Les dérives sectaires ont une véritable incidence sur la santé

 

«La santé c’est le sujet numéro 1, ce par quoi on démarre une conversation. De ce fait c’est aussi le domaine de prédilection des dérives sectaires », affirme Serge Blisko, président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) présent hier, en compagnie d’Olivier Tainturier, directeur de cabinet du préfet de Vaucluse, pour présenter, aux acteurs locaux de la sécurité et la santé, les dangers liés aux sectes.

Aujourd’hui, selon les sources de la Miviludes, 4 Français sur 10 auraient recours aux médecines dites alternatives ou complémentaires. Pour Alain Milon, sénateur de Vaucluse et président de la Commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé : « Cet intérêt s’explique en partie parce que certains médecins ne communiquent plus assez avec leurs patients. »

Une idée soutenue par Serge Blisko : « La médecine traditionnelle peut paraître froide. En face, la réponse des praticiens peu scrupuleux, c’est d’être doux avec le patient. »

Une dizaine de pseudo-thérapeutes surveillés en Vaucluse

Pourtant ce sont des vies qui sont en jeu. « Les charlatans guérissent toutes les maladies avec le même protocole. Ils montrent d’abord combien le traitement proposé par le généraliste ou les spécialistes peut être douloureux et en échange, ils conseillent de boire du jus de citron. Pour des personnes qui sont faibles, c’est plus facile de dire oui au jus de citron qu’au traitement de chimiothérapie », ajoute le président de la Miviludes. Il rencontre souvent des familles de victimes totalement dépassées par la situation et qui tentent désespérément de conduire un proche dans un hôpital.(…)

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Quatre partenariats pour protéger les usagers contre les dérives thérapeutiques à caractère sectaire

Le 14/05/2014 – Évènements

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La Miviludes a conclu 4 nouveaux partenariats pour mieux prévenir et protéger les usagers des dérives thérapeutiques à caractère sectaire.

Le nombre croissant de pseudo praticiens, de méthodes thérapeutiques illusoires proposées, de dérives thérapeutiques dues à des pratiques commerciales trompeuses et de formations débouchant sur des qualifications non reconnues par l’Etat inquiètent les pouvoirs publics. Les thérapies complémentaires sont, en effet, en plein essor, tant au plan de l’offre que de la demande de la part des patients. Or, il est de plus en plus fréquent de constater que les promesses et les recettes de guérison, de bien-être et de développement personnel peuvent être au cœur de pratiques dangereuses pour la santé.
Face à cette tendance préoccupante, la prévention paraît comme l’un des moyens les plus efficaces pour sensibiliser le grand public et ainsi éviter les conséquences dommageables et parfois irrémédiables entraînées par ces pratiques.
Aussi la Miviludes a-t-elle conclu au cours des derniers mois des accords de partenariat avec des organismes publics ou privés en signant quatre conventions cadres portant à la fois sur la formation des acteurs de santé publique et sur l’information du grand public :

  • le 25 juin 2013 avec l’Union régionale interfédérale des oeuvres et organismes privés sanitaires et sociaux d’Ile-de-France (URIOPSS-IDF). Ce partenariat a pour objectif principal de former, sensibiliser et prévenir le risque de dérives sectaires dans le domaine de la santé auprès des adhérents de l’Union, responsables d’établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux.
  • le 27 novembre 2013 avec l’Agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France, première convention signée avec une ARS. Elle témoigne de l’engagement des deux institutions de développer une vigilance sur les dérives sectaires en santé et de veiller à l’information et à la protection de l’usager, notamment lorsque celui-ci s’interroge sur son parcours de soins, à savoir le choix du thérapeute ou du traitement « complémentaire ».
  • le 3 décembre 2013 avec la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF). Ce partenariat consiste à mener des actions communes de prévention sur les dérives sectaires potentielles dans le domaine de la santé, par des documents d’information à destination des adhérents mutualistes diffusés par l’intermédiaire des mutuelles et dewww.prioritesantemutualiste.fr, le site « santé pratique » des 500 mutuelles de la Mutualité française.
  • le 11 février 2014 avec l’Ecole des hautes études en santé publique pour la sensibilisation des cadres supérieurs de la santé et du secteur social et médico-social (formations continues et filières professionnelles accessibles sur concours au sein de la fonction publique hospitalière et de la fonction publique d’Etat) au phénomène de l’emprise mentale et des dérives sectaires.

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Les Femen ne sont pas une secte selon la Miviludes

Francetv info

  • Les Femen ne sont pas une secte selon la Miviludes

    Francetv info – Les Femen ne sont pas une secte selon la Miviludes

Georges Fenech est renvoyé dans les cordes, comme le dit 20 Minutes. Le quotidien révèle que la Miviludes, la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, a adressé un courrier au député UMP, jeudi 20 mars, pour rejeter sa demande de classer les Femen comme une secte.

Le 1er févier dernier, le parlementaire, ancien président de la Miviludes, avait dénoncé les pratiques du mouvement féministe né en Ukraine. Farouche opposant au mariage homosexuel, Georges Fenech avait pointé du doigt, entre autres, « des actions spectaculaires, qui s’apparentent à des pratiques à caractère sectaire », la « contestation violente de l’ordre social »« la contestation violente de l’ordre religieux établi » ou encore « la profanation de lieux de culte, selon des méthodes répandues dans les mouvements satanistes ».

 

« Pas de faisceaux d’indices suffisants »

Dans sa réponse, la Miviludes rappelle d’abord le statut associatif des Femen et reconnaît que le groupe s’est manifesté « à plusieurs reprises sur la voie publique d’une manière qui a pu choquer une partie de l’opinion ». Mais ce qui empêche la mission interministérielle de considérer les Femen comme secte, c’est son manque de dangerosité : « Comme vous le savez, la Miviludes procède à l’observation et à l’analyse [des différentes entités] par l’intermédiaire d’outils méthodologiques tels que ‘critères d’appréciation de la dangerosité’, et ‘indices de perception des dérives’. »

Des critères qui ne permettent pas de s’inquiéter face aux actions des Femen : « La Miviludes ne dispose pas de faisceaux d’indices suffisants, pour le mouvement dit Femen, lui permettant d’arriver aux mêmes conclusions que vous, mais nous restons bien entendu vigilants. »

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Buveurs d’urine, Enfants divins, Réunion des crânes: Quand les sectes se mettent au 2.0

Publié le 22 novembre 2013.

JUSTICE – Alors que Serge Blisko, le président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) alerte sur les dangers d’Internet, «20 Minutes» a recensé trois mouvements en vogue sur la toile…

Il a décidé d’y consacrer son rapport annuel. C’est dire si Serge Blisko prend la menace au sérieux. A la tête de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, l’ancien député PS alerte, dans un entretien, sur la propagation des dérives sectaires sur Internet. 20 Minutes a recensé trois pratiques très en vogue en ce moment sur la toile…

Amaroli ou les buveurs d’urine

Florissants en ce moment, les mouvements préconisant des médecines alternatives représentent, d’après Serge Blisko «30% des dérives sectaires en France». Un chiffre en perpétuelle augmentation qui inquiète la Miviludes. «Parmi eux, il y a tous les adeptes de l’urinothérapie qui se retrouvent beaucoup sur Internet», explique le spécialiste.

Présentée comme l’une des plus anciennes thérapies au monde, l’urinothérapie préconise de se soigner en buvant un «Elixir» constitué de sa propre urine. Sur la toile, on trouve ainsi beaucoup de recettes d’Elixir et de communautés qui se retrouvent autour de cette pratique. «La première gorgée a été toute une expérience, avoue sur un forum Christianne. Je me sens différente depuis cette rencontre. Plus en Amour avec mon corps et avec la Vie. Je me prépare pour un jeûne de sept jours…»

Les Enfants divins

Les forces de l’ordre, vigilantes sur Internet, ont pu éviter deux suicides en Bourgogne en février 2011. Deux adeptes correspondaient en effet avec «Flot», gourou des Enfants divins installé au Québec. Invitant ses adeptes à vivre «une relation divine», il promettait aux élus «une ascension pour naître dans un vaisseau de lumière et quitter ce monde pour un nouvel univers».

Les deux Français qui se soumettaient à la discipline du mouvement étaient, selon le gourou, «pratiquement prêtes pour le décollage». De fait, elles avaient pris des dispositions avec les pompes funèbres et projetaient de se suicider pour profiter de l’ascension de lumière.

La réunion des crânes

«Quand il s’est présenté, un matin, à la Miviludes, le jeune homme était perplexe et sans solution», raconte Serge Blisko. Un peu déprimée, sa copine surfait tous les jours sans véritable but. Jusqu’au jour où, à travers un forum de discussion, elle a été approchée par le membre d’un mouvement sectaire.

Après l’avoir rassurée, il a invité la jeune fille à participer à une réunion à Paris. «Elle a dû acheter un crâne avant, raconte encore Serge Blisko. Le jour de la réunion, il fallait poser ses mains sur le crâne pour expulser ses soucis. Cela n’est pas dangereux. Sauf qu’à la fin de la conférence, elle a été invitée à un séminaire en province qui, lui, était payant…»

Source : 20 minutes

Miviludes : «La Scientologie reste notre adversaire le plus coriace»

Par Delphine de Mallevoüe
Mis à jour 

Publié 

Serge Blisko, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.
 

INTERVIEW – La cour d’appel de Paris examine ce mercredi un pourvoi de l’Église de scientologie, condamnée pour escroquerie en bande organisée à 600.000 euros d’amende. Serge Blisko, président de Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) revient sur le bras de fer juridique avec cette organisation.

La Scientologie revient devant les tribunaux français ce mercredi. Après avoir été condamnées en première et deuxième instance à 600.000 euros d’amende pour «escroquerie en bande organisée» (dernier jugement en février 2012), les deux principales structures françaises de l’Église fondée parRon Hubbard voient leur pourvoi en cassation examiné mercredi à Paris. Serge Blisko, le président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) revient sur l’implantation de la secte qui, selon lui, accuse aujourd’hui un net recul.

LE FIGARO – Les procès médiatiques des dernières années ont-ils affecté le développement de la Scientologie en France?

Serge BLISKO – Après en avoir porté au début des années 90, la Scientologie a reçu beaucoup de coups juridiques. Elle reste notre adversaire le plus coriace mais les tribunaux ont fait beaucoup de mal à son image et à son organisation. L’«escroquerie en bande organisée» – ce sont des mots au sens lourd – a été démontrée, actée. La justice a sanctionné et fait savoir que des gens vulnérables et fragilisés, malgré leur haut niveau social, avaient été abusés par elle. J’ai bon espoir que ce nouveau procès confortera une troisième fois notre combat. C’est un enjeu très important.

Les coups portés ont-ils un impact concret, par exemple au niveau du nombre d’adhérents?

Ils ne sont que quelque 5000 aujourd’hui en France. Le noyau dur, lui, ne compte que quelques centaines de convaincus. Tous les autres vont et viennent au gré de stages, de sessions, d’entretiens, c’est difficile à évaluer. Un autre indicateur ne trompe pas: la Scientologie est désormais uniquement sur la défensive, plus sur l’offensive. Pour autant, elle ne lâche pas le morceau, ses cabinets d’avocats ne laissent rien passer. Ils exigent la moindre justification des propos que l’on tient, des droits de réponse, des procès en diffamation… La Scientologie a toujours été redoutable à cause de l’argent considérable dont elle dispose.[…]

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DÉRIVES SECTAIRES: L’EMPRISE SUR NOS INSTITUTIONS

 

Dérives sectaires: l'emprise sur nos institutions 1/2

Georges Fenech, député du Rhône. | Photo Tim Somerset

Paru dans Match

Ces mouvements ne s’attaquent pas qu’aux individus vulnérables. Ils pénètrent aussi des univers hautement ­instruits. Leur mainmise est tentaculaire et mal mesurée par les organes de surveillance. Première partie.

Isabelle Léouffre – Paris Match

Une bien curieuse mésaventure est dénoncée, en 2009, par Georges Fenech, quand il est encore le président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). L’Eglise de scientologie comparait alors devant le tribunal correctionnel de Paris pour « des faits d’escroquerie en bande ­organisée et exercice illégal de la pharmacie ». Le procureur de Paris requiert sa dissolution. « Mais, dans le jugement, on va s’apercevoir que, subrepticement, l’alinéa de la peine infligée n’existe plus ! La “dissolution pour les personnes morales en matière d’escroquerie” a disparu, s’insurge l’actuel député UMP du Rhône. Le procureur a donc requis une peine vide ! »

A ce jour encore, l’affaire reste trouble. Il s’agirait d’une erreur informatique d’un administrateur de la commission des lois qui aurait voulu simplifier le droit. Georges Fenech : « Pour moi, il y a eu manipulation. De qui ? Pourquoi ? Cela reste à définir. » Quelques années auparavant avait également disparu un tome et demi du dossier de l’Eglise de scientologie au tribunal de Paris !… Malédiction ou conspiration ?

Il est aujourd’hui avéré que l’Eglise de scientologie étend son influence par une présence tentaculaire jusqu’au cœur du pouvoir, en plaçant ses adeptes à des postes clés, dans tous les domaines : médias, industrie, administration, tourisme, informatique… Comme toute entreprise, le but est d’asseoir son empire financier, de maintenir sa puissance et de poursuivre son développement. Ron Hubbard, son fondateur, l’avait déclaré haut et fort : « Le jour où tous les scientologues se tiendront la main, nous prendrons la planète. »

LES DOMAINES DE LA SANTÉ ET DE LA FORMATIONSONT AUJOURD’HUI LES PLUS TOUCHÉS PAR LES SECTES

Outre, sans doute, celui du ministère de la Justice, c’est aussi le parc informatique du ministère de l’Intérieur puis celui des policiers du Raid qui avaient été infiltrés dans les années 90. Un moyen efficace pour prévenir toute action qui mettrait en péril l’existence de la secte. Sans remords. « Une secte est convaincue qu’elle n’a pas à obéir aux règles de la société car elle est, par essence, différente et supérieure », explique Jean-Pierre Jougla, ancien avoué à la cour.
Aujourd’hui ce sont les domaines de la santé et de la formation qui sont les plus directement touchés par les dérives sectaires. Selon Georges Fenech, sur 60 000 organismes de formation professionnelle qui occupent un vaste marché de 40 milliards d’euros, entre 1 500 et 2 000 sont des faux nez d’organisations sectaires. « Elles infiltrent l’entreprise, recrutent de potentiels adeptes et, en même temps, s’enrichissent. » Par le biais de la communication institutionnelle et des ressources humaines, elles espèrent tisser des liens avec des dirigeants d’entreprise, ce qui facilite par la suite l’embauche de leurs membres à des postes stratégiques.

Mais de quoi se compose cette immense nébuleuse ? Il existe, d’un côté, les grandes sectes internationales qui s’appuient sur leurs dogmes fondateurs tout en adaptant leur discours aux besoins de la société (scientologie, témoins de Jéhovah, Moon, raëliens…). De l’autre, des gourous isolés qui créent leur propre communauté d’une vingtaine de personnes « pour dispenser du bien-être » (lire les témoignages). Entre ces deux situations, la frontière est ténue car leurs fondements sont identiques. La députée PS Catherine Picard, présidente de l’Union nationale de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (Unadfi), en énumère les conséquences fâcheuses : « Rupture familiale, exigences financières ruineuses, discours antisocial, troubles à l’ordre public. Et, surtout, une emprise mentale terrifiante. »

Aujourd’hui, 25 % des Français affirment connaître une victime de ces dérives. « Amplifié par Internet, le phénomène est en expansion, prévient Georges Fenech. Cela s’explique par les crises économique, environnementale, morale et religieuse que nos sociétés traversent. » Face à cette vacuité, la secte peut donc aisément se substituer à Dieu comme aux institutions. En quête de sens, les gens s’ouvrent plus volontiers à d’autres alternatives. Les jeunes, en perte de repères, sont aujourd’hui les cibles les plus faciles à atteindre. Georges Fenech alerte notamment sur les deux mouvements en vogue, le reiki et, surtout, le chamanisme : «Lors de leur voyage chamanique, proposé par un gourou sans formation, un jeune homme et une jeune fille sont morts après avoir absorbé de façon anarchique de l’iboga et de l’ayahuasca, des plantes hallucinogènes utilisées par les sorciers guérisseurs du Gabon et du Pérou. »

Dans le domaine du développement personnel, les chômeurs constituent des proies idéales, notamment à travers Pôle emploi que certains considèrent comme un potentiel vecteur de recrutement. Grâce au Répertoire opérationnel des métiers et des emplois (Rome), créé en décembre 2009, il leur est proposé des reconversions dans toutes les professions ayant trait au coaching et au bien-être. Conscients du risque, les pouvoirs publics ont mis en place des grilles de lecture sur les dérives sectaires afin de limiter les dégâts. « Les demandes en matière de santé ou de spiritualité sont légitimes, ce sont les réponses d’escrocs qui ne le sont pas ! » s’indigne Catherine Picard.

POUR GEORGES FENECH, LE PLUS DANGEREUX EST LE RISQUE DE DÉRIVEQUI TOUCHE LE MARCHÉ TRÈS IMPORTANT DES MÉDECINES PARALLÈLES

La France, pays laïque et cartésien, attaché à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, n’est pourtant pas un terrain facile pour le prosélytisme. Tout acte de ce genre à l’intérieur d’une administration est sanctionné, en vertu du Code de la fonction publique. Certaines sectes avancent donc masquées, comme Moon qui est entrée à l’Unesco par le biais d’associations pour la paix. D’autres, en revanche, à l’instar de la scientologie, veulent changer leur image détestable par des actions ouvertes de type humanitaire. Ainsi, le comédien et scientologue Xavier Deluc a-t-il créé Non à la drogue, oui à la vie, une association pour toxicomanes.

Mais le plus dangereux, pour Georges Fenech, reste « la dérive thérapeutique à caractère sectaire » avec le marché très important des médecines parallèles. « Certaines femmes atteintes d’un cancer, mal conseillées par le Dr Hamer qui prônait “le décodage biologique“ comme méthode de soins, ont arrêté leur chimiothérapie et en sont mortes. Sans parler du plus grand génie de notre temps, Steve Jobs, le créateur d’Apple, qui a refusé l’opération de son cancer sur l’avis de son naturopathe. Il décédera, victime du charlatanisme de son pseudo-médecin. » On le voit, les cerveaux les plus brillants ne sont pas épargnés !
Aujourd’hui, ces médecines parallèles, dont la réflexologie, la kinésiologie et le fameux reiki, ont même droit de cité au sein de certains hôpitaux de France, ce qui revient à les légitimer ! C’est ce que l’enquête d’Olivier Hertel, de « Sciences et avenir », vient de révéler. Le journaliste souligne que « ces techniques de “réharmonisation énergétique” seraient sans conséquence s’il s’agissait simplement de relaxation. Mais le document en notre possession suggère qu’elles permettent la guérison du cancer et autres maladies graves ». Depuis le 3 octobre 2012, le Sénat a nommé une commission d’enquête sur « l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé ».

Pis encore : c’est au cœur même des universités de médecine que commence l’infiltration des gourous qui ont trouvé là le lieu idéal pour former des disciples. Olivier Hertel a répertorié dix-sept thèses de fasciathérapie et ses dérivés (lire l’encadré) dans six universités ainsi que dans les laboratoires du CNRS, de l’Inserm et d’AgroParisTech. « A Angers, les étudiants en médecine doivent obligatoirement lire un ouvrage vantant la thérapie chamanique dont l’éditeur est aussi maître de conférences dans cette faculté !, raconte le journaliste. Là où la médecine classique n’a pas de réponse, les médecines parallèles s’offrent comme l’ultime recours. » n Isabelle Léouffre

« Apocalypse, menace imminente ? Les sectes en ébullition », de Georges Fenech, éd. Calmann-Lévy.Point final

Trois exemples d’infiltration des CHU français

Le 22 juin 2012, le Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes a rappelé que la fasciathérapie n’est pas reconnue par la profession. Cela n’empêche toujours pas le fasciathérapeute français Danis B. et ses disciples d’œuvrer au sein d’au moins cinq hôpitaux français. Sa pratique « soutient l’existence dans le corps d’un mystérieux mouvement animant les fascias, tissus conjonctifs qui délimitent les organes, un mouvement imaginaire qui aurait un impact sur la santé », raconte le journaliste Olivier Hertel dans le magazine “Sciences et avenir”.

Adepte de la secte de Shri Ram Chandra dans les années 80, Danis B. a mis au point cette pratique « dans la prévention ou le soutien du cancer, de la sclérose en plaques, du déficit immunitaire… ». Pour pénétrer les institutions universitaires françaises, il a obtenu un diplôme en sciences de l’éducation à Séville, puis s’est fait nommer professeur dans une université privée de Lisbonne avant de devenir professeur associé à l’université de Rouen… Il a ensuite créé un doctorat de fasciathérapie reconnu par l’Etat, via son école privée à Ivry-sur-Seine ! « Un business très lucratif puisque la marque “méthode Danis B.” affichait déjà en 2009 un chiffre d’affaires de plus de 1 million d’euros ! » relève Olivier Hertel qui affirme que le personnage bénéficie de soutiens de poids à l’intérieur même du système universitaire.

De son côté, au CHU de Nantes, Lise C., chercheur au CNRS, s’est alarmée de la mise en place d’un diplôme d’hypnose erick­sonienne, une thérapie proche de la programmation neuro-linguistique (PNL), bien éloignée de l’hypnose médicale utilisée pour les anesthésies. « Lors d’un conseil d’administration, j’ai pris position contre ce diplôme, raconte-t-elle. Je redoute en effet les dérives sectaires et les techniques de manipulation mentale au sein de l’université. » Mais la directrice du CHU a balayé ses doutes en prenant la défense du chef de service en psychiatrie, Wilfrid M., qui est aussi le président de l’association ARePTA, dispensant l’enseignement de l’hypnose ericksonienne pour environ 1 500 euros les quatre sessions de trois jours. (Les internes en médecine bénéficient d’une ristourne de 20 %…)

Dernière révélation de taille du journaliste Olivier Hertel concernant l’université d’Angers : le grave conflit opposant un directeur de l’Inserm à une professeure de médecine de son laboratoire, proche d’Omalpha, un mouvement ésotérique mystique mené par un Canadien. La prof a porté plainte pour harcèlement moral contre le directeur qui a été condamné pour avoir dénoncé des interférences spiritualistes avec la rationalité de ses ­recherches. Or, les investigations de Hertel ont mis en évidence les accointances d’Omalpha avec la secte russe Ashram Shambala, dont le gourou est actuellement jugé pour la création de réseaux de prostitution internationaux, entre autres. Hertel s’interroge à juste titre : « Que doit-on craindre de la présence d’organisations criminelles dans le périmètre d’une université et d’un laboratoire de recherche ? »

« Le psychiatre racolait dans son centre pour “la roue de médecine” », Sébastien Q., 43 ans

A 33 ans, en proie à de terribles angoisses, je suis sous antidépresseurs et anxiolytiques. Un psychiatre, Eric R., me propose un panel de psychothérapies, dont la méthode Gestalt que je choisis. Il s’agit d’entretiens d’une heure tous les quinze jours avec Marie-France V., la quarantaine rassurante. Au bout de trois mois, elle me propose un stage de Gestalt, 350 euros pour un week-end. Nous sommes douze participants dans un gîte isolé, encadrés par Marie-France V. et une autre gestaltiste, Marie-José F. Quand celles-ci m’annoncent qu’elles vont s’installer à leur compte, à 45 euros les quarante-cinq minutes, je les suis. Le
Dr Eric R. m’y encourage.

Rapidement, outre les séances bimensuelles, ma psy me conseille un travail en groupe, à 90 euros la journée, une fois par mois. J’y rencontre une majorité de femmes, des gens issus de tous les milieux sociaux, instruits pour la plupart, ce qui me rassure. Nous n’avons ni le droit de nous retrouver en dehors des séances ni celui d’évoquer notre travail à nos proches : ils ne comprendraient pas. J’accepte aussi un stage de rebirth en piscine, à 400 euros le week-end, « pour revivre ma naissance ». Je poursuis mes séances encore deux ans. Etrangement, je parviens de moins en moins à me situer dans la vie. Pourtant, je me rends à un nouveau stage, à 450 euros les quatre jours.

SÉBASTIEN: «ANGOISSES, MÉDICAMENTS, IDÉES SUICIDAIRES:JE SUIS PERSUADÉ QUE LA THÉRAPIE VA DURER TOUTE MA VIE»

Cette fois-ci, il se déroule sous les auspices de Nadeije A. Cette chamane amérindienne est venue du Canada délivrer le message de « la roue de médecine », un chemin d’éveil et de croissance spirituelle qui n’a de médical que le nom. Bien plus tard, je saurai par la police qu’elle est en réalité la référence de nombreux médecins parisiens radiés de l’Ordre pour pratiques douteuses. Avec stupeur, j’apprendrai aussi que le Dr Eric R. s’est lui-même marié avec Marie-José F. sous l’égide de « la roue de médecine » de Nadeije ! C’est donc pour elle et sa comparse qu’il racole les clients dans son centre public ! Neuf mois s’écoulent, mes angoisses reviennent, je reprends des médicaments. J’appelle Marie-France V. qui me reçoit en urgence. Je suis maintenant persuadé que la thérapie va durer toute ma vie. C’est en tout cas ce que Marie-France m’affirme.

Vers 40 ans, je commence à penser au suicide. Je me réfugie chez mes parents et leur dévoile tout. Leur fermeté m’aide à y voir clair. Je me rends à ma dernière séance avec Marie-France V. Je paie et je pars. Pour toujours. Même si je lui ai déjà avancé trois chèques de 90 euros pour les groupes à venir ! Au total, j’aurai dépensé 5 000 euros en sept ans pour rien ! Je réclame alors mes trois chèques de 90 euros. Marie-France refuse. Je porte plainte. Je suis stupéfait d’apprendre que j’ai été victime d’une dérive sectaire. Les responsables de l’Adfi, qui défend les victimes de sectes, se portent partie civile. Curieusement, notre dossier a été classé. Mais nous allons faire appel contre Marie-France V. et Marie-José F. pour abus de faiblesse. »

« J’ignorais que mon école hôtelière appartenait à l’Opus Dei », Catherine Tissier

Quand, à 29 ans, ce 13 janvier 2001, je quitte l’Acut (Association de culture universitaire et technique), proche de l’Opus Dei, je suis malade et je dois apprendre à vivre en société, à gérer mes comptes… Je n’arrive plus à sortir seule. J’ai l’impression que l’organisation me suit pour essayer de me récupérer. Je n’ai pas tort : par trois fois, la directrice et une prof de l’école débarquent par surprise chez mes parents pour m’emmener “faire un tour dehors“. Je refuse et ne les reverrai plus. Mais je ne m’en débarrasse vraiment qu’en portant plainte en novembre 2001. J’attendrai dix longues années que mon procès ait lieu, en novembre 2011. Entre-temps, je me suis reconstruite.

Tout commence à mes 14 ans, à Provins. Jeune fille sage et docile, je suis en cinquième et je recherche un métier manuel. Au centre de documentation du collège, je trouve la brochure de l’école hôtelière Dosnon, à côté de Soissons, qui propose un CAP d’employée d’hôtel. J’ignore que cette école de filles appartient à l’Opus Dei… Depuis mon procès, c’est désormais indiqué sur les plaquettes ! J’y suis admise. L’ambiance est chaleureuse, je me sens en famille. Nous sommes cinq nouvelles recrues, vingt et une au total. Une petite structure qui met les parents en confiance. Durant ces trois ans de formation, nous rentrerons à la maison toutes les trois semaines. Une préceptrice nous aidera dans notre scolarité. Je vis dans un cocon. Je perds tout esprit critique. On n’a droit ni au radio­réveil, ni aux livres, ni à la télévision. On doit laisser la porte ouverte quand on téléphone à ses parents, une fois par semaine. Mais rien ne m’alerte.

Toutefois, quand notre préceptrice nous suggère de nous confesser puis m’incite à venir à la messe le dimanche, je refuse. Elle me culpabilise. Je finis par accepter, de peur d’être mise à l’écart. Et l’emprise se fait. Transformée en directrice de conscience, elle me demande de ne pas évoquer la religion à mes parents, ils ne comprendraient pas. Une façon insidieuse de me séparer d’eux.

En fin de deuxième année, quand l’école leur annonce enfin qu’elle appartient à l’Opus Dei, mes parents se renseignent auprès de prêtres de leur paroisse qui se montrent critiques envers l’organisation. Mais, comme mes études se terminent, ils pensent que je vais bientôt en sortir. Au même moment, la préceptrice me conseille de devenir “numéraire auxiliaire” et me félicite d’avoir si bien intériorisé “le plan de vie de l’Opus Dei” : dès 6 heures, je me lève d’un seul coup. C’est “la minute héroïque” : j’offre ma journée à Dieu. Puis s’enchaînent prières, messe, lecture spirituelle, angélus, chapelet, examen de conscience avant de me coucher à 22 heures : ai-je consacré tout mon travail à Dieu ? Et les autres, se sont-elles bien comportées ? N’ai-je pas manqué l’occasion d’une “correction fraternelle” ? Car on doit se surveiller mutuellement. S’ajoutent la retraite spirituelle, une fois par an, et trois semaines d’enseignement de catéchisme intégriste. Un véritable lavage de cerveau.

«MAINTENANT QUE VOTRE FILLE ESTMAJEURE, SA FAMILLE, C’EST L’OPUS DEI»

En troisième année, le 18 novembre 1987, pour avoir la paix, je m’engage dans l’Opus Dei. Je ne travaillerai jamais dans un hôtel mais toujours pour l’organisation. Tant pis. A 17 ans, je suis déjà logée et nourrie. Mais on ne rémunérera jamais mon travail. Je toucherai aussi de l’Etat l’aide au logement qui ira également dans les caisses de l’Opus Dei. Juste après mon diplôme, on m’envoie un an en Angleterre dans le centre de l’Opus ; puis je suis placée à Paris où je commence à travailler. Là, je fais une dépression nerveuse. Je n’ai pas d’amis. De toute façon, je n’ai jamais eu d’amis véritables : si je rencontre des gens, je dois essayer de les ramener à l’Opus Dei. Sept personnes par an. Un vrai défi ! Mais leur château de Couvrelles et leur centre culturel parisien Garnelles sont à disposition des membres pour recevoir des invités autour d’attrayantes formations ou conférences. Raffarin, Bébéar, Drucker, des personnalités défilent en ignorant qu’ils sont à l’Opus Dei. Les étudiants amènent leurs copains de fac…

Moi, je n’ai plus de forces. Ils m’ont coupée de mes parents en décrétant : “Maintenant que votre fille est majeure, sa famille, c’est l’Opus Dei.” Quand je les vois, une fois par an, ils assistent impuissants à la dégradation de mon état. Ils appellent à l’aide Mgr Lustiger. Sans réponse. Je suis suivie par un médecin surnuméraire de l’Opus Dei qui m’a mise sous neuroleptiques et tranquillisants. Je deviens un fantôme. Ma vie se résume au travail et aux prières. Je me ressaisis. Mais quand je parle de mon désir de partir, on m’assomme chimiquement un peu plus. Je tente de me suicider. On m’hospitalise à Sainte-Anne en précisant aux soignants : “Si sa famille vient la voir, vous les mettez dehors.”

Le 13 janvier 2001, je passe mon week-end annuel chez mes parents. Je ne mange plus, ne me lave plus et je pèse 39 kilos. Par hasard, j’ai sur moi l’ordonnance du médecin de l’Opus Dei. Mes parents s’en saisissent et m’amènent chez leur généraliste qui connaît toute l’histoire. Il me confirme ce que je pressens : « Si tu ne restes pas ici pour reprendre du poids, dans trois jours, c’est la morgue. » Dans la foulée, ma mère menace l’Opus Dei d’une plainte pour non-assistance à personne en danger s’ils ne m’autorisent pas à me reposer. Ils sont forcés d’accepter. Ces quinze jours me sauvent. Aujourd’hui, je reste la seule à avoir osé leur intenter un procès… Je l’ai perdu mais, avec mon avocat, Me Bosselut, je fais appel pour la troisième fois. »Point final

Source : http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/Derives-sectaires-l-emprise-sur-nos-institutions-1-2-452885/

Sectes : une «autorisation tacite» des administrations

Au Sénat, une commission d’enquête sonde les dérives sectaires dans le domaine de la santé. Administrations et établissements sont appelés à renforcer leur vigilance.

Guérir le cancer au jus de citron, combattre le diabète par apposition des mains, se délivrer des maladies en se «nourrissant» d’air… Près de 400 pratiques «non conventionnelles à visée thérapeutique» sont proposées en France, selon la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Si elles ne s’accompagnent pas toutes de manipulations, ces pratiques sont «une véritable porte d’entrée pour les mouvements sectaires», estime le sénateur (RDSE) Jacques Mézard. La commission d’enquête dont il est rapporteur, depuis le 10 octobre 2012, en mesure le danger – et découvre une certaine apathie des administrations sur le sujet…

Atomisation
Actuellement, les dérives sectaires dans le domaine de la santé représentent un quart des signalements faits à la Miviludes. Trois mille médecins seraient en lien avec la mouvance sectaire, estime-t-elle dans un guide publié en avril 2012… Son nouveau président Serge Blisko, premier auditionné par la commission, rapporte en outre une «atomisation du phénomène sectaire», particulièrement «dans le domaine de la santé» : les manipulations s’exercent, de plus en plus, au sein de petites structures.

Les personnels soignants eux-mêmes sont exposés à ces dérives. Georges Fenech, ancien président de la Miviludes, évoque ainsi la «pénétration du milieu hospitalier par certaines organisations». Des «comités de liaison hospitaliers», par exemple, viennent y faire respecter le refus de la transfusion sanguine par les adeptes des Témoins de Jéhovah… Pour sa part, Serge Blisko appelle les dirigeants des structures sanitaires et sociales à être «extrêmement attentifs» au contenu des formations proposées à leurs personnels, notamment en matière de gestion du stress.

ARS
Plusieurs administrations de la santé sont également invitées à redoubler de vigilance. Depuis le début de l’année, la Miviludes a ainsi signalé 42 pratiques suspectes aux agences régionales de santé (ARS). Mais «certaines ont, plus que d’autres, une sensibilité sur cette question», avance Serge Blisko.

Une circulaire du 23 juillet 2010 demande à chaque directeur général d’ARS de désigner un agent référent, en matière de lutte contre les dérives sectaires dans les établissements et services médico-sociaux. Le président de la Miviludes a plusieurs fois réclamé, au ministère de la Santé, la liste nominative de ces référents ; en vain. «Je crains qu’elle ne soit très courte», déplore Serge Blisko… Or cette inertie administrative est «perçue par les charlatans de la santé comme une sorte d’autorisation tacite» à manipuler.

Le ministère de la Santé est également mis en cause. Un arrêté du 3 février 2009 a en effet créé un «groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique», auprès du directeur général de la santé (DGS). Ce comité est notamment chargé de distinguer les techniques dangereuses des méthodes prometteuses. «Le rythme de travail doit s'(y) accélérer», réclame Serge Blisko. Georges Fenech évoque même des «blocages» dans cette instance.

«Les premières fiches sur des pratiques non conventionnelles à visée dite thérapeutique devraient être mises prochainement» sur le site internet du ministère de la Santé, répond aujourd’hui la DGS. Elle souligne que les évaluations des différentes pratiques «nécessitent un travail important, qui est donc long». Un délai malheureusement profitable aux gourous charlatans…

 

Olivier Bonnin

Source : http://www.gazette-sante-social.fr/actualite/a-la-une-sectes-une-autorisation-tacite-des-administrations-35839.html

Serge Blisko : « nous allons alerter les universités et les hôpitaux des risques d’infiltration »

Créé le 26-10-2012 à 14h47 – Mis à jour à 16h32
Olivier Hertel
Par 
Sciences et Avenir
L’enquête de Sciences et Avenir révèle les dérives sectaires et thérapeutiques dans les hôpitaux et universités en France. La réaction de Serge Blisko, président de la Miviludes.
Serge Blisko, président de la Miviludes. Yves Malenfer/ Matignon
Serge Blisko, président de la Miviludes. Yves Malenfer/ Matignon

SERGE BLISKO est président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Dans sa réaction aux révélations de l’enquête de Sciences et Avenir, il évoque notamment sa volonté d’alerter les présidents des universités et s’inquiète en particulier de la situation de l’université d’Angers.

Auditionné au Sénat le 24 octobre par la commission d’enquête sur les risques de dérives sectaires dans le domaine de la santé, Serge Blisko a réaffirmé sa volonté d’être ferme sur ces sujets en proposant quelques pistes de réflexion pour améliorer la réglementation (voir encadré).

Sciences et Avenir: Êtes-vous inquiets de l’infiltration de mouvements pseudo-thérapeutiques au sein des hôpitaux et des universités déjà dénoncés par la Miviludes ?

Serge Blisko: Oui, car ce que nous découvrons avec votre enquête, ce sont leurs méthodes d’entrisme. Par exemple, je regrette la
facilité avec laquelle des diplômes, reconnus au niveau européen, sont délivrés dans des universités privées à l’étranger, dont on ne sait pas grand-chose. Mais se pose aussi la question des diplômes universitaires (DU)* qu’on a vu fleurir un peu partout en France, sans vraiment de contrôle. Le problème, c’est que ces DU représentent une source de revenu importante pour les universités.

SeA: Allez-vous intervenir ?

SB: Nous allons alerter les présidents d’universités, mais aussi la conférence des doyens des facultés de médecine, pour qu’ils prennent conscience que certains DU sont la porte ouverte à toutes les dérives. Quant à Angers, nous devrons en discuter avec le nouveau cabinet du ministre de la Santé, car il y a là un vrai problème. Mais il reste que les universités disposent d’une grande autonomie. Enfin, pour ce qui est de l’infiltration des hôpitaux, nous alerterons la Fédération hospitalière de France et les organisations patronales des établissements de santé.

SeA: Ces mouvements noyautent des colloques comme Ecomédecine, placé sous le haut patronage de la ministre de la Santé, Marisol Touraine. N’est-ce pas un étrange mélange des genres ?

SB: Effectivement, car les mouvements dont vous parlez recherchent auprès de partenaires prestigieux un gage de respectabilité. Ce système de haut patronage en particulier devrait sûrement être revu, car il ne veut rien dire et peut être détourné. Or, il n’est pas toujours facile de vérifier le contenu de ces manifestations auxquelles un ministre accorde sa confiance.

Propos recueillis par Olivier Hertel

 

Les pistes évoquées par Serge Blisko :

Lors de son audition au Sénat, Serge Blisko a proposé quelques pistes de réflexion pour améliorer la lutte contre les dérives sectaires dans le domaine de la santé et dans les universités. Voici les plus importantes :

1/ Solliciter une enquête du ministère de l’enseignement supérieur sur le contenu des diplômes universitaires d’enseignement à des pratiques non conventionnelles

2/ Interdire des pratiques qui auront été jugées dangereuses par le groupe d’appui technique GAT de la direction générale de la santé et dont le rôle est d’évaluer les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutiques.

3/ Lancer une campagne nationale de sensibilisation aux pratiques sectaires dans le domaine de la santé

4/ Renforcer le contrôle des rectorats sur les formations faussement diplômantes ou l’usage illicite du titre d’université ou de master

5/ Interdire toute certification de modules de formation à des pratiques thérapeutiques non validées

6/ Soumettre à l’avis du GAT l’introduction de pratiques non conventionnelles à l’hôpital, selon une procédure d’urgence

Source:  http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/decryptage/20121026.OBS7211/serge-blisko-nous-allons-alerter-les-universites-et-les-hopitaux-des-risques-d-infiltration.html