Un nouveau lieu de culte pour les Frères de Plymouth

Chemin des Crécerelles, une salle de 990 m2 en projet. Au vu du panneau planté devant la parcelle du chemin des Crécerelles, certains ont cru qu’on allait construire ici une mosquée. Les porteurs du projet sont en fait les Frères de Plymouth, une église évangéliste, issue des Darbystes, déjà présents à Nîmes depuis… 1850.

Un peu bizarre sur ce chemin pas goudronné qui longe la route d’Alès, mais la mention “construction d’un lieu de culte“ a étonné. Le comité de quartier de Villeverte, vigilant depuis la construction du mur de la route d’Alès, s’en est ému dans une lettre à Jacques Perotti, adjoint à l’urbanisme, l’interrogeant tant sur des questions d’urbanisme que sur le type de culte qui se déroulerait ici.

S’il est vrai que du passé huguenot de la ville résulte un foisonnement des églises protestantes évangéliques, les Frères de Plymouth sont probablement les plus discrets, voire les plus fermés. D’ailleurs, ils ne consentent à communiquer que si on ne révèle pas leur identité et qu’on ne les prend pas en photo. Un rapport de la Miviludes (organisme qui répertorie les sectes), en 2005, ayant évoqué des “dérives sectaires”, les a incités à répondre favorablement aux demandes de la presse, tout en offrant l’image la plus lisse possible. « Ce rapport avait omis le principe du contradictoire et nous n’avions pu nous défendre. Cet amalgame nous a été très préjudiciable et c’est pourquoi nous nous sommes dits pourquoi ne pas dire la vérité ? », explique Philippe T. Les Frères n’iront pas jusqu’à révéler le coût de leur projet, mais assurent que le bâtiment sera « comme une salle, très discret, se fondant dans le paysage, sans nuisance pour le voisinage. Nous sommes chrétiens et avons un devoir d’exemplarité ». Publicité À Nîmes, la communauté ne compte que trente familles. Une autre est présente à Alès et une à Toulon. Les cultes, sans pasteur, se déroulent alternativement dans l’un ou l’autre des endroits. Mais l’objectif d’une salle plus grande (990 m2 et 149 places de parking) est bien de pouvoir accueillir des rassemblements plus importants. À quelle fréquence ? Difficile de savoir. Si les cultes ont lieu le dimanche, on évoque « une vie d’assemblée intense », en précisant « on ne fait pas de prosélytisme, on ne cherche pas à recruter. Nous poursuivons le même but que les autres chrétiens ». Des chrétiens qui refusent toutefois toute initiative interreligieuse – telle qu’il en existe à Nîmes -, ou simplement œcuménique. Source : Nîmes Midi Libre par ÉDITH LEFRANC

Quatre personnes soupçonnées d’avoir séquestré une jeune femme pendant une semaine dans un appartement de Grigny dans l’Essone pour l’exorciser, ont été déférées samedi.

EVRY, 12 mai 2011 – Cinq personnes, membres d’un mouvement protestant évangélique, se trouvaient jeudi soir en garde à vue pour avoir séquestré une femme de 19 ans pendant une semaine pour l’exorciser dans un appartement du quartier de La Grande Borne à Grigny (Essonne), a-t-on appris de source proche de l’enquête.Selon cette source, la jeune femme, qui aurait passé sept jours attachée à un lit en mangeant et buvant très peu, se trouverait en état d’extrême faiblesse, mais ses jours ne seraient pas en danger.

Selon les premiers éléments de l’enquête, elle ferait également partie de ce mouvement, l’Eglise adventiste du septième jour. Elle aurait été séquestrée pour être exorcisée.

Elle a été trouvée par les policiers après que son père eut retrouvé sa trace.

L’âge et le sexe des personnes interpellées n’ont pas été précisés.

La police judiciaire d’Evry a été chargée de l’enquête.

source AFP

 

Quatre personnes soupçonnées d’avoir séquestré une jeune femme pendant une semaine dans un appartement de Grigny dans l’Essone pour l’exorciser, ont été déférées samedi.

Quatre personnes soupçonnées d’avoir séquestré une jeune femme pendant une semaine dans un appartement de Grigny (Essone) pour l’exorciser, ont été déférées samedi et l’une d’elle a déjà été mise en examen pour séquestration avec actes de tortures, a-t-on appris auprès du parquet à Evry.

Les trois autres suspects devraient être mis en examen pour les mêmes faits dans la soirée, a-t-on dit de même source.

Le premier mis en examen a été placé en détention provisoire et le parquet a requis le mandat de dépôt pour les trois autres suspects.

Ces quatre personnes, dont une femme qui louait l’appartement, sont âgées d’une trentaine à une cinquantaine d’années. Tous, qui se réclament de l’Eglise adventiste du septième jour, vivaient dans cet appartement de Grigny, mais ne faisaient pas partie de la même famille.

La jeune femme de 19 ans qui a été séquestrée pendant une semaine pour être exorcisée a été hospitalisée. Après avoir passé sept jours attachée à un lit, quasiment sans manger ni boire, elle était très affaiblie, sans que son pronostic vital soit engagé.

Très fragile psychologiquement, elle habitait également dans l’appartement et faisait partie du même mouvement religieux. Elle avait été découverte par les policiers jeudi, après que son père eut retrouvé sa trace.

Dans un communiqué diffusé vendredi, les responsables des deux fédérations adventistes de France et le président de l’Union franco-belge des fédérations adventistes se sont dits « consternés par l’attitude de ces personnes ».

« Ce n’est pas dans l’enseignement de l’Église adventiste et dans ses pratiques d’utiliser de tels procédés dans ce type d’exorcisme délirant », disent-ils. Ils ont précisé qu’ils allaient vérifier si les personnes mises en cause appartiennent bien à l’Église adventiste.

L’Église adventiste du septième jour de France compte 12 660 membres en France métropolitaine et 33 998 membres dans l’Outre-Mer français. source:Tribune de Genève- AFP | 14.05.2011

Chez les pentecôtistes de Toulouse, on chasse le mal et on distribue son CV

Chez les pentecôtistes de Toulouse, on chasse le mal et on distribue son CV

Anaïs Bordages | étudiante en journalismeImprimer

Lors d’une messe du MPEBT à Toulouse (Anaïs Bordages)

Certains l’appellent centre de contrôle automobile, d’autres l’appellent « le temple ». Planté dans une impasse toulousaine, ce hangar vide aux briques grises apparentes et sol de béton accueille, depuis novembre, une grosse centaine de fidèles évangéliques venus exorciser (littéralement) leurs démons.

Tous les mois, le Ministère de la puissance de l’évangile Bethel Toulouse (MPEBT) organise un week-end purgateur de trois jours. Pendant qu’une prophétesse pieds nus en transe et en sueur répand la parole du seigneur, d’autres ponctuent sa prestation d’« amen » et « alléluia »

Certains prient, crient ou se débattent, et perdent parfois connaissance, l’espace de quelques secondes, au contact de l’oratrice. Rien d’affolant, au contraire : cela veut simplement dire qu’ils ont été purgés du mal qui les habitait.

« On n’est ni des psys ni des gourous »

Le « commando de Jésus Christ », lui, veille au bon déroulement de la prédication. Armés de bibles et de bouteilles d’eau, ces quelques volontaires, pas plus de quatre ou cinq, parcourent les allées de l’église de fortune pour venir en aide aux fidèles.

« On n’est ni des psys, ni des gourous », affirme Yolande Asso, la responsable communication de l’« église ». Quelques instants plus tôt, Yolande, debout au premier rang, vomissait ses tripes dans un sac en plastique que lui tendaient ses coreligionnaires.

Un spectacle pour le moins saisissant, mais « c’est une souffrance bénéfique », nous rassure-t-elle, l’haleine chargée mais le sourire radieux. « Une délivrance, un peu comme un accouchement. »

Un protestantisme teinté de surnaturel

Les 120 fidèles qui viennent ici tous les dimanches sont pentecôtistes : ce sont des protestants qui ont pour particularité de mettre l’accent sur le surnaturel, les miracles et la guérison divine. Pourtant, loin d’être de grands illuminés, ces gens-là sont plutôt pragmatiques. Dans le sermon d’Alix, on parle du divin, mais aussi de découvert bancaire, de chômage ou encore d’accidents de voiture.

Ici, on se réunit aussi bien pour se libérer de ses démons que pour trouver du travail : les CV s’échangent et on fait appel à la générosité de chacun.

Cette communauté pentecôtiste, composée en majorité par des hommes et femmes d’origine ivoirienne, s’est formée naturellement autour de son pasteur et de sa prophétesse, Nicaise et Alix Dakouri. « C’est un schéma classique », explique Gérard Charton, directeur de la Fédération des églises chrétiennes évangéliques. « Ils viennent pour des raisons spirituelles mais aussi pour se retrouver entre eux, dans la tradition de leur pays. »

« L’esprit de Dieu prend le contrôle »


Lors d’une messe du MPEBT à Toulouse (Anaïs Bordages)

Alix est prophétesse depuis 2006. Son rôle : « Donner la parole de Dieu. » Autant vous dire que quand cette femme charismatique, tout de rose vêtue, se lance dans un sermon de près de deux heures, l’assemblée boit ses mots. Au son de sa voix, certains rient, d’autres pleurent.

Difficile pour elle d’expliquer ce qu’il lui passe par la tête dans ces moments-là : « C’est l’esprit de Dieu qui prend le contrôle. » Après le sermon, pendant qu’Alix mange et se repose, une femme s’approche et lui passe un jonc doré autour du poignet. Alix n’a pas l’air surprise : les fidèles lui font souvent des cadeaux.

S’ils lui vouent une telle admiration, c’est parce que la prophétesse, investie du pouvoir de Dieu, les aide à se déposséder de « leur mal ». Pour preuve, certains sont revenus témoigner de l’influence qu’a eue Dieu dans leur vie : problèmes de justice évaporés, succès financier et même, assurent-ils, séropositivité envolée.

Des cartes de membres permanents ?


Lors d’une messe du MPEBT à Toulouse (Anaïs Bordages)

La foi a pourtant ses limites. « Il y a des vrais miracles », assure Gérard Charton, avant de raconter qu’il a lui même failli perdre un œil avant de guérir subitement, à la grande surprise de ses médecins :

« “Mais il y a des fois où ça dérape un peu… Des gens qui prétendent être guéris, mais dont on doute qu’ils aient réellement été malades.”

Aux pieds d’Alix, les fidèles déposent des billets de 10, 20 ou 50 euros. Si “les évangéliques sont beaucoup plus généreux”, selon Gérard Charton, c’est “parce qu’ils sont conscients que l’œuvre doit progresser”.

Et progresser, l’église de Bethel Toulouse ne fait que ça, puisqu’en l’espace de quelques mois, elle a réussi à attirer des fidèles réguliers. A tel point que Yolande, la responsable communication, envisage de lancer des cartes de membre permanents. “Après tout, c’est un peu l’entreprise de Dieu”, sourit-elle.

Source : http://www.rue89.com/2012/04/08/chez-les-pentecotistes-de-toulouse-chasse-le-mal-et-distribue-son-cv-230973?items_per_page=50&page=2&sort_by=thread&sort_order=ASC

Evangéliques : la minorité qui monte …

Encore peu nombreux à l’échelle de la population française, les évangéliques représentent désormais quasiment la moitié des protestants du pays. Récemment fédérée au sein d’un conseil national, cette nébuleuse ne cesse de croître et de s’organiser.

En 1950, ils étaient 50 000 en métropole. Soixante ans plus tard, leur nombre a été multiplié par 9  : en 2010, sur 600 000 protestants pratiquants réguliers, 460 000 se déclaraient évangéliques. à cela s’ajoute une population souvent ignorée, les « occasionnels » et ceux « qui revendiquent l’identité évangélique tout en ne fréquentant pas un lieu de culte » (1), que Sébastien Fath, chercheur au CNRS et spécialiste de l’évangélisme, estime à 240 000 personnes. En tout, 700 000 fidèles  : s’ils représentent désormais quasiment la moitié du protestantisme français (1,5 million de protestants « de conviction » en 2010), les évangéliques restent peu nombreux à l’échelle de la population française (1,1 %). Pourtant, depuis une dizaine d’années, cette minorité a largement gagné en visibilité, souvent à ses dépens.

A Sarcelles, dans la banlieue nord de Paris, l’église évangélique Source de Vie propose trois cultes le week-end  : un le samedi soir, deux le dimanche matin. à 9 heures, plus de 200 fidèles se pressent dans le local décati mais méticuleusement agencé. Cet ancien magasin de meubles a été racheté au milieu des années 1980 pour accueillir une centaine de personnes. Depuis, d’autres églises ont été ouvertes dans le département et aujourd’hui, le réseau Source de Vie, qui appartient à la fédération des Assemblées de Dieu (pentecôtistes), l’union d’églises évangéliques la plus importante de France (car l’une des plus actives), réunit chaque week-end près de 1 500 fidèles dans tout le Val-d’Oise. En six ans, les effectifs ont doublé. Ils ont été multipliés par 40 depuis 1975, au tout début de la communauté. Une croissance exponentielle à l’image du boom évangélique que connaît la banlieue nord-parisienne (la Seine-Saint-Denis en tête) et, dans une moindre mesure, la France entière.

Eglises « issues de l’immigration » Marie-Suzette, catholique « de naissance », s’est convertie en 1982. « Avant, je ne lisais pas la Bible. Aujourd’hui, je ne peux pas vivre sans. Il ne faut pas s’apitoyer sur son sort. Quand ça ne va pas, je prie et je ressens la paix de Dieu. » Elle dit que « se retrouver ensemble, ça apporte beaucoup », même s’il ne s’agit « pas seulement d’être membre d’une église », mais bien « d’être fidèle à la parole du Christ, à sa promesse ».

Comme Marie-Suzette, la plupart des paroissiens de Sarcelles sont d’origine afro-antillaise. Si le visage qu’offre cette communauté est familier du grand public – une population noire adepte d’une liturgie exubérante et métissée –, il n’est qu’un reflet partial de la réalité évangélique actuelle, puisque seules 15 % des églises peuvent être considérées comme issues de l’immigration. Et parmi elles, on compte de plus en plus d’églises implantées par des ressortissants des pays d’Asie de l’Est (Chine, Vietnam, Laos, Cambodge). Les églises évangéliques de banlieue sont avant tout représentatives d’une démographie et d’une sociologie propres à ces espaces. Il reste très difficile de recenser celles dites « ethniques » (2), qui rassemblent des groupes réduits (parfois pas plus d’une dizaine de fidèles). Leurs cultes, donnés uniquement en langue ou en dialectes régionaux, suivent une liturgie syncrétique et s’appuient sur le charisme d’un ou plusieurs « meneurs », en dehors des grandes fédérations évangéliques. Extrêmement mouvantes, elles ont souvent une durée de vie limitée, du fait de leur nature même (le dialecte se perd à la deuxième puis troisième génération) et de contraintes matérielles (absence de local, finances limitées, turnover pastoral).

De vieilles lignées françaises Selon un sondage de l’Ifop réalisé en 2010, la moitié des évangéliques sont des convertis, en majorité d’anciens catholiques (59 %) ou des personnes sans religion (28 %). « Les évangéliques recrutent y compris parmi les athées et les musulmans, explique le sociologue Sébastien Fath. Leur force, grâce à une souplesse locale et communautaire, est de sortir d’une logique de “niche de marché” et de s’adapter à tous les milieux », aussi bien aux classes populaires qu’aux cadres moyens et supérieurs, aux jeunes qu’aux plus âgés. « Mais rappelons que l’évangélisme français est né il y a deux cents ans. Il existe donc aujourd’hui des lignées évangéliques qui n’ont presque rien à envier aux “lignées lévitiques” des huguenots [vieux protestants calvinistes]. Il y a eu des églises baptistes en France avant qu’il n’y en ait au Texas  ! »

En effet, l’autre étiquette que les évangéliques français tiennent à décoller est celle de l’assimilation à un évangélisme américain agressif (3) et politisé, emmené par Georges W. Bush. Pour maîtriser son image et œuvrer à son développement, la communauté est enfin parvenue à se doter, récemment, d’un organe fédérateur  : le Conseil national des évangéliques de France (Cnef). La première tentative de regroupement date de 1847, avec la création de l’Alliance évangélique française (AEF). Autre étape importante  : la constitution, en 1969, de la Fédération évangélique de France (FEF). En 2001, sur invitation de l’AEF et de la FEF, la grande majorité des responsables d’unions d’Églises et des institutions de formation biblique se rencontre  : cette réunion forme l’embryon du Cnef, qui absorbe ou agrège les fédérations antérieures. La gestation dure neuf ans  : le 15 juin 2010, il est officiellement né.

Le Cnef, nouvel interlocuteur Aujourd’hui, 70 % des églises locales membres d’une union d’églises y sont affiliées. Au-delà de la myriade des « istes » qui compose le mouvement, les évangéliques disent s’être rassemblés « autour d’une confession de foi commune ». En fait, ils sont parvenus à colmater la brèche historique qui divisait les pentecôtistes-charismatiques (artisans du réveil évangélique du XXe siècle, qui représentent maintenant les deux tiers du mouvement) et les évangéliques « classiques » (dits piétistes-orthodoxes).

Les 26 et 27 janvier derniers, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), plus de 850 pasteurs ont confirmé cette adhésion collective, à l’occasion de la première convention nationale du Cnef. « Ça a été un succès, dit Daniel Liechti, vice-président du Cnef. C’était fort de réunir physiquement autant de gens venant de partout, après des années de maturation. Mais la structure du Cnef ne constitue pas un but en soi, elle n’est qu’un échafaudage pour construire et favoriser la vie spirituelle. » Elle est aussi un interlocuteur privilégié du bureau central des cultes, rattaché au ministère de l’Intérieur, aux côtés de la Fédération protestante de France (FPF, en majorité luthéro-réformée, c’est-à-dire non évangélique). Cette année, la veille de la convention, étienne Lhermenault, le président du Cnef, était invité pour la première fois à l’élysée pour les vœux de Nicolas Sarkozy aux autorités religieuses. Et quelques jours plus tard, une délégation du Cnef était reçue par Claude Guéant, pour acter des échanges réguliers avec les pouvoirs publics. Désormais, la nébuleuse évangélique a droit de cité.

« Nous traiterons avec l’état de toutes les questions en rapport avec le fait de vivre paisiblement et librement notre foi, d’enlever les freins inutiles à l’annonce de l’évangile », explique Daniel Liechti. Première préoccupation du Cnef  : l’implantation de nouvelles églises locales. Son slogan  : « 1 pour 10 000 ». Soit une église pour 10 000 pratiquants. Aujourd’hui, il en existe une pour 31 000 (environ 2 000 en métropole, dont plus de 1 200 implantées depuis 1970). Mais la répartition reste disparate selon les régions  : on en trouve très peu en Bretagne, dans les pays de la Loire, en Auvergne et dans le Limousin.

« Nous créons 35 églises supplémentaires par an, soit un nouveau lieu de culte tous les dix jours. On espère que ce rythme sera multiplié par trois ou quatre d’ici quelques années. Atteindre l’objectif 1 pour 10 000 prendra peut-être une trentaine d’années. » Daniel Liechti rappelle toutefois que « ce n’est pas un business plan » car « l’implantation d’églises dépend avant tout d’une dimension spirituelle que nous ne maîtrisons pas  : c’est Dieu qui suscite la foi. Et le Saint-Esprit qui nous donne la force de changer la vie. C’est l’objet de nos prières ».

La mission « prosélyte » Sans oublier, tout de même, l’aspect logistique  : pour ouvrir des lieux, il faut les financer (4), recruter du « personnel ». Et d’abord, le former. Daniel Liechti, en tant que professeur associé, dirigera, à partir de novembre 2012, le nouveau master professionnel de « missiologie en implantation d’églises » de la faculté libre de théologie évangélique (FLTE) de Vaux-sur-Seine (Yvelines). Le programme s’adresse à des pasteurs ayant déjà cinq ans d’expérience au sein d’un ministère. Son leitmotiv  : communiquer efficacement l’évangile à l’homme moderne.

« établir des lieux de culte  : aspects juridiques, politiques, financiers, architecturaux », « Implantation d’églises et catholicisme, rapports avec l’islam », « Spiritualité, piété, éthique familiale du pasteur implanteur », « La laïcité française  : principes objectifs et constructions mentales »  : autant d’entrées intellectuelles, mais aussi très pratiques, pour vivifier la mission « prosélyte » des églises évangéliques. « Nous évitons ce terme, neutre à la base, qui assimile aujourd’hui l’évangélisation à une forme d’intégrisme, regrette Daniel Liechti. Il ne faut pas confondre le côté militant avec la volonté d’imposer ses vues. Nous n’avons qu’une envie  : suivre l’exemple de Jésus. Deux mille ans après, toutes les religions se réclament de son attitude positive. Notre message contient dans son ADN théologique le pacifisme et l’accueil de l’autre. Nous sommes les premiers à dire que s’il n’y a pas d’adhésion personnelle à la foi, ça ne fonctionne pas. »

Vaux, un « lieu de vie spirituel » Cette nouvelle spécialisation en missiologie est la contribution de la faculté de Vaux au vaste programme du Cnef. Mais la vocation principale de la FLTE reste la formation classique de pasteurs, qui propose un cursus théologique spécifiquement évangélique. La faculté se pose en héritière du protestantisme revivaliste théologiquement orthodoxe qui s’affirma à partir du XIXe siècle dans les églises de type professant (soucieuses d’une « vraie vie chrétienne » au quotidien, qui baptisent à l’âge adulte ou au moins à l’adolescence).

Créée en 1965 en complément des Instituts bibliques historiques (Nogent-sur-Marne, 1921  ; Lamorlaye, 1960-2002), la FLTE accueille cette année à plein-temps une centaine d’étudiants « résidentiels », issus d’une quinzaine de familles d’églises différentes. Aux origines, ils étaient une dizaine. Dans les années 1980, une soixantaine, dont une moitié d’Africains francophones, qui ont ensuite créé des facultés théologiques de retour au pays. Aujourd’hui, quand ils ne sont pas français, ils viennent essentiellement de Suisse ou de Belgique. Ils ont entre 22 et 30 ans. Quelques vocations tardives (des quadras et des quinquas)  ; peu de femmes (une quinzaine). « La nouveauté par rapport aux débuts, ce sont les “reconversions”  : beaucoup ont déjà fait des études “séculières” ou ont déjà travaillé et abandonnent un métier parfois lucratif pour venir ici, explique Jacques Buchhold, professeur de Nouveau Testament et doyen de la FLTE. Et depuis dix ans, nous avons de plus en plus de cadres des églises ethniques, l’un des éléments les plus dynamiques du mouvement évangélique. Il y a un vrai appétit théologique, un désir de structuration et d’ancrage dans la société française. » En plus des « résidents », près de 250 élèves intermittents suivent les formations intensives ou à distance, les sessions décentralisées et les universités d’été. Le campus de Vaux-sur-Seine se veut aussi un « lieu de vie spirituel », avec deux cultes par semaine, la présence d’un aumônier, une résidence qui héberge une trentaine d’étudiants. « Parfois, ils aident aux travaux, détaille Jacques Buchhold. Et tous les repas sont pris en commun. »

Un mouvement décomplexé Après une khâgne spécialité philo au lycée Lakanal de Sceaux, Charles se félicite de pouvoir enfin citer des théologiens en conclusion de ses dissertations. Il raconte comment il s’est offert à Dieu, un soir de Noël, adolescent. Mais il sera certainement plutôt enseignant que pasteur. Régine Berger, la quarantaine, étudie depuis quatre ans à Vaux. Elle ne vient que le jeudi. Et soixante jours par an, elle est aumônière réserviste au lycée militaire de Saint-Cyr. Son activité dépend de la demande  : elle répond à quelques requêtes spirituelles, mais fait surtout de l’écoute et de l’accompagnement quotidien. Membre d’une église réformée, elle se sent pourtant proche du monde évangélique, « plus ouvert qu’on ne le pense ».

Un mouvement de plus en plus décomplexé, dont le discours reste ferme  : « Nous sommes très libres sur les questions de vocation, de piété, mais conservateurs en théologie. La Bible est la parole de Dieu, dit le doyen Jacques Buchhold. Notre foi exprime un certain exclusivisme  : en dehors de Jésus Christ, point de salut. Ce langage n’est pas toujours accepté dans la société, mais ça ne me gêne pas que l’on dise que je suis un fondamentaliste, si l’être, c’est en rester aux fondements de la foi. » Enseigne-t-on la critique textuelle à la FLTE  ? « Il n’y a aucun problème pour avoir une approche sérieuse des textes, répond le doyen. Mais ça n’entre pas en conflit avec la foi personnelle. Et une étude approfondie ne permet pas de remettre en cause la véracité de la Bible. » Parmi les valeurs que défendent les évangéliques, on retrouve des options communes aux catholiques traditionalistes  : l’appel à une moralisation de l’économie, la condamnation du mariage homosexuel, de l’homoparentalité, de l’euthanasie et de l’avortement, équivalent à un « crime de masse organisé par l’état ».

Parfois, c’est d’ailleurs en « terre catholique » que les évangéliques tentent de s’implanter. « On ne cherche pas à piquer les brebis des autres, on cherche à évangéliser, sourit le pasteur Edouard Nelson. Et on avait envie d’évangéliser l’ouest parisien, où la population est plutôt bourgeoise catholique. Avant, quand vous traciez un cercle autour de la porte Maillot, qui englobe Neuilly, le sud de Levallois, le 16e et le 17e arrondissements, il n’y avait pas d’église [évangélique] répertoriée. »

Une « vraie variété » Fin novembre 2007, emmenés par le pasteur Nelson, ils sont 23 adultes à quitter l’église mère, baptiste, de la rue de Sèvres, pour s’installer dans une petite chapelle, quartier des Ternes. Ce dimanche matin, ils étaient 65 au culte. Depuis juin 2011, un second office est proposé le soir, pour une quinzaine de personnes, tout au plus. Si le pasteur Nelson se réjouit de la « vraie variété » de ses ouailles (« des profils 17e assez classiques mais aussi quelques personnes en précarité, qui logent dans les chambres de bonnes »), « il est parfois difficile de dépasser la méfiance de certains habitants du quartier, qui ont encore du mal à franchir notre porte ».

(1) Sondage Ifop mai 2010  : 10 % des protestants évangéliques disent ne « jamais » aller au culte. (2) Majoritaires dans Paris intra-muros  : elles sont 41 sur les 70 recensées par le Cnef. (3) En réference au documentaire Jesus Camp, d’Heidi Ewing et Rachel Grady. (4) Les églises évangéliques fonctionnent, au niveau local, en autogestion, avec les contributions théoriquement libres et souvent anonymes des membres (notamment la dîme, qui égale jusqu’à 10 % du salaire mensuel). La création du Cnef a permis la mise en place d’un fonds commun pour soutenir les « politiques » d’envergure nationale.

La question des dérives sectaires « Notre foi est le meilleur système anti-gourou, puisque l’autorité finale, c’est la Bible, la parole de Dieu et non celle d’un pasteur. Mais nous n’avons pas la prétention de dire qu’il n’y aura jamais de dérive sectaire », reconnaît Daniel Liechti, vice-président du Cnef  : « Tout groupe humain peut être tenté, en particulier dans des mouvements très étroits, autoproclamés. » Tel celui de la théologie de la prospérité (« la conversion garantit la richesse »), un « évangile frelaté », selon Daniel Liechti, « très minoritaire mais spectaculaire, que nous condamnons sans aucune ambiguïté ». Ce mouvement aurait fait quelques milliers de victimes en France. Concernant d’autres cas, la Miviludes a déjà reçu quelques signalements, « des dérives d’ordre financier ou sexuel liées à un pasteur donné, qui tiennent plus du fait divers ponctuel »  : « L’inquiétant, ce sont aussi les pratiques de guérison, quand elles incitent, au-delà de la simple prière, à abandonner ou refuser des soins et à s’en remettre totalement au pasteur pour guérir, au risque d’y perdre sa santé ou sa vie, et son argent. » Difficiles à évaluer, ces pratiques demeurent marginales, selon le sociologue Sébastien Fath.

Pour aller plus loin ■ Sébastien Fath et Jean-Paul Willaime (dir.), La Nouvelle France protestante (Labor et Fides, 2011). ■ Sébastien Fath, Du ghetto au réseau, les protestants évangéliques en France de 1800 à 2005 (Labor et Fides, 2005). ■ Cnef, Annuaire évangélique 2011 (www.eglises.org). ■ Sondage Ifop/FPF mai 2010 (http://protestantisme-congres2010.protestants.org)

source : http://www.lemondedesreligions.fr/savoir/les-evangeliques-la-minorite-qui-monte-16-05-2012-2514_110.php

ProtestantismeLes évangéliques, la minorité qui monte Maïté Darnault – cf Encadré « Dérives sectaires » / fin de l’article LE MONDE DES RELIGIONS Mai-Juin 2012