Georges Fenech : “Ces décisions n’exonèrent pas ces sectes sur leurs dérives “

Georges Fenech, député UMP du Rhône, est l’auteur d’un rapport sur les dérives sectaires

Comment ces mouvements arrivent-ils à gagner de telles procédures devant la cour européenne ?

– Comme les témoins de Jéhovah, ils ont profité de failles de procédures de l’administration fiscale et du fait que la Cour européenne ne regarde pas qui sont les plaignants. Les procédures plus récentes sont en conformité avec les règles européennes : il y a une prise en compte du statut associatif de ces mouvements. La décision reste cependant limitée à la fiscalité. Cela n’exonère en rien ces mouvements d’une surveillance et ne remet pas en cause l’action de la France contre les mouvements présentant un danger sectaire.

Ces sommes importantes sont de nature à relancer des sectes ou à encourager d’autres gourous ?

Non. L’erreur serait de limiter les dérives sectaires à ces mouvements voyants. Il existe des cas à l’intérieur de religions classiques. Le rattachement de communautés à des confessions reconnues ne m’a jamais empêché d’aller voir si la loi française était respectée.

Ces sectes ont quand même des moyens pour se lancer dans de telles procédures ?

Indéniablement. Plus un mouvement sectaire tarde à être détecté, plus il devient difficile à combattre sur le terrain juridique.

Source : http://www.ledauphine.com/faits-divers/2013/01/31/georges-fenech-ces-decisions-n-exonerent-pas-ces-sectes-sur-leurs-derives

DÉRIVES SECTAIRES: L’EMPRISE SUR NOS INSTITUTIONS

 

Dérives sectaires: l'emprise sur nos institutions 1/2

Georges Fenech, député du Rhône. | Photo Tim Somerset

Paru dans Match

Ces mouvements ne s’attaquent pas qu’aux individus vulnérables. Ils pénètrent aussi des univers hautement ­instruits. Leur mainmise est tentaculaire et mal mesurée par les organes de surveillance. Première partie.

Isabelle Léouffre – Paris Match

Une bien curieuse mésaventure est dénoncée, en 2009, par Georges Fenech, quand il est encore le président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). L’Eglise de scientologie comparait alors devant le tribunal correctionnel de Paris pour « des faits d’escroquerie en bande ­organisée et exercice illégal de la pharmacie ». Le procureur de Paris requiert sa dissolution. « Mais, dans le jugement, on va s’apercevoir que, subrepticement, l’alinéa de la peine infligée n’existe plus ! La “dissolution pour les personnes morales en matière d’escroquerie” a disparu, s’insurge l’actuel député UMP du Rhône. Le procureur a donc requis une peine vide ! »

A ce jour encore, l’affaire reste trouble. Il s’agirait d’une erreur informatique d’un administrateur de la commission des lois qui aurait voulu simplifier le droit. Georges Fenech : « Pour moi, il y a eu manipulation. De qui ? Pourquoi ? Cela reste à définir. » Quelques années auparavant avait également disparu un tome et demi du dossier de l’Eglise de scientologie au tribunal de Paris !… Malédiction ou conspiration ?

Il est aujourd’hui avéré que l’Eglise de scientologie étend son influence par une présence tentaculaire jusqu’au cœur du pouvoir, en plaçant ses adeptes à des postes clés, dans tous les domaines : médias, industrie, administration, tourisme, informatique… Comme toute entreprise, le but est d’asseoir son empire financier, de maintenir sa puissance et de poursuivre son développement. Ron Hubbard, son fondateur, l’avait déclaré haut et fort : « Le jour où tous les scientologues se tiendront la main, nous prendrons la planète. »

LES DOMAINES DE LA SANTÉ ET DE LA FORMATIONSONT AUJOURD’HUI LES PLUS TOUCHÉS PAR LES SECTES

Outre, sans doute, celui du ministère de la Justice, c’est aussi le parc informatique du ministère de l’Intérieur puis celui des policiers du Raid qui avaient été infiltrés dans les années 90. Un moyen efficace pour prévenir toute action qui mettrait en péril l’existence de la secte. Sans remords. « Une secte est convaincue qu’elle n’a pas à obéir aux règles de la société car elle est, par essence, différente et supérieure », explique Jean-Pierre Jougla, ancien avoué à la cour.
Aujourd’hui ce sont les domaines de la santé et de la formation qui sont les plus directement touchés par les dérives sectaires. Selon Georges Fenech, sur 60 000 organismes de formation professionnelle qui occupent un vaste marché de 40 milliards d’euros, entre 1 500 et 2 000 sont des faux nez d’organisations sectaires. « Elles infiltrent l’entreprise, recrutent de potentiels adeptes et, en même temps, s’enrichissent. » Par le biais de la communication institutionnelle et des ressources humaines, elles espèrent tisser des liens avec des dirigeants d’entreprise, ce qui facilite par la suite l’embauche de leurs membres à des postes stratégiques.

Mais de quoi se compose cette immense nébuleuse ? Il existe, d’un côté, les grandes sectes internationales qui s’appuient sur leurs dogmes fondateurs tout en adaptant leur discours aux besoins de la société (scientologie, témoins de Jéhovah, Moon, raëliens…). De l’autre, des gourous isolés qui créent leur propre communauté d’une vingtaine de personnes « pour dispenser du bien-être » (lire les témoignages). Entre ces deux situations, la frontière est ténue car leurs fondements sont identiques. La députée PS Catherine Picard, présidente de l’Union nationale de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (Unadfi), en énumère les conséquences fâcheuses : « Rupture familiale, exigences financières ruineuses, discours antisocial, troubles à l’ordre public. Et, surtout, une emprise mentale terrifiante. »

Aujourd’hui, 25 % des Français affirment connaître une victime de ces dérives. « Amplifié par Internet, le phénomène est en expansion, prévient Georges Fenech. Cela s’explique par les crises économique, environnementale, morale et religieuse que nos sociétés traversent. » Face à cette vacuité, la secte peut donc aisément se substituer à Dieu comme aux institutions. En quête de sens, les gens s’ouvrent plus volontiers à d’autres alternatives. Les jeunes, en perte de repères, sont aujourd’hui les cibles les plus faciles à atteindre. Georges Fenech alerte notamment sur les deux mouvements en vogue, le reiki et, surtout, le chamanisme : «Lors de leur voyage chamanique, proposé par un gourou sans formation, un jeune homme et une jeune fille sont morts après avoir absorbé de façon anarchique de l’iboga et de l’ayahuasca, des plantes hallucinogènes utilisées par les sorciers guérisseurs du Gabon et du Pérou. »

Dans le domaine du développement personnel, les chômeurs constituent des proies idéales, notamment à travers Pôle emploi que certains considèrent comme un potentiel vecteur de recrutement. Grâce au Répertoire opérationnel des métiers et des emplois (Rome), créé en décembre 2009, il leur est proposé des reconversions dans toutes les professions ayant trait au coaching et au bien-être. Conscients du risque, les pouvoirs publics ont mis en place des grilles de lecture sur les dérives sectaires afin de limiter les dégâts. « Les demandes en matière de santé ou de spiritualité sont légitimes, ce sont les réponses d’escrocs qui ne le sont pas ! » s’indigne Catherine Picard.

POUR GEORGES FENECH, LE PLUS DANGEREUX EST LE RISQUE DE DÉRIVEQUI TOUCHE LE MARCHÉ TRÈS IMPORTANT DES MÉDECINES PARALLÈLES

La France, pays laïque et cartésien, attaché à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, n’est pourtant pas un terrain facile pour le prosélytisme. Tout acte de ce genre à l’intérieur d’une administration est sanctionné, en vertu du Code de la fonction publique. Certaines sectes avancent donc masquées, comme Moon qui est entrée à l’Unesco par le biais d’associations pour la paix. D’autres, en revanche, à l’instar de la scientologie, veulent changer leur image détestable par des actions ouvertes de type humanitaire. Ainsi, le comédien et scientologue Xavier Deluc a-t-il créé Non à la drogue, oui à la vie, une association pour toxicomanes.

Mais le plus dangereux, pour Georges Fenech, reste « la dérive thérapeutique à caractère sectaire » avec le marché très important des médecines parallèles. « Certaines femmes atteintes d’un cancer, mal conseillées par le Dr Hamer qui prônait “le décodage biologique“ comme méthode de soins, ont arrêté leur chimiothérapie et en sont mortes. Sans parler du plus grand génie de notre temps, Steve Jobs, le créateur d’Apple, qui a refusé l’opération de son cancer sur l’avis de son naturopathe. Il décédera, victime du charlatanisme de son pseudo-médecin. » On le voit, les cerveaux les plus brillants ne sont pas épargnés !
Aujourd’hui, ces médecines parallèles, dont la réflexologie, la kinésiologie et le fameux reiki, ont même droit de cité au sein de certains hôpitaux de France, ce qui revient à les légitimer ! C’est ce que l’enquête d’Olivier Hertel, de « Sciences et avenir », vient de révéler. Le journaliste souligne que « ces techniques de “réharmonisation énergétique” seraient sans conséquence s’il s’agissait simplement de relaxation. Mais le document en notre possession suggère qu’elles permettent la guérison du cancer et autres maladies graves ». Depuis le 3 octobre 2012, le Sénat a nommé une commission d’enquête sur « l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé ».

Pis encore : c’est au cœur même des universités de médecine que commence l’infiltration des gourous qui ont trouvé là le lieu idéal pour former des disciples. Olivier Hertel a répertorié dix-sept thèses de fasciathérapie et ses dérivés (lire l’encadré) dans six universités ainsi que dans les laboratoires du CNRS, de l’Inserm et d’AgroParisTech. « A Angers, les étudiants en médecine doivent obligatoirement lire un ouvrage vantant la thérapie chamanique dont l’éditeur est aussi maître de conférences dans cette faculté !, raconte le journaliste. Là où la médecine classique n’a pas de réponse, les médecines parallèles s’offrent comme l’ultime recours. » n Isabelle Léouffre

« Apocalypse, menace imminente ? Les sectes en ébullition », de Georges Fenech, éd. Calmann-Lévy.Point final

Trois exemples d’infiltration des CHU français

Le 22 juin 2012, le Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes a rappelé que la fasciathérapie n’est pas reconnue par la profession. Cela n’empêche toujours pas le fasciathérapeute français Danis B. et ses disciples d’œuvrer au sein d’au moins cinq hôpitaux français. Sa pratique « soutient l’existence dans le corps d’un mystérieux mouvement animant les fascias, tissus conjonctifs qui délimitent les organes, un mouvement imaginaire qui aurait un impact sur la santé », raconte le journaliste Olivier Hertel dans le magazine “Sciences et avenir”.

Adepte de la secte de Shri Ram Chandra dans les années 80, Danis B. a mis au point cette pratique « dans la prévention ou le soutien du cancer, de la sclérose en plaques, du déficit immunitaire… ». Pour pénétrer les institutions universitaires françaises, il a obtenu un diplôme en sciences de l’éducation à Séville, puis s’est fait nommer professeur dans une université privée de Lisbonne avant de devenir professeur associé à l’université de Rouen… Il a ensuite créé un doctorat de fasciathérapie reconnu par l’Etat, via son école privée à Ivry-sur-Seine ! « Un business très lucratif puisque la marque “méthode Danis B.” affichait déjà en 2009 un chiffre d’affaires de plus de 1 million d’euros ! » relève Olivier Hertel qui affirme que le personnage bénéficie de soutiens de poids à l’intérieur même du système universitaire.

De son côté, au CHU de Nantes, Lise C., chercheur au CNRS, s’est alarmée de la mise en place d’un diplôme d’hypnose erick­sonienne, une thérapie proche de la programmation neuro-linguistique (PNL), bien éloignée de l’hypnose médicale utilisée pour les anesthésies. « Lors d’un conseil d’administration, j’ai pris position contre ce diplôme, raconte-t-elle. Je redoute en effet les dérives sectaires et les techniques de manipulation mentale au sein de l’université. » Mais la directrice du CHU a balayé ses doutes en prenant la défense du chef de service en psychiatrie, Wilfrid M., qui est aussi le président de l’association ARePTA, dispensant l’enseignement de l’hypnose ericksonienne pour environ 1 500 euros les quatre sessions de trois jours. (Les internes en médecine bénéficient d’une ristourne de 20 %…)

Dernière révélation de taille du journaliste Olivier Hertel concernant l’université d’Angers : le grave conflit opposant un directeur de l’Inserm à une professeure de médecine de son laboratoire, proche d’Omalpha, un mouvement ésotérique mystique mené par un Canadien. La prof a porté plainte pour harcèlement moral contre le directeur qui a été condamné pour avoir dénoncé des interférences spiritualistes avec la rationalité de ses ­recherches. Or, les investigations de Hertel ont mis en évidence les accointances d’Omalpha avec la secte russe Ashram Shambala, dont le gourou est actuellement jugé pour la création de réseaux de prostitution internationaux, entre autres. Hertel s’interroge à juste titre : « Que doit-on craindre de la présence d’organisations criminelles dans le périmètre d’une université et d’un laboratoire de recherche ? »

« Le psychiatre racolait dans son centre pour “la roue de médecine” », Sébastien Q., 43 ans

A 33 ans, en proie à de terribles angoisses, je suis sous antidépresseurs et anxiolytiques. Un psychiatre, Eric R., me propose un panel de psychothérapies, dont la méthode Gestalt que je choisis. Il s’agit d’entretiens d’une heure tous les quinze jours avec Marie-France V., la quarantaine rassurante. Au bout de trois mois, elle me propose un stage de Gestalt, 350 euros pour un week-end. Nous sommes douze participants dans un gîte isolé, encadrés par Marie-France V. et une autre gestaltiste, Marie-José F. Quand celles-ci m’annoncent qu’elles vont s’installer à leur compte, à 45 euros les quarante-cinq minutes, je les suis. Le
Dr Eric R. m’y encourage.

Rapidement, outre les séances bimensuelles, ma psy me conseille un travail en groupe, à 90 euros la journée, une fois par mois. J’y rencontre une majorité de femmes, des gens issus de tous les milieux sociaux, instruits pour la plupart, ce qui me rassure. Nous n’avons ni le droit de nous retrouver en dehors des séances ni celui d’évoquer notre travail à nos proches : ils ne comprendraient pas. J’accepte aussi un stage de rebirth en piscine, à 400 euros le week-end, « pour revivre ma naissance ». Je poursuis mes séances encore deux ans. Etrangement, je parviens de moins en moins à me situer dans la vie. Pourtant, je me rends à un nouveau stage, à 450 euros les quatre jours.

SÉBASTIEN: «ANGOISSES, MÉDICAMENTS, IDÉES SUICIDAIRES:JE SUIS PERSUADÉ QUE LA THÉRAPIE VA DURER TOUTE MA VIE»

Cette fois-ci, il se déroule sous les auspices de Nadeije A. Cette chamane amérindienne est venue du Canada délivrer le message de « la roue de médecine », un chemin d’éveil et de croissance spirituelle qui n’a de médical que le nom. Bien plus tard, je saurai par la police qu’elle est en réalité la référence de nombreux médecins parisiens radiés de l’Ordre pour pratiques douteuses. Avec stupeur, j’apprendrai aussi que le Dr Eric R. s’est lui-même marié avec Marie-José F. sous l’égide de « la roue de médecine » de Nadeije ! C’est donc pour elle et sa comparse qu’il racole les clients dans son centre public ! Neuf mois s’écoulent, mes angoisses reviennent, je reprends des médicaments. J’appelle Marie-France V. qui me reçoit en urgence. Je suis maintenant persuadé que la thérapie va durer toute ma vie. C’est en tout cas ce que Marie-France m’affirme.

Vers 40 ans, je commence à penser au suicide. Je me réfugie chez mes parents et leur dévoile tout. Leur fermeté m’aide à y voir clair. Je me rends à ma dernière séance avec Marie-France V. Je paie et je pars. Pour toujours. Même si je lui ai déjà avancé trois chèques de 90 euros pour les groupes à venir ! Au total, j’aurai dépensé 5 000 euros en sept ans pour rien ! Je réclame alors mes trois chèques de 90 euros. Marie-France refuse. Je porte plainte. Je suis stupéfait d’apprendre que j’ai été victime d’une dérive sectaire. Les responsables de l’Adfi, qui défend les victimes de sectes, se portent partie civile. Curieusement, notre dossier a été classé. Mais nous allons faire appel contre Marie-France V. et Marie-José F. pour abus de faiblesse. »

« J’ignorais que mon école hôtelière appartenait à l’Opus Dei », Catherine Tissier

Quand, à 29 ans, ce 13 janvier 2001, je quitte l’Acut (Association de culture universitaire et technique), proche de l’Opus Dei, je suis malade et je dois apprendre à vivre en société, à gérer mes comptes… Je n’arrive plus à sortir seule. J’ai l’impression que l’organisation me suit pour essayer de me récupérer. Je n’ai pas tort : par trois fois, la directrice et une prof de l’école débarquent par surprise chez mes parents pour m’emmener “faire un tour dehors“. Je refuse et ne les reverrai plus. Mais je ne m’en débarrasse vraiment qu’en portant plainte en novembre 2001. J’attendrai dix longues années que mon procès ait lieu, en novembre 2011. Entre-temps, je me suis reconstruite.

Tout commence à mes 14 ans, à Provins. Jeune fille sage et docile, je suis en cinquième et je recherche un métier manuel. Au centre de documentation du collège, je trouve la brochure de l’école hôtelière Dosnon, à côté de Soissons, qui propose un CAP d’employée d’hôtel. J’ignore que cette école de filles appartient à l’Opus Dei… Depuis mon procès, c’est désormais indiqué sur les plaquettes ! J’y suis admise. L’ambiance est chaleureuse, je me sens en famille. Nous sommes cinq nouvelles recrues, vingt et une au total. Une petite structure qui met les parents en confiance. Durant ces trois ans de formation, nous rentrerons à la maison toutes les trois semaines. Une préceptrice nous aidera dans notre scolarité. Je vis dans un cocon. Je perds tout esprit critique. On n’a droit ni au radio­réveil, ni aux livres, ni à la télévision. On doit laisser la porte ouverte quand on téléphone à ses parents, une fois par semaine. Mais rien ne m’alerte.

Toutefois, quand notre préceptrice nous suggère de nous confesser puis m’incite à venir à la messe le dimanche, je refuse. Elle me culpabilise. Je finis par accepter, de peur d’être mise à l’écart. Et l’emprise se fait. Transformée en directrice de conscience, elle me demande de ne pas évoquer la religion à mes parents, ils ne comprendraient pas. Une façon insidieuse de me séparer d’eux.

En fin de deuxième année, quand l’école leur annonce enfin qu’elle appartient à l’Opus Dei, mes parents se renseignent auprès de prêtres de leur paroisse qui se montrent critiques envers l’organisation. Mais, comme mes études se terminent, ils pensent que je vais bientôt en sortir. Au même moment, la préceptrice me conseille de devenir “numéraire auxiliaire” et me félicite d’avoir si bien intériorisé “le plan de vie de l’Opus Dei” : dès 6 heures, je me lève d’un seul coup. C’est “la minute héroïque” : j’offre ma journée à Dieu. Puis s’enchaînent prières, messe, lecture spirituelle, angélus, chapelet, examen de conscience avant de me coucher à 22 heures : ai-je consacré tout mon travail à Dieu ? Et les autres, se sont-elles bien comportées ? N’ai-je pas manqué l’occasion d’une “correction fraternelle” ? Car on doit se surveiller mutuellement. S’ajoutent la retraite spirituelle, une fois par an, et trois semaines d’enseignement de catéchisme intégriste. Un véritable lavage de cerveau.

«MAINTENANT QUE VOTRE FILLE ESTMAJEURE, SA FAMILLE, C’EST L’OPUS DEI»

En troisième année, le 18 novembre 1987, pour avoir la paix, je m’engage dans l’Opus Dei. Je ne travaillerai jamais dans un hôtel mais toujours pour l’organisation. Tant pis. A 17 ans, je suis déjà logée et nourrie. Mais on ne rémunérera jamais mon travail. Je toucherai aussi de l’Etat l’aide au logement qui ira également dans les caisses de l’Opus Dei. Juste après mon diplôme, on m’envoie un an en Angleterre dans le centre de l’Opus ; puis je suis placée à Paris où je commence à travailler. Là, je fais une dépression nerveuse. Je n’ai pas d’amis. De toute façon, je n’ai jamais eu d’amis véritables : si je rencontre des gens, je dois essayer de les ramener à l’Opus Dei. Sept personnes par an. Un vrai défi ! Mais leur château de Couvrelles et leur centre culturel parisien Garnelles sont à disposition des membres pour recevoir des invités autour d’attrayantes formations ou conférences. Raffarin, Bébéar, Drucker, des personnalités défilent en ignorant qu’ils sont à l’Opus Dei. Les étudiants amènent leurs copains de fac…

Moi, je n’ai plus de forces. Ils m’ont coupée de mes parents en décrétant : “Maintenant que votre fille est majeure, sa famille, c’est l’Opus Dei.” Quand je les vois, une fois par an, ils assistent impuissants à la dégradation de mon état. Ils appellent à l’aide Mgr Lustiger. Sans réponse. Je suis suivie par un médecin surnuméraire de l’Opus Dei qui m’a mise sous neuroleptiques et tranquillisants. Je deviens un fantôme. Ma vie se résume au travail et aux prières. Je me ressaisis. Mais quand je parle de mon désir de partir, on m’assomme chimiquement un peu plus. Je tente de me suicider. On m’hospitalise à Sainte-Anne en précisant aux soignants : “Si sa famille vient la voir, vous les mettez dehors.”

Le 13 janvier 2001, je passe mon week-end annuel chez mes parents. Je ne mange plus, ne me lave plus et je pèse 39 kilos. Par hasard, j’ai sur moi l’ordonnance du médecin de l’Opus Dei. Mes parents s’en saisissent et m’amènent chez leur généraliste qui connaît toute l’histoire. Il me confirme ce que je pressens : « Si tu ne restes pas ici pour reprendre du poids, dans trois jours, c’est la morgue. » Dans la foulée, ma mère menace l’Opus Dei d’une plainte pour non-assistance à personne en danger s’ils ne m’autorisent pas à me reposer. Ils sont forcés d’accepter. Ces quinze jours me sauvent. Aujourd’hui, je reste la seule à avoir osé leur intenter un procès… Je l’ai perdu mais, avec mon avocat, Me Bosselut, je fais appel pour la troisième fois. »Point final

Source : http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/Derives-sectaires-l-emprise-sur-nos-institutions-1-2-452885/

Il faut prendre au sérieux l’infiltration des mouvements sectaires dans la santé

Créé le 30-10-2012 à 15h50 – Mis à jour à 16h10

PARIS (Sipa) — Il faut que tous les acteurs de la santé, des médecins au ministère, puissent « prendre au sérieux » et « de manière urgente » l’infiltration de mouvements sectaires dans ce secteur, a expliqué mardi à Sipa Georges Fenech, l’ex-président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), avant son audition mardi par une commission d’enquête sénatoriale sur le sujet.

La situation n’est « pas marginale, pas folklorique ». Il est « presque déjà trop tard » tant tous les domaines de la santé sont infiltrés, a-t-il ajouté.

Le spécialiste déplore la « perte de confiance » dans le système de santé avec les affaires du sang contaminé, de l’hormone de croissance, du Mediator et des prothèses mammaires PIP, avec pour conséquence le fait que de plus en plus de patients se tournent vers des « charlatans ».

La semaine dernière lors de son audition par la commission d’enquête sénatoriale, l’actuel président de la Miviludes, Serge Blisko, a fourni un inventaire à la Prévert de quelques-unes des 400 pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique qui peuvent exister: méthodes de faux souvenirs, reiki (technique d’apposition des mains d’origine japonaise, NDLR), massages Tui Na, kinésiologie, respiranisme, instinctothérapie, tourisme néo-chamanique…

L’absence d’un cadre légal clair favorise cette prolifération qui peut s’accompagner dans certains cas de la vente d’appareils et de produits divers censés apporter bien-être et/ou guérison, a-t-il commenté.

Selon le président de la Miviludes, on dénombre aussi 1.800 structures d’enseignement ou de formation « à risques » dans le domaine de la santé.

Quant à l’infiltration du système de santé par les mouvements sectaires, elle peut s’exercer de plusieurs manières: par le biais de médecins déviants (environ 3.000 aux côtés de plusieurs dizaines de milliers de pseudo-thérapeutes autoproclamés), par l’introduction de méthodes à risque au sein de l’hôpital, par le biais de la formation des personnels paramédicaux et par des actions de lobbying ou de prosélytisme, a-t-il rapporté.

Parmi les préconisations qu’il a faites devant les sénateurs de la commission d’enquête, le président de la Miviludes a demandé le renforcement des moyens d’action du Groupe d’appui technique (GAT) sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutiques, placé auprès de la direction générale de la santé (DGS).

En trois ans, ce groupe a évalué moins d’une dizaine de pratiques sur les 400 existantes. A la demande de la Miviludes, le GAT va bientôt publier un avis présentant les dangers de la méthode de Biologie totale des êtres vivants (BTEV) mise au point par un médecin dont le nom n’est pas cité, mais qui est l’un des adeptes de la Nouvelle médecine germanique du Dr Ryke Geerd Hamer. La BTEV préconise de « reprogrammer le patient » pour le traitement des pathologies lourdes et la Nouvelle médecine germanique affirme par exemple que la culpabilité des fumeurs plus que l’ingestion de tabac est cause de cancer.

La commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé a été constituée à la demande du Rassemblement démocratique et social européen (RDSE). Elle doit rendre un rapport dans six mois, soit en avril. Elle est présidée par le sénateur UMP du Vaucluse Alain Milon et son rapporteur est Jacques Mézard, sénateur RDSE du Cantal.

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20121030.FAP2617/il-faut-prendre-au-serieux-l-infiltration-des-mouvements-sectaires-dans-la-sante.html

Georges Fenech suspecte les sectes d’être impliquées dans l’invalidation de son élection

 

POLITIQUE    18-10-2012 à 10:02

Georges Fenech - LyonMag

Georges Fenech – LyonMag

 

L’actuel député de la 11e circonscription du Rhône se livre dans le Dauphiné Libéré du jour.

Et Georges Fenech revient sur son élection invalidée de 2007 dans cette même circonscription : « Je ne dis pas que les sectes m’ont destitué, mais j’ai fait le constat d’un conflit d’intérêt lorsque mon dossier électoral est arrivé devant le conseil constitutionnel. Son rapporteur n’est autre que le conjoint de l’avocat des Scientologues et des Témoins de Jéhovah en France. Qui est aussi l’auteur de la préface du livre que sort tout juste Éric Roux, le responsable français de la Scientologie, sur l’inquisition en France ! »

Georges Fenech, alors président de la Miviludes, aurait payé cher son intransigeance : « la lutte contre les dérives sectaires, en effet, est loin d’être un long fleuve tranquille ».
En 2007, l’invalidation avait été prononcée par le conseil constitutionnel suite à un compte de campagne rejeté. Georges Fenech avait parlé à l’époque « de motifs de pure forme ayant trait à des achats de nourriture en grande surface par un bénévole et entièrement remboursés par le mandataire financier sur le compte de campagne ».

Source : http://www.lyonmag.com/article/45212/georges-fenech-suspecte-les-sectes-d-etre-impliquees-dans-l-invalidation-de-son-election