La dérive sectaire des respirianistes

 

Jasmuheen est de passage à Paris ce mardi. Cette Australienne de 55 ans affirme ne plus manger depuis 19 ans. Son mouvement prétend que l’homme peut se nourrir exclusivement de lumière. Zoom sur une dérive sectaire.

L’Australienne Ellen Greve ou « Jasmuheen » assure qu’elle ne se nourrit que de « force de l’amour divin ». © capture d’écran vidéo du site de « Jasmuheen »

L’homme n’a pas besoin de manger, ni de boire. Respirer suffit pour vivre. Voilà en substance la théorie du respirianisme et de Jasmuheen, sa grande prêtresse. C’est tellement incroyable que la télévision australienne l’a prise aux mots et lui a demandé en 1999 de jeûner devant les caméras.

L’expérience a finalement dû s’arrêter au bout de 4 jours, le médecin ayant jugé son état de santé préoccupant. Echec donc pour Jasmuheen qui expliqua le plus sérieusement du monde, avoir été victime d’interférences polluantes. Depuis, elle continue à grand renfort de livres, de conférences et séminaires payants, de promouvoir sa méthode de nourriture à base d’air et de soleil.

Elle revendique 40.000 adeptes dans le monde – chiffre invérifiable et certainement surestimé. En France, ils seraient 400.

Outre les séminaires, le mouvement publie des livres et des vidéos sur internet.

Le problème, c’est que pour pouvoir en arriver là, il faudrait que les cellules du corps humain puissent réaliser la photosynthèse. Or, c’est complètement impossible, explique Daniel Tomé professeur de nutrition à AgroParisTech: « Les espèces supérieures et en particulier les espèces animales n’ont pas la capacité de fixer l’énergie lumineuse ou toute énergie par des rayonnements. Elles doivent pour fabriquer leur énergie dégrader de la matière organique. »

De fait, se lancer dans cette expérience du respirianisme avec jeûne de longue durée peut entraîner de graves séquelles, voire la mort. A ce jour le processus respirianiste a été fatal pour cinq personnes toutes de nationalités étrangères. Pour d’autres, l’expérience s’est arrêtée à temps.

Une mère a ainsi réussi à intercepter son fils d’une vingtaine d’années qui avait suivi un jeûne de longue durée lors d’un séminaire du mouvement: « Il a débuté son jeûne à la maison puis il est allé dans ce séminaire, il l’a suivi, une semaine uniquement avec la boisson liquide et ensuite autorisation de jus de fruits, aucune autre alimentation. Le résultat c’est qu’au bout d’une semaine, je suis passée à l’endroit du séminaire pour voir dans quel état il était, il faisait peur, il faisait très peur, il n’était pas décharné mais ce n’était pas loin. Il n’y avait aucun suivi médical. »

Une mère a récupéré son fils après dix jours dans un séminaire respirianiste. Son témoignage avec Dominique Loriou.
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Ce jeune était en recherche de spiritualité, c’est ce qui l’a poussé à faire cette expérience. La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires tente depuis longtemps d’essayer de comprendre ce qui fait qu’à un moment donné une personne bascule vers ce genre de mouvement.

« Je crois que nous avons tous des failles et que la force des mouvements sectaires c’est de profiter des failles qui peuvent être un deuil, une épreuve, une maladie, une rupture conjugale, pour, quand ils sentent une personne fragilisée, quand une personne fragilisée se trouve un peu démunie, alors, c’est à ce moment là que le discours sectaire, la dérive sectaire peut arriver. C’est finalement une mauvaise rencontre, avec des mauvaises personnes, une mauvaise théorie et un mauvais moment », explique Serge Blisko, le président de la Miviludes, qui s’est inquiété dela diffusion du film respirationiste Lumières en décembre 2010.

Mauvaise rencontre avec des mauvaises personnes qui tentent de faire croire qu’elles se nourrissent uniquement d’air et de lumière. Que cachent-elles ? Voici l’envers du décor.

Témoignage de Thierry dont la sœur affirme ne plus manger depuis plusieurs années:

« On l’a observé, bien sûr qu’elle mange. Ces personnes mangent. Le problème c’est qu’elles se cachent pour manger. Par exemple, en été, elle part à la plage, elle justifie d’acheter des paquets de gâteaux pour les donner aux enfants. En fait elle ne les donne jamais aux enfant, elle les mange, elle se cache pour les manger ».

Faire croire que l’on ne mange pas, dire que l’air et la lumière suffisent à nourrir notre corps, rendent la personne plus résistante, plus active, en meilleure santé, bref améliorent le bien-être au quotidien, est une façon d’attirer le profane.

Et c’est là où réside le danger d’où la mise en garde de Serge Blisko :« On le sait bien, au bout de quelques jours où l’on mange peu ou pratiquement pas, on est sujet parfois à des hallucinations, à un grand état de faiblesse, on se coupe de sa famille, de son environnement social, on ne peut plus aller travailler et donc on est extrêmement vulnérable par rapport à ce type de discours et à ce type de pratiques qui sont lancés par des personnes qui savent, elles, comment manipuler les gens ».

Face à ces accusations, le mouvement respirianiste met en avant une théorie du complot, face à un sujet qui dérange et que la science n’arriverait pas pour l’instant à expliquer. Très pratique pour éluder toute discussion.

Source : http://www.franceinfo.fr/societe/le-plus-france-info/la-derive-sectaire-des-respirationistes-762437-2012-10-09