L’université d’Angers répond aux accusations

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En réponse à l’article « La faculté de médecine gangrenée par l’ésotérisme » paru dans l’édition du jeudi 25 octobre 2012 du journal Ouest France, l’Université d’Angers souhaite apporter un droit de réponse.

« Ce qui est gênant, c’est le coefficient considérable accordé aux sciences humaines : 200 points sur 500 » indique Olivier Hertel dans l’interview qui lui est accordée. L’enseignement des sciences humaines dispensé par la Faculté de médecine d’Angers ne représente en réalité que 20% des enseignements obligatoires en première année (à savoir 200 points sur 1000). Ce taux est tout à fait conforme aux recommandations de la Commission pédagogique nationale des études de santé qui sont suivies par l’ensemble des facultés de médecine françaises. L’Université d’Angers s’inscrit donc dans une démarche nationale et n’est en rien « un cas unique en France ».

Il est regrettable que la nécessité d’un enseignement en sciences humaines soit remise en cause dans la mesure où celui-ci aborde des thèmes aussi importants que le droit médical, l’histoire des sciences, l’histoire de la médecine, la sociologie, la relation avec le malade ou bien l’éthique. L’évocation du chamanisme, cité dans l’article, s’inscrit dans une évocation épistémologique et ne représente qu’une part infime de cet enseignement. Sa place dans ce cadre est totalement légitime et il ne représente que quelques pages sur les 700 que compte l’ouvrage « Médecine, santé et sciences humaines », mis en cause par l’enquête de « Sciences et avenir ». « L’utilisation de ce support, rédigé par le Collège national des enseignants de sciences humaines en médecine, comme manuel d’enseignement est tout à fait légitime », précise Jean-Paul Saint-André, président de l’Université d’Angers.

Face à ces accusations infondées d’ésotérisme, Jean-Paul Saint-André, président de l’Université d’Angers, Isabelle Richard, doyen de la Faculté de médecine, et l’ensemble de la communauté universitaire, apportent leur soutien le plus complet à Jean-Marc Mouillie. Maître de conférences en philosophie et président du Collège national des enseignants de sciences humaines des facultés de médecine, Jean-Marc Mouillie est nationalement reconnu par ses pairs. Il dirige notamment la collection « Médecine et sciences humaines » des éditions « Les Belles Lettres ».

Afin de lever tout doute sur l’organisation et les contenus de l’enseignement dispensé au sein de la Faculté de médecine, le président de l’Université d’Angers a adressé ce jeudi 25 octobre 2012 un courrier à la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et à la ministre des Affaires sociales et de la santé, dans lequel il sollicite une inspection des deux ministères à ce sujet.

Source : http://www.my-angers.info/10/25/luniversite-dangers-repond-aux-accusations/18792

France: commission d’enquête sur «les guérisseurs»

Un récent rapport précise que la France compte... (PHOTO PHOTOS.COM)

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Un récent rapport précise que la France compte aujourd’hui 1800 structures de formation «à risques» dans le domaine de la santé, 4000 «psychothérapeutes» autoproclamés n’ayant suivi aucune formation et 3000 médecins liés à la mouvance sectaire.

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La France a pris une longueur d’avance sur le Québec en lançant une commission d’enquête sur les sectes dans le domaine de la santé. Depuis hier, elle tente de cerner l’étendue des risques liés aux pseudo-guérisseurs et à leurs supposées cures miracles.

Au Québec, le problème est déjà d’une ampleur criante. Morts, psychoses, fraudes, viols, blessures, familles disloquées et folles dépenses… Au cours des dernières semaines, la publication de notre enquête «Gourous inc.» a mis au jour d’innombrables ravages.

Selon le Collège des médecins du Québec, les dangers sont déjà assez évidents pour que le gouvernement intervienne sans tarder. «Une commission d’enquête coûte très cher et prend énormément de temps. On veut trouver des façons plus directes d’agir», indique Charles Bernard, président de l’organisme.

Le 2 novembre, le Collège et le ministre de la Justice, Bertrand Saint-Arnaud, évalueront comment juguler l’épidémie de gourous-guérisseurs – que ce soit en leur imposant des peines beaucoup plus sévères, en facilitant le recours à l’injonction ou en lançant de grandes campagnes d’information.

 

«Le ministre est prêt à entendre le Collège. Il est ouvert à cette question-là», nous a indiqué sa porte-parole, Sarah Magnan.

En France, «le développement de pratiques non conventionnelles sans fondement scientifique pose aujourd’hui une réelle question de santé publique, encore mal connue, qu’il importe d’évaluer», peut-on lire sur le site web du Sénat, qui chapeaute la commission d’enquête.

Les approches non scientifiques mettent la santé des Français en péril et sont parfois «une véritable porte d’entrée pour les mouvements sectaires», y lit-on aussi.

Le Sénat français se fie à un récent rapport de la Mission de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES). En avril, on y a découvert que c’est le domaine de la santé qui génère le plus grand nombre de signalements (soit 25% de tous les signalements reçus par la MIVILUDES – une proportion qui va en s’accroissant).

Le rapport précise aussi que la France compte 1800 structures de formation «à risques», 4000 «psychothérapeutes» autoproclamés n’ayant suivi aucune formation et 3000 médecins liés à la mouvance sectaire.

Au Québec, aucun organisme n’est en mesure de fournir des statistiques du genre.

Source : http://www.lapresse.ca/international/europe/201210/25/01-4586837-france-commission-denquete-sur-les-guerisseurs.php

Appel de communications par affiche: Manipulation et victimisation

Congrès annuel international de l’ICSA (International Cultic Studies Association) à Montréal, Canada, du 5 au 7 juillet 2012 Appel aux étudiants : L’ICSA (International Cultic Studies Association) tiendra son Congrès international de 2012 conjointement avec Info-Secte, ainsi qu’en collaboration avec l’Université de Montréal, le Centre international de criminologie comparée (CICC) de l’Université de Montréal et l’Association Plaidoyer-Victimes.

Vous êtes invités à soumettre vos résultats de recherches ainsi que vos résultats de recherches en cours. Votre participation vous permettra de vous joindre à une communauté croissante et dynamique de chercheurs internationaux dans le domaine des études sur les sectes et le sectarisme, l’abus d’influence et les nouveaux mouvements religieux. Votre affiche peut présenter des résultats de recherche portant sur l’un ou l’autre des nombreux thèmes liés de près ou de loin à la problématique du colloque « Manipulation et victimisation ». Voici quelques exemples de thématiques sur laquelle votre affiche peut porter : Psychologie sociale ou sociologie de l’influence ; Étude de tort et traitement des victimes ; Histoire, anthropologie et culture des sectes et des groupes sectaires ; Études démographiques sur la prévalence de nouveaux mouvements religieux et autres mouvements ; Politiques et Science politique des groupes sectaire ; Trajectoire et expérience individuelle des membres et anciens membres ; Frontières entre l’individu et la société dans des contextes de groupe et autres ; Vous pouvez soumettre une proposition de communication par affiche en soumettant un résumé de 300 mots maximum en Anglais ou en Français. Nous accueillons aussi volontiers les soumissions de projets de recherches réalisés par des groupes. Date butoir pour les résumés : 31 décembre 2011 Le président de l’ICSA (International Cultic Studies Association) accordera un prix à la meilleure communication par affiche présentée au Congrès. Les frais de Congrès seront annulés pour tous les présentateurs. Envoyer vos résumés de communication par affiche au Comité du Congrès : Courriel : mail@icsamail.com ICSA, P.O. Box 2265, Bonita Springs, FL 34133, USA Téléphone : 1-239-514-3081 ◊ Télécopieur : 1-305-393-8193 Web : www.icsahome.com

 

Dérives sectaires : le président de la MIVILUDES tacle les agences régionales de santé

cin.fr 25/10/2012
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Trois mois après son arrivée à la présidence de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES), Serge Blisko a présenté, hier au Sénat, plusieurs pistes d’amélioration pour renforcer son action dans le domaine de la santé.

Interrogé par la commission d’enquête du Sénat sur « l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de santé » (présidée par Alain Milon), le médecin a d’abord joué la carte de l’ouverture et de la mesure. « Nous n’avons pas à définir ce qu’est une secte, mais tout n’est pas permis », a dit Serge Blisko en introduction, rompant avec le style de son prédécesseur, le magistrat Georges Fenech. Rappelant les« critères de dangerosité » qui motivent la lutte (emprise mentale, coûts exorbitants, rupture familiale, trouble à l’ordre public…), il a rappelé que toute dérive thérapeutique n’était pas sectaire. « Mais la maladie est une porte d’entrée rêvée. »

3 000 médecins « dérapeuthes »

Il y aurait plus de 400 pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique (PNCVT), 18 000 structures d’enseignement et plus de 3 000 médecins « dérapeuthes ». « Le chiffre du Conseil de l’Ordre date de 1995 et représente 1 à 2 % de l’ensemble des médecins, mais je crains qu’il ne soit très en dessous de la réalité », a déclaré Serge Blisko. Et de confier qu’il ne s’expliquait pas ces dérives, qui dépassent l’appât du gain.

Résolu à renforcer l’action de la MIVILUDES, Serge Blisko a d’abord rappelé les actions entreprises, comme la publication d’un guide sur la santé ou la campagne de sensibilisation des patients atteints de cancer. En 2012, la mission recense 12 dénonciations auprès du procureur, 42 transmissions aux agences régionales de santé (ARS) pour les sensibiliser, 60 signalements à l’Ordre, et 14 saisines des directions régionales de la répression des fraudes. Elle a aussi répondu à 400 particuliers.

« Nous avons renforcé nos liens avec l’Ordre des médecins, actif pour les faux professionnels, ou les médecins diplômés qui dévient », s’est-il félicité.

« Notre législation est forte mais elle est mise en défaut par des béances où s’engouffrent les charlatans », dit Serge Blisko. S’il a déploré le manque de personnel de la MIVILUDES, il a surtout dénoncé la « mollesse » des pouvoirs publics, notamment des ARS. « Depuis 2010, la loi prévoit la désignation d’un référent dérives sectaires dans chaque ARS. Or nous n’avons jamais eu la liste de toutes ces personnes, et je crains qu’elle soit courte », a-t-il dit. « Nous nous sentons peu armés, nous aimerions que les ARS soient plus à notre écoute » a-t-il ajouté. Il a aussi regretté la mauvaise articulation entre les agences et les délégations départementales. Le secrétaire général de la MIVILUDES, Hervé Machi, a lui, demandé l’extension du pouvoir des ARS, afin qu’elles contrôlent tous les dérapeuthes, et non seulement les médecins.

L’interdiction d’exercer, au-delà des frontières

Du côté de l’Ordre des médecins, le Dr Blisko a suggéré que l’interdiction d’exercer soit valable à l’étranger, afin que les professionnels déviants ne s’installent pas à 20 km des frontières et il a regretté que les médecins radiés gardent leur titre de docteur – égratignant au passage un « célèbre amaigrisseur » qui s’est auto-radié pour éviter toute sanction.

Hervé Machi a aussi plaidé pour l’interdiction de certaines pratiques, par décret. Dans cette perspective, il a demandé que le groupe d’appui technique (GAT) de la direction générale de la santé, chargé d’évaluer les pratiques thérapeutiques, accélère ses travaux et donne son avis sur l’introduction de toute pratique non conventionnelle à l’hôpital.

Enfin, les formations doivent être davantage encadrées. Le secrétaire général propose de renforcer la protection des titres « université » et surtout « institut », ainsi que des pouvoirs des rectorats sur les formations diplômantes. La création de centres de formation en santé qui n’ont pas fait l’objet d’un agrément ou d’un enregistrement, ou des centres de santé et bien-être, non contrôlés, devrait être interdite, a avancé Hervé Machi.

› COLINE GARRÉ

Source : http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualite/questions-de-societe/derives-sectaires-le-president-de-la-miviludes-tacle-les-agences-regi

Georges Fenech suspecte les sectes d’être impliquées dans l’invalidation de son élection

 

POLITIQUE    18-10-2012 à 10:02

Georges Fenech - LyonMag

Georges Fenech – LyonMag

 

L’actuel député de la 11e circonscription du Rhône se livre dans le Dauphiné Libéré du jour.

Et Georges Fenech revient sur son élection invalidée de 2007 dans cette même circonscription : « Je ne dis pas que les sectes m’ont destitué, mais j’ai fait le constat d’un conflit d’intérêt lorsque mon dossier électoral est arrivé devant le conseil constitutionnel. Son rapporteur n’est autre que le conjoint de l’avocat des Scientologues et des Témoins de Jéhovah en France. Qui est aussi l’auteur de la préface du livre que sort tout juste Éric Roux, le responsable français de la Scientologie, sur l’inquisition en France ! »

Georges Fenech, alors président de la Miviludes, aurait payé cher son intransigeance : « la lutte contre les dérives sectaires, en effet, est loin d’être un long fleuve tranquille ».
En 2007, l’invalidation avait été prononcée par le conseil constitutionnel suite à un compte de campagne rejeté. Georges Fenech avait parlé à l’époque « de motifs de pure forme ayant trait à des achats de nourriture en grande surface par un bénévole et entièrement remboursés par le mandataire financier sur le compte de campagne ».

Source : http://www.lyonmag.com/article/45212/georges-fenech-suspecte-les-sectes-d-etre-impliquees-dans-l-invalidation-de-son-election

Langage et emprise sectaire

« Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté » Confucius

Les familles que nous recevons nous signalent souvent avoir été alertées quand un de leurs proches s’est soudain mis à tenir des propos étranges comme s’il récitait un texte appris, dans un vocabulaire qui jusqu’alors n’était pas le sien. Elles sont aussi frappées par l’intonation de la voix et le débit des paroles : certains parents décrivent par exemple « un bêlement monotone très particulier ». C’est dire combien l’emprise sectaire imprègne celui qui y est soumis…

Sans chercher à faire un quelconque inventaire, l’article qui suit propose quelques observations sur l’importance du langage dans ce contexte.

Introduction

Les hommes communiquent entre eux par un langage constitué d’abord de la langue parlée, mais aussi de divers modes d’expressions. Ce langage est élément de lien social dans la mesure où le sens des mots est partagé.

Mais, gourous ou maîtres à penser se singularisent en s’affranchissant du sens commun. Ils cherchent à s’imposer comme de géniaux fondateurs, créateurs d’un monde nouveau idéal, réservé à une élite… et instaurent de nouvelles relations sociales. Pour cela, ils n’hésitent pas à manipuler la langue tout en immergeant leurs adeptes dans une ambiance, une organisation, un environnement insidieusement porteur de messages.

Permettant d’instaurer une vérité absolue à laquelle les adeptes seront amenés à croire, au sens religieux du terme, ce nouveau langage vise à les reconditionner en brouillant leurs repères habituels, et en les séparant du reste de la société. Bien sûr, pour attirer des adeptes il doit laisser entendre qu’il répond à des aspirations et interrogations légitimes.

(…)

Focus sur… L’emprise sectaire

Interview du Dr Olivier Duretete, psychiatreLogo IFAC page de présentation

Nous remercions le Dr olivier DURETETE, psychiatre au Centre hospitalier de Saint-Nazaire qui a répondu très aimablement à nos questions au sujet de l’emprise sectaire.

L’interview

Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la question de l’emprise sectaire et plus particulièrement au ex-adeptes de secte ?

O.D. :

Mon intérêt pour ce sujet remonte à la fin de la décennie 90, période marquée par d’importantes évolutions en France concernant les dérives sectaires : témoignages de victimes facilités, publications de travaux théoriques, importantes enquêtes parlementaires, mise en place d’un dispositif structuré de veille (la MILS, depuis relayée par la MIVILUDES), évolution de l’arsenal législatif (Loi About-Picard)… Ces éléments éclairaient, d’une façon nouvelle, ce phénomène de grande ampleur et en net développement .
A cette époque, quelques situations cliniques interrogeant une dimension transaddictive de la dépendance sectaire m’avait amené à investiguer plus particulièrement les enjeux de ce type d’engagement. Je constatais que bien qu’il soit rare qu’une personne consulte pour le motif de dommages liés à une adhésion sectaire, ce type d’expérience passée se révélait plus fréquent qu’il n’y paraissait dans diverses trajectoires de vie, en lien avec divers troubles psychopathologiques.  Compte tenu des messages idéologiques véhiculés par ces groupes, de la mise en œuvre de diverses stratégies de rupture, il est très difficile pour un adepte de secte de franchir la porte d’un espace de soins, cela devient parfois possible dans l’après-coup. Les interventions sont surtout sollicitées par l’entourage socio-familial inquiet des conséquences de l’engagement d’un proche.

Comment définiriez-vous l’addiction aux sectes ? Et d’ailleurs peut-on parler d’addiction à une secte  ?

O.D. :

Répondre à cette question demande de disposer au préalable d’une définition partagée de ce qu’est une secte. Cette démarche nous confronte d’emblée aux risques de stigmatisation, de confusions, dont profitent d’ailleurs certaines sectes (notamment par son acception religieuse). La MIVILUDES a préféré établir une liste de critères afin de cerner leurs caractéristiques. Ainsi, différents domaines sont analysés : conséquences financières et légales par exemple, mais surtout conséquences psychopathologiques pour les adeptes.
La difficulté de pouvoir établir une définition de l’objet de cette dépendance – articulée autour d’un groupe, d’un gourou, d’une idéologie en construction permanente – témoigne du fort pouvoir de mutation qui caractérise les sectes contemporaines. D’autre part, de multiples facteurs de dérive relationnelle et organisationnelle définissent un continuum entre un groupe social à l’identité forte et une secte, elle-même plus ou moins coercitive. Une approche dimensionnelle plutôt que catégorielle du phénomène sectaire permet ainsi de le repérer au sein de multiples institutions et groupes sociaux. La dérive sectaire s’inscrit ainsi dans un double mouvement d’exclusion / expansion dans une société à laquelle elle reste profondément liée.
Les anciens adeptes évoquent avec une grande régularité des processus de l’ordre de l’emprise et de l’escroquerie débordant le cadre financier, atteignant l’intégrité physique et psychique. Toutefois, la perversion narcissique à l’œuvre dans la relation gourou-adepte ne nous semble pas toujours suffisante pour condenser à elle seule les motifs de l’engagement d’un adepte dans une secte. A l’indispensable reconnaissance victimaire chez ces sujets de ces effets de perversion, il nous semble utile d’associer une autre dimension psychopathologique pour comprendre certaines trajectoires singulières d’adeptes, et adapter nos réponses thérapeutiques : le concept d’Addiction.

Quelles similitudes et/ou différences peut-on noter par rapport à d’autres addictions ?

O.D. :

Précédemment, J.M. ABGRALL avait appliqué à la dépendance sectaire les critères du trouble addictif établis en 1990 par A. Goodman, sans validation d’un point de vue scientifique. Derrière la diversité apparente de ces groupes, la littérature a révélé des pratiques manifestement problématiques pour la santé des adeptes et des lignes de force communes dans la mécanique de l’adhésion des sujets, du maintien d’une forme d’asservissement par une dépendance ainsi créée.
Le concept d’Addiction conjugue les notions de perte de contrôle et de conséquences psycho-sociales négatives, régulièrement repérées depuis les premières études de cas et témoignages d’ex-adeptes. Par ailleurs, la notion de continuum du normal au pathologique dans le recours à certains comportements potentiellement toxiques et ayant un pouvoir de réorganisation psychique, couramment utilisée dans le champ des addictions, apparaît ici comme une gradation qui peut rendre compte de la pluralité des relations et modes d’engagement au sein des groupes sectaires, avec une morbidité variable selon les groupes, les profils individuels… Même rythme de la temporalité, même expression d’un besoin compulsif à satisfaire, même objet prenant progressivement une place centrale dans la vie psychique des sujets, intensité des sensations décrites… Autant d’éléments cliniques du discours de  certains (ex-)adeptes relatant leurs parcours  qui interrogent à leur façon le concept d’Addiction, mais les données restent aujourd’hui trop éparses pour définir scientifiquement cette problématique de façon suffisamment homogène.
La thématique « d’accroche » sectaire initiale – Bien-être et Santé les plus fréquentes actuellement –  se verra reléguée à l’arrière plan dans la dynamique d’adhésion à l’œuvre qui s’autonomise progressivement. En écho à la formule de C. Olievenstein à propos des toxicomanies, nous considérons que l’inscription sectaire sera le résultat d’une conjonction complexe entre un parcours individuel, une rencontre, et un moment socioculturel. Enfin, on ne peut que souligner la régularité des manœuvres de recrutement auprès de populations ciblées par leur(s) dépendance(s) antérieure(s).
La dynamique de la dépendance sectaire constitue un modèle étiopathogénique plurifactoriel, qu’il convient d’intégrer dans sa diversité, étendant le concept d’Addiction sans y être totalement réductible. La situation des adeptes de sectes nous renvoie, pour un certain nombre d’entre eux, à une authentique dépendance à long terme.

De façon plus spécifique, on note dans les conséquences de ce type de dépendance la fréquence des situations de ruine financière, ainsi que la grande régularité des vécus psychotraumatiques.

Quels sont vos principaux axes de recherches dans cette thématique ?

O.D. :

Malgré l’ampleur du phénomène, les données scientifiques restent rares pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il est difficile de rencontrer des adeptes et dans une moindre mesure des ex-adeptes. D’un point de vue éthique ensuite, les investigations de terrain présentent le risque de favoriser la pérennisation d’une conduite potentiellement problématique pour l’individu (expériences tentées par quelques psychosociologues). Par ailleurs, nos outils scientifiques se prêtent mal aux reconstructions a posteriori, alors que les situations d’évaluations possibles, et plus particulièrement dans notre projet, concernent des sujets ayant quitté ce type de groupe plusieurs mois ou années auparavant. Enfin, la définition de  « l’objet » de l’étude n’est pas sans poser question : diversité des groupes (taille, organisation, idéologie…), diversité des implications des adeptes (selon l’âge, l’ancienneté d’adhésion, la place hiérarchique…). En conséquence, pour un adepte, la marge de jeu de l’appareil psychique varie d’un individu à l’autre, d’un groupe à l’autre, selon tout un ensemble de facteurs pressentis : place occupée dans le groupe, proximité avec le gourou par exemple.
Bien que la dynamique d’adhésion sectaire aboutisse à une restriction d’autonomie des adeptes, nous supposons qu’il existe des ressources mobilisables par ceux-ci pour sortir de ce type de groupe, et que le recours à ces ressources est modulé par certains critères repérables.  En ce sens, notre projet de recherche préliminaire vise comme objectif principal à décrire les caractéristiques socio-démographiques, les événements de vie, les morbidités psychiatriques et addictives et la personnalité des ex-adeptes à travers un entretien semi-directif standardisé rassemblant des critères internes à l’individu et des critères du groupe d’appartenance. Mieux comprendre la dynamique sectaire, évaluer l’acceptabilité de notre démarche auprès d’ex-adeptes constituent deux objectifs secondaires de ce projet.

28 septembre 2012

Source : http://www.crje.fr/focus_9_o_duretete.html

Gourous inc.: profil des accros

Marie-Claude Malboeuf

Fasciné par le culte des gourous, le cinéaste new-yorkais Vikram Gandhi a fait le pari fou de s’inventer un personnage, une théorie, un jargon, et de partir à la recherche de fidèles au fin fond de l’Arizona. Diffusé cet automne, son documentaire parfois loufoque, Kumaré, met en lumière l’immense soif de spiritualité de ses semblables. Et lui permet d’arriver à différents constats:

> Même une fausse religion peut apaiser les gens;

> À force de parler à ses fidèles d’une lumière bleue, totalement inventée, il a lui-même fini par la voir.

> Ses disciples ont bel et bien été transformés à son contact. Pour Vikram Gandhi, c’est parce qu’il leur a servi de miroir au lieu de leur servir une recette (comme en imposent au contraire la plupart des gourous modernes). Son ultime enseignement: ce que les gens cherchaient se trouvait déjà à l’intérieur d’eux-mêmes. Autrement dit, ils avaient déjà le désir et le pouvoir de réaliser leur rêve.

Et ce n’était pas leur seul point commun. Tous se posaient des questions fondamentales, étaient marqués par des souffrances profondes et avaient finalement un immense besoin de se sentir compris, de «connecter» avec quelqu’un.

Voici d’autres facteurs pouvant rendre accro à l’épanouissement personnel:

1. La quête de sens

Sans religion, les gens n’ont plus de réponses toutes faites, alors ils en cherchent ailleurs. «On est programmés pour croire. Penser que notre vie est parsemée d’accidents dépourvus de sens semble insupportable», affirme le chercheur en psychoéducation Serge Larivée.

2. La dépendance

«Les personnes dépendantes ont besoin de certitudes. Elles veulent se remettre entre les mains de quelqu’un qui démontre une assurance totale. Cela atténue leur angoisse, mais les expose aux abus, car elles mettent leur sens critique en veilleuse», expose la psychiatre Johanne Cyr.

3. La solitude

À Montréal, 40% des logements sont occupés par des gens seuls, souligne la présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, Rose-Marie Charest. Or, ceux qui souffrent de solitude cherchent un réseau.

4. La facilité

Les gourous de l’âme promettent de changer la vie des gens rapidement – un pari séduisant. «Les gens en dépression nous demandent de les hypnotiser, de les pousser plus fort pour aller plus vite, alors qu’il faut y aller prudemment», rapporte le professeur de psychologie Conrad Leconte, retraité de l’Université de Montréal.

5. L’orgueil

On suggère aux participants qu’ils vont faire partie d’une élite, qu’ils ont «compris» quelque chose. «Croire qu’on est exceptionnel provoque une grande satisfaction narcissique. On devient trop accro à ce sentiment pour écouter ses doutes», expose la psychologue Diane Casoni, qui enseigne la criminologie à l’UdeM.

6. L’obsession du bonheur

Auteur de Guérir à s’en rendre malade, Jean Robitaille lisait des caisses de livres, par crainte de «passer à côté d’un grand secret», dit-il. Il a enfin compris qu’il n’y en avait pas: «On rêve au jour où, à force de travailler sur soi, on va atteindre la béatitude. Mais la sérénité, c’est d’être capable de vivre heureux avec ses problèmes non résolus.»

7. Les ratés du système

«Être barouetté par le système de santé, ne pas être pris au sérieux par des médecins qui n’ont pas posé le bon diagnostic ou qui vont trop vite et nous donnent une petite pilule, ça crée une immense détresse, dit Jean Robitaille. On cherche donc ailleurs.»

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/07/01-4581028-gourous-inc-profil-des-accros.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4581255_article_POS5