Manipulation mentale : comment les escrocs piègent leurs victimes

Un ancien chef d’entreprise de Charente-Maritime s’est trouvé sous l’emprise de son coach sportif. Un cas de manipulation mentale parmi d’autres, bien plus nombreux qu’on pourrait le penser

Thierry Tilly, jugé à Bordeaux dans le cadre du dossier des

Thierry Tilly, jugé à Bordeaux dans le cadre du dossier des « Reclus de Monflanquin », a été décrit comme un manipulateur hors pair (photo archives Fabien Cottereau )

« Un homme trahi par celui en qui il avait placé sa confiance, lequel l’a placé sous soumission mentale, avant d’obtenir de lui faveurs et argent ». La définition colle de près à l’affaire dite des « Reclus de Montflanquin« , récemment jugée devant la Cour d’appel de Bordeaux. Elle colle tout aussi bien à l’enfer personnel de Christian Radoux, ancien chef d’entreprise de Charente-Maritime, pris dans un engrenage relevant de la manipulation mentale.

Deux hommes auraient, selon son avocat, provoqué « une psychose chez leur victime », l’auraient poussée à la paranoïa  « selon un scénario établi à l’avance, pour lui soutirer de l’argent. » Un cas isolé ? Il n’en est rien, rappellent tant Anne Guibert, présidente du Centre contre les manipulations mentales(CCMM) de Paris, que l’avocat spécialisé Daniel Picotin. Lesquels balaient les idées reçues.

  • Les victimes sont des personnes vulnérables issues de milieux défavorisés

Faux, rappelle Daniel Picotin. « C’est même souvent le contraire. » L’avocat girondin, qui travaille depuis maintenant 20 ans sur la notion d’emprise mentale, ne cesse de recenser les cas de victimes issues de milieux favorisés. Universitaires, médecins, chefs d’entreprise… « Un ouvrage paru récemment, « Croire en l’incroyable« , donne des statistiques sur le milieu socio-professionnel des victimes. Nous sommes très souvent dans le cas de personnes éduquées et aisées. » Un constat que fait également Anne Guibert. « Regardez l’affaire de Monflanquin. Qui aurait cru qu’une famille aussi bien insérée pourrait se laisser embrigader ainsi ? Il y a très souvent, dans ce genre d’affaire un vécu familial, une faille dont s’empare le gourou ou l’escroc pour soumettre sa victime. »

  • Les cas signalés sont de plus en plus nombreux.

Vrai. Daniel Picotin et Anne Guibert font le même constat. Avec cependant un bémol. Les dossiers qui aboutissent sur leurs bureaux respectifs sont souvent consécutifs à la médiatisation de telle ou telle affaire. « Je suis avocat spécialisé, explique Daniel Picotin. Il est normal que je lise plus de dossiers que d’autres. La médiatisation d’affaires comme celle de Monflanquin ou du gourou Robert Lê Dinh, le gourou Tang, incite cependant les victimes à se manifester. » Même constat auprès du CCMM. « Pour le seul mois d’août, alors même que nous étions en équipe réduite, nous avons reçu 250 appels, précise Anne Guibert. Les gens sont encore sous le choc du très bon documentaire « Dans les yeux d’Olivier« , diffusé sur France 2 début août. Il faudra bien entendu faire le tri dans les dossiers. Mais un grand nombre de situations méritent notre attention. »

  • La manipulation mentale est l’apanage des sectes.

Faux. Il existe des manipulateurs de toute sorte. « Cela peut effectivement être un gourou, estime Anne Guibert. Mais tout aussi bien un prêtre, un membre de la famille, un escroc, un coach… Il y a des cas de soumission dans l’entreprise ou même dans le couple. » De nouvelles formes de manipulation mentales émergent. Notamment dans le cadre d’arnaques dites « à la Nigériane », comme les « love scam », qui voient des escrocs séduire des personnes vulnérables par internet avant de les mettre sous pression. « Tout cela procède d’une même logique. Celle d’une rencontre entre un manipulateur et un manipulé, lequel sera complètement soumis à l’autre. Sauf dans le cas des manipulateurs pervers, où la relation est celle de bourreau à victime. »

  • Les manipulateurs sont des personnes très charismatiques.

Vrai et faux. « Certaines personnes ont le charisme nécessaire pour embrigader leurs victimes sans utiliser de techniques particulières. Certains font appel à des techniques apprises par ailleurs. Dans le cas qui nous occupe, l’homme aujourd’hui mis en examen est coach. Une telle personne peut avoir eu une formation sur le comportement qui lui donnerait des bases pour manipuler sa victime. » L’avocat girondin ne manque pas d’exemple. « Certains travaillent la question à fond. Une des dernières affaires que j’ai eue à traiter concernait un faux thérapeute dans la région parisienne. Les policiers ont trouvé sur sa table de nuit un ouvrage sur les techniques de manipulation de la CIA… »

  • Les victimes sont toujours mises en confiance par le manipulateur

Vrai. « C’est la première étape, rappelle Anne Guibert. Ils savent vous mettre en confiance. L’homme mis en cause dans le dossier de Monsieur Radoux a su capter cette confiance. Il le considérait comme un ami. Il y a toujours ainsi une période de séduction préalable. Il y a ensuite une période de déstabilisation, de déconstruction de la victime. » L’avocat de Christian Radoux, Me Moulineau, évoque une « psychose » provoquée chez la victime, une paranoïa élaborée selon un scénario préétabli. « Le manipulateur fait en sorte que la victime pense comme lui », reprend Anne Guibert. Le gourou et/ou l’escroc obtient en général ce qu’il veut. « De l’argent mais pas seulement, précise Daniel Picotin. Cela peut être aussi du pouvoir ou des faveurs sexuelles. Cela peut être les trois à la fois… »(…)

Suite de l’article

CAMEROUN: QUAND LES SECTES RELIGIEUSES DAMENT LE PION AUX ÉGLISES TRADITIONNELLES.

Franc Macon:Camer.be

Peut-on penser qu’il s’agit de signe des temps que le chrétien doit accepter comme un défi ou une interpellation de sa foi ? En tout cas, les sectes religieuses dament le pion aux églises traditionnelles au Cameroun.Il suffit de se promener le dimanche et même le soir des jours de la semaine dans un quartier pour s’en rendre compte. On y trouve de nombreux adeptes dans les lieux de prières, églises, mouvements prophétiques, messianiques, syncrétiques de tous bords, au point qu’elles pullulent à travers la ville et la République pour tous les goûts : les angoissés sont séduits par les sectes millénaristes (adventistes) ; les assoiffés du merveilleux sont tentés par les sectes guérisseuses comme on les trouve dans divers mouvements de réveil charismatiques ; les adeptes de l’occultisme se tournent vers le spiritisme, l’astrologie, la magie et même le satanisme ; les rationalistes se tournent vers les sectes scientistes…

Remarquons en passant qu’une secte est l’ensemble des disciples qui suivent un même maître ou un groupement contractuel de volontaires partageant une même croyance et qui, en faisant cela, se séparent volontairement du milieu ambiant.

Pris dans ce sens, au Cameroun, le terme secte est utilisé pour désigner les groupements religieux. D’où, la tendance à s’appeler églises. D’aucuns se demandent pourquoi cet engouement vers les églises de réveil. Quelles raisons poussent certains à faire le choix d’une secte ? Que trouvent-ils donc dans une secte, qu’ils n’auraient pas rencontré en leur propre église ? Les causes sont multiples : la situation conflictuelle de la société moderne ; la frustration, l’impuissance totale et le désespoir ; la protestation contre la pénurie, la misère, la maladie qu’elle peut exorciser par une promesse de guérison, qu’elle transforme en créant une contre-église.

Les sectes se basant sur les prières intenses aboutissent parfois aux miracles instantanés des cas désespérés. Et cela suffit à susciter l’intervention d’un Dieu proche, vivant avec amour et pitié. Ces sectes aspirent à une religion qui fasse place à l’imagination et à la spontanéité. Il s’agit d’un Dieu proche des hommes, et capable de subvenir à tous les besoins de la vie : argent, voiture, mariage, fécondité, objets perdus, etc.

De tels miracles attirent des foules, en suscitant l’attirance vers le leader qui, par moment, pourrait s’attirer la gloire de Dieu, tout en étant son messager. Cette prolifération crée de plus en plus d’appelés qu’il mérite une attention particulière de l’autorité. Car certaines sectes semblent être trompeuses. Et partant, dangereuses pour la moralité publique.
En définitive, la prolifération des sectes religieuses apparaît comme un signe des temps qui invite les hommes de volonté et les chrétiens surtout à se convertir à leur propre foi, avec lucidité et fermeté.

© Camer.be : Y.T

Le pape Benoît XVI, « Dieu est amour » : maître à penser ou escroc ?

Par Yves Ferroul | 26 juin 2012 

L’encyclique de Benoît XVI « Dieu est amour« , publiée le 25 janvier 2006,  réfléchit sur le sens de l’amour pour un catholique, ainsi que sur la façon dont l’Église catholique prend en charge la charité.

Pour ce qui est de la charité, le texte présente positivement l’institutionnalisation de l’aide aux démunis, et en fait une caractéristique chrétienne apparue dès les tout débuts de la formation du groupe.

Jésus gigolo, le fondement de la charité chrétienne ?

Cette présentation est quelque peu idéalisante : Jésus est entouré d’un groupe de marginaux, ayant quitté leur vie sociale et professionnelle comme lui, et vivant aux crochets de quelques femmes riches.

À la mort de Jésus, ce groupe garde les mêmes règles de fonctionnement et même les pérennise : pour faire partie du groupe, il faut donner tous ses biens, seule possibilité pour que puissent vivre tous les inactifs sans ressources du groupe, très majoritaires. Ce qui explique la diffusion d’histoires qui en font un impératif, comme celle du jeune homme riche (Matthieu, 19, 16-22), ou comme celle d’Ananias et Saphira (Actes 5,1-1) : ces époux meurent pour n’avoir pas donné à la communauté la somme correspondant à la totalité de la vente de leurs biens, et ils sont condamnés à mort pour ce « méfait » notamment par Pierre. Quelle preuve de charité ! (Et quelle preuve d’amour de Dieu : dans cette anecdote, Dieu se montre vraiment charité !)

Un tel comportement (ne plus exercer de profession, et vivre de la charité publique) ne peut se comprendre que par la conviction que les temps sont révolus, que la fin du monde et le retour du Christ sont proches. Sinon il est un non-sens (et aujourd’hui aucune autorité de l’Église catholique ne le prône). Il a donc fallu, les années passant, la fin du monde ne survenant pas, et la nécessité de travailler pour vivre reprenant le dessus, adapter cette règle de vie qui s’est transformée en assistance aux plus démunis du groupe, puis de la société dans son ensemble, et les membres du groupe qui possédaient des biens n’ont plus été soumis à l’obligation de les vendre.

Le processus est réel, mais donc pas aussi angélique que le veut la présentation papale.

Cependant c’est essentiellement la première partie de l’encyclique qui pose des problèmes, dans sa façon de présenter l’amour humain : si un catholique veut réfléchir sur l’amour de charité envers le prochain, il aura dans ce texte de nombreux éléments pour l’aider ; mais s’il veut réfléchir sur l’amour sexué envers son conjoint, il ne trouvera que raisonnements truqués, falsifications et références manipulées.

Retenons quelques exemples de la façon de raisonner du pape : … La suite ici

Reproduit avec l’aimable autorisation de Gaëlle Marie Zimmerman, Webmaster su site http://www.acontrario.net

L’emprise et la manipulation mentale : un fléau social mal connu

Publiée le 19/12/2012 |
Photo de la Vérité

Le procès dit « des reclus de Monflanquin » ou l’Affaire « Thierry TILLY » met en lumière la la notion d’emprise mentale et pose la question de son traitement.
Le procès qui s’est tenu à Bordeaux devant le Tribunal Correctionnel du 24 septembre au 5 octobre 2012 dit « des reclus de Monflanquin » mettant en cause le prédateur Thierry Pascal TILLY et son prétendu mentor Jacques GONZALES a mis un coup de projecteur sur les notions d’emprise et de manipulation mentale.Les médias nationaux et internationaux ont relayé cette affaire particulièrement symbolique puisqu’elle concernait la famille de Charles-Henry de Védrines, 11 notables aristocrates Lot-et-Garonnais et Garonnais, membres d’une même famille, âgés de 16 ans à 89 ans.
Ils se sont enfermés en 2001 dans le château de Monflanquin en Lot-et-Garonne après avoir coupés progressivement leurs relations avec tout leur environnement.

Cette rupture sociale a concerné la vie familiale, amicale, professionnelle, arrêtant leur travail ou leurs études, ne payant plus leurs impôts, prétendant être tous plus ou moins atteints par un complot maçonnique international !
Finalement, rien n’aura pu être véritablement fait pendant des années pour que ces 11 personnes  puissent être soustraites à l‘influence néfaste d’un manipulateur qui les aura purement et simplement ruinées économiquement, familialement et professionnellement.
Cette affaire emblématique a fait couler de l’encre mais elle ne constitue pour moi qu’un procès parmi les 5 que j’aurais plaidés en 2012 défendant des personnes qui se sont trouvées à un moment de leur vie sous emprise mentale.

En fait, dans ces dossiers, il convient de faire un constat simple et récurrent : lorsque l’un de leur proche est placé sous emprise mentale, changeant du jour au lendemain son mode de vie et coupant les liens avec tous, au risque de se mettre en danger, les familles sont en fait impuissantes !
En effet, si une plainte est portée, elle sera déclarée irrecevable et se terminera par un classement sans suite au prétexte qu’une « personne majeure est libre de faire ce qu’elle veut » en raison de la liberté de son consentement.

A ce stade, il convient de comprendre que le législateur, la justice et le monde juridique ignorent la réalité du mécanisme de l’emprise mentale.
Cette dernière est basée cliniquement sur une triple technique : cognitive, affective et comportementale, ceci à des fins perverses de conditionnement, de contraintes morales, psychologiques, physiques, d’exigences sexuelles et d’escroqueries.

Le plus fréquemment, ce mécanisme se développe en 3 temps :
·         Séduction
·         Dépersonnalisation
·         Reconstruction d’une nouvelle identité automatisée ;

Les victimes donnent d’autant plus le change qu’elles peuvent donner une apparence de normalité notamment dans la vie professionnelle.
L’examen de multiples dossiers de ce type a permis au collectif SFRAEM (Société Française de Recherche et d’Analyses sur l’Emprise Mentale) d’estimer qu’il y avait un système d’accrochage dans la relation gourous / adeptes formant un genre de « couple ».
Cette relation de domination / soumission est toujours à l’initiative du leader qui, en fondant sa doctrine, nourrie de sa propre problématique psychique, de ses troubles psychologiques voire psychiatriques, de son histoire familiale, de ses fantasmes, va induire un lien pathologique avec le sujet qu’il souhaite capter, puis capturer.

L’emprise mentale agit comme une  véritable captation, un détournement de  « l’attention », comme en magie et il s’agit de viser le « point aveugle » du sujet, c’est-à-dire cette partie de soi que le sujet ne peut pas voir ou toucher au risque de se fragiliser.

Il s’agit de cette part de soi résolument inanalysable et inaccessible; une psychanalyste du groupe que j’ai formé considère que cette notion serait comparable à la tâche de MARIOTTE (ophtalmologie) qui est un point de l’œil qui ne reçoit pas la lumière.

Une fois que le manipulateur a ouvert cette porte secrète, il referme la prison mentale sur le sujet.
C’est la raison pour laquelle le grand public s’étonne de voir des victimes susceptibles d’appartenir à tous les niveaux de la société quelques que soient leur fortune, culture ou niveau d’études.

Une fois placé sous emprise mentale, il n’y a guère de limites à ce que peut donner la victime qui devient la marionnette de son manipulateur.
Des critères objectivant l’emprise mentale ont pu être déterminés par un certain nombre d’experts, tel que le Professeur de psychiatrie Jean-Pierre PARQUET, de l’Université de LILLE.
Le drame est que le placement sous emprise par le manipulateur pouvant agir en véritable gourou et gérant l’intégralité de la vie du sujet peut durer durant des dizaines d’années…

Dans le cas de l’affaire LE DINH, alias TANG, présenté comme le troisième messie et qui « œuvrait » prés d’Agen avant de partir en Ariège, certains de ses adeptes, à l’instar des époux LORENZATO (Isabelle est greffière à la Cour d’Appel et  Dominique douanier) sont restés 22 ans et 7 mois !
Sortir de l’emprise mentale se fait par un « déclic » qui se produit soit parce que le gourou sature psychologiquement son sujet et qu’il y a une « goutte d’eau qui fait déborder le vase » soit peut être provoquée par des « encoches psychologiques » effectuées par des psy spécialisés dans le cadre de ce que les américains appellent l’Exit Counseling (conseil en sortie d’emprise mentale).

C’est exactement la méthode que j’ai utilisée dans l’affaire des reclus de Monflanquin en 2009 lorsque 8 membres de la famille DE VEDRINES continuaient à être enfermés dans leur prison mentale et ce malgré l’arrestation de leur mentor TILLY placé en détention à la maison d’arrêt de Gradignan.

Pour l’instant, la loi n’a pas stigmatisé la manipulation mentale mais il existe néanmoins les dispositions de la loi ABOUT-PICARD en matière d’abus de faiblesse qui permet de punir de 3 ans d’emprisonnement celui qui place une personne en état de sujétion psychologique (pour ne pas dire emprise) résultant de l’exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement (pour ne pas parler de manipulation) afin de conduire cette personne à un acte ou une abstention qui lui soit vraiment préjudiciable.

Dans le cas du dossier TANG, il s’agissait d’argent, de pouvoir sur l’autre et d’affaire sexuelle mais il peut ne s’agir que de patrimoine à l’instar du dossier de la famille DE VEDRINES à Monflanquin qui s’est vue extorquer sur une dizaine d’année 5 millions d’euros …
Comme l’a écrit le Docteur Marie-France HIRIGOYEN dans son récent ouvrage « Abus de faiblesse et autres manipulateurs », jamais la société contemporaine n’aura été aussi facilitatrice qu’aujourd’hui pour ce véritable fléau social : à la perte des repères, politiques, religieux, familiaux et sociaux, s’ajoute le monde virtuel d’Internet, où tout est possible avec l’absence de vérification des sources et le développement de la théorie du complot « à toutes les sauces ».

Il ne faut surtout pas croire que ce type de désastre ne concerne que les autres ; comme le cancer ou l’accident de la route, il peut tomber, lorsque les circonstances s’y prêtent, sur un proche ou un membre de la famille entrainant des dégâts considérables.
Luttant, depuis des années, sur le plan professionnel, sur ce type de problématiques, mais également dans le cadre de l’association nationale du Centre Contre les Manipulations Mentales* qui dispose d’une antenne régionale Infos Sectes Aquitaine**, je milite pour qu’une législation plus efficace permette de défendre les familles.

Je souhaite que lorsqu’un membre est touché, il puisse bénéficier d’une mesure du Juge des Majeurs Protégés pour garantir ses biens, qu’il soit possible de revenir sur les ventes extorquées de patrimoine en considérant l’emprise mentale comme un vice de consentement et qu’enfin, la manipulation mentale préjudiciable constitue un délit ou un crime à part entière.

La société méconnait ce phénomène qui apparait régulièrement dans la presse, lors de drames mettant en cause tel gourelle ou gourou ayant amené leur victimes parfois jusqu’à la ruine ou au suicide.

Puissent le législateur et l’Etat français prendre les mesures nécessaires pour nous en préserver.

Source : http://www.maveritesur.com/daniel-picotin/l-emprise-et-la-manipulation-mentale-un-fleau-social-mal-connu/321

Recherches: autour du 21 décembre 2012 – regards sur la «fin du monde» dans les sociétés contemporaines


Géraldine Casutt
18 Dec 2012

La médiatisation des théories autour d’événements apocalyptiques ou transformateurs en décembre 2012 donne lieu à de nombreuses spéculations ou inquiétudes. De jeunes chercheurs s’intéressent à différentes facettes de ce phénomène: Géraldine Casutt est allée les écouter et résume leurs observations.

© Neosiam | Dreamstime.com

À l’initiative de trois doctorants du GSRL (Groupe Sociétés, Religions, Laïcités), Mathieu Gervais, Ludovic Bertina et Morvarid Ayaz, s’est déroulée le 10 décembre à Paris une journée d’étude sur la fin du monde, présidée par Jean-Paul Willaime et Sébastien Fath. Cette journée a donné la parole à de jeunes chercheurs pour présenter leurs enquêtes. Quelques interventions étaient directement reliées au 21 décembre ou apportaient un éclairage sur ce thème: ce sont celles que nous retiendrons dans ce compte rendu.

Remarquons au passage comment le 21 décembre 2012 est devenu un prétexte pour parler de thématiques pour parler de thématiques variées, ainsi que nous le montrent les nombreux articles ou émissions des médias à ce sujet. Car l’essence du phénomène 2012 est bel et bien un prétexte, fondé sur la fin d’un calendrier maya où l’on a cru voir la fin du monde. La mobilisation d’agents mythiques aussi efficaces que les Mayas pour proposer un terme au monde tel qu’on le connaît a été le point de départ d’autres spéculations, intégrant le 21 décembre dans des discours préexistants. Ainsi, les milieux de la religiosité parallèle voient volontiers le 21 décembre comme une étape sur le chemin de la régénération déjà entamée, en faisant poindre à l’horizon un Nouvel ge, dont l’avènement sera d’une grande force spirituelle, mais jalonnée éventuellement de catastrophes. Les conspirationnistes trouvent également dans l’annonce d’événements en décembre de nouvelles impulsions pour une théorie du complot, dans un registre notamment scientifique. Avant tout, peut-être, ce phénomène exprime le besoin de réenchantement d’un monde qui ne répond pas toujours aux espérances.

Le 21 décembre dans une ville mexicaine

Travaillant sur une thèse en anthropologie, Mélissa Elbez (EHESS-IRIS) s’interroge sur l’influence de l’histoire personnelle des habitants de Tulum sur leur conception de l’Histoire. Dans son intervention – L’attente du 21 décembre 2012 comme révélatrice de tensions et de convergences globales: Exemple de Tulum (site archéologique maya) au Mexique – Elbez précise tout d’abord les particularités de Tulum, une ville sur la côte caraïbe mexicaine, connue pour ses belles plages, mais également son offre écotouristique (voire écoagressive si l’on en croit Elbez).

La communauté locale de Tulum est plutôt hétérogène, se composant de Mexicains comme d’étrangers, et elle connaît également une grande variété religieuse, des Témoins de Jéhovah aux adventistes du septième jour en passant par des spiritualités parallèles inspirées du New Age; les horizons socio-économiques sont tout aussi variés. Le «penser global» est ainsi constitutif de la réalité de Tulum.

D’après Elbez, cette variété s’exemplifie également dans la façon d’appréhender la fin du fameux calendrier maya, allant même jusqu’à supposer une «guerre des calendriers». Car le 21 décembre a une date rivale: le 12 décembre 2012! Cette date a une importance considérable pour les habitants de Tulum, tandis que le 21 – selon Miguel, un de ses informateurs sur le terrain – serait plutôt médiatique. Le 12 décembre est en effet une date de pèlerinage importante pour les courantsmexicanistes, qui prônent la supériorité raciale des Aztèques sur les Mayas, les Aztèques ayant alors le pouvoir de libérer l’énergie cosmique universelle: d’après Miguel, fervent mexicaniste, le calendrier aztèque continuerait lorsque celui des Mayas cesserait – un argument de plus pour prouver ainsi leur supériorité.

Mais le 21 décembre est également invoqué, dans une perspective «progressiste», pour signifier la sortie du capitalisme – ce qui n’est pas sans rappeler la volonté bolivienne d’en finir avec le Coca-Cola à cette date-là – dans la lignée de ce que prônait José Argüelles (1939-2011), selon Elbez. Cet historien de l’art et figure du New Age, qui a joué un rôle majeur au départ de la diffusion du thème de 2012, était en effet persuadé que notre calendrier de douze mois n’était pas en harmonie avec le cosmos: il a alors initié le mouvement des treize lunes. Pour ses adeptes, célébrer la date du 21 décembre serait respecter le cosmos et ouvrir la voie à une nouvelle fréquence vibratoire.

Pour d’autres informateurs d’Elbez, le 21 décembre ne serait rien d’autre que le solstice d’hiver: préférant se rapporter au calendrier des Mayas du Guatémala (les théories d’Argüelles se fondant elles sur celui des Mayas du Yucatan), Augustin considère que le savoir maya guatémaltèque aurait été mieux préservé car il aurait été moins contaminé par le colonialisme. Il considère lui-même le 12 décembre comme le nouvel an maya. Dans ces perspectives, l’influence des Occidentaux sur le calendrier serait responsable des interprétations erronées de cette date du 21 décembre. Mais qui détient le vrai savoir sur les Mayas?

Les habitants de Tulum s’accordent à reconnaître le rôle déterminant d’un certain ancêtre, mais n’arrivent pas à se mettre d’accord sur lequel. On trouve alors une opposition fréquente entre «mexicaniste» et «maya galactique», ce dernier terme se référant au vocabulaire d’Argüelles qui voyait les Mayas comme étant des extraterrestres venus des Pléiades avec une connaissance supérieure à prodiguer aux êtres humains. D’après Elbez, cette conception d’une évolution inversée avec la notion du «Maya galactique» postule ainsi une certaine supériorité du passé, provoquant ainsi un désir de retour – opéré par télépathie, par certains rituels, etc. – vers ce passé porteur d’un message universel pour l’humanité.

Mais le calendrier maya est aussi un outil de luttes sociales et politiques, sujet à de nombreuses interprétations. Pour Sofia, une autre interlocutrice d’Elbez, une catastrophe naturelle qui provoquerait une perte de vies humaines pourrait faire changer le monde, qui aurait ainsi subi une punition: la décadence serait suivie par une régénération. On trouve également une notion d’élection par rapport à la fin du calendrier maya: les «Mayas galactiques» pourraient revenir le 21 décembre chercher des humains dont l’évolution spirituelle serait importante.

Elbez a même découvert une version locale évangélique de ce ravissement, certains de ses interlocuteurs pensant que le retour du Christ est prévu pour le 21 décembre. Mais d’autres espèrent la fin du capitalisme et la chute des États-Unis à cette date-là, ce qui pourrait servir à exprimer des rivalités sociales. Les Mayas auraient en effet mentionné plusieurs signes annonciateurs d’un déclin: parmi ces prédictions, la phrase sybilline «la ville n’aura plus d’eau» s’est trouvée appliquée à Mexico, qui doit acheter son eau hors de ses murs; les Mayas auraient aussi prédit la mort du Pape en 2005, le fait que les États-Unis connaissent une crise, mais aussi que «la monnaie disparaîtrait»… c’est-à-dire la fin du capitalisme!

La temporalité linéaire des Occidentaux est fortement remise en question, dans des relents anticolonialistes: en mettant en avant la supériorité d’un temps cyclique, les habitants de Tulum proposent in fine un retour à une sagesse primitive dans un passé qui s’oppose à la modernité incarnée par des puissances occidentales.

Willaime souligne que cette critique de la modernité représente la nécessité ressentie d’un changement radical. Il relève également l’importance de ces querelles de légitimité autour de la date de la fin du monde, mais aussi comment ce thème peut être repris dans différents courants religieux et spirituels en servant différentes causes, allant du retour du Christ à la chute du capitalisme.

Le 21 décembre du côté de Bugarach

De Tulum, rendons-nous maintenant dans le désormais célèbre village de Bugarach. C’est Clotilde de Ravignan (EHESS-LIST-UTM)qui s’intéresse aux discours tenus sur Bugarach dans son exposé, Du Bugarach on en parle, mais qui en dit quoi et comment?: elle se propose surtout d’étudier ce que les gens du lieu disent, et moins ce qui est dit de Bugarach à l’extérieur.

La région de Bugarach a un habitus de l’inexplicable, avec la proximité de Rennes-le-Château: entre les trésors cachés, l’abbé Saunières et sa fortune colossale (mais qui serait pourtant mort misérablement), sa couleur ésotérique si fréquente dans l’Aude avec un arrière-fond cathare, et les OVNIS qui auraient fait leur apparition sur ce lieu après la guerre, la région attire les chercheurs de trésors en tout genre. Situé entre Carcassonne, Narbonne et Toulouse, le Pech de Bugarach devrait également sa renommée à une particularité géologique qui contribuerait à l’inexplicable: toutes les couches inférieures se seraient retrouvées au sommet du Bugarach, faisant ainsi du Pech une «montagne renversée» d’après Ravignan.

Bugarach est une zone très pauvre du sud des Corbières, mais, dès les années 1960-70, elle connaît un afflux touristique important inspiré notamment par la représentation de la terre cathare en tant que lieu de résistance, mais aussi d’amour et de la conscience d’être «dans le vrai». Les ingrédients semblent donc être réunis pour attirer du monde… Dans les années 1980, le mythe du trésor se déplace de Rennes-le-Château vers Bugarach: on cherche alors le trésor en soi, et plus à l’extérieur, quand bien même la région regorgerait de trésors incroyables cachés – notamment celui des Atlantes, des esséniens, mais aussi le tombeau du Christ. À Bugarach, on retrouve d’après Ravignan ce dont parlait Hervieu-Léger: l’importance du besoin pour l’individu d’expérimenter les choses pour les connaître, la connaissance étant ainsi fondée sur l’expérience. C’est ainsi que certaines personnes cherchent à déceler une sagesse cachée dans les formes anthropomorphiques des rochers du Pech, à l’aide des nombreux stages proposés.

Clotilde de Ravignan a conduit 10 entretiens à Bugarach et alentours, tout en s’appuyant sur de nombreux ouvrages de référence, dont le travail de Thomas Gottin sur Bugarach (Le Phénomène Bugarach: un mythe émergent, 2011), un livre de Jean d’Argoun (qui dit transmettre «Le message d’Issâha»), qui a joué un rôle important dans la genèse de spéculations sur Bugarach, mais aussi le récit de Genny Rivière, qui s’est sentie appelée par cet endroit particulier. Rivière, lassée par le phénomène Bugarach, n’a pas souhaité répondre aux questions de la chercheuse: elle a ouvert un centre de médecine chinoise et propose de nombreux stages à la découverte du Bugarach, répondant ainsi au besoin d’expérimentation de «quelque chose», devenu caractéristique d’une démarche spirituelle parallèle qui s’épanouit à Bugarach.

Bugarach est une bourgade d’environ 200 âmes. Les autochtones, souvent des personnes âgées, sont en minorité par rapport à la population néo-rurale qui s’est intégrée au lieu. Les autochtones ont apparemment un a priori bienveillant par rapport à la recherche spirituelle que suscite leur région: ils relient l’intérêt pour le 21 décembre à des aspirations hippies et New Age, voyant ainsi Bugarach comme «un petit théâtre» animé par ces venues un peu déroutantes, mais qui promettent aussi des retombées économiques puisqu’«on parle de nous».

Cependant, Ravignan observe un certain mécontentement de la part de ces autochtones, notamment en raison de conséquences pratiques de cet événement telles que le blocage de l’accès au site et la surveillance élevée dont il fait l’objet, mais aussi l’afflux d’autocars. Ils restent pourtant stoïques face à cet événement, si l’on en croit un jardinier interrogé par des journalistes: à la question de savoir s’il attendait la fin du monde, il répond qu’il ne sèmerait pas ses graines s’il y croyait…

Le maire, quant à lui, n’a pas d’intérêt particulier pour la spiritualité. Il relève qu’il a reçu toutes les télévisions du monde à Bugarach, sauf celles d’Afrique et d’Inde. S’il compte 20.000 visiteurs en 2010 (un chiffre en constante augmentation à l’approche du 21 décembre 2012), le maire parle à Ravignan du ménage à faire sur le Pech, où l’on trouve des vierges noires, des drapeaux de prières, mais aussi des graffitis sur les pierres – des objets qui pourraient, d’après lui, avoir leur place dans un musée spécial…

Si l’on pense à la fin d’un monde à Bugarach, c’est surtout une fin qui doit passer par une régénération individuelle à travers un important travail sur soi, réalisé dans le cadre de thérapies dites «parallèles», permettant par exemple de renouer avec ses vies antérieures, mais aussi de rituels catholiques – quand bien même le prêtre local prendrait ses distances…

Willaime relève cette culture fascinante de l’inexplicable, et s’étonne aussi d’une certaine inversion des représentations classiques, les autochtones de Bugarach semblant être plus rationnels que les personnes «raisonnables» et éclairées de la ville, qui passent pour des êtres plus «facilement» impressionnables et capables de tout croire…

La société face aux apocalypses

La deuxième session du jour – Eschatologie, investissement et retrait du monde – a prêté attention aux conséquences des représentations de la fin du monde, pouvant entraîner des réactions allant d’un retrait du monde à un grand activisme. Mais «demain n’apparaîtra peut-être jamais», ce qui donne l’occasion à Willaime de s’interroger sur la représentation de la fin du monde: est-elle brusque et soudaine, ou projetée à l’horizon afin de préparer l’avènement? Plusieurs postures peuvent être observées: une approche catastrophiste/déclinologue, une attitude plutôt piétiste revendiquant une démarche intérieure, ou encore une posture activiste.

La troisième session évoquait Les enjeux politiques de la fin du monde. Avec son intervention sur les chrétiens sionistes, Katia Lucas (Bordeaux 3-Climas) ne pouvait évidemment traiter de 2012, qui n’a pas de signification pour ces croyants, si ce n’est qu’elle leur rappelle que la fin du monde présent est proche.

Dans une France prompte à s’inquiéter des «dérives sectaires», la communication de Carlotta Gracci (EPHE-GSRL, LabTop) touchait en revanche aussi à la question du 21 décembre telle que l’envisagent les pouvoirs publics de ce pays.

Gracci s’est intéressée à l’approche «répressive», à travers les figures du psychiatreet criminologue Jean-Marie Abgrall et et du magistrat et homme politique Georges Fenech (ancien président de la MIVILUDES, Mission de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires): cette posture consiste avant tout à décrédibiliser les mouvements apocalyptiques. Gracci expose les stratégies suivantes:

1) Décrire le gourou sous une ou plusieurs figures, telles que le raté, le fou, l’escroc et le dictateur.
2) Présenter toute secte comme étant le fruit d’un délire: en insistant par exemple sur le fait que 2012 n’est finalement que la 183e fin du monde annoncée.
3) Utiliser l’exemple de l’Ordre du Temple Solaire comme paradigme de la secte apocalyptique, comme le fait par exemple le maire de Bugarach (à noter que dans une interview donnée à M6 pour Enquête exclusive en décembre 2011, le maire parle plutôt du Temple du Soleil, cher à Tintin).
4) Parler des projets sectaires et apocalyptiques comme des prétextes à l’escroquerie pécuniaire, en présentant par exemple le coût d’une séance de méditation.
5) Souligner les conflits internes, les schismes, les crises à l’intérieur de la secte.
6) Réinjecter du ridicule au quotidien vécu dans les sectes, en prenant l’exemple de films hollywoodiens qui ont été choisis comme support d’étude par certains groupes.
7) Se référer à la rationalité des sciences en citant par exemple la NASA, mais également des chercheurs en sciences sociales.

Le 21 décembre et les théories du complot

La quatrième, session, portant sur le discours eschatologique et les théories de la conspiration, s’ouvrait par une contribution de David Bisson (Rennes 1 – IDPSP):Les théories du complot: une conception sécularisée de la fin du monde. Quelques observations générales sur ces théories sont nécessaires pour examiner leur rôle dans le contexte des attentes autour du 21 décembre.

Selon l’analyse de Pierre-André Taguieff, dans la vision complotiste, tous les processus dépendent d’une cause cachée, qui serait la clé universelle de l’Histoire; il vise moins le pouvoir que le dévoilement de la réalité. Et l’apocalypse n’est-elle pas une révélation? La théorie du complot est une apocalypse profane d’après Bisson: elle propose une lecture sécularisée de la providence. Son ressort principal, c’est le sentiment de l’individu de la perte d’un monde, qui se cristallise dans une réaction de colère contre ce monde, et qui va déterminer l’ampleur apocalyptique. La théorie du complot se nourrit de la modernité, notamment de la sécularisation: elle profite de la perte d’influence religieuse pour nourrir les croyances, en instrumentalisant le sacré pour produire une religion laïque. La théorie du complot est dans un recommencement perpétuel de la fin du monde, parce qu’elle a «le pire des mondes» comme réalité. Elle s’emploie à trouver un ennemi à la hauteur de son désarroi.

Bisson distingue trois éléments structurants d’une religiosité apocalyptique:

1) La partition du monde en bien et mal / pur et impur: elle est immanentisée et sécularisée dans le cas de la théorie du complot, ce n’est pas une réalité métaphysique. Cette partition est entretenue par la logique du soupçon envers les sociétés secrètes (qui sont le modèle de la contre-église) qui viseraient à la domination du monde.

2) Aller à la racine du mal, lequel doit faire l’objet d’une lutte incessante: la motivation est alors politique. Le périmètre n’est pas délimité précisément et la liste est modulable, allant des francs-maçons aux juifs. Ce mal fait souvent l’objet d’une iconographie suggestive, d’une démonologie contemporaine souvent illustrée avec des images animales (p.ex. «la pieuvre du grand capital»), et il est généralement représenté comme étant «dans l’ombre» ou encore dans des lieux souterrains (des grottes, des caves, etc.).

3) Un certain répertoire d’action qui se divise entre les fidèles et les hérétiques, une minorité connaissante contre la masse inculte. Cette minorité fera l’objet de persécutions, mais elle devra témoigner sans relâche et continuer à mener une guerre occulte. Le complotiste vit déjà dans la fin du monde dont il est le témoin privilégié…

Pour le conspirationniste, l’Histoire est transparente, mais en même temps opaque. Il a une lecture négative de l’Histoire où il rejette les versions historiques officielles: dans le fond, les vainqueurs écrivent toujours l’Histoire… et le 11 septembre, n’était-ce pas un attentat trop parfait pour avoir été commis par des «seuls» islamistes?

S’il y a une vraie fascination rationnelle pour la fin du monde, on peut observer que dans le phénomène 2012, les théories du complot semblent laisser de côté les juifs et les francs-maçons au profit des experts scientifiques. Payés par l’État pour nous mentir, ces derniers cacheraient la vérité au sujet de la fin du monde le 21 décembre que certains amateurs aux prétentions scientifiques – tels que Patrick Geryl – se proposent de déjouer en révélant ce qui va vraiment se passer, à l’image du personnage de Charly dans le film 2012 de Roland Emmerich.

Continuant dans la perspective complotiste, Cecilia Calheiros (EHESS – CEIFR) se penche sur le logiciel Web Bot: L’eschatologie au service de la contre-culture politique: prédictions apocalyptiques et logiciel d’anticipation, le cas du projet Web Bot.

Le projet Web Bot a pour ambition de prévoir le futur. Il a été initialement créé pour prévoir les cours de la bourse, mais il aurait également prévu en 2003 la fin du monde pour 2012. Après 2001 déjà, on dit que le logiciel a prédit les attentats – post eventum: de «prévisionnel», WebBot devient «prédictif». Ce logiciel fonctionne d’après un système de statistique textuelle à partir des données sur le Net: son but est de trouver une conscience collective «en résonance» sur la Toile; puisque les individus y sont interconnectés, leur langage devient une conscience globale. La foule est donc porteuse de vérité et le message doit être décrypté: c’est la mission du Web Bot – créé par Clif High et Georg Ure. La perte d’influence des instances de savoir «légitimes» contribue à son succès.

Web-communauté, le Web Bot confirmerait les signes annonciateurs de la fin des temps, notamment avec les messages laissés sur les forums tels que «il y a trop de prophéties différentes pour qu’il ne se passe rien», mais aussi l’argument scientifique que l’on prête au Web Bot qui est mis en avant: «la science valide l’existence de l’inconscient collectif». La prédiction de 2003 du Web Bot pour 2012 était: «alignement des planètes» et «énergie inconnue». Ces théories convergeant vers les autres – comme les Mayas – cela confère un certain caractère scientifisant aux théories du Web Bot. Ce logiciel est également très familier avec les théories du complot: des reptiliens au Illuminati, il y a des instances qui empêchent l’éveil des humains et qui confirment l’idée que rien n’arrive par accident, et que rien n’est tel qu’il paraît être…

Le retour de la fin du monde

Sébastien Fath relève combien il est intéressant de voir comment la culture de la marge peut remettre en cause la dominante, ainsi que nous l’observons dans le phénomène 2012. Dans ses conclusions de la journée, Fath a rappelé deux clichés courants sur la fin du monde:

1) La fin du monde comme une apocalypse, c’est-à-dire le lien entre fin du monde et rhétorique chrétienne. Dans les théories qui circulent autour du 21 décembre, on constate que la fin du monde se déchristianise et se démonothéise. On observe un double mouvement: la sécularisation de la thématique, mais aussi un mouvement de pluralisation, illustré dans la popularité protéiforme de la prédiction maya.

2) La fin du monde en tant que spirale dépressive, en référence à une mauvaise nouvelle qui s’illustre dans une sorte de paralysie sociale, à l’image du prophète dans l’Etoile mystérieuse des aventures de Tintin. Mais les sciences sociales décapent les représentations spontanées! Pour 2012, il n’y a pas de logique d’attente passive, mais une vraie logique d’intensité. Fath relève les effets communautaires de ces prévisions, et comment les tensions dialectiques sont utilisées pour mieux mobiliser, notamment dans le fait d’avoir la conviction de jouer un rôle privilégié dans des temps cruciaux.

Sommes-nous en fait surpris de cette remobilisation communautaire qu’on n’attendait plus? On assiste dans ce phénomène à une volonté bricolée en différents réseaux , qui cherche à donner du sens à une réalité décevante, traduisant surtout une volonté de réinitialisation.

Nous pouvons ainsi conclure en disant que, dans une réécriture sécularisante, le 21 décembre 2012 propose une fin du monde à l’image du 21e siècle, alliant un besoin de rupture avec celui du réenchantement.

Géraldine Casutt

Géraldine Casutt est assistante diplômée à l’Université de Fribourg (Suisse). Intéressée par les milieux ésotériques, elle a écrit sa thèse de Master en été 2012 : «Du Facteur Maya au prétexte maya: quand la fin d’un monde est annoncée pour le 21 décembre 2012».

Source : http://religion.info/french/articles/article_591.shtml#.UNLYrm-qnCc

Liste des fins du monde depuis le XIXe siècle


L’historien Luc Mary a répertorié 183 fins du monde depuis la chute de l’Empire Romain (peur de l’an mille, prédictions millénaristes)1. Liste des prédictions les plus notoires depuis le milieu du xixe siècle

Date annoncée de fin du monde Événements prophétisés Lieu d’où la prophétie est donnée Nom du prophète/mouvement religieux Source
21 mars 1843 et 23 mars 1844 Fin du monde États-Unis William Miller, Adventiste 2
1874 Fin du monde États-Unis Charles Taze Russell, Étudiants de la Bible 3
1878 Fin du monde États-Unis Charles Taze Russell, Étudiants de la Bible 3
1881 Enlèvement des saints au ciel États-Unis Charles Taze Russell, Étudiants de la Bible 4
1890 Retour du Christ États-Unis Joseph Smith 5
1914 Destruction complète des gouvernements et des religions États-Unis Charles Taze Russell, Étudiants de la Bible 6,7
1918 Destruction des religions États-Unis Joseph Franklin Rutherford, Étudiants de la Bible 8
1920 Anarchie générale États-Unis Joseph Franklin Rutherford, Étudiants de la Bible 9
1925 Résurrection de personnages bibliques États-Unis Joseph Franklin Rutherford, Étudiants de la Bible 10
1942 Armageddon États-Unis Témoins de Jéhovah 11
1975 Armageddon États-Unis Témoins de Jéhovah 12
Avant 199413 Armageddon États-Unis Témoins de Jéhovah 14
19 février 1979 Fin du monde Canada Roch « Moïse » Thériault 15
avant le 1er janvier 1980 Apocalypse biblique France L’Alliance universelle 16
22 juin 1989, Été 1995 Cataclysme millénariste France Le Grand Logis (ex Logis de Dieu) 17
28 octobre 1992 Apocalypse biblique Corée Lee Jang Rim, Dami Mission 6
14, puis 23 novembre 1993 Apocalypse Ukraine Fraternité Blanche Universelle 6
1993 Apocalypse biblique  ? Famille (ex-Enfants de Dieu) 17
1995 Apocalypse biblique États-Unis Davidiens 6
1996 Extraterrestres détruisant la Terre par coups de laser États-Unis Sheldon Nidle 6
1997 Guerre mondiale Japon Sūkyō Mahikari 17
31 mai, 14 et 21 juin, 9 et 20 septembre 1998 Apocalypse biblique, dans ses « Rapture predictions«   ? Marylin J. Agee 6
Fin 1996 ou 21 ou 29 janvier 1999 Passage dans la Quatrième dimension, dû à l’inversion du courant de l’énergie  ? Énergie humaine universelle (HUE) – Spiritual human yoga (SHY) 18
Juillet 1999 Cataclysme France Association rose-croix (ARC) 17
1997 1999 ou 2001 armageddon, dont seuls les disciples du mouvement seraient épargnés Japon Aum Shinrikyo 19
Août 1999 Modifications climatiques et invasions extraterrestres  ? Asrama 17
11 septembre 1999 Boule de feu explosant la Terre  ? Kabbale 6
Fin 1999 Cataclysme millénariste France Révélation de la 7e heure 17
1er janvier 2000 Destruction du monde par Satan États-Unis Milton William Cooper 6
2000, originellement « imminent » Cataclysme nucléaire détruisant les États-Unis et la majeure partie de l’Europe (prophétie faite durant la guerre froide), guerre civile en Inde Inde Université spirituelle des Brahma-Kumaris 20,21
2000 Cataclysme et venue d’extraterrestres France Siderella (ex-Iso-Zen) 17
2000 Choc avec planète France Centre d’études gnostiques 17
Avril et fin 2000 Apocalypse nucléaire à la suite de bombardements effectués par les Russes France Amis de la croix glorieuse de Dozulé 22
5 mai 2000 Tremblements de terre, changements climatiques, fonte des glaces submergeant les continents, émissions de gaz mortels dus au déplacement du pôle sud de l’axe de la Terre États-Unis Richard Noone 6,23
entre le 30 octobre et le 29 novembre 2003 Cataclysme nucléaire Japon Aum Shinrikyo 6
2006 Cataclysme nucléaire France Groupe de Kerdanvé (issu des Cercles Gurdjieff) 17
avant le 12 septembre 2006 Guerre nucléaire Kenya Maison de Yahvé 24
10 septembre 2008 Trou noir, ou particules dangereuses créées par le LHC Hawaï Citoyens contre le LHC 25
2011 (Jugement dernier pour le 21 mai, et Apocalypse le 21 octobre 2011) Jugement dernier et Apocalypse États-Unis Harold Camping 26
21 décembre 2012 (voire 12 décembre 201227 ou encore 28 octobre 201128 ou encore 2220 selon les interprétations du calendrier maya29). Fin d’un cycle du compte long du calendrier maya, début d’un nouveau cycle (5e, par analogie à lalégende des soleils), interprété par certains comme la fin du monde, notamment due à des « événements importants », tels que des guerres et des catastrophes naturelles. États-Unis José Argüelles, dans Le Facteur maya (1987), repris par divers courants New Age dont les sectes millénaristes après la convergence harmonique de 1987. 30

Un panneau publicitaire aux États-Unis annonçant la première étape de la fin du monde le 21 mai 2011. Il y est écrit : « La Bible le garantit ! »

Références

  1. ↑ Luc Mary, Le mythe de la fin du Monde, éd. Trajectoire, 2009
  2. ↑ (fr) Jean Meyer, L’Europe et la conquête du monde Page 268.
  3. ↑ a et b (en) Richard Kyle, The Last Days are Here Again, Baker Books, Grand Rapids MI, 1998. Page 93.
  4. ↑ Crise de Conscience, p. 227-229. Citation de La Tour de Garde de janvier 1881 : « Notre moisson, qui a commencé en 1874, se termine à la fin du « jour de sa colère » et à la fin des « temps des Gentils », en 1914 – une période analogue et parallèle de 40 ans. […] Nous découvrons […] que la loi et les prophètes le déclarent présent à la culmination des « cycles du jubilé » en 1874. Et les parallèles nous montrent que la moisson a alors commencé, et que le rassemblement de l’épouse dans un lieu sûr occupe parallèlement une période de sept ans qui se termine en 1881. […] Nous croyons que le Christ est maintenant présent, dans le sens qu’il a commencé à assumer son pouvoir et son règne. […] Nous allons maintenant présenter ce que nous alléguons quant aux types et points prophétiques qui semblent indiquer que l’enlèvement des saints et la fermeture de la porte auront lieu en 1881. »
  5. ↑ The Diaries of Joseph Smith, page 349, 10 mars-14 juillet 1843 : « ….je prophétise dans le nom du Seigneur Dieu, et que cela soit écrit : le Fils de l’Homme (Jésus-Christ) ne viendra pas des cieux avant que je n’ai 85 ans, c’est-à-dire aux environs de 1890. »
  6. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Préven sectes [archive]. Consulté le 10 juillet 2007
  7. ↑ Crise de Conscience, p. 230-239. Citation du livre Le temps est proche, publié vingt-cinq ans avant 1914, pages 73-75 : « Cette date [1914] sera la limite extrême des gouvernements d’hommes imparfaits. […] Le royaume de Dieu […] aura obtenu à cette date l’autorité universelle et il sera alors « suscité » ou fermement établi sur la terre. […] Avant cette date, le Royaume de Dieu – organisé en puissance – sera sur la terre. […] Son pouvoir et sa domination seront établis au fur et à mesure que par ses instruments et par ses influences diverses, il écrasera et dispersera les autorités qui existent – civiles et ecclésiastiques – le fer et l’argile. »
  8. ↑ Crise de Conscience, p. 249-253. Citation du livre Le mystère accompli, publié en 1917, pages 74-76 : « L’examen des passages scripturaires indiqués plus haut montre que le printemps 1918 amènera sur la chrétienté un spasme d’angoisse formidable plus grand que celui de 1914. »
  9. ↑ Crise de Conscience, p. 253-255. Citation du livre Le mystère accompli, publié en 1917, pages 302-303 : « Les îles [citées dans Apocalypse 16:20] sont les républiques qui disparaîtront aussi très probablement au cours de l’automne 1920. […] Tous les royaumes de la terre disparaîtront engloutis par l’anarchie. »
  10. ↑ Crise de Conscience, p. 256-260. Citation de la brochure Des millions actuellement vivants ne mourront jamais, publiée en 1920, pages 75-83 : « La chose principale qui doit être restituée à la race humaine, c’est la vie ; et puisque d’autres passages montrent d’une façon positive qu’Abraham, Isaac et Jacob et les autres fidèles des temps anciens ressusciteront et qu’ils seront les premiers favorisés, nous pouvons nous attendre à ce que 1925 voit le retour de la condition de mort de ces hommes fidèles alors ressuscités et complètement rétablis à la position humaine parfaite, et comme représentants visibles et légaux du nouvel ordre de choses ici-bas. […] Avec l’argumentation précédemment donnée que l’ancien ordre de choses, l’ancien monde se termine et passe, que le nouvel ordre de choses s’installe et que 1925 doit voir la résurrection des fidèles dignitaires des temps anciens ainsi que le commencement de la reconstruction, il est raisonnable de conclure que des millions de personnes actuellement sur la terre y seront encore en 1925. Et, basés sur les données de la parole divine, nous devons dire d’une façon positive et irréfutable que des millions de personnes vivant actuellement ne mourront jamais. »
  11. ↑ (en) « ? », dans La Tour de Garde, Watchtower Bible and Tract Society, 1er mai 1942, p. 139 : Armageddon est « immédiatement devant nous ».
  12. ↑ Crise de Conscience, chapitre 9.
  13. ↑ La génération de 1914 ne devait pas s’éteindre complètement avant Armageddon.
  14. ↑ Crise de Conscience, chapitre 10.
  15. ↑ Info-Secte [archive] . Consulté le 7 octobre 2010
  16. ↑ Préven sectes : L’Alliance Universelle [archive] . Consulté le 10 juillet 2007
  17. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h et i Les sectes, de Thomas Lardeur, Presses de La Renaissance, Paris, 2004, (ISBN 2-7509-0008-5), qui se base sur les travaux de juin 1998 des Renseignements Généraux
  18. ↑ Rapport sur la situation financière, patrimoniale et fiscale des sectes, cf. p18 [archive]
  19. ↑ Apocalypses et Millénarismes [archive] Par Eugen Weber Fayard, 1999
  20. ↑ BrethrenAssembly.Com : Brahmakumaris [archive]
  21. ↑ Satyug is as sure as death [archive]
  22. ↑ Préven sectes : Dozulé [archive]. Consulté le 10 juillet 2007
  23. ↑ On This Day, When the Planets Line Up, Will There Be A Disaster? [archive]
  24. ↑ « Kenya : la fin du monde remise à plus tard », sur Rezo-Ivoire [archive]
  25. ↑ The New York Times: la terre survivra, d’après les physiciens. [archive]. Consulté le 7 aoùt 2008
  26. ↑ l leur fut donné, non de les tuer, mais de les tourmenter pendant cinq mois; et le tourment qu’elles causaient était comme le tourment que cause le scorpion, quand il pique un homme. [archive]
  27. ↑ [1] [archive]
  28. ↑ ouvrages de John Major Jenkins (The 2012 Story: The Myths, Fallacies, and Truth Behind the Most Intriguing Date in History (Tarcher/Penguin 2009)) et Carl Johan Calleman (« Solving the greatest mystery of our times: The Mayan Calendar » Garev Publishing, 2000)
  29. ↑ « La prophétie annonçant la fin du monde en 2012 serait basée sur une faute de calcul. En réalité, la date annoncée serait 2220 (208 ans après) selon numéro de novembre de la revue NWT (Natuurwetenschap & Techniek).» (nlMaarten Keulemans, « Natuurwetenschap & Techniek : ‘2012’-eindtijd is pas in 2220 [archive] » sur natutech.nl (citation et référence provenant de l’article Calendrier maya).
  30. ↑ Selon le blog [archive] consacré aux critiques de ces prédictions

Source : Wikipédia

Mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé

La commission d’enquête organise un cycle d’auditions ouvertes à la presse et au public

Sectes © Fotolia Mr Jay 

La commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé organise, mardi 18 et mercredi 19 décembre, une série d’auditions ouvertes à la presse et au public.

Mardi 18 décembre à 16h30, elle auditionnera :

– M. Antoine GUELAUD, journaliste, directeur de la rédaction de TF1, auteur du livre « Ils ne m’ont pas sauvé la vie » ;

– Institut de cancérologie de l’Ouest (centre Paul Papin) : M. François-Régis BATAILLE, directeur général, et Dr Eric JADAUD, oncologue-radiothérapeute ;

– Centre hospitalier universitaire d’Angers : M. Yann BUBIEN, directeur général, et M. le Pr Norbert IFRAH, président de la commission médicale d’établissement.

Mercredi 19 à partir de 16h30, elle poursuivra ses travaux avec l’audition de :

–  : Mme Pascale FLAMANT, déléguée générale, M. le Pr Ivan KRAKOWSKI, directeur du service interdisciplinaire de soins de supports en oncologie au Centre Alexis Vautrin (CLCC de Nancy), et M. Bernard LECLERCQ, directeur général du Centre Oscar Lambret (CLCC de Lille) pour la Fédération française des centres de lutte contre le cancer (FFCLCC)

– Mme le Pr Agnès BUZYN, présidente, et Mme le Dr Martine LE QUELLEC-NATHAN, directrice général adjointe – pôle santé publique et soins de l’ Institut national du cancer (INCA)

Cette audition est retransmise en direct sur le site du Sénat

Le Psycho-spirituel: un mal déguisé au sein de l’Église catholique

Photo de la Vérité

Le CCMM a souhaité regrouper au sein d’un Collectif les victimes et les familles de victimes des sessions dites de guérison psycho-spirituelles.
Depuis une trentaine d’année, les communautés nouvelles issues du Renouveau charismatique catholique, qui se sont définies comme des lieux de guérison, ont développé une démarche systématique amalgamant recherche spirituelle et prétention de guérir le psychisme humain. Des sessions dites de guérison intérieure se sont largement développées.
Or, les sessions de type psycho-spirituel ne sont ni d’authentiques démarches de foi, ni de véritables lieux de soins thérapeutiques. Ne respectant ni la nature de la démarche spirituelle, ni la discipline psychothérapeutique, la psycho-spiritualité est une véritable injure à la spiritualité autant qu’à la psychologie.

Ces groupes ont tendance à aborder la spiritualité sous un angle essentiellement irrationnel, donnant plus de place au ressenti et à l’émotionnel qu’à la raison. L’activité rationnelle est même quelquefois montrée comme étrangère à la vie spirituelle et voire même opposée. Quant à la recherche de guérison, elle est de type magique, on attend des guérisons qui tombent du ciel par l’intermédiaire de leadeurs charismatiques qui en seraient les vecteurs.
Cette attitude irrationnelle et crédule vulnérabilise la personne, la soumet à un groupe qui prend une place affective considérable et aliène son autonomie. La démarche psycho-spirituelle asservit l’intelligence et la volonté de l’individu à celle des leadeurs charismatiques qui ont pour habitude de prodiguer des « oracles » qui se veulent inspirés mais qui se trouvent n’être la plupart du temps que de faux souvenirs induits.
Dès le début, la démarche dite de « guérison » et le discours qui s’y rapportait posaient le problème des amalgames psycho-spirituels. Nous assistons en définitive à l’intrusion d’une religiosité de type Nouvel-Âge au sein même de groupes de prière et de communautés catholiques.

La confusion entre les domaines psychologiques et spirituels conduit inévitablement à une approche pour le moins paradoxale de la notion de croissance spirituelle. L’irrationalisme de ce type de perspective peut se traduire par un fondamentalisme et un surnaturalisme qui, par définition, oublie la nature rationnelle de l’homme.
Les adeptes du psycho-spirituel deviennent pour les uns victimes d’un système aliénant, pour d’autres promoteurs de manipulations mentales, mais dans bien des cas ils sont les deux à la fois. Initiés à la démarche dite de « guérison », ils ne tardent pas à s’autoproclamer « guérisseurs ».

Conscient du problème et ayant recueilli de nombreux témoignages de victimes, le Centre Contre les Manipulations Mentales a édité en septembre 2012 un Livre noir de l’emprise psycho-spirituelle. Ce livre a été rédigé par le Collectif des victimes et familles de victimes du psycho-spirituel. Il a pour objectif de dénoncer les pratiques de manipulation mentale dans la galaxie dite du « psycho-spirituel ». Depuis de nombreuses années, ce phénomène s’est infiltré dans l’Église catholique via les mouvements charismatiques et en particulier dans la mouvance de la Communauté des Béatitudes.
De nombreuses victimes et des familles ont alerté les autorités de l’Église pour que celle-ci puisse prendre la mesure des dégâts de ces soi-disant soins (dégâts psychiques, ruptures familiales, dépouillements, ruines, etc…). L’Église a entendu l’appel, puisqu’une commission a été mise en place par la Conférence des Évêques de France et que plusieurs rapports à l’usage des évêques ont été publiés depuis 2005, donc les conclusions sur la gravité du phénomène sont on ne peut plus claires.

Cependant, force est de constater qu’aucun changement notoire n’a été constaté sur le terrain, au contraire, le nombre des victimes ne cesse de s’accroître. En apparence il y a quelques modifications, comme par exemple le nom des sessions de guérison intérieure qui change d’intitulé mais pas de contenu. Ce qui est à déplorer c’est que des charlatans ont pris pour devanture le label de l’Église catholique pour vendre leurs nouveaux produits de pseudo-guérison. Ainsi, en prêchant leurs retraites ces prédicateurs-prédateurs vont vous amener à relire tous les évènements de votre vie avec des lunettes déformantes. Par exemple, si vous leur dites qu’enfant vous aviez peur de votre grand-père, tout simplement parce qu’il avait une grosse voix et qu’il cachait ses paroles derrière une grosse barbe, ils vous conduiront à lire cette peur comme étant le signe d’une réminiscence d’un secret de famille qui cache un inceste. De même que si vous leur dites que vous avez du mal à prier, on diagnostiquera un lien diabolique avec vos ancêtres.

Le lien à la famille est presque toujours connoté négativement, comme si vous portiez un très lourd passif dû à vos ancêtres. Mais les très pesantes dettes spirituelles de vos ancêtres pourront commencer à s’alléger en vous délestant d’environ 550 €, c’est le coup d’une trentaine de messes pour la guérison de votre arbre généalogique, sans compter une session de quelques jours de la même somme. Car oui, pour être délivré ça coûte cher, très cher, car vous devrez enchainer session sur session et, bien que ces nouveaux thérapeutes vous promettent toujours plus de guérisons, en attendant, rien n’est remboursé par la sécurité sociale !

L’emprise marche à merveille, car elle utilise non seulement des techniques de manipulation mentale bien éprouvées mais vient se surajouter l’argument d’autorité du « Saint-Esprit », ces « sacrés médecins » recevant leur formation et leurs informations du « Très-haut », vous avez l’assurance de faire un séjour qui n’a pas de prix, puisque vous êtes entré dans le « saint lieu » d’une « clinique » toute spirituelle.
Vous devrez bien sûr préalablement répondre à un questionnaire digne d’un anesthésiste qui vous endormira avec un discernement sur mesure. Dès le début, par ce formulaire tout est orchestré. Il leur donnera toutes les informations qui leur permettront de vous manipuler. Ils ont toutes les cartes en mains pour vous déstabiliser et vous illusionner en vous faisant croire que vous êtes très blessé et que Dieu va vous guérir de toutes les blessures que vous connaissez et même celles que vous ignorez, mais que eux connaissent.

Petit à petit, au fil des jours, vous allez finir par avoir mal quelque part, car vous êtes venu là pour donner un visage à vos difficultés (connues ou inconnues). Vous vivrez un mélange de bien-être planant et d’angoisse, car on vous aura conduit à vous investir dans un univers imaginaire qui fait appel à de confuses émotions. Dans un premier temps les plus motivés des « patients » du psycho-spirituel auront l’euphorique impression d’avancer confusément dans la vie psychique et en même temps dans la vie spirituelle, mais à terme, cette démarche conduit ceux qui se sont livrés aveuglément à ces « thérapeutes », à s’égarer tant psychiquement que spirituellement et à finir cassés en eux-mêmes et dans leurs relations avec leurs proches.
Il est urgent que l’Église et les pouvoirs publics luttent sérieusement contre ces nouvelles impostures pseudo-thérapeutiques. L’État a le devoir de protéger les citoyens des abus et l’Église ses fidèles des fausses doctrines. Le mal du psycho-spirituel s’attaque à la racine de la raison humaine et à la racine de la foi dans le Christ, qui pour un chrétien n’a qu’un seul prix – le don gratuit du salut de Dieu.
À l’heure actuelle le mal de l’Église n’est pas tant lié au fait qu’elle se vide mais qu’elle n’ait plus le courage de dénoncer le mal secret qui se niche en son sein. Sommes-nous à ce point dans une ère de confusion des esprits que les marchands du temple soient devenus indélogeables ? Le comble du charlatan c’est qu’il vous vend un remède qui vous procure un mal que vous n’aviez pas avant de le rencontrer. Le jour où il vous dira en toute simplicité : « Je n’ai pas la prétention de tout guérir, je n’ai pas la toute-puissance ! », rassurez-vous, il est peut-être devenu catholique ?

Murielle Gauthier

Pour aller plus loin dans la compréhension du détournement des méninges par le psycho-spirituel : – Le Livre Noir de l’emprise psycho-spirituelle, collectif CCMM des victimes et familles de victimes du psycho-spirituel, Paris, 2012 ; et – Foi et Guérison, repères et critères chrétiens, Sr Marie-Ancilla, o.p. La thune, Marseille, 2008.

Source : http://www.maveritesur.com/roger-ikor/le-psycho-spirituel-un-mal-deguise-au-sein-de-l-Eglise-catholique/275

Serge Blisko : « nous allons alerter les universités et les hôpitaux des risques d’infiltration »

Créé le 26-10-2012 à 14h47 – Mis à jour à 16h32
Olivier Hertel
Par 
Sciences et Avenir
L’enquête de Sciences et Avenir révèle les dérives sectaires et thérapeutiques dans les hôpitaux et universités en France. La réaction de Serge Blisko, président de la Miviludes.
Serge Blisko, président de la Miviludes. Yves Malenfer/ Matignon
Serge Blisko, président de la Miviludes. Yves Malenfer/ Matignon

SERGE BLISKO est président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Dans sa réaction aux révélations de l’enquête de Sciences et Avenir, il évoque notamment sa volonté d’alerter les présidents des universités et s’inquiète en particulier de la situation de l’université d’Angers.

Auditionné au Sénat le 24 octobre par la commission d’enquête sur les risques de dérives sectaires dans le domaine de la santé, Serge Blisko a réaffirmé sa volonté d’être ferme sur ces sujets en proposant quelques pistes de réflexion pour améliorer la réglementation (voir encadré).

Sciences et Avenir: Êtes-vous inquiets de l’infiltration de mouvements pseudo-thérapeutiques au sein des hôpitaux et des universités déjà dénoncés par la Miviludes ?

Serge Blisko: Oui, car ce que nous découvrons avec votre enquête, ce sont leurs méthodes d’entrisme. Par exemple, je regrette la
facilité avec laquelle des diplômes, reconnus au niveau européen, sont délivrés dans des universités privées à l’étranger, dont on ne sait pas grand-chose. Mais se pose aussi la question des diplômes universitaires (DU)* qu’on a vu fleurir un peu partout en France, sans vraiment de contrôle. Le problème, c’est que ces DU représentent une source de revenu importante pour les universités.

SeA: Allez-vous intervenir ?

SB: Nous allons alerter les présidents d’universités, mais aussi la conférence des doyens des facultés de médecine, pour qu’ils prennent conscience que certains DU sont la porte ouverte à toutes les dérives. Quant à Angers, nous devrons en discuter avec le nouveau cabinet du ministre de la Santé, car il y a là un vrai problème. Mais il reste que les universités disposent d’une grande autonomie. Enfin, pour ce qui est de l’infiltration des hôpitaux, nous alerterons la Fédération hospitalière de France et les organisations patronales des établissements de santé.

SeA: Ces mouvements noyautent des colloques comme Ecomédecine, placé sous le haut patronage de la ministre de la Santé, Marisol Touraine. N’est-ce pas un étrange mélange des genres ?

SB: Effectivement, car les mouvements dont vous parlez recherchent auprès de partenaires prestigieux un gage de respectabilité. Ce système de haut patronage en particulier devrait sûrement être revu, car il ne veut rien dire et peut être détourné. Or, il n’est pas toujours facile de vérifier le contenu de ces manifestations auxquelles un ministre accorde sa confiance.

Propos recueillis par Olivier Hertel

 

Les pistes évoquées par Serge Blisko :

Lors de son audition au Sénat, Serge Blisko a proposé quelques pistes de réflexion pour améliorer la lutte contre les dérives sectaires dans le domaine de la santé et dans les universités. Voici les plus importantes :

1/ Solliciter une enquête du ministère de l’enseignement supérieur sur le contenu des diplômes universitaires d’enseignement à des pratiques non conventionnelles

2/ Interdire des pratiques qui auront été jugées dangereuses par le groupe d’appui technique GAT de la direction générale de la santé et dont le rôle est d’évaluer les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutiques.

3/ Lancer une campagne nationale de sensibilisation aux pratiques sectaires dans le domaine de la santé

4/ Renforcer le contrôle des rectorats sur les formations faussement diplômantes ou l’usage illicite du titre d’université ou de master

5/ Interdire toute certification de modules de formation à des pratiques thérapeutiques non validées

6/ Soumettre à l’avis du GAT l’introduction de pratiques non conventionnelles à l’hôpital, selon une procédure d’urgence

Source:  http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/decryptage/20121026.OBS7211/serge-blisko-nous-allons-alerter-les-universites-et-les-hopitaux-des-risques-d-infiltration.html

Soupçon d’ésotérisme à la fac d’Angers. Une inspection pour lever les doutes

Éducationvendredi 26 octobre 2012
  • « L’utilisation de ce support, rédigé par le Collège national des enseignants de sciences humaines en médecine, comme manuel d’enseignement est tout à fait légitime », précise Jean-Paul Saint-André, président de l’Université d’Angers.

    « L’utilisation de ce support, rédigé par le Collège national des enseignants de sciences humaines en médecine, comme manuel d’enseignement est tout à fait légitime », précise Jean-Paul Saint-André, président de l’Université d’Angers.

    Ouest-France

La faculté de médecine est-elle gangrenée par l’ésotérisme ? C’est l’accusation portée par le magazine Sciences et avenir. L’Université d’Angers dément et sollicite une inspection des deux ministères (Santé et Education) pour « lever les doutes ».

Le taux des Sciences humaines en cause

« Ce qui est gênant, c’est le coefficient considérable accordé aux sciences humaines : 200 points sur 500 » indique Olivier Hertel dans cette enquête de Sciences et avenir. L’Université publique d’Angers réplique : « L’enseignement des sciences humaines dispensé par la Faculté de médecine d’Angers ne représente en réalité que 20 % des enseignements obligatoires en première année (à savoir 200 points sur 1000). Ce taux est tout à fait conforme aux recommandations de la Commission pédagogique nationale des études de santé qui sont suivies par l’ensemble des facultés de médecine françaises. » L’Université d’Angers assure qu’elle n’est en rien« un cas unique en France ».

Chamanisme : une infime part de l’enseignement

L’université ajoute : « Il est regrettable que la nécessité d’un enseignement en sciences humaines soit remise en cause dans la mesure où celui-ci aborde des thèmes aussi importants que le droit médical, l’histoire des sciences, l’histoire de la médecine, la sociologie, la relation avec le malade ou bien l’éthique. L’évocation du chamanisme, cité dans l’article, s’inscrit dans une approche épistémologique et ne représente qu’une part infime de cet enseignement. Sa place dans ce cadre est totalement légitime et il ne représente que quelques pages sur les 700 que compte l’ouvrage « Médecine, santé et sciences humaines », mis en cause par l’enquête de « Sciences et avenir ».

Un manuel « tout à fait légitime »

« L’utilisation de ce support, rédigé par le Collège national des enseignants de sciences humaines en médecine, comme manuel d’enseignement est tout à fait légitime », précise pour sa part Jean-Paul Saint-André, président de l’Université d’Angers.

Face à ces accusations « infondées d’ésotérisme », Jean-Paul Saint-André, président de l’Université d’Angers, Isabelle Richard, doyen de la Faculté de médecine, et l’ensemble de la communauté universitaire, apportent leur soutien le plus complet à Jean-Marc Mouillie. « Maître de conférences en philosophie et président du Collège national des enseignants de sciences humaines des facultés de médecine, Jean-Marc Mouillie est nationalement reconnu par ses pairs. Il dirige notamment la collection « Médecine et sciences humaines » des éditions « Les Belles Lettres ».

Une inspection ?

Afin de lever tout doute sur l’organisation et les contenus de l’enseignement dispensé au sein de la Faculté de médecine, le président de l’Université d’Angers a adressé ce jeudi 25 octobre 2012 un courrier à la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et à la ministre des Affaires sociales et de la santé, dans lequel il sollicite une inspection des deux ministères à ce sujet.

Source : http://www.ouest-france.fr/region/bretagne_detail_-esoterisme.-Une-inspection-pour-lever-les-doutes-a-la-fac-d-Angers_39382-2126576_actu.Htm