La longue marche de la médecine chinoise à l’hôpital

(AFP) – Plébiscitée par un nombre grandissant de patients ou de praticiens, la médecine chinoise, et plus spécialement l’acupuncture, cherche sa place à l’hôpital comme médecine complémentaire alors que son efficacité clinique est toujours en cours d’évaluation.

Sous la pression des malades, près de la moitié des hôpitaux de l’AP-HP (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris) ont déjà ouvert leurs portes à l’acupuncture, avec 16 consultations assurées aujourd’hui par des professionnels de santé, médecins ou sages-femmes qui ont reçu une formation spécifique.

L’acupuncture est, selon l’AP-HP, utilisée pour traiter les douleurs en gynécologie-obstétrique, en gériatrie, en addictologie, mais aussi pour lutter contre les effets secondaires des médicaments anticancéreux.

Le Qi Gong, une gymnastique traditionnelle chinoise qui s’efforce de mobiliser l’énergie vitale ou « Qi », est pour sa part utilisé en addictologie à l’hôpital Beaujon à Clichy, mais aussi dans l’accompagnement physique des patients obèses.

« Il s’agit d’une médecine complémentaire qui intervient pour traiter des symptômes pour lesquels nous n’avons pas grand chose à proposer », précise le Dr Catherine Viens-Bitker, directrice du projet sur les médecines complémentaires à l’AP-HP.

Elle explique que l’AP-HP a décidé de s’intéresser à la médecine chinoise et aux autres médecines complémentaires telles que l’hypnose, l’homéopathie, la sophrologie ou l’ostéopathie, en raison d’une forte demande des patients (30 à 60% y auraient recours). « On se doit de pouvoir dire aux patients que le traitement est efficace et garantir la qualité de l’offre de soins », explique-t-elle.

Une autre gymnastique chinoise qui passe pour avoir un effet bénéfique sur le corps, le Taijiquan ou Tai chi, n’est en revanche pas encore proposée à l’AP-HP.

C’est également le cas pour la médecine chinoise par les plantes, vieille de plusieurs millénaires, en raison d’une réglementation européenne qui a fortement restreint depuis l’an dernier l’importation de médicaments traditionnels à base de plantes, précise le Pr Alain Baumelou, néphrologue et chargé d’un Centre intégré de médecine chinoise à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Créé pour coordonner les expériences en cours, le Centre s’efforce de faire avancer la recherche clinique, en coopération avec la Chine, suite à un accord gouvernemental signé en 2007 et à un nouvel accord signé récemment entre le ministère chinois de la santé et l’AP-HP.

« Pour l’instant, nous mettons l’accent sur l’évaluation et non sur les soins », explique le Pr Baumelou, en soulignant que les études scientifiques menées à ce jour sur l’efficacité de l’acupuncture, principalement en Chine et aux Etats-Unis, sont restées plutôt décevantes. « Mais il y a indéniablement une amélioration de la qualité de vie, même si on ne sait pas si c’est à cause de la prise en charge ou à cause de la technique », ajoute-t-il.

L’efficacité de l’acupuncture sur la douleur n’est pas officiellement reconnue par les autorités sanitaires françaises, même si la Haute Autorité de santé mentionne cette technique parmi les traitements d’appoint pouvant être utilisés dans la polyarthrite rhumatoïde. La Grande-Bretagne vient pour sa part d’émettre pour la 1ère fois un avis positif pour son utilisation dans le traitement des lombalgies.

Parmi les recherches lancées par le Pr Baumelou figurent les effets de l’acupuncture sur les douleurs lombaires pendant la grossesse, ainsi qu’une étude sur une plante de la pharmacopée chinoise qui pourrait avoir un effet positif dans l’atteinte rénale observée chez les diabétiques.

Le Dr Baumelou va devoir se rendre en Chine, toute étude sur cette plante étant pour l’instant impossible en France.

source AFP le 11/10/2012