Canada – Un promoteur fonde une secte à Prévost

Journaliste, Québecor Média

Par Nathalie Vigneault

Publié le: Mardi 9 octobre 2012 16:18:44 HAE 
Mise à jour: Mercredi 10 octobre 2012 09:52:31 HAE

Le Café 4 sucres situé sur le boulevard Curé-Labelle à Prévost est à vendre depuis quelque mois.

Le Café 4 sucres situé sur le boulevard Curé-Labelle à Prévost est à vendre depuis quelque mois.

Le propriétaire du Centre de croissance personnelle La Source et du Café 4 Sucres de Prévost, Jean-Claude Gallant, a fait l’objet d’un dossier dans le journal La Presse au sujet de pratiques sectaires et de fraude à son Centre.

Selon ce que rapportait le quotidien le vendredi 5 octobre, Jean-Claude Gallant recruterait des candidats pour des séances de rebirth à son centre, puis, une fois accrochés et plus vulnérables, les inciterait à investir ou à agir comme prête-nom pour l’achat de propriétés.

Selon les propos rapportés dans La Presse, celui que l’on appelle legourou a d’énormes ambitions matérielles à assouvir. En plus du Centre La Source situé sur le boulevard Curé Labelle à Prévost, Jean-Claude Gallant possède déjà une propriété dans cette ville où il s’est fait construire une immense demeure qui est à vendre en ce moment.

Jean-Claude Gallant et sa femme, Lyne Collin, sont aussi copropriétaires du Café 4 Sucres à Prévost, commerce qu’ils souhaitent vendre pour s’installer sur une autre propriété à Mille-Isles cinq fois plus grande que celle de Prévost.

Manipulés

Les journalistes du quotidien ont écouté plusieurs témoignages d’anciens membres. Notamment, deux femmes ont témoigné de leur expérience sous l’emprise du groupe de ressourcement de Jean-Claude Gallant. Elles ont déclaré avoir été complètement manipulées et surveillées par les autres membres.

L’une d’entre elle a aussi perdu beaucoup d’argent en investissant dans une maison de production avec Lyne Collin, la femme de M. Gallant. Elle a même songé au suicide, indique-t-on dans l’article. Selon les témoignages recueillis, plusieurs des <I>fidèles<I> avaient tourné le dos à leur propre famille, d’autres avaient quitté leur emploi, les rendant encore plus vulnérables.

Impuissants

Le maire de la municipalité de Mile-Isles, Yves Samson, assure que la transaction immobilière du futur Domaine de La Source est légale. Il ne souhaite par ailleurs pas commenter les évènements allégués au sujet de la secte fondée à Prévost. «Ce que je peux vous dire c’est que le projet domiciliaire est conforme aux normes et va avec la vision de développement de la municipalité», indique M Samson.

Même son de cloche du côté de Prévost. «J’ai dû rencontrer M. Gallant quelques fois, en tant que promoteur de Prévost», indique le maire Germain Richer. Pour ce qui est des autres activités qu’il organise avec ses membres au Centre La Source, le maire soutient qu’il n’y peut rien, «que c’est de l’ordre du privé».

Jean-Claude Gallant nie tout

Interrogés par <I>L’Écho du Nord<I> au sujet des allégations d’activités sectaires et de fraude, Jean-Claude Gallant et sa femme, Lyne Collin, ont tout nié.

«C’est une campagne de salissage dont nous sommes victimes, a indiqué Jean-Claude Gallant. Nous avons intentés des recours contre trois personnes qui cherchent à nous causer du tort.» «Les faits racontés ont été mis hors contexte», a indiqué Lyne Collin.

Questionné à ce sujet, M. Gallant a aussi indiqué vouloir fermer le Centre de croissance personnelle La Source de Prévost. Au sujet du site Internet qui annonce encore la tenue des activités, il indique vouloir y mettre fin sous peu. «Je vais fermer ce centre. Je suis tanné, j’arrive à la retraite, j’ai 57 ans», a lancé M. Gallant.

À propos des présumées fraudes dont fait mention le journal La Presse, le propriétaire se défend d’être impliqué dans cette affaire de son plein gré. «J’ai été embarqué là-dedans», a-t-il indiqué au téléphone. Les prête-noms utilisés par Gallant lui auraient sauvé des paiements au fisc, puisque les propriétés revendues n’étaient pas à son nom, apprend-on dans La Presse.

Afin de savoir comment il s’est procuré l’argent pour acheter sa première propriété à Prévost, M. Gallant affirme avoir vendu sa précédente maison sur la rue des Gouverneurs, puis avoir acheté le nouveau domaine de la rue du Palais en 2004 avec cet argent.

Pour ce qui est du futur domaine à Mille-Isles, l’homme d’affaires indique être associé avec trois autres personnes. «Ce sont des amis de longue date, des gens que je connais bien», a-t-il dit. Il a aussi répondu qu’il s’agit de personnes qui ont suivi ses ateliers à La Source.

Sa femme Lyne Collin est aussi impliquée dans ce futur projet en trois phases. Elle a accepté de répondre à quelques questions avant de dire qu’elle doit d’abord parler à ses avocats.

Source : http://www.hebdosregionaux.ca/laurentides/2012/10/09/un-promoteur-fonde-une-secte-a-prevost

Canada – Jean-Claude Gallant se défend (rebirth)

Jean-Claude Gallant... (Photo tirée de Facebook)

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Jean-Claude Gallant

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Jean-Claude Gallant affirme qu’il ne dirige pas une secte ni même un groupe. «C’est des amis. C’est comme si c’était pas correct d’être proches», nous a-t-il déclaré au téléphone.

«Je sais que ça a l’air d’une secte», a-t-il toutefois admis lorsque nous l’avons ensuite rencontré aux Mille-Isles. «Déjà, chez Weston, les gens disaient que j’étais dans une secte.»

Il y a 20 ans, les membres de son premier groupe de thérapie se sont révoltés. Gallant l’explique ainsi: «Ils étaient censés en parler à d’autres pour qu’ils viennent expérimenter mes fins de semaine. Mais ces gens revenaient et ils n’amenaient jamais personne. Je leur disais: Ça a l’air d’une secte; on dirait que vous venez ici juste pour prendre du café. Allez-vous-en. Le but, c’est pas qu’on se tienne ensemble en cercle fermé.»

Pourquoi, s’il voulait garder ses distances, offrir à ses adeptes ultérieurs d’acheter les terrains autour de sa maison? «Ça fait 20 ans que je suis dans l’immobilier, je trouve ça normal d’offrir des terrains, les gens sont pas obligés», répond-il.

Au sujet de la fuite d’une jeune femme en pleine nuit, Gallant s’est expliqué ainsi: «Elle se sentait coincée là-dedans, elle se sentait pas elle-même dans sa façon d’agir ou d’être.» Bien que cette femme soit entrée dans le groupe très jeune et y soit restée neuf ans, il affirme que ce n’est pas la faute de sa thérapie.

L’homme admet qu’il presse ses fidèles de faire du recrutement, mais il nie encore une fois agir comme un gourou: «Je disais souvent aux gens: Si tu sens que ça [le rebirth] t’a aidé, pourquoi tu veux pas aider les autres autour de toi?»

Il admet avoir dit à des proches que certains pouvaient bien crever mais ajoute: «Je commencerai pas à justifier tout ce que je dis.»

Quant au harcèlement dont disent avoir été victimes de nombreux membres, il dit: «C’est pas moi qui contrôle les comportements des gens. Je n’approuverais jamais ces niaiseries-là.» Or, d’après les déserteurs, son génie était justement de faire passer ses messages par ses seconds.

Aujourd’hui, Gallant contre-attaque en présentant ceux qui le dénoncent comme des gens malhonnêtes, pourchassés par la police et les agents de recouvrement. «C’était dans la drogue par-dessus la tête», dit-il aussi.

Une adepte actuelle, qui travaille à son café, affirme rester de son plein gré et être reconnaissante à Gallant d’avoir changé sa vie. Elle estime que ses détracteurs le calomnient.

Depuis l’adoption de la loi 21, au printemps dernier, les pseudo-thérapies comme celles de Gallant sont illégales. L’homme nous a rétorqué qu’il ne fait plus de rebirths depuis trois ou quatre mois. Pourtant, nous avons constaté qu’il a organisé une séance d’information il y a un mois à peine. Son site web annonçait hier une séance d’information pour le soir même. «Je ne pouvais pas arrêter ça de même, tente de justifier Gallant. Mais je ne mets plus tellement d’énergie là-dedans.»

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/04/01-4580125-jean-claude-gallant-se-defend.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4580091_article_POS4

Gourous: un délire religieux

La femme de Jean-Claude Gallant, Lyne Collin, prétend... (Photo tirée de Facebook)

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La femme de Jean-Claude Gallant, Lyne Collin, prétend être la fille de Dieu «autant que Jésus fut son fils».

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La femme du gourou, Lyne Collin, prétend être la fille de Dieu «autant que Jésus fut son fils». Dieu lui apparaît, lui parle avec «sa voix qui gronde» et lui a annoncé la fin du monde en lui montrant «des déluges, des terres qui s’effondrent, la faim et la peur inscrites sur des milliers de visages».

L’ancienne coiffeuse expose tout cela dans un récit de 237 pages, mélange d’autobiographie et de prêche enflammé, dont elle infligeait jadis la lecture aux plus proches fidèles de son mari, Jean-Claude Gallant. Écrit il y a environ 15 ans, soit bien avant la fuite récente d’une vingtaine de membres, le texte ouvre une fenêtre troublante sur la psyché de la «première dame» du Centre de croissance personnelle La Source.

La femme de 48 ans y raconte son enfance pathétique, sa découverte du rebirth et sa rencontre avec Gallant. À l’en croire, ce dernier a apaisé ses craintes en lui disant qu’«il venait dans un but bien précis et qu’il faisait partie de cette propagande de la fin [du monde]».

Lyne Collin écrit qu’elle est «venue pour faire de cette terre le vrai paradis terrestre». Elle se croit capable de «reconnaître qui appartient à Dieu». À ses yeux, le salut passe par la foi et par la pratique du rebirth.

La quadragénaire se présente comme une justicière.

«Plutôt que de guérir, je punirai. Plutôt que de donner la vie, je donnerai aussi la mort, écrit-elle. […] Je viendrai dans toute ma gloire, seulement, cette gloire vous surprendra. Car ce qui vous semblait BIEN sera mal, et ce qui vous semblait MAL sera bien.»

Sa famille, qui ne lui a pas donné l’amour qu’elle voulait, lui inspire la rage. Tout comme le reste de l’humanité.

«Votre monde grotesque est sans amour, sans charité, sans vérité», écrit-elle.

C’est Dieu, dit-elle, qui lui a ordonné de rompre avec son premier mari et de tomber dans les bras de Gallant en lui annonçant, deux ans avant le fait, qu’elle aurait un fils lui.

Dans les années 90, le couple a dû fermer un premier centre de rebirth à la suite d’une rébellion des clients. Son explication ? «Tous ces gens avaient peine à mettre ce qu’on leur avait enseigné en pratique, ils jugeaient sans rien vérifier et se donnaient tous raison. […] Or nous continuâmes, nous, à évoluer», écrit Lyne Collin.

L’artiste amateur traite par ailleurs le mouvement des Alcooliques anonymes de secte, en disant qu’il lui a volé l’amour de sa mère. «[Ces gens] devinrent toute sa vie et lui redonnèrent une fausse estime d’elle et elle devint véritablement quelqu’un d’autre», dénonce-t-elle. Or, c’est exactement ce que les anciens membres de La Source disent avoir subi à son contact et à celui de son mari.

Interrogée au sujet de ses écrits, Lyne Collin a refusé d’en parler au motif qu’il s’agit d’un document privé. D’après nos sources, elle a pourtant tenté de le faire publier. Jean-Claude Gallant a dit que sa femme l’avait écrit «dans une petite passe de spiritualité en canne» et d’angoisse. Il soutient avoir dissuadé ses fidèles de le lire et précise: «C’est pas moi qui vais prêcher ça sur la rue.»

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/04/01-4580124-gourous-un-delire-religieux.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4580091_article_POS3

Méfiez-vous des gourous

Marie-Claude Malboeuf

1- Les guérisseurs reçoivent souvent en sarrau blanc, parfois même avec un stéthoscope autour du cou. Certains utilisent un carnet d’ordonnances. Cela n’est pas un gage de compétence.

2- Particulièrement douteux: les produits et appareils magiques censés marcher pour tout le monde et guérir une variété de maladies qui n’ont aucun lien entre elles.

3- Ce n’est pas parce qu’un soin ou un remède est «nouveau», «ancien», «naturel» ou «secret» que son efficacité est établie. Les cures «miracles» ou «rapides» et le jargon scientifique sont particulièrement suspects. Tout comme la promesse «satisfaction garantie ou argent remis», faite pour endormir la méfiance.

4- Un témoignage signé d’un simple prénom peut avoir été inventé de toutes pièces. D’autres ont pu être livrés alors que le client bénéficiait d’un effet placebo, éphémère.

5- De mauvais conseils: abandonner un traitement éprouvé, suivre une diète extrême, endurer de fortes douleurs, garder le secret ou s’éloigner de sa famille… Autant de moyens d’affaiblir une victime pour que le gourou resserre son emprise sur elle

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/04/01-4580280-mefiez-vous-des-gourous.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_meme_auteur_4580120_article_POS5

Canada – Que fait la police ?

Jean-Claude Gallant... (Photo: La Presse)

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Jean-Claude Gallant

PHOTO: LA PRESSE

Après leur fuite, d’anciens adeptes du rebirth ont informé la police de Montréal et la Sûreté du Québec des agissements de Jean-Claude Gallant.

Plusieurs mois plus tard, ce dernier continue de recruter de nouveaux membres, sans avoir été arrêté. Et la majorité des anciens adeptes n’a toujours pas été interrogée à son sujet.

«Quand j’ai porté plainte, les policiers n’en revenaient pas. Mais ils ne savaient pas quoi faire, parce que ce n’est pas comme si j’avais été attachée, violée, ou forcée de faire des chèques», rapporte une ancienne fidèle.

La situation lui rappelle celle de cette jeune femme, morte à la suite d’un exercice de sudation extrême après avoir versé des milliers de dollars à un autre groupe d’épanouissement personnel. «La femme qui le dirige a continué après. Ces gens sont libres de faire ce qu’ils veulent, c’est terrible!»

En août dernier, un an après les événements (et après leur récit pétrifiant à Radio-Canada), Québec a enfin déposé des accusations de négligence criminelle contre Gabrielle Fréchette. Mais lorsqu’un groupe n’est pas associé à une mort, les poursuites sont presque impossibles.

Choquée par les meurtres et suicides organisés par l’Ordre du temple solaire, la France est plus féroce. Depuis 2001, une loi (About-Picard) punit l’exercice de «pressions réitérées» ou l’emploi de «techniques propres à altérer le jugement» d’une «personne en état de sujétion psychologique». Lorsque l’infraction est commise par le dirigeant d’un groupe, celui-ci risque cinq ans de prison. Un service d’enquête spécialisé assiste les procureurs.

En dix ans, cinq gourous ont déjà été condamnés, et des dizaines de causes sont en cour d’instance. Parmi les condamnés, on compte Robert Lê Dinh, dit Tang, qui a eu des relations sexuelles avec plusieurs fidèles, dont l’une a été sa maîtresse pendant 22 ans. En 2010, le jury a reconnu que les victimes du gourou étaient sous son emprise mentale; elles n’étaient donc pas libres. Cela a permis de le condamner à 15 ans de prison pour viol.

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/justice-et-faits-divers/201210/05/01-4580527-que-fait-la-police-.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4580482_article_POS2

Jean-Claude Gallant (rebirth) – Ventes pyramidales: objectif BMW

Ventes pyramidales: objectif BMW

Sur Facebook, Jean-Claude Gallant pose fièrement derrière la portière ouverte... (Photo tirée de Facebook)

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MARIE-CLAUDE MALBOEUF et FRANCIS VAILLES

La Presse

Sur Facebook, Jean-Claude Gallant pose fièrement derrière la portière ouverte d’une voiture de luxe. «J’vous l’avais dit!! J’ai eu ma BMWVisalus!!», a-t-il noté sur son mur, avant d’inviter ses amis à cliquer sur un lien pour avoir la leur. Première étape vers leur rêve: payer 500$ pour pouvoir vendre les produits amaigrissants Visalus. Deuxième étape: recruter un nombre suffisant de nouveaux vendeurs, qui devront, eux aussi, payer 500$.

D’après nos sources, ce n’est pas la première fois que le gourou propose à ses fidèles de participer à des systèmes de vente pyramidale controversés.

Il y a quelques années, c’était les bouquets d’interurbains ACN, puis les produits nettoyants Melaleuca, nous ont dit plusieurs déserteurs du Centre de croissance personnelle La Source. «Il fallait tous assister aux séances. J’y ai perdu quelques centaines de dollars», nous a dit l’un d’eux.

Visalus, ACN et Melaleuca ont mauvaise presse depuis plusieurs années. L’automne dernier, Visalus a fait l’objet d’une enquête peu flatteuse de l’émission La facture, à Radio-Canada. Quant à ACN et à Melaleuca, ils ont été critiqués par la revue Protégez-vous à l’automne 2009 pour leur «dérive sectaire».

Selon les reportages, ces produits sont vendus de façon pyramidale aux membres et seuls les abonnés au sommet de la pyramide finissent par faire de l’argent. «Gallant se met au top de la pyramide ou pas loin», assure un déserteur.

Pour Gallant, entouré de fidèles, faire du recrutement est sans doute plus facile que pour le commun des mortels. Aujourd’hui, au moins quatre adeptes de son centre de rebirth s’associent comme lui aux produits Visalus sur Facebook. Une photo montre trois d’entre elles en train d’en faire la promotion au Festi Jazz de Tremblant, en août dernier. Sur Facebook, l’une de ces jeunes femmes le félicite et ajoute: «Moi aussi, je travaille pour l’avoir, ma belle BMW Visalus.» Et au petit resto du groupe, le Café 4 sucres, à Prévost, un énorme panneau Visalus est affiché sur la vitrine.

Plusieurs adeptes se sont rendus loin dans la démarche. En novembre 2007, certains ont même voyagé jusqu’à Baltimore, aux États-Unis, pour des séances de motivation sur les produits ACN. Ils racontent avoir perdu de l’argent.

Questionné à ce sujet, Jean-Claude Gallant dit ne pas voir de problème dans ce «marketing relationnel», qui existe «depuis 25, 30 ans». Il soutient également n’avoir jamais entendu dire que ces méthodes pouvaient présenter des dérives sectaires.

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Que fait la police?

Après leur fuite, d’anciens adeptes du rebirth ont informé la police de Montréal et la Sûreté du Québec des agissements de Jean-Claude Gallant.

Plusieurs mois plus tard, ce dernier continue de recruter de nouveaux membres, sans avoir été arrêté. Et la majorité des anciens adeptes n’a toujours pas été interrogée à son sujet.

«Quand j’ai porté plainte, les policiers n’en revenaient pas. Mais ils ne savaient pas quoi faire, parce que ce n’est pas comme si j’avais été attachée, violée, ou forcée de faire des chèques», rapporte une ancienne fidèle.

La situation lui rappelle celle de cette jeune femme, morte à la suite d’un exercice de sudation extrême après avoir versé des milliers de dollars à un autre groupe d’épanouissement personnel. «La femme qui le dirige a continué après. Ces gens sont libres de faire ce qu’ils veulent, c’est terrible!»

En août dernier, un an après les événements (et après leur récit pétrifiant à Radio-Canada), Québec a enfin déposé des accusations de négligence criminelle contre Gabrielle Fréchette. Mais lorsqu’un groupe n’est pas associé à une mort, les poursuites sont presque impossibles.

Choquée par les meurtres et suicides organisés par l’Ordre du temple solaire, la France est plus féroce. Depuis 2001, une loi (About-Picard) punit l’exercice de «pressions réitérées» ou l’emploi de «techniques propres à altérer le jugement» d’une «personne en état de sujétion psychologique». Lorsque l’infraction est commise par le dirigeant d’un groupe, celui-ci risque cinq ans de prison. Un service d’enquête spécialisé assiste les procureurs.

En dix ans, cinq gourous ont déjà été condamnés, et des dizaines de causes sont en cour d’instance. Parmi les condamnés, on compte Robert Lê Dinh, dit Tang, qui a eu des relations sexuelles avec plusieurs fidèles, dont l’une a été sa maîtresse pendant 22 ans. En 2010, le jury a reconnu que les victimes du gourou étaient sous son emprise mentale; elles n’étaient donc pas libres. Cela a permis de le condamner à 15 ans de prison pour viol.

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/justice-et-faits-divers/201210/04/01-4580482-ventes-pyramidales-objectif-bmw.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_meme_auteur_4580120_article_POS4

Gourou et roi de l’immobilier

Le chef du groupe La Source, Jean-Claude Gallant, est avant tout un promoteur immobilier, avide de luxe. Et pour satisfaire ses besoins, il demande à ses adeptes d’agir à titre de prête-noms pour déjouer le fisc et les banques, selon plusieurs sources.

«Pour Claude, le but des séances de rebirth n’est pas tant de récolter les 350$ par participant que de trouver d’éventuels acheteurs ou des poteaux pour ses terrains», dit l’un des ex-membres.

En 2004, Gallant met la main sur un immense terrain à Prévost, dans les Basses-Laurentides. La terre fait l’équivalent de 26 terrains de football. Rapidement, il la sépare en 25 petits lots. La plupart sont vendus à ses fidèles, qui s’y font construire des maisons. Gallant garde un domaine grand comme sept terrains de football, sur lequel il fait ériger un palace.

Or, plusieurs membres de La Source disent avoir servi de prête-noms. Certains racontent avoir acheté des lots en leur nom pour le chef et contracté des hypothèques qu’ils n’ont pas eu à rembourser. Gallant leur a versé 5000$ pour ce service.

Poursuite de Desjardins

Le Mouvement Desjardins poursuit l’homme et deux de ses fidèles, qu’il accuse d’avoir orchestré «plusieurs transactions frauduleuses» en fabricant de faux documents. Desjardins leur réclame 122 746$, notamment pour les commissions de courtier hypothécaire qu’ils ont illégalement empochées.

De plus, l’institution exige que les défendeurs divulguent toutes les transactions basées sur de faux renseignements, en plus de celles déjà connues.

Elle veut aussi leur interdire de participer à toute demande de financement auprès d’elle, notamment, parce que l’enquête «fut longue et ardue afin de découvrir les stratagèmes mis en place» par Gallant et ses acolytes.

Jean-Claude Gallant tente de vendre son palace de... (Photo Martin Leblanc, La Presse) - image 2.0

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Jean-Claude Gallant tente de vendre son palace de Prévost (dont on voit l’intérieur sur les photos de droite) et entraîne ses adeptes au nouveau «?Domaine La Source des Mille Isles?», sur une terre grande comme 131 terrains de football, à 20 km de Saint-Jérôme. Son groupe vient d’y construire une écurie.

PHOTO MARTIN LEBLANC, LA PRESSE

Dans sa requête, l’institution affirme que la stratégie visait à permettre à certains de bénéficier de la plus-value des propriétés sur la base de faux renseignements. Selon nos sources, l’utilisation de prête-noms aurait surtout permis à Gallant de doper le prix de maisons et de soutirer des prêts hypothécaires gonflés destinés à financer d’autres activités.

Une des transactions douteuses concerne le centre même où se donnent les ateliers de rebirth, boulevard Curé-Labelle, à quelques kilomètres du domaine de Gallant. En 2008, la propriété a été vendue par un adepte à un autre. La transaction a été réalisée pour une somme de 51% supérieure à sa valeur marchande, soit 365 000$ au lieu de 241 000$ pour des propriétés comparables.

Les prête-noms permettraient aussi à Gallant de frauder le fisc au moment de la revente des maisons. En effet, ces propriétés sont déclarées comme résidence principale des prête-noms, un bien dont les gains sont non imposables.

«C’est un champion des faux papiers», nous ont dit certains ex-membres de la secte.

Pour acheter la terre de Prévost, Gallant a versé un acompte de 60 000$ en 2004. Il a ensuite récolté près de 1 million de dollars auprès de ses adeptes en leur vendant les petits lots. Depuis deux ans, plusieurs membres ont revendu leur maison à des gens extérieurs au groupe. Le palais de Jean-Claude Gallant est lui-même à vendre pour 875 000$.

Aujourd’hui, des proches craignent que les nouveaux fidèles, dans la vingtaine, ne soient utilisés pour combler les fantasmes immobiliers de Gallant. C’est que, une fois sous l’emprise du chef, il est difficile de lui dire non. «Tu ne veux pas te rapprocher de nous et travailler tes sentiments?», leur disent typiquement le chef et ses assistants.

Le Mouvement Desjardins dit lui aussi avoir de «sérieuses raisons de croire que les défendeurs continueront à utiliser des stratagèmes à son détriment».

Gallant mijote justement un nouveau projet, qui entraînera le déménagement de la secte. En mai 2011, il a acheté avec deux fidèles une immense terre à 20 km à l’ouest de Saint-Jérôme, chemin des Mille-Isles. Certains adeptes sont déjà installés dans une maison de campagne adjacente. Les deux transactions ont coûté 825 000$.

La terre du «Domaine La Source des Mille Isles» est grande comme 131 terrains de football. Gallant veut y faire construire de nombreuses maison, et ses fidèles ont déjà commencé à bâtir une écurie commune.

Des proches de La Source racontent que certains ont avancé des fonds pour des lots éventuels. Ils se demandent si Gallant réussira à financer ses ambitions, maintenant que la secte a éclaté.

Un adepte a pris Gallant à partie, à l’automne 2011. Le gourou aurait promis de rembourser son monde, mais il a admis qu’il manquait d’argent parce qu’il n’arrivait pas à vendre sa luxueuse résidence. Certains fidèles restent par conviction, alors que d’autres le font parce qu’ils sont financièrement pris à la gorge.

Jean-Claude Gallant n’a pas voulu commenter les allégations qui pèsent sur lui concernant l’immobilier.

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/justice-et-faits-divers/201210/04/01-4580476-gourou-et-roi-de-limmobilier.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_meme_auteur_4580120_article_POS3

Gourous: l’enfer du harcèlement

Publié le 04 octobre 2012 à 06h27 | Mis à jour le 04 octobre 2012 à 06h27

Jean-Claude Gallant... (Photo tirée de Facebook)

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Jean-Claude Gallant

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

Avec le recul, les anciens fidèles de Jean-Claude Gallant se demandent comment ils ont pu rester aussi longtemps sous son emprise.

Le maître de La Source agit tout simplement comme des milliers de gourous l’ont fait avant lui: après avoir fragilisé ses fidèles, il les dresse les uns contre les autres et se pose ensuite en sauveur.

«Quand tu as tourné le dos à tous les gens du passé, tu n’as plus personne d’autre. Alors, tu vis pour qu’il t’aime et t’approuve, dit Jean, ex-adepte. Lui, il n’attaque jamais de front. Il n’a qu’à envoyer la merde par ses pions.»

Gallant – ou ses assistants en mission – sème vite le doute chez ses fidèles en quête d’indépendance. Ceux-ci entendent dire que leur attitude prouve qu’ils sont de mauvais conjoints ou de mauvais parents, qu’ils ne savent pas aimer. La solution: leur imposer un énième rebirth, une énième formation pour surmonter leurs failles.

À chaque séance, les rebirthers empochent 75$. Et accroissent encore leur emprise. «À force de t’amener toujours dans tes émotions, ils savent exactement sur quel bouton peser», résume Véronique.

La pression du groupe, surtout, est écrasante. «L’intimidation là-bas est épouvantable, explique Annie. On pouvait forcer la porte et débarquer à quatre dans un salon pour ramasser quelqu’un et lui dire qu’il manquait d’amour.»

Les fortes têtes étaient ostracisées jusqu’à ce qu’elles cèdent. «Si tu contestes Jean-Claude, les habitants des 20 maisons voisines se mettent à t’ignorer tout en surveillant tes allées et venues, raconte Jean. C’est pour ça qu’on finissait toujours par rentrer dans le rang.»

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/04/01-4580120-gourous-lenfer-du-harcelement.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4580091_article_POS2

Gourous inc.: une «thérapie folle»

L'atelier L'Aquarelle suppose de renaître dans la grande... (Photo tirée de Centris)

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L’atelier L’Aquarelle suppose de renaître dans la grande baignore à remous du centre La Source, sous l’eau, en respirant avec un tuba.

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La Presse

Parce qu’elle est très risquée, la technique thérapeutique du rebirth a été dénoncée avec virulence aux États-Unis, où elle fait des ravages depuis les années 70.

«Plutôt que d’aider les clients à devenir plus forts et plus indépendants, le rebirth entraîne une abdication de responsabilité et un état de dépendance maladive à l’égard du thérapeute», révèle le livre Crazy Therapies, de la psychiatre Margaret Thaler Singer, professeure émérite à l’Université de la Californie à Berkeley.

Deux morts

Dans certains États américains, une forme extrême de rebirth est carrément interdite depuis la mort d’une fillette de 10 ans, Candace Newmaker, en 2000. Pour la forcer à renaître, ses thérapeutes l’avaient enfouie sous des couvertures et s’étaient assis sur elle. L’enfant est morte étouffée.

À Prévost, au milieu des années 2000, un week-end de thérapie avancée baptisé «La Puissance» a aussi tourné au drame. Un dimanche matin de fin d’hiver, avant le petit-déjeuner, les participants ont dû courir dans les bois voisins du centre de croissance personnelle La Source, tandis que les autres les encourageaient à se surpasser.

La course s’est bien déroulée mais, après la pause, ce fut le choc. Un des participants a été trouvé mort dans l’escalier menant au stationnement. L’homme dans la cinquantaine venait d’être foudroyé par une crise cardiaque.

Une fois les ambulanciers alertés, une adepte aurait entendu le maître du centre, Jean-Claude Gallant, donner une curieuse directive à l’un de ses assistants. «Fais vite disparaître sa fiche», lui aurait-il glissé dans la cuisine.

Gallant soutient au contraire que l’homme ne prenait pas ses médicaments, était déjà «pris du coeur», «prenait un coup et fumait son joint», et ne l’avait pas dit. «Il y a un enquêteur qui est venu chez nous, pis tout le monde a dit pas mal les mêmes affaires, ce qui fait que c’est tombé entre deux chaises», ajoute-t-il. Lorsqu’un déserteur a dénoncé les agissements du gourou à la Sûreté du Québec, quelques années après cette mort, il a toutefois découvert que les policiers avaient conservé un rapport sur l’événement.

Le teint bleu

Pour les nouveaux clients, il n’est pas immédiatement question de jogging. Gallant se contente d’abord de leur proposer un rebirth classique. Ils sont invités à respirer à pleine bouche, sans arrêt, pendant une heure. L’objectif: se libérer des blocages émotionnels, dit-il. Dans le document de formation que nous avons obtenu, il précise que l’exercice peut provoquer crampes, sanglots, colère, rire, claquements de dents, transpiration, douleurs et vomissements. Le teint peut devenir bleu, est-il aussi écrit, et, parfois, «le corps se met à trembler, froideur, il y a souvent régression».

Selon le professeur de psychologie Conrad Leconte, spécialiste de l’efficacité des thérapies, les gens qui se livrent à pareil exercice se placent dans un état de vulnérabilité extrême. Totalement submergés par les émotions, ils perdent temporairement toute capacité de réflexion. Ils deviennent alors faciles à manipuler et si sensibles à la suggestion qu’ils se retrouvent souvent avec de faux souvenirs.

Dans certains cas, le sujet peut «décompenser», c’est-à-dire voir s’effondrer toutes ses défenses psychologiques, précise M. Leconte, retraité de l’Université de Montréal.

Une petite étude menée auprès de 12 personnes pendant 3 mois laisse tout de même croire que le rebirth peut aider les dépressifs et les anxieux. Son efficacité n’a toutefois jamais été solidement prouvée. Seule la réaction physiologique est garantie.

«Ce n’est pas parce qu’on a suivi une thérapie qu’on peut devenir thérapeute et résoudre les problèmes des autres», prévient par ailleurs la présidente de l’Ordre des psychologues, Rose-Marie Charest.

C’est pourtant ce que Jean-Claude Gallant et ses assistants prétendent. Leur approche viole par ailleurs tous les interdits imposés aux psychothérapeutes membres d’un ordre professionnel. Pour éviter les conflits d’intérêts, ils ne peuvent se lancer en affaires avec leurs clients, ni leur vendre de propriétés, ni les faire travailler. Ils ne peuvent les fréquenter socialement, ni parler d’eux et de leurs problèmes à quiconque – encore moins pour exercer des pressions.

Maintenant illégal

De toute façon, tout indique que Gallant agit désormais illégalement en offrant ses ateliers derebirth au Québec.

Depuis quatre mois, quiconque prétend alléger la souffrance d’autrui en changeant ses pensées doit détenir un permis de l’Ordre des psychologues du Québec, peu importe comment il se présente.

Or, le maître du Centre de croissance personnelle La Source ne répond à aucune des conditions requises pour obtenir un permis. Et même s’il ne se dit pas «psychothérapeute», dans son dépliant, il dit pouvoir aider les gens à se libérer de l’angoisse, de la jalousie, de la peur, du manque de confiance, de l’agressivité et des problèmes nuisibles à l’épanouissement. En entrevue, il nous a dit qu’il peut «guérir les traumatismes enfouis dans l’inconscient», offrir «un style de psychothérapie» et «changer plein de comportements».

«Ses promesses sont des promesses de traitement. Avec la nouvelle loi, on peut examiner cela de près», estime Rose-Marie Charest.

Jogging, bain et nudité

La facture monte vite pour les fidèles de Jean-Claude Gallant. Chacun des quatre ateliers d’un week-end coûte 350$. La formation complémentaire coûte 3100$. Il faut tout refaire à répétition, et accompagner sa démarche de dizaines de rebirths privés à 75$. Au fil des ans, la facture totale atteint facilement 15 000$ ou 20 000$.

À La Source, «la base» d’un week-end et ses deux soirées de suivi permettent de faire quatre premiers rebirths entrecoupés d’exercices.

L’atelier suivant, «L’Aquarelle», suppose de renaître dans un grand bassin, sous l’eau, en respirant avec un tuba.

Le troisième atelier, «La Puissance», passe par une course exténuante dans les bois. Un quinquagénaire est mort durant la pause qui a suivi. Un septuagénaire et de nombreuses femmes d’un certain âge ont survécu au même exercice. Elles arrivaient toutefois livides ou écarlates, d’après les adeptes de l’époque.

Le dernier atelier, «Corps en accord», n’est pas annoncé sur le site internet du centre. Les participants s’y livrent au rebirth pratiquement nus. «C’est pour ceux qui veulent travailler la nudité», nous a dit Gallant.

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/03/01-4580076-gourous-inc-une-therapie-folle.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4580091_article_POS1

Gourous inc.: quand la thérapie vire à la secte

Publié le 04 octobre 2012 à 05h00 | Mis à jour le 04 octobre 2012 à 09h37

Un groupe d’épanouissement personnel qui fonctionnait comme une secte vient d’éclater à Prévost, dans les Laurentides. Prêtes à engloutir des milliers de dollars pour «grandir» grâce à la thérapie controversée de leur maître à penser, Jean-Claude Gallant, quelques dizaines de personnes ont vécu dans la soumission, à l’ombre de son palais. Elles ont renié leur famille, quitté des emplois payants, flirté avec l’illégalité et perdu tous leurs repères. Démolies, la moitié d’entre elles ont fui. Et elles veulent sauver les jeunes et les enfants qui sont restés derrière.

Véronique tremble de tout son corps. Elle a peur, terriblement peur, mais elle n’en peut plus. Cette nuit, c’est décidé, elle s’enfuit. Son frère l’attendra bientôt en haut de la côte. La jeune femme de 33 ans ouvre la petite fenêtre du sous-sol et vide sa chambre, un sac à la fois.

À l’étage, le couple qui l’héberge ne doit surtout pas découvrir qu’elle quitte Prévost pour toujours.

Vers 1h30, Véronique plaque son oreiller contre sa poitrine, monte l’escalier et s’aventure dans le noir, le coeur battant. Dehors, le gravier crisse sous ses pas. Aussitôt, c’est la catastrophe: dans la maison, une lumière s’allume.

Le souffle coupé, Véronique s’effondre contre sa voiture, certaine que ses anciens amis viendront lui bloquer la route pour la traiter de traîtresse et la vouer aux enfers. «J’ai démarré avec le coffre de l’auto ouverte. Mes mains tremblaient sur le volant. Je vérifiais mes rétroviseurs sans arrêt. On aurait dit une évasion de prison», dit la jeune femme, dont nous avons changé le nom, comme celui de ses camarades.

Depuis un an ou deux, Véronique est à peu près la 20e à fuir la même prison invisible: un groupe d’épanouissement personnel nommé La Source, qui fonctionne comme une secte. Plusieurs déserteurs ont accepté de nous raconter leur drame des dernières années. D’autres sont trop démolis ou ont trop peur – peur, surtout, pour leurs proches restés derrière.

Véronique a fui en septembre 2011, neuf longues années après être entrée dans le groupe, à 24 ans. Sa cousine a vite suivi, mais pas sa soeur, précise-t-elle en ravalant ses larmes. Ni une vingtaine d’autres – hommes, femmes et enfants -, qui semblent toujours subjugués par leur gourou-thérapeute.

Grand seigneur

Ce gourou, c’est Jean-Claude Gallant, un quinquagénaire ventru qui a peu à peu envahi leur quotidien et en a profité pour empocher des dizaines de milliers de dollars. Sa recette: leur promettre une vie «remplie d’amour».

Au début du mois de mars, lors d’une soirée d’information au centre du boulevard Curé-Labelle, son ascendant était palpable. Pour accueillir trois recrues potentielles – dont une journaliste incognito -, une vingtaine de vétérans remplissaient un petit salon. Gallant parlait, tandis que ses disciples écoutaient, comme chaque mois, un baratin de vente qu’ils connaissent par coeur. Satisfaction garantie ou argent remis, promet-il.

Au quotidien, Gallant règne aussi en seigneur. Certaines femmes du groupe ont l’habitude de lui masser la tête et les mains. Il les assoit sur ses genoux, leur donne des claques sur les fesses et emmène ses favorites en vacances.

L’homme voyage dans le Sud deux fois par année et vit à quelques kilomètres du centre, dans une demeure qu’il qualifie lui-même de «maison de pacha». Elle est dotée d’une grande porte flanquée de colonnes, d’une tourelle et d’une fontaine entourée de sculptures.

Il roule en Acura MDX tandis que sa femme de 48 ans, Lyne Collin, vient d’abandonner son Audi A4 au profit d’une BMW X1. Artiste amateur, celle-ci passe ses soirées à peindre dans son manoir, tente d’écouler ses toiles dans un café et écrit des chansons, qu’elle rêve de vendre à Céline Dion.

Il y a une vingtaine d’années, Gallant était encore chef d’équipe dans une usine de pain Weston et faisait des ménages pour arrondir ses fins de mois. Il s’est recyclé en guide spirituel après avoir essayé le rebirth, technique d’hyperventilation extrêmement controversée, censée libérer l’humain de ses blocages en faisant remonter ses émotions enfouies. Gallant dit qu’elle l’a guéri de sa haine des homosexuels.

Depuis, plus d’un millier de Québécois ont fait au moins une séance avec lui: un urgentologue de l’hôpital Notre-Dame, des ingénieurs, des informaticiens, des comédiens, des agents hypothécaires, des étudiants, etc.

Un petit nombre d’entre eux se sont mis à enchaîner les séances – parfois nus, parfois immergés au fond d’une baignoire à remous et respirant avec un tuba.

Jean-Claude Gallant ne dit jamais que, en submergeant les gens d’émotions, sa technique favorise la manipulation mentale. Il convainc plutôt ses clients que la planète est peuplée d’«inconscients», tandis qu’eux peuvent enfin cesser de pourchasser de faux bonheurs. Il leur vend ultimement l’idée d’une vie communautaire, sous son aile et celle de ses assistants, qu’il a formés lui-même.

Conquis par cette image rassurante, une vingtaine d’adeptes ont quitté Montréal, la Rive-Sud ou la couronne nord pour rejoindre le groupe. Ils ont acheté des bouts de terrain à Gallant, alors propriétaire d’une grande terre à Prévost, et construit leur maison à l’ombre de son palais. Sans se douter qu’ils deviendraient très vite ses otages psychologiques.

Le piège se referme

Lorsque son conjoint de l’époque l’a amenée à La Source, il y a 11 ans, jamais Annie n’aurait pu deviner ce qui l’attendait. «Au début, c’est subtil et respectueux», dit-elle.

«L’attention qu’ils te donnent, tu n’as jamais ressenti ça avant, explique Jean, autre ex-adepte. Ils te valorisent beaucoup. Tu te sens comme si tu avais gagné la 6/49. J’ai mordu à l’hameçon!»

Mais la lune de miel est éphémère. Pour rester dans les bonnes grâces de Gallant le sauveur, ses protégés doivent convaincre leurs proches d’essayer le rebirth. «On leur disait: si je ne vaux pas deux jours de ta vie, ce n’est plus la peine de se voir. On a renié nos familles du jour au lendemain», résume Jean.

Gallant profitait apparemment des séances de rebirth pour convaincre ses clients qu’ils n’avaient jamais été vraiment aimés par leurs parents.

Un Noël, Annie s’est risquée à visiter sa famille. «Ma rebirther l’a su et m’a appelée, en colère, pour me dire que je n’avais aucun amour-propre d’aller voir des gens aussi ignobles», raconte-t-elle.

Au fil des ans, la Montréalaise a fini par plaquer le bureau de son père et une carrière de conseillère financière qui lui rapportait 250 000$ par année. Elle a alors lancé une maison de production avec la femme du gourou, Lyne Collin. L’organisation d’un festival a mal tourné et Annie a tout perdu – sa maison et ses économies de 400 000$. Depuis, chacune rejette la responsabilité sur l’autre.

Une autre membre a sacrifié sa carrière d’enseignante pour empocher un petit salaire au Café 4 sucres, dont Jean-Claude Gallant est copropriétaire. Le soir, elle aide la benjamine du gourou à faire ses devoirs.

Car Gallant a l’art de faire travailler les gens pour sa cause. Qu’il s’agisse de repeindre, de nettoyer ou de pelleter. Et, bien sûr, de séduire les recrues potentielles.

À l’occasion, Gallant va jusqu’à solliciter des prêts afin d’acheter des terrains ou de l’équipement. Tout cela pour le bien commun, clame le gourou à ses fidèles, alors qu’il est le premier à s’enrichir grâce à eux.

«Tu ne peux pas avoir de vie, tous tes week-ends passent en corvées, raconte Jean. Sinon, on te traite d’égoïste, alors que tu ne lui dois rien, puisque tu paies pour ses services!»

En privé, Gallant n’a lui-même rien d’un modèle. Il traite des clients de «criss de chialeux» et de «grosses tabarnak» ou dit des choses comme: «La vieille crisse, elle peut crever, ça fera une tache de moins sur la planète.»

Au bord du suicide

Quand Annie a enfin ouvert les yeux, fuir le groupe lui semblait si compliqué qu’elle s’est mise à préparer son suicide. Au début de 2011, à 44 ans, elle venait de se faire enlever une tumeur cancéreuse à un sein, combattait une infection virulente et ne dormait plus. Mais plutôt que de prendre ses comprimés de morphine, elle les mettait de côté. «Je me tenais prête à tout avaler d’un coup. J’avais rompu avec ma famille; je ne voyais pas d’autre issue», dit-elle.

Une escapade chez sa tante la sauve. Annie décide alors de ne jamais remettre les pieds à Prévost. La nuit suivante, la femme de Jean-Claude Gallant la bombarde d’une dizaine de courriels: «Je te trouverer, c est sure [sic]», «ton ame mourra et tu le sais [sic]».

Le cauchemar dure des semaines. «Après ma sortie, je me promenais avec ma mère et on faisait juste pleurer, se souvient-elle. Je dormais 20 heures d’affilée. Je faisais des sauts effrayants quand le téléphone sonnait. J’avais peur de sortir…»

Aujourd’hui, la Montréalaise tremble pour les jeunes restés derrière, dont deux bébés nés récemment. Plusieurs ont grandi dans le groupe et ne connaissent rien d’autre. Ils diabolisent les déserteurs et sont parfois poussés à couper les ponts avec eux, même lorsqu’il s’agit d’un de leurs parents.

En vieillissant, ils se mettent à faire du recrutement. «La fille d’une rebirther a amené ses amis de 18, 19 ou 20 ans. C’est épouvantable», s’inquiète Annie.

Désireux de repeupler, à Mille-Isles, un nouveau terrain cinq fois plus grand que celui de Prévost, Jean-Claude Gallant a organisé récemment un nouveau week-end de rebirth. L’homme a plus que jamais besoin d’adeptes. «Il nous blâmait parce qu’on n’amenait pas assez de nouveaux, rapporte Véronique. Il disait: « Toi aussi, tu penses qu’on est une secte? »»

Aujourd’hui, la jeune femme et ses amis osent dire que c’en est une. Plusieurs ont eu besoin de consulter un psychologue. D’autres se battent seuls contre leurs démons, de crainte d’être manipulés à nouveau. «On se sent brainwashés, dit l’un. Ça va me prendre des années à voir clair, avant d’être sûr que ce que je fais, ça vient de moi.»

La plupart pleurent leurs années perdues. Mais aucun ne regrette son départ. Leurs familles leur ont rouvert grand les bras. Ils se sentent beaucoup plus proches les uns des autres maintenant qu’ils sont libres. Véronique ose enfin sourire aux inconnus.

«La première fois, mon visage a failli craquer tellement ça ne m’arrivait plus, dit-elle. Je n’en reviens toujours pas, comment il y a plein de gens gentils dehors.»

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/03/01-4580091-gourous-inc-quand-la-therapie-vire-a-la-secte.php