Lisieux: la gouroue « a voulu nous faire porter le chapeau »

Par , publié le 29/11/2012 à 08:38

Le procureur de Lisieux a requis le maximum de la peine prévu pour l’abus de faiblesse aggravé -cinq ans de prison ferme à l’encontre de Françoise D., gouroue de la secte « Parc d’accueil », lors du procès qui s’est déroulé du 26 au 28 novembre. La décision du tribunal est annoncée pour le 22 janvier 2013. C’était une rencontre émouvante et à huis clos entre de nombreuses victimes avec celle qui les a persécutées. L’une d’elle la raconte pour L’Express. Appelons-la Claire.

Qui êtes-vous?

Educatrice de profession, j’ai été prise dans les filets de Françoise en octobre 2001, alors que j’avais la trentaine, et j’y suis restée jusqu’aux interpellations policières, juin 2007.

Que redoutiez-vous dans la confrontation avec la gouroue?

Françoise a une double face. Elle a commencé à montrer son personnage timide, presque fragile. Sauf que je sais qu’elle est capable de nous surprendre à chaque instant, qu’elle est intelligente et manipulatrice. Et ce qui m’a le plus surpris, c’est qu’elle est demeurée dans sa logique, du début à la fin du procès. Elle n’a exprimé aucun remord, aucun regret. Tantôt mielleuse, tantôt avec aplomb, elle nous a fait entendre un discours ésotérique avec ses mots nouveaux.

La présidente d’audience est-elle parvenue à la faire redescendre sur terre?

Non. Elle répondait toujours: « Votre réalité n’est pas la mienne. » Lorsque la présidente lui disait qu’elle avait organisé des relations incestueuses, elle répondait: « Nous étions dans la 5e dimension, en vibration suprême dans une nouvelle conscience », un charabia nouveau qu’elle ne nous avait jamais servi. Selon elle, si les mêlées célestes ne terminaient par des vomissements collectifs, c’était bien la preuve que l’on se libérait de ce qu’il y a de mauvais en nous.

A-t-elle été mise une fois en difficulté?

Oui, lorsque mon avocat lui a demandé, au sujet de la relation incestueuse qu’elle a imposée entre une mère et son fils: « Seriez-vous capable d’avoir une relation sexuelle avec votre fille? » Elle était déstabilisée, fuyante. Me Pascal Rouiller l’a poursuivie en reposant la question: elle est apparue tendue, prête à exploser.

Etes-vous intervenue sur ce que vous avez subi?

J’ai raconté les brimades physiques, comment elle m’a secouée, giflée, frappée à coups de pied, aspergée de crachats, tirée par les cheveux.

Comment a-t-elle justifié les « mêlées célestes », les « navigations », en clair les relations sexuelles de groupe sous son emprise?

Elle a dit ne pas comprendre ce qu’on lui reprochait. « On était en transe, on riait aux éclats, en liberté totale », a-t-elle déclaré. Elle a refusé d’admettre que nous étions soumis. Lorsque que je refusais de naviguer, d’avoir des relations sexuelles avec un partenaire choisi par elle, je pleurais et je subissais alors ses brimades, ses violences, ses humiliations publiques.

Pendant l’audience, vos regards se sont-ils croisés?

Jamais elle ne se tournait dans notre direction. Plusieurs d’entre nous ont décidé de la regarder droit dans les yeux. Auparavant, si elle nous fixait, nous baissions les yeux, là, c’est elle qui a fini par baisser la tête. Une première victoire.

Après le réquisitoire, elle a eu le dernier mot?

Elle a quitté son charabia ésotérique et a parlé sur un ton calme, avec des mots très terre à terre. Son discours était simple: pourquoi les parties civiles lui reprochent-elles aujourd’hui d’avoir été une gouroue, alors que ce sont elles qui lui ont donné ce statut, en la issant sur un piédestal? En clair, elle a voulu nous faire porter le chapeau.

Comment vous sentez-vous après cette audience de deux jours et demi?

Exténuée et vidée. Mais soulagée. Françoise D. et nous avons été beaucoup écoutés, avec respect et humanité. C’est le début de ma reconstruction.

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