J’ai échappé à l’emprise d’une secte

par © Reed Contents, Sophie Charbonnel.

Sectes
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Quand il rejoint le mouvement de la scientologie fondé par Ron Hubbard, Roger Gonnet est âgé de 33 ans, père de famille, avec une bonne situation professionnelle. Il créé rapidement une branche de la scientologie à Lyon. 8 années plus tard, en 1982, il est exclu du mouvement et en devient un opposant. Il nous raconte aujourd’hui son expérience.

« Une secte criminelle »

« Un de mes oncles était entré dans la scientologie, il avait ouvert une petite antenne dans le XVe arrondissement de Paris. Il est venu chez nous un jour, laissant un tract que j’ai lu quelques temps après. Avec ma femme, nous étions intéressés par la psychologie, alors cette description nous a plu. On a acheté le livre vanté et vendu par la scientologie : « La dianétique ». Sa dialectique a terriblement bien fonctionné, on a marché comme si c’était de la science et non pas de la fiction. On a très rapidement été ébahis, on a presque cru à une révélation. »

« On s’est fait complètement avoir »

« On travaillait tous les deux. J’étais consultant en entreprise, elle professeur. Dans la scientologie, on s’attaque rarement aux plus faibles, on a tendance à racoler dans le milieu intellectuel. Nous avons vécu une situation assez particulière dès le début : au bout de quelques mois seulement je me suis retrouvé à vendre des cours de scientologie et des « auditions » dans une boutique que j’ai ouvert. C’est une forme de psychanalyse Hubbardienne qui consiste à renvoyer les gens dans leur passé, puis dans des « vies antérieures ». Une technique démentielle, bien mise au point.

J’ai arrêté de travailler pour me consacrer à cette activité, ma femme a assez vite suivi, et nous nous sommes mis à travailler sans relâche, 363 jours par an. Pour autant on ne vivait pas bien, on le faisait par idéalisme. La scientologie veut que l’on progresse sans cesse, jusqu’à atteindre une sorte de navire qui nous emmène dans les îles, où l’on est supposé acquérir une liberté totale. On atteint le sentiment qu’on sait tout faire, qu’on est un dieu. »

« On était au début admiratifs »

« Un certain nombre de découvertes nous semblaient incroyables. Je suis toujours resté critique, mais je me suis tu parce que j’y trouvais à l’époque plus de positif que de négatif. Nos enfants étaient de jeunes adolescents lorsque nous sommes entrés dans la scientologie. On les a entraînés avec nous, à tel point qu’ils sont vite venus travailler à nos côtés, au moins le week-end, puis ils ont quitté l’école à 16 ans à peine, jusqu’à occuper des postes importants au sein du mouvement.

Mais au bout de 8 ans, on a commencé à protester. Parmi les grandes problématiques, Hubbard a décidé d’augmenter les prix des services de 5 % par mois. À l’époque on payait environ 30 000 € par personne, aujourd’hui les frais s’élèvent à 300 ou 400 000 €. C’était devenu dément et de plus en plus difficile pour adhérer. J’estimais aussi que la logique interne de Ron Hubbard ne collait pas, c’était totalitaire et ça devenait insupportable. On a fini par se fâcher avec lui et on a foutu le camp. »

À NOTER

Vous pouvez aussi retrouver les conseils de Roger Gonnet sur son site principalwww.antisectes.net.

« Dans notre malheur on a eu de la chance »

« Il a été facile de partir avec les enfants, ils ont découvert grâce à nous la face cachée de la scientologie. Pour le reste, il nous a fallu reprendre le travail, on avait des dettes énormes parce qu’on avait acheté une grosse maison, qu’on a été obligé de revendre. On avait pratiquement perdu famille et amis, mais on a pu renouer assez vite avec la plupart d’entre eux. Donc malgré tout on s’en est bien sorti, car il nous restait la capacité à pouvoir retrouver du travail, contrairement à ceux qui restent des années au service de la scientologie et qui ne savent plus rien faire d’autre. »

« La scientologie est une secte prototypale »

« Elle a tous les défauts imaginables qui puissent exister, le principal étant le totalitarisme. Selon moi, toutes les croyances ont sans exception des effets néfastes tôt ou tard. Mais il est impossible de ne croire en rien, donc aujourd’hui, je cherche toujours des preuves. Je suis devenu zététicien. »

Source : http://www.quintonic.fr/bien-etre/magazine/psychologie/j-ai-echappe-a-l-emprise-d-une-secte?intcmpid=ARTICLES_GROUP_MARSEILLE