Monflanquin : »pas un gourou, un prédateur »

Par Marc-Antoine Bindler avec Stéphane Place

Publié le 13 novembre 2012 à 16h10Mis à jour le 13 novembre 2012 à 16h57

C. de Védrines : "Tilly n'est pas un gourou mais un prédateur"© MAXPP

TÉMOIGNAGE E1 – Christine de Védrines est soulagée par la condamnation de Thierry Tilly.

Thierry Tilly, gourou présumé dans l’affaire dite des « reclus de Monflanquin » a été condamné mardi à huit ans de prison ferme pour « abus de faiblesse de personnes en état de sujétion psychologique ». De la grand-mère aux petits-enfants, pendant dix ans, le gourou présumé a entraîné onze membres de la famille de Védrines dans une incroyable descente aux enfers.

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Sur « les conseils avisés » de Thierry Tilly, cette grande famille aristocratique du Sud-Ouest s’est délestée d’un patrimoine de 4,5 millions d’euros… au profit d’une fondation humanitaire fantôme. Christine de Védrines, une des « reclus de Montflanquin » a réagi à cette condamnation au micro d’Europe 1.

« C’est un minimum »

Elle est une des premières à être sortie de l’emprise du gourou en mars 2009. C’est elle qui a amorcé la fin du cauchemar pour sa famille, en expliquant au juge d’instruction comment la fortune familiale s’est évaporée et comment le gourou manipulait la famille depuis dix ans.

Christine de Védrines :  » M. Thierry Tilly n’est pas un gourou, c’est un prédateur »

« Il a tout de même failli nous anéantir, nous et nos enfants. Donc huit ans de prison ferme, pour moi, c’est un minimum », a confié Christine de Védrines au micro d’Europe 1.

« Une famille normale »

Pour cette femme dont le mari, gynécologue réputé, avait fermé brusquement son cabinet pour se reclure,  » M. Thierry Tilly n’est pas un gourou, c’est un prédateur ». « Nous, nous étions une famille normale à qui il est arrivé une histoire anormale. Il faut faire attention, la plupart des gens peuvent être manipulés », a-t-elle avertie.

« Je pense que cette décision va pouvoir aider d’autres personnes. J’espère, humblement, que ce procès pourra faire date », a-t-elle conclu, dans un soulagement relatif.

Source : http://www.europe1.fr/France/Monflanquin-pas-un-gourou-un-predateur-1310021/

La longue attente des ruinés de Monflanquin

 

Sous l’emprise d’un gourou, une famille d’aristocrates bordelais a été dépouillée de 5 millions d’euros. À trois jours du délibéré, deux victimes se confient au JDD.

Christine Védrines
Paru dans leJDD

Christine Védrines, au tribunal lors du procès. (Maxppp)

« On accepte de parler à la presse entre le procès et le délibéré mais après, c’est fini, on veut retomber dans l’oubli », préviennent-ils. Mercredi, la « parenthèse » dans la vie de Christine et Charles- Henri de Védrines pourrait se fermer si l’accusé ne fait pas appel de la décision qui sera rendue par le tribunal correctionnel de Bordeaux. Pendant dix ans, l’agricultrice et le gynécologue issus d’une famille d’aristocrates se sont retirés de la société avec leurs trois enfants et six autres membres de leur famille, jusqu’à devenir les « reclus de Monflanquin », du nom du village du Lot-et-Garonne où le clan avait la plupart de ses propriétés.

L’homme aujourd’hui accusé de les avoir manipulés s’appelle Thierry Tilly. Le procureur a requis dix ans de prison à son encontre pour escroquerie, séquestration et abus de faiblesse sur personnes en état de sujétion psychologique. « Nous espérons que cette peine sera confirmée », confie Charles- Henri de Védrines. « Dix ans, c’est ce qu’il nous a pris. Mais cela ne nous rendra pas ce qu’on a perdu. »

Un descendant des Habsbourg qui court le 1.000 m en 3 min 15

Ce qu’ils ont perdu : l’argent qui dormait sur leurs comptes, le château familial de Martel, à Monflanquin, trois maisons, deux appartements, un garage, un local commercial, le cabinet médical de Charles-Henri à Bordeaux, les meubles et tableaux de famille et des choses « sans valeur, comme les lettres qu’on s’échangeait quand on était jeunes », soupire Christine. « Nous n’avons assisté à aucun de nos déménagements. À part les valises que nous avons prises pour quitter la maison, tout a disparu. Tout! » Une partie a été saisie par les huissiers, le reste s’est évaporé au gré des « placements financiers » que Thierry Tilly disait effectuer pour la famille. Le préjudice pour les onze est estimé à 5 millions d’euros, dont 4 millions pour Charles-Henri et Christine.

Les bancs du tribunal correctionnel de Bordeaux avaient du mal à contenir tout l’auditoire lors du procès qui s’est tenu du 24 septembre au 5 octobre. « Il y avait des curieux, mais aussi beaucoup d’amis de la famille, souligne Charles-Henri. Ils avaient besoin de comprendre ce qui nous était arrivé. »

De l’ISF au RSA

Difficile d’admettre qu’un médecin renommé, un cadre de l’industrie pétrolière et un diplômé d’école de commerce aient pu tomber dans les pièges de celui qui a fait rire l’auditoire. À la barre, Thierry Tilly soutient, pêle-mêle, que sa grand-mère est la cousine de Václav Havel, qu’il descend des Habsbourg, a des diplômes remis par Bernard Kouchner, travaille pour des organisations supranationales en lien avec l’ONU et court le 1.000 m en 3 min 15. « Il a fait le show pour nous ridiculiser. Il ne nous a même pas adressé un regard », s’insurge Christine. « Ce n’est pas du tout le Thierry que nous avons connu! » – le couple continue de l’appeler par son prénom, « par habitude » – « Nous ne sommes pas des benêts tombés dans les mains d’une secte. Nous sommes des gens ordinaires auxquels il est arrivé quelque chose d’extraordinaire! »

Ils payaient l’impôt sur la fortune mais vivent aujourd’hui dans un HLM. « Quand je suis revenue en France après avoir fui l’Angleterre [où Tilly avait convaincu la famille de s’exiler en 2008], j’étais au RSA. Vous imaginez le choc… Il faut accepter l’aide quand on en a besoin », confie celle qui tient à son élégance malgré tout. L’agricultrice a repris une activité dans une association. Quant au gynécologue, après deux ans de convalescence, il a retrouvé son emploi. « Nous sommes ruinés. Je devrai exercer jusqu’à ma mort pour payer mes dettes. » Surtout que son épouse craint de ne plus pouvoir travailler très longtemps. « J’ai dû me faire opérer des deux hanches à cause des mauvais traitements subis lors des séquestrations. Si mon mari part avant moi, je deviendrai une charge pour les enfants. »

Leurs enfants ont désormais 35, 31 et 27 ans. « Ils se battent pour s’en sortir. Moi je ne me pardonne toujours pas de ne pas avoir su les protéger », avoue leur mère. Son couple a survécu à l’épreuve. Pourtant, son époux a pris part au calvaire que Thierry Tilly lui a fait subir. « Je ne peux pas lui en vouloir, il n’était pas dans son état normal. » La femme effacée d’autrefois a laissé place à une dame au caractère bien trempée, « même un peu trop parfois », taquine son mari avant de se raviser. « On lui doit beaucoup. C’est elle qui a porté plainte après sa sortie. Sans elle, je serais sûrement dans une fosse commune à Oxford. »

Claire Le Nestour – Le Journal du Dimanche

Source : http://www.lejdd.fr/Societe/Justice/Actualite/La-longue-attente-des-ruines-de-Monflanquin-574873

A Monflanquin, le village qui fait mine de ne pas s’intéresser

Publié le 04/10/2012 | 07:09 , mis à jour le 04/10/2012 | 12:03
Le château de Martel, où onze membres de la famille Védrines ont vécu reclus des mois durant, à Monflanquin, dans le Lot-et-Garonne. 

Le château de Martel, où onze membres de la famille Védrines ont vécu reclus des mois durant, à Monflanquin, dans le Lot-et-Garonne.

(SALOME LEGRAND / FTVI )

PROCES DE MONFLANQUIN – Il y a deux petits tronçons de rue commerçante, de part et d’autre de la place carrée, à Monflanquin (Lot-et-Garonne). Mais les Védrines, famille implantée depuis trois siècles et dont onze membres ont été manipulés durant dix ans,« on connaît pas tant que ça ». Leur « gourou », l’invraisemblable Thierry Tilly, est jugé depuis lundi 24 septembre devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. Les quotidiens régionaux, gros titres sur « les reclus de Monflanquin » en une, traînent sur tous les comptoirs, mais la plupart des 2 000 âmes de ce village médiéval accroché à un coteau esquivent le sujet. Bien qu’ils n’en pensent pas moins. Reportage.

« Ils se sont fait avoir comme des bleus ! »

« Oui, on les croisait, ‘bonjour, bonjour’, mais de là à vous en parler », botte en touche Jean-Luc, le vendeur de jouets en bois à qui tout le monde vous conseille de vous adresser. « Je peux vous dire qu’ils ont deux bras, deux jambes, et même des cheveux », se marre-t-il, pommettes hautes sous sa casquette de toile grise floquée « région Aquitaine ». Dans le café attenant, Claude*, qui vérifie que « c’est bien l’heure », avant de commander « un petit jaune », a « côtoyé les Védrines », ils étaient « ses clients »« Enfin, pas eux, mais leurs cousins », rectifie-t-il rapidement en entretenant le flou pour éviter toute question.

Comme à l’époque des faits, les habitants de Monflanquin jouent la prudence. « C’était un peu les hobereaux du coin. Quand j’y suis allé en reportage en 2003, tout le monde savait ce qui se passait [au château de Martel, à trois kilomètres de là], mais personne ne disait rien, ils respectaient cette famille, figure locale », décrypte un journaliste de la presse régionale qui suit le dossier. Et s’ils ont vendu le château, les Védrines possèdent encore deux propriétés dans les parages.

Pull à losanges aux couleurs passées, sourire aussi large que la calvitie, Claude reconnaît : « C’est difficile, ici, de parler de la famille. » « C’est privé et ça n’a aucun intérêt », tente à deux reprises son copain d’apéro, qui s’est contenté d’un café. Mais bon, ça les intéresse suffisamment pour qu’ils connaissent nombre d’éléments du dossier. Certains avérés, comme le remariage de Ghislaine de Védrines avec Jean Marchand, séparés pendant huit ans (la première a été manipulée, l’autre a été écarté par le gourou). Et d’autres plus fantaisistes, sur Thierry Tilly, le manipulateur, notamment : « C’est un bon hein, il a même siphonné tout le pognon de sa femme qui était très riche ! » Un détail qui ne figure nulle part. « En tout cas, c’est sûr, si on nous mène en bateau, nous, on n’a pas 5 millions de côté à se faire piquer ! » se marrent-ils.

« Ils se sont fait avoir comme des bleus », s’exclame d’emblée une minuscule mamie recroquevillée dans son fauteuil chez le coiffeur, des papillotes en aluminium bleu roi sur tout le crâne. « Quelle histoire, c’est pas possible, il y avait des médecins, des avocats, c’était des gens hors du commun, quand même », poursuit-elle, incrédule, les yeux brillants. « Secte, pas secte, c’est très confus », souligne la jeune coiffeuse qui lui tartine les mèches de pâte de teinture mauve.

« Personne n’a compris »

« Dans le village, personne n’a compris », confirme Pierre*, jeune quinqua croisé sur la place principale, une baguette à la main. « C’est une histoire qui dépasse tout le monde, c’est pas fait pour des conversations de café, c’est tellement énorme », poursuit-il. Lui était invité au cocktail du mariage « en grande pompe » de Guillemette, en septembre 2001. Une semaine jour pour jour avant qu’une partie de la famille ne commence à s’enfermer dans le château« Personne n’a rien vu venir, personne n’a compris », répète-t-il.

Il y a bien les gendarmes, dont les yeux pétillent à l’évocation de l’affaire, qui raconteraient volontiers tous ces gens bien défilant au commissariat pour porter plainte les uns contre les autres. Mais ils n’ont pas l’accord de leur hiérarchie.

« C’est vraiment extraordinaire, mais ça arrive, hein », commente à côté une joviale commerçante, brushing blond paille et ronds roses aux joues. Elle-même, d’ailleurs, aurait très bien pu se faire embobiner par un petit jeune qui lui faisait les yeux doux. « Si ça se trouve c’est ça, c’est de là que c’est parti », s’emballe une cliente de passage. Elles se lancent avec gourmandise dans des théories extravagantes qui vont de« l’histoire de fesses » à la querelle de famille qui tourne mal, tout en vérifiant régulièrement qu’on ne « note pas n’importe quoi ».

« Ils ont des avocats, tout ça… Quand ça reste au sein du village, déjà, ça fait des problèmes, mais on ne sait pas ce qui peut leur prendre quand ils seront sortis [du procès]« , se justifie la commerçante, qui ne veut pas insulter l’avenir. Un peu comme Jean-Luc, le vendeur de jouets en bois dont on imagine aisément qu’ils ont dû faire le bonheur de quelques générations de Védrines à Noël, qui, officiellement du moins, se« demande juste si parler autant de Monflanquin, ça ne pourrait pas faire un peu de pub ! »

* A leur demande, les prénoms de certains habitants ont été modifiés afin de préserver leur anonymat.  

A Monflanquin (Lot-et-Garonne), Salomé Legrand

Source : http://www.francetvinfo.fr/a-monflanquin-le-village-qui-fait-mine-de-ne-pas-s-interesser_149405.html

Monflanquin – Thierry Tilly a procédé tel un «psychanalyste dévoyé»

Par Stéphane Durand-SoufflandMis à jour le 03/10/2012 à 16:10 | publié le 02/10/2012 à 18:55

Dans sa déposition, l’expert psychiatre Daniel Zagury a affirmé mardi que les Védrines sont des gens «normaux», ni fous ni adeptes de l’occultisme.

Et si Thierry Tilly avait réussi à faire – d’une manière très singulière – ce à quoi échouaient les Védrines? Et si ce surdoué de la manipulation était parvenu, pendant une dizaine d’années, à fédérer une famille à la fois dépositaire d’un encombrant passé et angoissée par l’avenir à l’heure des successions patrimoniales, à passer outre les querelles intestines pour constituer un clan soudé? Ceci pourrait expliquer pourquoi il a, selon l’accusation, mis sous sa coupe une aristocrate presque nonagénaire, ses trois enfants et les enfants de ces derniers: pendant une décennie, il leur a offert ce qui leur manquait, l’unité. Mais à quel prix!

Telle est l’hypothèse qui pourrait être formulée après la déposition lumineuse de l’expert psychiatre Daniel Zagury. Il a rencontré les dix membres de la famille – Guillemette, l’aïeule, est décédée en 2010 à 97 ans – constitués partie civile contre M. Tilly et celui qu’il présentait comme son «patron», Jacques Gonzalez. Le Dr Zagury est l’un des rares experts psychiatres qui parlent un français compréhensible et enrichissent leur rapport écrit en répondant aux questions des tribunaux sans relire un passage de leur précieuse prose. Selon lui, les Védrines sont des gens «normaux», ils ne sont ni fous ni adeptes de l’occultisme. M. Tilly n’est pas un mage qui manierait les «forces obscures», parvenant à ses fins à grands renforts d’«abracadabras». Non, la stupéfiante affaire des reclus du château de Monflanquin peut être décryptée par le biais de mécanismes psychiques identifiés.

Pour le Dr Zagury, qui se fonde sur les déclarations de ses dix interlocuteurs, M. Tilly a procédé comme un «psychanalyste dévoyé»: engrangeant d’abord les confidences de Ghislaine de Védrines, puis celles de ses frères, enfants, nièces et neveux, il s’est trouvé en mesure de maîtriser toutes les frustrations et non-dits de cette famille de la noblesse protestante qui trouvait enfin une oreille attentive. Agissant comme dans un «abus de transfert», il a alors monté les uns contre les autres, démiurge incontesté et terrifiant plongeant ses proies dans une régression infantile totale pour mieux les dévaliser. «Les Védrines ne sont pas devenus bêtes d’un coup, note le psychiatre, mais leur intelligence a été mise en jachère.» Et de lister une série de techniques propres aux escrocs et, d’après les récits de ses dupes, utilisées par M. Tilly. «Discours sur mesure et non pas prêt-à-porter» pour chacun des membres de la famille; instauration d’une paranoïa de groupe, les Védrines étant maintenus dans une mentalité d’assiégés, eux seuls contre le monde entier; liens intimes brisés, d’où les divorces procès, et fâcheries à géométrie variable orchestrées par le marionnettiste au gré de ses besoins; destruction du narcissisme de chacun, ce qui pousse Amaury de Védrines à constater que «Thierry Tilly avait atteint notre sentiment d’existence».

Un manipulateur hors du commun

À en croire l’expert, le prévenu dispose de capacités de manipulation hors du commun, ce qui en fait le champion du monde toutes catégories de l’«escroquerie relationnelle». De sorte que, lorsque ses victimes ont enfin ouvert les yeux, leur prise de conscience a été «très violente psychiquement». À cet instant, le mortier confectionné par M. Tilly est tombé en poussière, et la famille, ruinée, harassée, humiliée, est apparue encore plus désunie qu’avant l’invasion de Monflanquin par le démon pervers. «Je sais qu’il y a maintenant une coupure entre Ghislaine, ses enfants, et les autres, confirme le Dr Zagury. Elle a conscience d’être considérée comme le cheval de Troie».

Invité à donner son opinion, M. Tilly se retranche dans le mépris: «Les élucubrations de certains experts n’engagent que leur propre bêtise.» Puis il livre une anecdote: «Lorsque le Dr Coutanceau (le psychiatre qui l’a expertisé avec le Dr Bornstein, NDLR) est venu me voir en prison, il avait une moustache qu’il a posée sur la table. Il l’a remise en partant.» Le prévenu – pleinement responsable de ses actes selon les experts – joue peut-être les zinzins pour tenter de manipuler le tribunal. À voir la présidente et ses deux assesseuses, il est cependant peu probable que ses juges lui confient leurs économies.

Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/10/02/01016-20121002ARTFIG00632-thierry-tilly-a-procede-tel-un-psychanalyste-devoye.php

Reclus de Monflanquin : l’effroi des enfants devant le changement des parents

AFP
Par Odile DUPERRY | AFP – il y a 12 heures
  • Les enfants de deux des onze "reclus de Monflanquin" ont décrit mardi au tribunal leur effroi devant le changement du tout au tout de leurs parents après leur rencontre avec Thierry Tilly, "maître à penser" qui persiste à nier toute responsabilité dans la ruine de la famille
  • Afficher la photoLes enfants de deux des onze « reclus de Monflanquin » ont décrit mardi au tribunal leur effroi devant le changement du tout au tout de leurs parents après leur rencontre avec Thierry Tilly, « maître à penser » qui persiste à nier toute responsabilité dans la ruine de la famille

Les enfants de deux des onze « reclus de Monflanquin » ont décrit mardi au tribunal leur effroi devant le changement du tout au tout de leurs parents après leur rencontre avec Thierry Tilly, « maître à penser » qui persiste à nier toute responsabilité dans la ruine de la famille.

A l’été 2000, Etienne de Védrines, fils de l’aîné des Védrines, vient en vacances dans la propriété lot-et-garonnaise de son père Philippe et le trouve changé, tenant des propos bizarres sur les internements psychiatriques ou les francs-maçons.

« Il n’était pas serein, il n’arrêtait pas de s’absenter, la maison était barricadée, il avait un nouveau téléphone portable dont il n’a pas voulu me donner le numéro », se rappelle Etienne.

Brigitte, la compagne de Philippe, confie d’un air « énigmatique » à la femme d’Etienne que celui-ci « ne se trompe pas » en craignant un danger pour la famille.

En novembre, Philippe, sa soeur Lucile et Caroline, fille de Brigitte, se réunissent. Les filles évoquent alors un certain Tilly qui aurait fait miroiter à leurs parents des placements à rendement extraordinaire : « On regarde sur societe.com et on voit qu’il est gérant de dix entreprises, toutes en liquidation judiciaire ». « Et là je me dis, excusez l’expression, on est dans la m… », poursuit Etienne.

Le jeune homme veut mettre son père en garde. Il s’entend répondre que « Thierry Tilly est un type extra ». Il appelle son oncle et parrain Charles-Henri, ignorant « qu’il est dans le même cas ». Celui-ci lui répond que « Thierry Tilly nous fait gagner beaucoup d’argent, alors fous-nous la paix et reste au bord du chemin ».

Plus tard, il tente de rencontrer au château familial sa grand-mère adorée, Guillemette. Il tombe sur sa tante Ghislaine, et ses trois cousins, fils de Ghislaine et Charles-Henri, qui l’empêchent d’accéder à la vieille dame. On finit par lui accorder cinq minutes. Guillemette toise alors son petit-fils, et lui lâche « cesse d’embêter ton père, tu es un monstre, sors d’ici ».

« Après ça je me suis arrêté un quart d’heure au bord de la route pour souffler un coup car j’avais pris une sacrée claque », se rappelle Etienne de Védrines.

Il ne reverra son père qu’en février 2008, lorsque celui-ci sera le premier à s’enfuir du huis clos familial. « Il était en état de terreur », et « dans son récit, le fait d’avoir dit +non+ à Thierry Tilly était synonyme de suicide », indique Etienne, qui déplore encore aujourd’hui que sa fille de 12 ans ait été privée presque toute sa vie de son grand-père et de son arrière-grand-mère.

Caroline, la fille de Brigitte, a vu quant à elle sa mère déménager d’urgence le 23 décembre 2000 pour aller s’enfermer dans le Lot-et-Garonne. « Il y eu une perte d’années de vie pour elle et pour nous pendant huit ans… Ca a été très dur d’accepter qu’elle ne souhaite plus nous voir… ».

Lucile, soeur d’Etienne, se souvient de la nuit où elle a dormi chez son père fenêtres ouvertes et toute habillée, car elle en avait soudain « très peur ». « C’est compliqué de faire le deuil d’une personne vivante », lâche-t-elle. Son père reste figé sur son banc. Elle décrit M. Tilly comme « un maître à penser ».

Toujours plein d’aplomb, celui-ci persiste à nier avoir monté cette histoire de complot, qui a abouti à ce que les de Védrines lui versent plus de 4,5 millions d’euros en près de dix ans. Jetant au tribunal force anecdotes péjoratives à leur sujet, il lance : « Je ne suis pas le Deus ex-machina de leurs querelles internes ».

Quand on lui présente des courriels qu’il leur a écrits, dans lesquels il évoque lui-même un complot maçonnique, il parle de « trait d’humour ». Trait que « n’a pas relevé le tribunal », observe froidement la présidente Marie-Elisabeth Bancal.

Source : http://fr.news.yahoo.com/reclus-monflanquin-leffroi-enfants-devant-changement-parents-175137792.html