des cours de sciences humaines à la faculté de médecine, est l’un des auteurs de l’ouvrage incriminé, édité aux éditions Belles lettres. C’est lui qui a notamment dirigé ce pavé de 700 pages où il confronte « médecine magique et médecine rationnelle ».

« Les cours filmés et enregistrés »

Jean-Paul Saint-André, le président de l’Université d’Angers, balaie les accusations du magazine : « Le manuel est utilisé par une vingtaine de facultés françaises ! Rien dans notre enseignement permet de penser qu’on vante ou recommande le chamanisme ! Il s’agit de propos diffamatoires. L’ensemble des cours de 1e année est filmé et enregistré. Ils sont accessibles ! L’enseignement des sciences humaines va bien au-delà : il y a des cours de droit médical, d’histoire de la médecine, de sociologie. »

200 points sur 500

En dehors de cet ouvrage, la fac de médecine d’Angers enseigne-t-elle, plus qu’il ne le faudrait, les pratiques alternatives à la médecine ? « Ce qui est gênant, estime Olivier Hertel, c’est le coefficient considérable accordé aux sciences humaines : 200 points sur 500. C’est unique en France. Doit-on sélectionner les étudiants sur leur tropisme, leurs connaissances en sciences humaines ? Au-delà, on peut considérer que faire rentrer des notions de chamanisme dans une faculté de médecine, c’est jouer avec le feu. »

Source : http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Angers.-La-fac-de-medecine-est-elle-gangrennee-par-l-esoterisme-_40774-2126397_actu.Htm

Gourous inc: une planche de salut

Même en arrêt de travail, l'agenda de Nathalie débordait : lectures de tarot,... (Illustration: Verónica Pérez Tejeda, La Presse)

ILLUSTRATION: VERÓNICA PÉREZ TEJEDA, LA PRESSE

Marie-Claude Malboeuf

Même en arrêt de travail, l’agenda de Nathalie débordait : lectures de tarot, stages de méditation extrême, thérapies de groupe. Rien ne l’a vraiment guérie. Ses maigres revenus ont été engloutis. Mais elle est convaincue que ses démarches lui ont permis de survivre.

 «Les listes d’attente sont longues en psychiatrie, souligne-t-elle. À l’époque, je n’étais pas suivie, pas médicamentée, j’étais en train de couler… J’avais besoin de l’amour du groupe. Sans ces gens, je ne serais peut-être plus ici.»

Aujourd’hui, Nathalie (dont nous avons changé le prénom) a remplacé l’épanouissement personnel et la méditation par le spinning et les antidépresseurs. Mais elle ne renie pas son passé pour autant. «Ça m’a aidée à ne pas tomber dans le piège de la consommation, du tourbillon de la vie», explique la Montréalaise de 43 ans.

Lorsqu’ils se basent sur des théories connues et validées, les maîtres de l’épanouissement personnel peuvent offrir des conseils utiles, confirme Diane Casoni, professeure de criminologie à l’Université de Montréal.

Les gens en crise cherchent un sens à leurs souffrances et la spiritualité peut les apaiser, constate par ailleurs la Dre Joahnne Cyr, du programme des troubles anxieux et de l’humeur de l’hôpital Louis-H. Lafontaine.

«Certaines personnes croient sincèrement qu’elles ont un don, ajoute la psychiatre. Si elles se soucient de l’autre, si elles peuvent reconnaître leurs limites, elles peuvent faire autant de bien qu’un psychologue. Même dans l’univers médical, on trouve des gens qui se comportent en gourous et refusent de se remettre en question.»

Le problème, c’est qu’il est impossible de superviser les électrons libres qui n’appartiennent à aucun ordre professionnel, et ne sont donc pas soumis à des inspections ni à un conseil de discipline.

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/07/01-4581033-gourous-inc-une-planche-de-salut.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4581255_article_POS3

Gourous inc.: une rare poursuite

Publié le 07 octobre 2012 à 10h55 | Mis à jour le 07 octobre 2012 à 10h56

 

Marie-Claude Malboeuf

Anéantie par le suivi d’un sexologue l’ayant conduite au bord du suicide, une Montréalaise évalue ses pertes à 40 000$. Fait exceptionnel au Québec, elle a décidé de le poursuivre. Ariane Duplessis a même accepté d’être nommée dans le journal, pour que les autres victimes se sentent moins seules.

L’avocate qu’elle a consultée a trouvé une seule autre poursuite civile contre un thérapeute toxique. Pourtant, les éclopés sont légion. Ariane a lancé le blogue «psyabuseur» en février 2011 et a vite recueilli les histoires d’horreur de 47 femmes. Certaines se rencontrent désormais au sein d’un groupe de soutien similaire aux Alcooliques anonymes, Thérapie Vigilance. «On se sent comme un enfant battu enlevé à ses parents. On vit un manque parce qu’on a tellement fait confiance», explique la femme de 35 ans.

«Pourtant, j’allais chercher de l’aide, et il m’a volé un morceau de vie, dit-elle. Pendant deux ans, mes enfants n’ont pas eu de mère.»

Ariane a eu la chance de se remettre de son choc post-traumatique. Ses nouvelles alliées souffrent encore. Troubles paniques, agoraphobie, anorexie, hyperacuité auditive… «La plupart restent inaptes au travail, résume Ariane, parce qu’elles sont terrorisées à l’idée de retourner en thérapie, même avec quelqu’un de compétent, qui pourrait les aider.»

En 2010, la jeune femme a porté plainte à l’Association des sexologues, laquelle a répondu qu’elle «ne détient pas les droits disciplinaires légaux qu’exigerait l’action de recevoir» ces doléances.

Récemment, une microbiologiste a préféré porter plainte pour agression sexuelle et abus de pouvoir. Son kinésithérapeute-guérisseur-d’âme lui avait massé les seins et les parties génitales, sous prétexte qu’elle devait symboliquement tomber amoureuse de son père. «La procureure lui a dit qu’elle ne pouvait rien faire, car elle avait été consentante», se désole Mme Duplessis, qui l’accompagnait.

Depuis quatre mois, la loi interdit d’offrir de psychothérapie sans répondre à des exigences précises et sans obtenir un permis auprès de l’Ordre des psychologues. L’organisme a déjà été alerté à l’égard de 60 psychothérapeutes «illégaux». Premier défi : trouver les ressources pour mener les enquêtes qui s’imposent. Car Québec n’a pas accordé de budget spécial à l’Ordre. Il doit puiser à même les cotisations de ses membres et les revenus générés par la délivrance des nouveaux permis.

Deuxième défi : surveiller les maîtres de l’épanouissement personnel, qui se défendent de jouer aux psychothérapeutes. Une étude publiée dans le Journal of Psychotherapy Practice and Research dénonce pourtant les périls de thérapies de groupe dans leur genre. Lorsqu’on ne protège pas les participants les uns des autres ou qu’on exerce des pressions, on fait plus de mal que de bien, constatent les chercheurs. « Ça prend plus d’encadrement, conclut Me Dominique Gervais, d’Option consommateurs. On ne peut plus traiter ça comme des cours de danse en ligne.»

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/07/01-4581030-gourous-inc-une-rare-poursuite.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4581255_article_POS4

Gourous inc.: profil des accros

Marie-Claude Malboeuf

Fasciné par le culte des gourous, le cinéaste new-yorkais Vikram Gandhi a fait le pari fou de s’inventer un personnage, une théorie, un jargon, et de partir à la recherche de fidèles au fin fond de l’Arizona. Diffusé cet automne, son documentaire parfois loufoque, Kumaré, met en lumière l’immense soif de spiritualité de ses semblables. Et lui permet d’arriver à différents constats:

> Même une fausse religion peut apaiser les gens;

> À force de parler à ses fidèles d’une lumière bleue, totalement inventée, il a lui-même fini par la voir.

> Ses disciples ont bel et bien été transformés à son contact. Pour Vikram Gandhi, c’est parce qu’il leur a servi de miroir au lieu de leur servir une recette (comme en imposent au contraire la plupart des gourous modernes). Son ultime enseignement: ce que les gens cherchaient se trouvait déjà à l’intérieur d’eux-mêmes. Autrement dit, ils avaient déjà le désir et le pouvoir de réaliser leur rêve.

Et ce n’était pas leur seul point commun. Tous se posaient des questions fondamentales, étaient marqués par des souffrances profondes et avaient finalement un immense besoin de se sentir compris, de «connecter» avec quelqu’un.

Voici d’autres facteurs pouvant rendre accro à l’épanouissement personnel:

1. La quête de sens

Sans religion, les gens n’ont plus de réponses toutes faites, alors ils en cherchent ailleurs. «On est programmés pour croire. Penser que notre vie est parsemée d’accidents dépourvus de sens semble insupportable», affirme le chercheur en psychoéducation Serge Larivée.

2. La dépendance

«Les personnes dépendantes ont besoin de certitudes. Elles veulent se remettre entre les mains de quelqu’un qui démontre une assurance totale. Cela atténue leur angoisse, mais les expose aux abus, car elles mettent leur sens critique en veilleuse», expose la psychiatre Johanne Cyr.

3. La solitude

À Montréal, 40% des logements sont occupés par des gens seuls, souligne la présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, Rose-Marie Charest. Or, ceux qui souffrent de solitude cherchent un réseau.

4. La facilité

Les gourous de l’âme promettent de changer la vie des gens rapidement – un pari séduisant. «Les gens en dépression nous demandent de les hypnotiser, de les pousser plus fort pour aller plus vite, alors qu’il faut y aller prudemment», rapporte le professeur de psychologie Conrad Leconte, retraité de l’Université de Montréal.

5. L’orgueil

On suggère aux participants qu’ils vont faire partie d’une élite, qu’ils ont «compris» quelque chose. «Croire qu’on est exceptionnel provoque une grande satisfaction narcissique. On devient trop accro à ce sentiment pour écouter ses doutes», expose la psychologue Diane Casoni, qui enseigne la criminologie à l’UdeM.

6. L’obsession du bonheur

Auteur de Guérir à s’en rendre malade, Jean Robitaille lisait des caisses de livres, par crainte de «passer à côté d’un grand secret», dit-il. Il a enfin compris qu’il n’y en avait pas: «On rêve au jour où, à force de travailler sur soi, on va atteindre la béatitude. Mais la sérénité, c’est d’être capable de vivre heureux avec ses problèmes non résolus.»

7. Les ratés du système

«Être barouetté par le système de santé, ne pas être pris au sérieux par des médecins qui n’ont pas posé le bon diagnostic ou qui vont trop vite et nous donnent une petite pilule, ça crée une immense détresse, dit Jean Robitaille. On cherche donc ailleurs.»

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/07/01-4581028-gourous-inc-profil-des-accros.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4581255_article_POS5

Gourous inc.: de vrais psys vraiment ésotériques

Marie-Claude Malboeuf

La Montréalaise Paule Mongeau n’est pas une psychologue comme les autres. Sur son blogue, il lui arrive de parler de vies antérieures.

Le 3 février, elle a écrit avoir amené une cliente, Martine, à remonter dans le temps jusqu’à ce qu’elle se voie entourée de parents d’une autre vie. En septembre 2011, elle parle d’une autre patiente, Claudia, transportée en Égypte ancienne. Dans la même entrée, elle raconte que sa massothérapeute a refusé d’hospitaliser son fils de 5 ans en psychiatrie, tel qu’on le lui recommandait à l’hôpital Saint- Justine. PourMme Mongeau, l’enfant n’a pas d’hallucinations et il s’agit d’un «phénomène [] normal chez certains enfants: la reconnaissance d’images d’autres vies dans leur imaginaire».

Nous avons interrogé l’Ordre des psychologues à ce sujet et tous ces passages ont ensuite subitement disparu. Mme Mongeau a refusé de nous dire si le syndic l’avait exigé. Elle déclare ne pas exposer ses clients à ses croyances, ne pas faire de thérapie par les vies antérieures, mais employer à l’occasion une simple technique d’imagerie qui permet d’entrer dans la peau de personnages d’«autres vies».

Il y a moins d’un an, elle a pourtant publié une annonce invitant les gens à venir «écrire une nouvelle à partir d’une imagerie de vie antérieure».

Difficile, dans les circonstances, de savoir ce que fait la psychologue dans l’intimité de son bureau. «Les gens nous interrogent régulièrement au sujet de membres de leur ordre professionnel, qui veulent les guérir avec de l’encens ou leur donner des massages énergétiques », rapporte la directrice du Centre d’information sur les nouvelles religions de l’Université de Montréal, Marie-Ève Garand.

D’autres professionnels de la santé mentale prétendent guérir avec les chakras, la lumière, les vibrations du corps ou encore, des tapotements.

Alors qu’elle était toujours membre de l’Ordre des psychologues, Danielle Fecteau a même publié un livre disant qu’on pouvait guérir les maladies des autres par notre pensée autrement dit, qu’on pouvait influencer le corps d’autrui en se concentrant. Elle y parle aussi de télépathie et de guérison à distance.

Indigné, un chercheur de l’Université de Montréal, Serge Larivée, a dénoncé ce livre dans la Revue de psychoéducation, en soulignant qu’il pourrait amener des gens à se détourner des méthodes éprouvées. Il faut savoir que le code de déontologie des psychologues leur impose de se baser «sur des principes scientifiques généralement reconnus en psychologie».

Mme Fecteau n’a pas rappelé à la suite de nos messages. Une de ses connaissances nous a dit qu’elle n’était plus psychologue et voulait tourner la page.

Une épidémie

D’après la psychoéducatrice Natacha Condo-Dinucci, les idées du genre se répandent comme une épidémie, même dans le milieu de la santé mentale. «À Montréal, une intervenante m’a confié que son CLSC avait invité des charlatans pour apprendre au personnel à communiquer avec les anges, raconte-telle. Et c’est payé avec nos taxes!»

Lors d’une rencontre au sujet d’une préadolescente psychotique, elle a elle-même entendu une collègue dire à la mère: «Vous savez, ça existe, des enfants médiums.»

«Certains évoluent après leurs études, mais on ne peut être dans chaque bureau pour vérifier ce qui se passe», dit Marie-Ève Garand.

Le chercheur Serge Larivée voudrait qu’on soit plus sévère avec les déviants. «Quand les ordres professionnels les laissent démissionner en douce, au lieu de les sanctionner publiquement, ils protègent leurs membres, pas le public», dit-il.

Le conseil de discipline de l’Ordre professionnel des travailleurs sociaux nous a déclaré n’avoir jamais «eu à se prononcer sur des pratiques questionnables au plan scientifique ». Il a reçu quelques demandes d’enquête, mais a conclu que les techniques en cause se situaient «à la limite de l’acceptable». Malgré nos demandes répétées, on n’a pas voulu nous préciser la nature de ces approches «limites».

L’Ordre des psychologues est plus transparent. Depuis 10 ans, une demi-douzaine de ses membres (sur 6000) ont été sanctionnés pour dérives ésotériques.

Claudette Nantel, de Hull, a proclamé, à la radio, qu’elle faisait régresser ses patients dans leurs vies antérieures. Le comité de discipline lui a reproché de discréditer l’ensemble de sa profession. Cela ne l’a pas empêchée de récidiver, quelques années plus tard, en reparlant de vies passées, de télépathie et de chamanisme à une patiente.

Autre cas : avant de renoncer à son titre, le Montréalais Yvan Grenier mêlait déjà ésotérisme, astrologie, magnétisme et chamanisme pour donner des «traitements énergétiques». D’après le syndic, il passait deux fois plus de temps à «lire le corps» de ses clients qu’à les écouter. Lors de ses visites à domicile, ces derniers devaient porter un simple peignoir et se mettre ensuite en sous-vêtements, y compris une femme ayant déjà subi des sévices

sexuels.

Depuis, il donne des conférences, enseigne et affiche sa formation de psychologue. En entrevue, il nous a dit qu’exiger la pratique scientifique de la psychothérapie n’avait aucun sens puisqu’«on est de toute façon dans le subjectif», qu’on s’offusque trop de la «semi-nudité» et que sa méthode est reconnue ailleurs dans le monde.

Sur le Plateau Mont-Royal, l’expsychologue François Lesage parlait lui aussi des astres et s’endormait dans les bras de ses patientes en pleine séance. Pire encore, il a eu des relations sexuelles avec trois d’entre elles un problème qualifié de chronique chez lui, alors qu’il se spécialisait auprès des victimes de stress post-traumatique et d’agression sexuelle.

Choqué par son «incapacité d’introspection » et par son «manque important de jugement professionnel », le comité de discipline l’a radié à vie en juillet 2009.

Peine perdue. François (devenu François-Gilles) Lesage a ouvert un «centre de thérapie» qu’il annonce sur l’internet. Il propose des séances d’hypnose, vante ses 30 ans d’expérience comme psychologue et son «savoir intuitif».

Depuis le printemps dernier, l’Ordre des psychologues a le pouvoir de poursuivre les imposteurs du genre pour exercice illégal de la psychothérapie.

Lorsque nous l ‘avons mis au courant de notre enquête, François-Gilles Lesage nous a dit qu’il s’informerait et cesserait sa pratique au besoin. Quelques semaines plus tard, son site internet était toujours actif.

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/07/01-4581029-gourous-inc-de-vrais-psys-vraiment-esoteriques.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4581255_article_POS6

Gourous inc.: le chaman cambrioleur

Stéphane Raynault, un chaman cambrioleur.... (Photo: archives La Presse)

Stéphane Raynault, un chaman cambrioleur.

PHOTO: ARCHIVES LA PRESSE

Marie-Claude Malboeuf

Tomber amoureuse d’un chaman est une entreprise risquée. L’hiver dernier, une poignée de femmes vivant à Montréal, Ottawa ou dans les Laurentides ont brutalement compris qu’elles avaient fait partie d’une sorte de harem. Toutes bernées par les yeux bleus et les cheveux longs d’un faux guide spirituel.

Loin de s’entredéchirer, certaines se sont liguées pour faire enquête. Et ce qu’elles ont découvert les a sidérées. Leur supposé chaman a séjourné six mois en prison; il leur a menti sur ses liens de parenté; il s’est mis des autochtones à dos, en empochant de l’argent qui ne lui était pas destiné. Pire encore, avant de se faire payer pour «purifier» des maisons, il en a cambriolé. Et a même incendié la sienne, pour toucher l’argent des assurances.

En marge, il multipliait les conquêtes, puis vivait à leurs crochets, sous prétexte que sa quête spirituelle ne lui laissait aucun répit. «Il a déjà déjeuné chez une fille, dîné chez une deuxième et soupé chez une troisième!», résume Ariane *, une Montréalaise de 38 ans qui a connu l’homme dans un cours de neurocoaching, où il était superviseur. Pleine d’aplomb, elle a découvert la triple vie de son ancien amoureux en retraçant ses appels. «Partout où j’appelais, des femmes répondaient, se souvient-elle. J’ai fini par faire changer les serrures.Sur le coup, on vit un choc post-traumatique. On n’arrive plus à dormir, on tremble, on se sent violée dans son âme et ses rêves.»

Quelques mois plus tard, Émilie tombe dans le panneau à son tour. Lors d’une soirée à Mont-Tremblant, une amie lui présente l’homme de 45 ans comme un grand sage. L’écrivaine de 30 ans boit ses paroles jusqu’à 3 h du matin. «Mon coeur battait super fort, comme si j’avais pris de la drogue, raconte-t-elle. Il me regardait droit dans les yeux en répétant des mots-clés. Il disait: les gens ne te comprennent pas, moi, je sais qui tu es. Baisse tes barrières.»

«J’étais une proie facile, précise-t-elle, parce que je venais de faire une grossesse extra-utérine. J’avais tout perdu: mon bébé puis mon chum…»

Après trois rencontres, Raynault proclame qu’elle est la femme de sa vie, qu’elle a un don, qu’il va tout lui apprendre et qu’ils offriront des soins énergétiques ensemble. Conquise, Émilie l’héberge, nettoie l’appartement de sa fille et le conduit partout où il le désire.

En parallèle, son amoureux enseigne la sexualité tantrique à d’autres femmes. Au restaurant, il dévisage les beautés. «Quand je protestais, raconte Émilie, il disait les regarder pour libérer les entités autour d’elles!»

Un jour, en lui répondant au téléphone, Raynault lui annonce qu’il se trouve à l’aéroport. Il part vivre en Europe avec une autre. Il veut y relancer sa carrière de chaman.

Une ancienne cliente n’en revient toujours pas. «Il est disparu du jour au lendemain en laissant son adolescente chez moi et ses objets supposément sacrés dans mon cabanon. Pour un maître spirituel, ce n’est pas très fort!», dit la résidante des Laurentides.

Raynault affirmait pourtant que son calumet et son tambour lui permettaient de chasser les mauvais esprits chez ses clientes. Il se disait «gardien de feu sacré» et petit-fils du chef algonquin William Commanda, que certains initiés comparent au dalaï-lama.

Pour peaufiner son personnage, l’homme s’est apparemment rapproché d’une communauté d’Ottawa, a observé leurs rituels et mémorisé leurs histoires.

Aujourd’hui, ces gens crient au vol. D’après eux, en 2011, Raynault a amené une quinzaine de Montréalais dans leur tente de sudation, en leur faisant croire que la communauté s’attendait à recevoir un don de 150$ par personne. «Premièrement, c’était faux! Deuxièmement, il a gardé l’argent sans jamais en glisser un mot! tonne une source haut placée.Il salit notre réputation. On ne peut pas vendre les choses sacrées et le nom de nos aînés comme il le fait.»

Lorsque La Presse l’a informé de son enquête, Raynault a tout nié, jusqu’au fait qu’il a oeuvré comme chaman, alors qu’on l’associe à cette pratique sur le moteur de recherche Yatedo. Un profil Facebook le présente plutôt comme un «coach à Great Spirit».

L’homme se dit victime d’une campagne de salissage de la part d’amoureuses déçues.

Ce qui est certain, c’est qu’il a un long casier judiciaire. On l’a condamné sept fois pour vol, en Montérégie et dans Lanaudière. La demeure qu’il a incendiée en 1992 se trouvait dans cette dernière région.

Ironiquement, Raynault semble avoir trouvé son filon suivanten prison, puisque c’est là que des bénévoles l’initient à la spiritualité amérindienne.

Sur YouTube, un diaporama intitulé Le faux prophètemet toute la francophonie en garde. Un blogue, Le cercle des déesses, tente de faire la même chose. Car Raynault, qui est rentré à Montréal, a du charisme. En Outaouais, une jeune mère a apparemment quitté son mari, vendu sa librairie ésotérique et acheté une nouvelle maison pour vivre avec lui… avant de faire faillite et d’être remplacée par Ariane.

«La première fois que je l’ai vu dans mon cours, je me sentais envahie, se souvient cette dernière. Mais quand il nous parle, sa force, c’est de créer un lien immédiat. C’est un caméléon et un radar; il lit les gens.»

À son avis, avec ce genre de dons, son ancienne flamme aurait pu se rendre véritablement utile. «Son problème, dit-elle, c’est son absence totale d’éthique.»

*Les prénoms ont été changés pour protéger l’identité des victimes.

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/07/01-4581026-gourous-inc-le-chaman-cambrioleur.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4581255_article_POS7

Canada : Diplômes à gogo pour gourous

Le diplôme obtenu en une demi-journée par La... (Image La Presse)

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Le diplôme obtenu en une demi-journée par La Presse.

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Marie-Claude Malboeuf

«Vous voulez peut-être aider les gens à guérir sans vouloir passer huit ans dans une faculté de médecine puis en résidence.»

Le bouche à oreille et cette invitation lancée sur l’internet ont suffi. En mai dernier, 300 personnes ont sacrifié un radieux week-end de printemps pour se corder sous les néons d’une longue salle d’un hôtel de Montréal.

Aux côtés d’une journaliste incognito, des vendeurs, des coiffeuses, des masseurs, des physiothérapeutes, des vendeurs et des ingénieurs débordaient d’impatience à l’idée de rencontrer le Californien Eric Pearl.

Le phénomène est planétaire. Depuis la publication de son premier livre – traduit en 36 langues -, l’ex-chiropraticien jure avoir «activé les mains» de plus de 60 000 personnes pour leur donner accès à ce qu’il qualifie de «de nouvelles fréquences» et leur permettre de «devenir des catalyseurs de guérisons».

À Montréal, en matinée, l’un de ses émules a ouvert le bal en racontant avoir sauvé une mourante atteinte du cancer du foie. «Qu’attendez-vous pour faire des miracles à votre tour!» a-t-il lancé, tandis que la salle applaudissait à tout rompre.

À chaque pause, des praticiens distribuaient leurs cartes professionnelles, tandis que les participants se voyaient offrir des DVD, des T-shirts et des bouteilles d’eau arborant le logo de leur idole.

Ils n’en étaient pas à une dépense près. Le cours de base coûte 711$. Le cours avancé, 954$. Sans oublier les 333$ exigés pour être officiellement reconnecté à l’univers – un préalable pour accéder au deuxième niveau.

À nos côtés, une coiffeuse de Terrebonne souriait aux anges pendant les exercices en décrivant ses sensations. Une femme avait accouru du Liban. D’autres habitaient l’Ontario ou les États-Unis.

«Tous vont sortir avec la même efficacité que quelqu’un qui fait ça depuis des années», nous avait juré, quelques semaines plus tôt, l’un des bras droits québécois de Pearl, Sylvain Champagne.

Lorsque nous lui avons parlé, il y a deux semaines, l’homme de Boisbriand a affirmé, au contraire, avoir vu des gens suivre le cours et «savoir dans (son) for intérieur que ces gens n’étaient pas aptes à pratiquer».

Sur le site Amazon.com, d’autres «guérisseurs» démolissent directement le livre de Pearl en dénonçant son ego hypertrophié et ses techniques de vente. Le Californien prétend que les autres approches ne font pas le poids à côté de la sienne. En plus de critiquer les médecins, les pseudo-guérisseurs que nous avons rencontrés se dénonçaient souvent ainsi les uns les autres.

***

Un autre admirateur de Pearl, Jean Cornudet, continue d’enseigner une forme d’imposition des mains très populaire, du reiki, dans son sous-sol de Repentigny. Lui aussi se dit en mesure d’activer des dons chez ses élèves en «débloquant leur canal» pour les brancher sur une fréquence supérieure. «C’est comme avoir un médecin qui vous suit 24 heures sur 24», dit l’archiviste, en jurant que le reiki marche toujours, même à des milliers de kilomètres, même si l’on ne sent rien, et même si on n’y croit pas.

Sur son site, il écrit que le reiki guérit les causes des maladies. En entrevue, il préfère parler de «paix intérieure» et dit, comme dans son cours, qu’il n’encourage personne à abandonner son suivi médical. Même s’il publie le témoignage d’une femme qui dit avoir refusé la chimothérapie en faveur du reiki.

Son premier cour d’une journée – qui affiche souvent complet – coûte 150$. Accéder aux trois niveaux suivants coûte 900$ de plus.

Au printemps dernier, alors que nous suivions son cours incognito, Jean Cornudet s’est empressé de nous remettre un diplôme, même si nous avons quitté les lieux, sans terminer la formation, au bout d’une petite demi-journée.

Il l’a fait, dit-il, parce qu’il suffit d’une demi-heure pour initier quelqu’un, et «parce qu’il n’existe pas de normes gouvernementales» à ce sujet.

Combien de diplômes du genre sont-ils en circulation ? Et quelle est leur valeur ? Impossible à dire, puisqu’il existe des dizaines de cours pareils au Québec.

Dans la couronne nord, un groupe de Sainte-Rose offre même un «atelier de démarrage d’entreprise spritiruel» (sic). On y aborde le marketing, la recherche de clientèle et les erreurs à éviter.

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201209/30/01-4578928-diplomes-a-gogo-pour-gourous.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_meme_auteur_4578925_article_POS4

Canada : Gourous: un reçu d’impôt pour se faire «connecter»

Lorsqu'il a rendu la naturopathie admissible au crédit... (Photo Didier Debusschere, archives Le Soleil)

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Lorsqu’il a rendu la naturopathie admissible au crédit d’impôt, en 2005, le ministère des Finances du Québec a voulu «reconnaître la présence croissante de certaines professions relevant des médecines alternatives», nous a indiqué l’Agence du revenu du Québec.

PHOTO DIDIER DEBUSSCHERE, ARCHIVES LE SOLEIL

Marie-Claude Malboeuf

Avec des reçus qui permettent de déduire des traitements ésotériques de ses impôts, des poursuites trop rares et de nouveaux diplômés à la pelle, l’industrie de la pseudo-guérison a de quoi exploser… aux risques et périls de ses nombreuses victimes.

Le nettoyage des cuvettes d’énergie ou l’imposition des mains sont des thérapies que les clients peuvent souvent déduire de leurs impôts, révèle notre enquête. Les adeptes d’ésotérisme peuvent aussi se faire rembourser par leur régime d’assurances collectives – ce qui contribue à hausser les primes versées par l’ensemble de leurs collègues.

Dans le cadre de notre reportage, une poignée de guérisseurs autoproclamés nous ont remis des reçus de naturothérapeute ou de naturopathe.

L’un d’eux a procédé au nettoyage de supposées cuvettes d’énergie pour la somme de 120$. Un autre a exposé un enfant à de soi-disant fréquences invisibles, moyennant 90$.

Il ne s’agit pas de cas uniques. Sur l’internet, plus d’une vingtaine de naturopathes ou naturothérapeutes offrent des traitements tout aussi ésotériques. Certains précisent qu’ils remettent des reçus pour «reconnecter» leur client à l’univers, le soigner «par les Anges» ou pour «canaliser» un esprit et lui livrer des messages de l’au-delà.

Lorsqu’un «naturopathe» est en cause, ces consultations donnent droit au crédit d’impôt provincial pour frais médicaux.

Combien cela coûte-t-il à l’État? Revenu Québec ne recense pas le montant annuel des frais de naturopathie réclamés par les contribuables, qu’il s’agisse de méthodes sérieuses ou occultes.

Par contre, on sait que ce type de consultations coûte de plus en plus cher aux assureurs québécois, soit environ 20 millions de dollars par année. Dans 85% des cas, la naturopathie ou la naturothérapie (parfois les deux) figure sur la liste des soins remboursables par les régimes d’assurances collectives des grandes entreprises, évalue la firme de consultants Normandin Beaudry.

Les réclamations du genre ont par ailleurs fortement augmenté au cours des dernières années. Chez Desjardins sécurité financière (DSF), par exemple, elles ont doublé depuis 10 ans, passant de 0,72% du total des prestations versées à 1,35%.

Un fouillis

Tous les naturopathes n’emploient pas de méthodes ésotériques, assurent quatre des principales associations de naturopathes ou de naturothérapeutes. Elles affirment toutes sévir lorsqu’on leur signale des cas, que ce soit en expulsant un membre, en le dénonçant aux assureurs ou en lui imposant une formation ou une amende.

«Quand on entre dans la dimension plus spirituelle, ce sont des techniques qui ne sont pas prouvables. Mais malheureusement, on ne peut pas être dans tous les bureaux en même temps», déplore Mario Dulude, président de l’Ordre des naturothérapeutes (qui n’est pas un ordre professionnel).

«Il y a un ménage à faire, pour protéger la réputation des autres membres, qui ont des milliers d’heures d’études», renchérit Yves Dussault, qui préside deux autres associations (celle des naturopathes professionnels du Québec et celle des naturothérapeutes du Québec). «Mais quand une personne a la formation, comment voulez-vous contrôler ce qu’elle fait dans son bureau? On n’a pas d’inspecteurs», dit-il.

Pour compliquer les choses, toutes les associations (qui seraient une vingtaine) ne s’entendent pas quant à savoir ce qui est acceptable. Certaines acceptent le reiki ou l’urinothérapie, et non les autres.

Le naturothérapeute Sylvain Champagne nous a même juré être membre de son association «en tant que praticien de la guérison reconnective» et avoir entraîné plusieurs personnes dans son sillage. Il ajoute avoir été interrogé par un assureur, mais continuer à donner des reçus, puisque sa formation le justifie.

La naturothérapeute Diane Buteau, autre militante de la reconnexion, raisonne de la même manière. Elle dit adopter une approche «globale», qui le justifie.

Les assureurs n’apprécient guère. « Souvent, des praticiens inscrivent naturopathie sur le reçu pour ce qui constitue en fait de la phytothérapie, de l’auriculothérapie ou de la réflexologie», déplore le vice-président de DSF, Mario Clusiau.

Son entreprise a refusé une réclamation de 2000$ pour des traitements prodigués par un naturothérapeute qui s’est révélé être…un jeûne. Les frais correspondaient à l’hébergement du client.

D’après M. Clusiau, les naturothérapeutes offrent plus souvent que les naturopathes des traitements «hors normes, qui ne relèvent pas de la médecine ni de près ni de loin».

«Ailleurs au Canada, il y a un meilleur encadrement des médecines douces, comme la naturopathie», tient-il à souligner.

Chose certaine, Revenu Canada est plus strict que Revenu Québec. Seuls les soins prodigués par des praticiens régis par un ordre professionnel sont admissibles à son crédit d’impôt pour frais médicaux.

Lorsqu’il a rendu la naturopathie admissible au crédit d’impôt, en 2005, le ministère des Finances du Québec a voulu «reconnaître la présence croissante de certaines professions relevant des médecines alternatives», nous a indiqué l’Agence du revenu du Québec.

On a reconnu par la même occasion les phytothérapeutes et les homéopathes.

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201209/30/01-4578926-gourous-un-recu-dimpot-pour-se-faire-connecter.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_meme_auteur_4578931_article_POS2